La laïcité aujourd
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La laïcité aujourd'hui : rapport d'étape

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Quelle est la place de la laïcité dans la théorie des droits de l'Homme ? Comment situer les solutions françaises dans un contexte européen et international ? En quoi paraissent-elles aujourd'hui mises à l'épreuve des faits ? Quelles démarches laïques envisager : pratiques, déontologie, clarification ? Autant de questions auxquelles ce rapport, issu de la réflexion de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, tente d'apporter les premières réponses.

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Publié le 01 décembre 2003
Nombre de lectures 47
Langue Français

Exrait

La laïcité aujourd’hui
Rapport d’étape

Fiche 1. Laïcité et droits de l’Homme
1. Les principes posés par les textes fondamentaux
2. Le contenu des libertés reconnues
3. Le " contrat social laïque "

Fiche 2. France, Europe et laïcité
1. Diversité des régimes de ra pepnotrrtes Etats et cultes en Europe
2. Singularité de la " laïcité instituée " française
3. Compatibilité du système français avec la jurisprudence européenne
4. Convergences autour d’ulnaïec i"t é culturelle " européenne

Fiche 3. L’épreuve des faits
1. Laïcité et Nation
2. Laïcité et enseignement
3. Laïcité et Islam
4. Laïcité, cultures et question sociale
5. Laïcité et égalité des sexes

Fiche 4. Démarches laïques
1. Laïcité et responsabilités
2. Laïcité et service public
3. Les voies d’une clarification
4. Lutter contre " l’ignorance laïque " : former et expliquer

Personnes auditionnées par le groupe de travail sur la laïcité
Octobre-décembre 2003
Mercredi 22 octobre 2003
• droit international à l’Université de Paris II, spécialiste de laJean-François Flauss, Professeur de
Convention européenne des droits de l’Homme.
• Francine Best, Inspectrice générale de l’Education nationale (retraitée).
Mercredi 5 novembre 2003
• s neoicoehcr esue,rihe c LseceorloinçrapFolitgite sehcerchree dutitstMEMA( nIC RN/SRIque,e
d’études sur le monde arabe et musulman)
• Bernard Toulemonde, Inspecteur général de l’Education nationale.
• i,icovncseréep rmmEaJ leunare dri tudtnnasiètM niesurtemarè sA aupale sfsfoacif roDC,H aNCedl
à l’ENM et au CNFPT
Mercredi 19 novembre 2003
• Mohammed Arkoun, Professeur émérite à l’Unidvesnep al malsi eé. ueiqtiésrrasiP hist I, n deorie
• Professeur de droit international à l’Université de Montpellier I, auteur d’une thèGérard Gonzalès,
de doctorat en droit sur la Convention européenne des droits de l’Homme et la liberté de religion.
• spécialiste des médias, directeur de recherches à l’EHESS.Dominique Wolton, sociologue
Mercredi 26 novembre 2003
•de philosophie à l’Institut protestant de théologie, se définit comme "Olivier Abel, Professeur

philosophe protestant " ayant enseigné notamment en Turquie.
Mercredi 3 décembre 2003
• Emile Poulat, historien de la laïcité, directeur de recherches à l’EHESS.
• Guy Coq, Professeur de philosophie, se définit comme " philosophe chrétien ".
• Etienne, Professeur à l’Université d’Aix-Marseille II, spécialiste de l’Islam.Bruno

La laïcité aujourd’hui

Rapport d’étape

Lorsque la CNCDH a manifesté son intention de débla qe dretthcé'ed oasial tille se fïcité, eedl aaleutsoi n
l'intérêt grandissant suscité par ce sujet dans l'opinion. Illuiapparaissait nécessaire d'actualiser les trava
déjà approfondis auxquels elle s'était livrée en 1992 et 1995 et dont le compte-rendu mérite d'être relu à
lumière des débats actuels Elle a donc formé le projet d'un séminaire interne destiné à permettre à ses
membres de parfaire leur information et de voir si la Commission pouvait et souhaitait s'exprimer sur le s
Ce projet a dû immédiatement s'adapter à la mise en place de la Commission Stasi et la délibération a do
été organisée de manière à ce qu’au moins une première phase de réflexion puisse utilement intervenir
le dépôt du rapport de cette Commission. Ceci a conduit le groupe de travail à se doter d'un calendrier
extrêmement serré et à sélectionner les auditions auxquelles il procédait, de manière notamment à ne p
faire double emploi avec les travaux menés par ailleurs. Mais comme la date de l'achèvement des travau
la mission Stasi a été avainnc éeex trem,i sla CNCDH n’a en fin de compte pas pu débattre avant le jour
même de cet achèvement Chacun constate par ailleurs que la Mission mise en place à l'Assemblée Natio
a déjà pris des positions qui sont autant edn'tésl énmouveaux pour un débat public devenu entre temps
intense.
Ces différents événements ont plus que joanmvaisncu les responsables du groupe de travail de
l’importance de la discussion qui devait avoir lieu à la CNCDH. Il est d'ores et déjà certain qu'elle ne saur
conclure des travaux qui vont trouver leur place dans une des responsabilités permanentes de la Commi
et que celle-ci souhaitera évidemment se saisir du rapport de la " commission Stasi " (dont le contenu n’é
pas connu lors de la tenue du séminaire et n’a doren cp rpius tp eadsnnec moêtisnia )tnemcudot enéspre l
que d'éventuelles initiatives législatives. La quest iloaïnc idtée lvaêtre au cœur du thème de la formation
aux droits de l'Homme à laquelle la CNCDH sait qu'elle peut apporter une contribution.
La réunion du 11 décembre 2003 a donc été une étape pour laquelle le groupe de travail a préparé les fic
qui suivent, forcément assez sommaires en raicsoonnt rdaeinst es auxquelles il a été soumis. Il s’est agi de
conduire une discussion en répondant aux questions suivantes :

1. Quelle est la place de la laïcité dans la théorie des droits del'Homme ?
2. Comment situer les solutions françaises dans un contexte européen et international ?
3. En quoi paraissent-elles aujourd'hui mises à l'épreuve des faits ?
4. Quelles démarches laïques envisager : pratiques, déontologie, clarification ?

Le séminaire a permis de valider des approches et qduoi npnoéuersront servir dans les formations et figurer
dans notre rapport. La Commission est d'autrem êpamret sép uo ruoarguments échanges eias ris sedà d
contre une intervention législative et de voir comment des considérations plus amples qui relient les déb
actuels au problème de l'intégration, à la recherche de l'égalité et à la compréhension entre les peuples
peuvent trouver à s'exprimer.

1.

Fiche 1. Laïcité edtroits de l’Homme

Les principes posés par les textes fondamentaux

• Article 10 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Nul ne doit
être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas
l’ordre public établi par la loi .
"
• daénila emèizierTP udmaérelub ed Clastonitu2 7cootrb e9146 : " La Nationtn ioitnarag lagé’l t
accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture.
L’organisation de l’enseignement public gratquiute eàt "t.o uEtatlaïeed otvsrug sén es’eldr isde l
• Articlee1rConstitution du 4 octobre 1958 : " La France est une République indivisible, laïque,de la
démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction
d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ".
• Article 1erde la loi du 9 décembre 1905 " concernant la séparation des Eglises et de l’Etat " : La
"
République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seule
restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ".
• Article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948 : Toute
"
personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté d
changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction,
seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et
l’accomplissement des rites ".
• Article 18 du Pacte international relatif aux droits civiques et politiques du 16 décembre 1966 (rati
par la République française le 25 juin 1980) :
" 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique l
liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de
manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en priv
par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.
" 2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religi
ou une conviction de son choix.
" 3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules
restrictions prévues par la loi et qui sont néc àe slsaa iprreostection de la sécurité, de l’ordre et de la
santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.
" 4. Les Etats parties au présent pacte s’enrgeasgpenctents par desertél bi raleà t,anéhcé sac el ,te
des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformémen
leurs propres convictions ".
icle 27 de ce même Pacte : " Dans les Etats où il existe des minorités […] religieuses […], les
•Art
personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit […] de professer et de
pratiquer leur propre religion "
.
• Article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales du 4 novembre 1950 (ratifiée par la République française le 3 mai 1974) :
" 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique l
liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa
conviction individuellement ou collectivemenut,b leicn opu en privé, par le culte, l’enseignement,
les pratiques et l’accomplissement des rites.
" 2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restriction
que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société
démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale
publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ".
• même Convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans laArticle 14 de cette
présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la
race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine
nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute au
situation .
"

Les normes nationales concernant la laïcité ont ainsi valeur constitutionnelle (Déclaration des droits de
l’Homme et du citoyen, Préambule de 1946, aer9185 ,ovri e "rpConstitution de lcit1 eed al sepicni
fondamentaux reconnus " par la loi du 9 décembre 1905, spécialement par son article 1er).
Des principes qu’elles posent, les lois de la Rép udbéltieqrumeinent l’application dans l’enseignement et plus
généralement dans la Fonction publique (article 17 de la loi du 30 octobre 1886 dite " loi Goblet " ; article
de la loi n°83-634 portant droits et obligatiso fnosn dcteionnaires, qui constitue le " Titre 1 " du Statut
général des Fonctions publiques " ; loi n°59-1557 du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l’Etat et le
établissements d’enseignement privés ; plus généralement aujourd’hui, Code de l’éducation résultant de
l’ordonnance n°2000-549 du 15 juin 2000).
C’est à cet ensemble normatif que, statuant au contentieux le 2 novembre 1K9h9e2r(oduéacai seito nM me
Kachour et Balo et Mme K,i zRicec. Page 389), le Conseil d’Etat s’est référé pour définir " le principe de la
laïcité de l’enseignement public " comme " l’un des éléments de la laïcité de l’Etat et de la neutralité de
l’ensemble des services publics ".
De ces textes fondamentaux se dégagent quelques certitudes.
Elles concernent d’une part le contenu de la liberté de conviction et l’un des aspects de celle-ci qui est la
liberté religieuse. Elles concernent d’autre part le mécanisme des garanties qui assurent l’exercice effect
ces libertés et qui, dans un Etat démocratique, mettent en jeu une responsabilité incombant à l’Etat ".

2. Le contenu des libertés reconnues

a.erc ttênneénaots un dansphèe " udnapér er al ,e nongiliaiursae C nortiaeremtnà une formulatione prevéri
", dès lors que la République non seulement " assure la liberté de conscience " mais " garantit le libre
exercice des cultes " (artiecret l18) aPC( P DIlc eraitrt(aleic8) 1le, 091 .)5D aL HDU1 de la loi del e
Convention européenne (article 9) visent de même clairement " la liberté de manifester sa religion […]
individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé ", notamment par des " pratiques " et non pa
seulement par des " rites ".
Toutefois, alors que la liberté de conscience est absolue, la liberté des cultes (c’est-à-dire l’exercice publi
la liberté religieuse) peut être limitée pour des motifs tenant à l’ordre public (même article de cette mêm
loi).
Il est dès lors essentiel de préciser les motifs légaux de restriction de la " liberté de manifester sa religion
(article 9.2 de la Convention européenne) : ces restrictions doivent être " prévues par la loi ", elles doiven
être " nécessaires[…] à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publics, ou à la protection de
droits et libertés d’autrui ", mais l’appréciation des nécessités de la protection de l’ordre, de la santé et d
morale publics doit se placer du point de vue d’" une société démocratique " (idem).

b.de contrainte ne peut être prise qui porte atteinte à la liberté d’avoir une religion de soAucune mesure
choix (article 18.2 du PIDCP) ; s’agissant de l’éducation des enfants, les Etats s’engagent à respecter la li
des parents de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs prop
convictions (article 18.4 du PIDCP).

c.eL nosrep sappanes ant rten sim àedét sonirlireeugis se pneevueê tn ertvirpées du droit nons ueelemtnd e
pratiquer mais aussi de professer leur propre (raerltiigciloe n2 7 du PIDCP) : le prosélytisme est un droit, ce
qui n’empêche évidemment pas que l’exercice de ce droit puisse être limité en certaines enceintes dès l
que l’ordre public, la santé publique ou la " morale publique " l’exige " dans une société démocratique ".

d.Plus généralement, tout traitement différentiel des religions est évidemment prohibé comme
discriminatoire (articlerct).,ee eénnrupoon eentiConv la ed 41 elcitra ,895 1den ioutitst ealC noe1 d .

3. Le " contrat social laïque "

Le régime applicable aux cultes depuis 1905 garantit pleinement le respect égal de la liberté de conscien
aussi bien pour les croyants que pour les athées et les agnostiques, l’égalité entre les cultes et la neutrali
l’Etat, et notamment de ses services publics, à leur égard. En effet, l’Etat en France, adoptant un mode d
relation avec les cultes fondé sur une séparation, s’est engagé d’un même mouvement à garantir le libre
exercice par chacun des libertés publiques en jeu, organise les services publics (et plus particulièrement
de l’enseignement) de manière à rendre possible la coexistence des convictions et pour cela met en œuv
une obligation de neutralité des agents de ces services publics.

Lorsque la République inscrit la laïcité à l'article 2 de la Constitution ou lorsqu'il en est fait mention au
13ème alinéa du Préambule, elle ne se met aucunement en retrait ou en opposition par rapport aux princ
de protection de la liberté de conscience et de liberté des cultes. Elle constate seulement qu'il y a plurali
de convictions ou de religions, qu'elle n'en favorise aucune et qu'elle se met en mesure de régler les
problèmes de leur expression et de leur tolérance mutuelle. Bien sûr, nous Français savons qu'il a fallu bi
des conflits et bien des armistices pour en arriver là, et à certains moments de cette histoire le terme de
laïque " désignait un camp. Mais nous n'en somm làe se pnl ucse qui concerne l'interprétation des principes
qui nous gouvernent aujourd'hui, et c'est l'un des enseignements de l'analyse faite par le Conseil d'Etat d
son avis de 1989 sur le foulard que de rappeler q nuoe unso éutsions engagés par l'article 9 de la Convention
européenne des droits de 1'Homme à protéger la liberté de pensée, de conscience et de religion et la lib
de manifester sa religion ou ses convictions individuellement et collectivement.
Mais, pour compléter immédiatement la référence à l'article 9 de la Convention, ces libertés doivent être
assurées sous la seule réserve des restrictions prévus par la loi et nécessaires " dans une société démocr
" à la protection de la sécurité, de l'ordre et de la santé publics, de la morale ou des libertés et des droits
fondamentaux d'autrui. Sans qu'il soit nécessaire de faire l'exégèse de ces termes, on voit bien que la laï
apparaît comme le chemin que propose le droit français pour concilier les manifestations d'une liberté av
la vie en commun.
Les modes d'expression ou de manifestation neif soromnte su ni partout, ni selon le message que l'on porte
ni dans le temps, et il appartient dans certains cas aux pouvoirs publics d'assurer par des mesures
proportionnées la coexistence. C'est pour cette raison que s'agissant du foulard la jurisprudence n'a pu
valider des interdictions générales et absoluepso ;u cr 'ceest arpcodéuqe'll e raison telei sonni rap éitcidret
refus d'ôter le foulard devenait une provocation troublant le fonctionnement normal de l'établissement
scolaire. C'est pour cette raison que l'interprétation de la laïcité passe par une somme de cas particuliers
entraîne plus souvent qu'on ne le voudrait le recours au juge.
L'important est de constater que ,l ed adnosmaine qui nous intéresse, les droits de l'Homme impliquent à la
fois la reconnaissance de principes, ici la liberté des convictions et de religion, et l'acceptation d'un systè
de garanties de ce libre exercice. Qui dit garanties implique exercice en commun et tolérant de libertés d
l'expression pourrait se révéler conflictuelle, etsdponruop étitatE nu e rcilabsd orti sed respectueux des
1'Homme et pour cela porteur d'une exigence de neutralité et soumis au contrôle du juge.
Le classicisme de cette affirmation ne doit pas en réduire la portée La rédaction de la Déclaration univers
des droits de l'Homme en 1948 avait été précédée d'une réflexion philosophique sur le sens d'une telle
déclaration organisée par l'UNESCO. Y participèrent de grands noms de l'époque, et on note d'ailleurs qu
problème des relations entre le religieux et le séculier ne semble pas avoir beaucoup arrêté leurs discuss
En effet, ils étaient pleinement convaincus, et on trouve ceci dans la contribution de Jacques Maritain, qu'
était impossible de rechercher un texte commun sur le fond des grandes convictions qui se partagent
l'humanité, mais qu'une déclaration était nécessaire et faisable pour organiser le vivre ensemble. Person
n'hésitait à l'époque à évoquer à côté de l'indivtiduesti ébaliopsnr seenteéminiord ejulae mmhol'e dts
des Etats pour exercer les fonctions nécessaires à leur respect.
On arrive donc bien à l'idée que le mécanisme juridique qui fonctionne en France lorsqu'il y a controvers
sur les manifestations de la liberté de convictions ou de religion n'est pas l'invention d'un moment, mais
en œuvre des éléments de raisonnement qui sonet nptesr : muane liberté, sa manifestation, son pluralisme,
la nécessité d'organiser la coexistence et la tolérance ; pour cela un responsable, des décisions à prendr
dans des circonstances de temps et de lieu et un juge.

Fiche 2. France, Europe et laïcité

1. Diversitigem sed éed sérenrpoap rtrse Etats et cultes en Europe

Il est clair, à supposer même que l’on ne considère que l’Europe occidentale, que la diversité des histoire
nationales a produit une forte différenciation des ré lgai mtrapulp yap sed lnsdas s elquessee atn. Laièreel
catholicisme est resté dominant connaissent un régime concordataire (Italie, Espagne) que la France a p
part abandonné sous la IIIème République ; l’Epurotpest"ante " est marquée par l’organisation d’Eglises
d’Etats, c’est-à-dire par le contrôle de chaque Etat sur " son " Eglise, ce qui est également le principe mê
l’établissement historique de l’anglicanisme (et de même le monarque britannique est-il le protecteur de
l’Eglise presbytérienne en Ecosse) ; les payist idoen tradhtroxodoG( ecerèuj ardouui’hmuna ,oR tuBeie ielgar
dans la perspective d’un élargissement à court terme de l’Union européenne) éprouvent quant à eux des
difficultés particulières à progresser sur la voie de la " sécularisation " (ce terme anglo-saxon n’étant pas
l’exact équivalent en Europe " protestante " de ce que signifie " laïcité " en Europe " catholique ", mais
renvoyant à une même exigence de séparation du politique et du religieux).
Il faut ajouter à cette césure historique majeure issue de la Réforme les avatars dus soit à des évolutions
propres à tel pays (ainsi le canton de Genève a-t-il institué une séparation " à la française " alors que la
Constitution fédérale suisse s’ouvre sur unnec reé fcéhreétienne), soit précisément aux incidences du
fédéralisme : les Länder " catholiques " du sud de l’Allemagne n’ont pas la même " sensibilité à ces
"
questions que les Länder du Nord (comme en témoigne le débat récent sur les crucifix dans les écoles
bavaroises), d’où un régime de " corporations pdue bdlirco i"t qui s’applique aux différents cultes chrétiens,
majoritaires comme minoritaires, selon les Leänder ; Suisse,l sec naotsna élnimaesqut es letnacsno
romands sont eux aussi porteurs de traditionsv aesrsgei dz ,setn is emêm preslut oncoenoitas sn selutis
complexes (par exemple, les francophones qui ont constitué le canton du Jura l’ont fait aussi pour des rai
religieuses, étant majoritairement catholiques erta nste dsué pcanton de Berne majoritairement luthérien) ;
en Belgique, le poids du catholicisme en Flandre est aussi remarquable que celui d’une vigoureuse traditi
laïque en Wallonie ; etc. Même des Etats qui ne sont pas fédéraux mais " autonomiques " connaissent de
fait une forte diversité interne en la matière (par exemple le Royaume-Uni, réunissant l’Angleterre et le p
de Galles à dominante anglicane, l’Ecosse à dopmriensabnytte érienne et l’Ulster déchiré au point que l’on
sait).
Ces particularismes ne traduisent pas des diffnéorteanbcles dans les rapports entre les Etats et les cultes,
qu’il s’agisse d’organisation ou de financement. Mais on ne saurait adopter une vision figée de ces situati
qui évoluent : le Portugal, en se libérant de la dictature salazariste, a séparé les communautés religieuse
l’Etat (article 41 de la Constitution de 1976) ; la Grèce vient de supprimer la mention de la religion sur les
cartes d’identité ; quant à la Suède, elle a adopté en 2000 un modèle de séparation " à la française ".
On consultera avec intérêt le recensement étlaebsl is epravri ces de documentation du Sénat des pratiques de
cinq pays européens concernant le port des signes religieux à l’école : le port du foulard n’est prohibé pa
une norme générale dans aucun de ces cinq pays ; il est admis en Allemagne, au Danemark, en Espagne,
Royaume-Uni et aux Pays-Bas ; en Belgique fran cliobpehrotén ede statuer est laissée aux établissements et
les juridictions ont jusqu’à présent rejeté les recours contre des interdictions prononcées par les
administrateurs de tel établissement. Il semble que certains pays ne connaissent pas de litiges à ce sujet
ailleurs le fédéralisme et la décentralisation pèsent aussi sur la diversité des solutions mises en œuvre en
matière précise.

2. Singularité de la " laïcité instituée " française

Dans ce paysage européen bigarré, la solutioins ef rdaen ç1a905, sans être totalement isolée, est assez
fortement spécifique en ce qu’elle institue une séparation stricte entre l’Etat et la religion historiquement
dominante.
La faible connaissance des termes du comprom ids el a1ïq9u0e5 a été fortement soulignée lors de plusieurs
auditions (Emile Poulat utilisant la forte expression d’" ignorance laïque "). Il est vrai que si la loi se réfère

son intitulé à " la séparation des Eglises et d es lo’Ent cato n",tenu est loin der rceospondre à cette annonce :
il ne s’agit pas des Eglises mais des cultes (yncorpsimc rh n’ltEtam emtnd eaisli ; en eité )sn sasleeuags’ pit
aussi des collectivités locales, si bien qu’il s’agit plutôt de la République que du seul Etat ; enfin, on peut
douter qu’il s’agisse vraiment d’instituer une séparation stricte compte tenu notamment de la mise à
disposition d’édifices entretenus par l’Etat, de l’existence de diverses modalités d’aide financière publiqu
non seulement à l’enseignement confessionnel im, apilsu sa uosus moins directement, de la construction de
lieux de culte, voire d’un jugement porté par l’Etat sur les " bons " et les " mauvais " cultes à travers la n
floue de " secte " (Bruno Etienne). On serait dans ces conditions porté à qualifier plutôt le régime de 190
régime de " privatisation " ou de " libéralisation " que de " séparation " au sens strict du terme (Emile Po
ce qui nuance l’image d’une " exception française " en Europe.
Au demeurant, la laïcité, dans les débats français, a pu être qualifiée de " concept valise ", la référence à

principes intangibles pouvant conduire à méconnaître l’historicité du processus de laïcisation (Bruno
Etienne). Un effort de précision oblige à distinguer entre plusieurs niveaux d’approfondissement de cette
laïcisation : le fait que l’Etat cesse de faire référence à Dieu ; le fait qu’Etat et Eglises renoncent à la prét
de se gouverner l’un l’autre ; la garantie de la liberté de conscience qui est garantie par la Révolution
française avec l’article 10 de la Déclaration de 1789 (Emile Poulat). D’un point de vue éthique, on peut a
chercher, au-delà de la version appauvrie de la laïcité qui se réduirait à un principe de neutralité, recherc
les valeurs qui fondent cette neutralité : tolérance, mais aussi une certaine conception de l’institution d’u
ordre social et politique autour d’un principe d’autonomie, ce en quoi laïcité et démocratie se mêlent… si
bien qu’ " en ce sens toutes les démocraties modernes sont laïques " (Guy Coq).
Dans ces conditions, la singularité française concerne effectivement non l’ordre des valeurs mais celui de
institutions, en raison d’une histoire spécifiqcuoe nbniuene qui a placé le législateur de 1905 devant un "
héritage " (Emile Poulat).

3. Compatibilité du système français avec la jurisprudence européenne

La diversité, même relativisée, des expériences nationales pose évidemment la question des incidences
leur commune soumission (au-delà même des limeiltlesl à )enneéporue rerd’o eufovri utnion l’Us detureac
juridique issu de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales.
La jurisprudence de la Cour européenne desd ed rl’oiHtos mme s’est étoffée au fil des années sans avoir
encore tranché toutes les questions brûlantes. Elle affirme d’ores et déjà clairement :

• eé lretèacar cletéicos sed euqïaratiquesés démocnnse ,ale rupoeéta é cntaï ltécifa tmrifrialneme
comme " une valeur de la société démocratique " ;
• la liberté religieuse mais aussi le conditionnement de cette protection par le respla protection de
du principe de laïcité ;
• la compétence des Etats avec la marge d’appréciation qui en découle pour aménager le
fonctionnement des services publics en conciliant respect de la liberté religieuse et exigences de
l’ordre public, ce dernier devant cependant être apprécié dans le contexte d’" une société
démocratique " ;
• la neutralité confessionnelle des agents publics (même si la rigueur des formulations, ou du moins
nature des motivations des décisions, peut varier d’une espèce à l’autre).

Il reste que la question la plus actuelle dans lea dnéçbaiast, fcrelle du port de signes religieux par des usagers
du service public d’enseignement, demeure pendante (deux affaires concernant des étudiantes turques
en cours d’instruction au fond) et que les reports d’audiencement indiquent le caractère à la fois importa
délicat de la jurisprudence en gestation. Il est cte hpoernsd daen débat que la Cour continuera à prêtre une
grande attention à la proportionnalité des restrictions de la liberté aux risques de troubles à l’ordre public
dans chaque espèce qui lui est soumise.
Il est en tout cas certain que le système français de " laïcité instituée " est en lui-même parfaitement
compatible (comme l’est d’ailleurs aussi le modèle de l’Etat confessionnel) avec l’ordre juridique de la CE
et que la République française peut comme tout Etat user de son pouvoir normatif, et notamment législa
pour organiser la coexistence de la liberté religieuse et de l’ordre public, c’est-à-dire très exactement po
mettre en œuvre le principe de laïcité.
L’équilibre vers lequel semble s’orienter la jurniscper udde ela Cour pourrait être caractérisé de la manière
suivante (à partir notamment de la décision de principe " Kokkinakis c/Grèce " du 25 mai 1993).

Telle que la protège l'article 9, la liberté de pensée, de conscience et de religion représente l'une des assi
d'une société démocratique. Elle figure dans sa odni rmeelingsiieuse parmi les éléments les plus essentiels de
l'identité des croyants et de leur conception de la vie mais elle est aussi un bien précieux pour les athées
agnostiques, les sceptiques ou les indifférents. Il y va du pluralisme clairement conquis depuis des siècle
consubstantiel à pareille société.
Si la liberté religieuse relève d'abord du for intérieur, elle implique de surcroît notamment celle de manif
sa religion Le témoignage en paroles et en actes se trouve lié à l'existence de convictions religieuses.
Aux termes de l'article 9, la liberté de manifester sa religion ne s'exerce pas uniquement de manière
collective, en public, et dans le cercle de ceux dont on partage la foi ; on peut s'en prévaloir
individuellement et en privé; en outre elle comporte en principe le droit d'essayer de convaincre son
prochain, par exemple au moyen d'un enseignement sans quoi du reste la liberté de changer de religion
de conviction consacrée par l'article 9 risquerait de demeurer lettre morte.
Mais toujours selon l'article 9, il est constatséo rdteéicos enu snad equ a luesrulisùop que ratiémocté d
religions coexistent au sein d'une même population, il peut se révéler nécessaire d'assortir cette liberté d
limitations propres à concilier les intérêts des divers groupes et d'assurer le respect des convictions de
chacun.
On voit donc que si la liberté de manifester ses convictions est reconnue elle s'accompagne d'une protec
relative qui implique une marge nationale d'appréciation.
La jurisprudence européenne a donc dû aborder le terrain sensible de la description des convictions,
religieuses ou non qui méritent cette protectioni ne tf acihseanmt affirme, au nom du pluralisme, la liberté
d'adhérer ou non à une religion et celle de la pratiquer ou de ne pas la praBtiuqsucaerri(nairertê ta utres
contre Saint-Mar idnioatden 'o ligblatneseriap xmelrta'Enet au sitranod mi cesopua ru 18 éfrvei r9199.)L
prêter serment sur les Evangiles.
Les Etats peuvent ainsi légiférer sur des questeipotnisb lseuss cd'offenser des convictions intimes. On trouve
donc une réflexion sur le prosélytisme. Celui-ci tpreaudtu isre la tenue vestimentaire, et justifier une dans
réglementation par une université laïque turquer dqitu ià i nutnee étudiante de faire figurer le foulard sur la
photo qu'exige l'administration universitaire (dKéacrisaidounman contre Turqduiue3 mai 1999).
Dans l'affairDeahlab contre Suisdsecémerb e u51d ou Cvar 0120la, el'l indterdiction pour une institutrice
de porter le foulard pendant le service : même si la motivation de la décision souligne, au titre des
circonstances de l’espèce, le jeune âge des enfants en cause, elle comporte la formulation suivante qui s
situe clairement sur le plan des principes : " il semble difficile de concilier le port du foulard islamique av
le message de tolérance, de respect d'autrui et surtout d'égalité et de non discrimination que dans une
démocratie tout enseignant doit transmettre à ses élèves ".
On relèvera aussi que le refus d'accorder une dispense d'assiduité le samedi peut être justifié par la
sauvegarde du droit à l'instruction de l'enfant, de même que classiquement la protection de l'ordre et de
santé, comme s'agissant d'un Sikh britannique qui refusait de porter le casque en moto la sécurité est un
justification légitime des limitations appournteé em àa nifestation de sentiments religieux.
Enfin, la Cour vient d'admettre la compatibilité à la Convention de la législation irlandaise excluant la
diffusion de tout message d'information religieuse sur les ondes des radios publiques eMtuprrpivhéyes (arrêt
contre Irlanddeu 10 juillet 2003). La Cour accorde une attention particulière à la division religieuse de
l'Irlande du Nord, à l'hypersensibilité de la ponp uàl al'tiéogard des questions religieuses, au fait que la
diffusion d'annonces religieuses pourrait être assimilée à un prosélytisme. Cette solution tient évidemme
compte du fait que le régime de l'audiovisuel ouvre d'autres possibilités d'expression suffisamment large
variées pour que la restriction validée soit jugée proportionnée aux difficultés auxquelles il s'agit de faire
face. On remarque aussi qu'un régime d'autoristartaiîonne reanit pour les autorités la tâche impossible de
trier les messages religieux et profiterait surtout à la religion dominante, entraînant une rupture d'égalité
surtout la Cour tire argument de l'absence ednes cuos nesntre les pays européens sur la question litigieuse.
C’est sans doute dans ce contexte qu’il convient d’interpréter l’opinion récemment émise par un vice-
président français de la Cour de Strasbourg, selon laquelle le principe de l’intervention d’une loi relative
port de signes religieux dans les enceintes sco lsaeira pitese nêm-ii eme saul nble avecncompaticeitnol arpto
de la liberté religieuse par la Convention europBéienn ,ues etiar ec-’equran onise d’lboilagitnoetdn ne n.e
de réserve qui pèse sur les magistrats de la Cour, on ne saurait en déduire aucune indication fiable sur c
serait la position de la Cour relativement à tel ou tel contenu (au demeurant encore hypothétique) d’une
éventuelle loi, d’autant plus que la questioan ednec onr’e, on l’a vu, fait l’objet d’aucune décision
concernant les vêtements portés par les élèves dans l’enceinte des établissements. Mais il est certain qu
Etats disposent d’une marge d’appréciation non neé, gdliagnesa lbels limites posées par les articles 9 et 14 de
la Convention et sous le contrôle des juges européens et nationaux : marge de liberté non négligeable lai
aux Etats dans la fixation de normes législatives, vigilance de l’analyse de proportionnalité dans le contrô