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Alors que l'analyse économique traditionnelle considérait que la politique de développement se concentrait sur la croissance pour obtenir une élévation du niveau de vie, les rapports préconisent une politique de redistribution (transferts en nature, distribution de repas scolaires, par exemple) pour réduire pauvreté et inégalités sociales dans les pays en développement. Une analyse est faite sur la montée des inégalités sociales, notamment en Amérique latine et en Asie, malgré des réformes libérales. Des questions sont posées sur l'avenir des institutions de Bretton Woods et sur l'évolution des conditionnalités depuis la mise en place des institutions financières internationales de l'après-guerre.

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Publié le 01 décembre 2000
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Langue Français
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Développement
Rapports
François Bourguignon
Christian Chavagneux et Laurence Tubiana
Pierre Salama
Jacques Valier
Commentaires
Daniel Cohen
Alain LipietzRéalisé en PAO au Conseil d’Analyse Économique
par Christine Carl
© La Documentation française. Paris, 2000- ISBN : 2-11-004597-3
« En application de la loi du 11 mars 1957 (article 41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992, toute
reproduction partielle ou totale à usage collectif de la présente publication est strictement interdite sans l’autorisation
expresse de l’éditeur.
Il est rappelé à cet égard que l’usage abusif de la photocopie met en danger l’équilibre économique
des circuits du livre. »La création du Conseil d’Analyse Économique « répond à la nécessité
pour un gouvernement trop souvent confronté à l’urgence, de pouvoir se
référer à une structure de réflexion qui lui permette d’éclairer ses choix
dans le domaine économique. J’ai souhaité aussi créer un lien entre deux
mondes qui trop souvent s’ignorent, celui de la décision économique publi-
que et celui de la réflexion économique, universitaire ou non.
J’ai pris soin de composer ce Conseil de façon à tenir compte de toutes
les sensibilités. Le Conseil d’Analyse Économique est pluraliste. C’est là
un de ses atouts principaux, auquel je suis très attaché. Il doit être un lieu
de confrontations sans a priori et les personnes qui le composent doivent
pouvoir s’exprimer en toute indépendance. Cette indépendance — je le
sais — vous y tenez, mais surtout je la souhaite moi-même.
Ces délibérations n’aboutiront pas toujours à des conclusions parta-
gées par tous les membres ; l’essentiel à mes yeux est que tous les avis
puissent s’exprimer, sans qu’il y ait nécessairement consensus.
...
La mission de ce Conseil est essentielle : il s’agit, par vos débats, d’ana-
lyser les problèmes économiques du pays et d’exposer les différentes op-
tions envisageables. »
Lionel Jospin, Premier Ministre
Discours d’ouverture de la séance d’installation du
Conseil d’Analyse Économique, le 24 juillet 1997.
Salle du Conseil, Hôtel de Matignon.Sommaire
Introduction ............................................................................................... 7
Pierre-Alain Muet
Redistribution et développement.............................................................11
François Bourguignon
Quel avenir pour les institutions de Bretton Woods ?
Les transformations de la conditionnalité ...............................................43
Christian Chavagneux et Laurence Tubiana
Du productif au financier et du financier au productif
en Asie et en Amérique latine ................................................................. 75
Pierre Salama
Pauvretés, inégalités et politiques sociales dans les Tiers-mondes
depuis la fin des années quatre-vingt ....................................................127
Jacques Valier
Commentaires
Daniel Cohen ......................................................................................... 157
Alain Lipietz .......................................................................................... 161
Résumé .................................................................................................. 167
Summary ............................................................................................... 173
DÉVELOPPEMENT 5Introduction
L’analyse économique traditionnelle a longtemps considéré qu’une poli-
tique de développement devait se concentrer sur la croissance économique
pour entraîner une élévation générale du niveau de vie susceptible de
réduire la pauvreté. L’analyse récente tend au contraire à mettre en avant le
rôle que peut jouer une politique de redistribution et de réduction des iné-
galités dans la croissance économique. Ces réflexions sont au cœur des
rapports de Jacques Valier et François Bourguignon.
Jacques Valier analyse plus précisément la situation en Amérique latine
et en Asie. Il dresse un bilan de la montée des inégalités, particulièrement
marquée en Afrique et en Amérique latine et dans une moindre mesure en
Asie où la croissance est restée forte et la pauvreté a diminué, notamment
en Chine.
Il souligne que les politiques sociales ciblées sur les plus pauvres qui
ont accompagné les réformes libérales en Amérique latine notamment n’ont
pas empêché une dégradation sensible des systèmes de protection sociale
et l’exclusion de la fraction des pauvres ne bénéficiant pas des « filets de
sécurité ». Il estime qu’il faudrait conduire des politiques de lutte contre la
pauvreté donnant priorité à la protection sociale et au développement des
droits sociaux ainsi que des politiques redistributives de grande ampleur,
qui auraient en outre des retombées positives sur la productivité du travail
et l’essor du marché intérieur.
DÉVELOPPEMENT 7En relation avec l’analyse de Jacques Valier, le rapport de Pierre Salama
compare la nature des crises récentes qui ont affecté l’Asie et l’Amérique
latine. À une crise asiatique obéissant à une logique microéconomique
d’endettement liée à l’insuffisante rentabilité du capital, l’auteur oppose
les causes plus macroéconomiques de la crise qui a affecté les pays
d’Amérique latine, où la libéralisation financière et les mouvements de
capitaux ont joué un rôle majeur.
Dans son rapport « Redistribution et développement », François
Bourguignon note tout d’abord le changement majeur intervenu dans l’éco-
nomie du développement en ce qui concerne la relation entre redistribution
et croissance. Contrairement à l’idée antérieure selon laquelle une poli-
tique trop redistributive pouvait nuire à l’épargne et à la croissance, la théorie
récente fait valoir que la croissance peut être favorisée par une politique de
redistribution et de réduction des inégalités. La pauvreté nuit en effet à la
croissance à long terme quand elle empêche par exemple les parents d’en-
voyer les enfants à l’école ou quand elle retentit sur leur santé.
Comment réaliser cette redistribution ? Dans les PVD, les recettes fis-
cales résultent en majorité d’impôts et de droits indirects qui ne se prêtent
guère à une redistribution des revenus. Cela a conduit les économistes du
développement à mettre l’accent sur des systèmes de redistribution relati-
vement simples reposant plus sur l’effet de dépenses publiques égalitaires
(éducation, santé) que sur la progressivité de l’impôt, car un impôt sur le
revenu est souvent trop coûteux et se prête trop à l’évasion fiscale. L’auteur
considère toutefois qu’il est possible et souhaitable de redistribuer direc-
tement aux plus pauvres par une politique de transfert en nature – la fourni-
ture de repas scolaires par exemple – et éventuellement en recourant
davantage à la fiscalité directe dont le coût est moins élevé qu’on l’a long-
temps cru.
Le rapport de Christian Chavagneux et Laurence Tubiana analyse l’évo-
lution des conditionnalités associées aux politiques d’ajustement mises en
place par le FMI et la Banque mondiale. Aux conditionnalités macro-
économiques de type classique (balance des paiements, déficit budgétaire,
taux de change), se sont ajoutées progressivement au cours des quinze der-
nières années des normes en matière de politique publique intérieure (baisse
des barrières protectionnistes, privatisations). Un pas supplémentaire a été
franchi ces dernières années, avec l’apparition de conditionnalités portant
notamment sur la démocratisation des institutions. Les auteurs proposent
notamment des « contrats de démocratie » entre organisation internatio-
nales et gouvernements nationaux, fondés sur une appréciation globale des
conditions dans lesquelles la démocratie progresse et comprenant des
clauses suspensives.
Plus de cinquante ans après la conférence de Bretton Woods qui a été à
l’origine du FMI et de la Banque mondiale, une nouvelle architecture insti-
tutionnelle se met en place de façon moins organisée et moins solennelle
8 CONSEIL D’ANALYSE ÉCONOMIQUEmais aussi importante. Elle pose notamment le problème du droit d’ingé-
rence mais aussi celui des méthodologies adaptées à un rôle des institutions
multilatérales qui dépasse largement le cadre économique et financier pour
lequel elles ont été conçues.
Ces rapports sont commentés par Alain Lipietz et Daniel Cohen. Ils ont
été discutés lors de la séance de juin 1999 du Conseil d’Analyse Économique,
puis en présence du Premier ministre le 27 avril 2000.
Pierre-Alain Muet
Conseiller auprès du Premier Ministre
Professeur à l’École Polytechnique
DÉVELOPPEMENT 9