BAC-L-2017-PHILO-SUJET-1-CORRIGE
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avec Corrigés bac 2017 Bac 2017 Philosophie Série L SUJET 1 – DISSERTATION Suffit‐il d’observer pour connaître ? Introduction Problématisation :Connaître, c’est d’abord être informé de l’existence de quelque chose. Il semble donc que cela puisse présupposer une expérience, c’est‐à‐dire la rencontre sensible dans le réel de ce « quelque chose ». Connaître, c’est aussi discerner, distinguer ; cela exige du suivi, de l’attention, de la méthode. L’observation se distingue en cela d’un regard passif, hasardeux et intermittent. Connaître, c’est enfin posséder une représentation de quelque chose qui soit exacte et qui permette de rendre compte de sa nature, de ses causes, des lois qui permettent de l’expliquer. Et c’est pourquoi on peut se demander si l’observation est suffisante pour créer la connaissance : si, comme le disait Kant, la connaissance débute par l’expérience, en dérive‐t‐elle pour autant tout entière? Certes, on peut distinguer l’expérience de l’observation, «regarder »,« voir »et «observer » ; certes, il y a dans l’observation le désir, la volonté de connaître, mais quelle observation est source de connaissance, et jusqu’où? La connaissance présuppose du général, de l’universel, or l’observation est toujours particulière. L’observation est condamnée à se limiter aux phénomènes qui apparaissent :peut‐elle atteindre l’essence même des choses?

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Publié le 15 juin 2017
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Corrigés bac 2017
Bac 2017 Philosophie Série L SUJET 1 – DISSERTATION Suffit‐il d’observer pour connaître ? Introduction Problématisation :Connaître, c’est d’abord être informé de l’existence de quelque chose. Il semble donc que cela puisse présupposer une expérience, c’est‐à‐dire la rencontre sensible dans le réel de ce « quelque chose ». Connaître, c’est aussi discerner, distinguer ; cela exige du suivi, de l’attention, de la méthode. L’observation se distingue en cela d’un regard passif, hasardeux et intermittent. Connaître, c’est enfin posséder une représentation de quelque chose qui soit exacte et qui permette de rendre compte de sa nature, de ses causes, des lois qui permettent de l’expliquer. Et c’est pourquoi on peut se demander si l’observation est suffisante pour créer la connaissance : si, comme le disait Kant, la connaissance débute par l’expérience, en dérive‐t‐elle pour autant tout entière ? Certes, on peut distinguer l’expérience de l’observation, « regarder », « voir » et « observer » ; certes, il y a dans l’observation le désir, la volonté de connaître, mais quelle observation est source de connaissance, et jusqu’où ? La connaissance présuppose du général, de l’universel, or l’observation est toujours particulière. L’observation est condamnée à se limiter aux phénomènes qui apparaissent : peut‐elle atteindre l’essence même des choses ? Si l’observation est peut‐être une condition de la connaissance, est‐elle pour autant source unique de cette connaissance ? Dans le domaine de l’observation, peut‐on même atteindre une exactitude qui permettrait de parler d’une connaissance achevée ? Ce sujet invite donc à penser les conditions de la connaissance, les limites de l’empirisme (qui pose que toute connaissance vient de l’expérience), et cela tout particulièrement dans le domaine de la science, car l’observation semble être au cœur de la démarche scientifique. Pistes possibles pour construire un plan : 1. L’observation semble être une condition nécessaire de la connaissance. A. Connaître, ce n’est pas penser, selon la distinction kantienne ; c’est l’observation au sens d’expérience qui offre la matière de la connaissance. « Il n’y a rien dans l’entendement qui n’ait d’abord été dans les sens », selon John Locke, empiriste. B. Observer, ce n’est pas seulement regarder, traverser un fait. On peut distinguer l’observation, qui présuppose l’attention, du simple regard, qui est passif et glisse sur les choses. Si on peut regarder sans voir, observer, c’est toujours apprendre quelque chose qui ne s’était pas révélé immédiatement, et c’est aussi, souvent, désapprendre ce qu’on a vu dans l’expérience ordinaire. C. Observer est une activité méthodique : on ne se contente pas de récolter des faits au hasard. C’est toute la différence entre la fourmi empirique et l’abeille méthodique, selon Bacon, toute la différence entre expérience et observation.
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D. Il faut aussi différencier une observation passive, qui n’en pas encore vraiment une, et une observation active, faite « avec intention de vérifier l’exactitude d’une vue de l’esprit », selon Claude Bernard dans sa méthode expérimentale en médecine. Une observation est en réalité une investigation : on cherche quelque chose. Elle présuppose donc une théorie préalable qu’on vient confronter au réel : Bachelard parle « d’observation polémique ». Mais si l’observation méthodique, guidée par la théorie, permet de se rendre compte des erreurs de nos expériences premières, de désapprendre, de constater « du régulier » (par opposition au « divers » que nous livre l’expérience ordinaire), de noter comme le disait Hume des « conjonctions coutumières » entre les phénomènes, peut‐elle pour autant conduire à une connaissance, c’est‐à‐ dire à une représentation exacte de la réalité observée ? 2. Même si l’observation n’est pas une simple expérience, elle n’est pas une condition suffisante pour accéder à la connaissance. A. L’observation est particulière, même si elle est répétée, elle ne permet pas de passer du particulier à l’universel. La connaissance inductive est ainsi limitée. B. Même si l’observation présuppose une théorie, même si nos idées simples nous viennent de ce qui a fait l’objet d’expérience et d’observation, l’observation seule ne permet pas d’aboutir à une connaissance, il faut aussi vérifier. Et cette vérification peut consister à faire apparaître en laboratoire des phénomènes inobservables dans la nature. Ce sont parfois même des expériences de pensée qui permettent de parvenir à une connaissance. C. Il faut que cette observation se prolonge par tout un travail théorique. Si l’observation offre la matière, il faut que la raison la mette en forme. La connaissance présuppose donc expérience et théorie. D. La vérification expérimentale et donc l’observation rencontrent des limites (Popper). Celles‐ci sont tributaires des instruments techniques, et parfois du paradigme de la science normale (Kuhn). 3. L’observation cantonnée au phénomène peut‐elle finalement prétendre à une connaissance du réel ? A. Selon un réalisme scientifique et métaphysique, l’observation active couplée à un travail théorique pourrait permettre au scientifique de découvrir les lois du réel, le déterminisme étant présupposé comme une « théorie générale de l’univers » (Russell). Mais on peut penser, comme Einstein, que « la science décrit la réalité. Or nous ne savons pas ce qu’est la réalité », car nous sommes face à l’univers comme face à une montre fermée dont on ne peut observer que le cadran. Le scientifique est condamné à inventer une explication, sans pouvoir vérifier son exactitude. Le critère qui permet de retenir telle ou telle explication scientifique est alors plutôt la cohérence théorique ou l’efficacité des prévisions et des applications (W. James). B. Enfin, la révolution de la mécanique et de la physique quantiques invite peut‐être à penser que la réalité est au‐delà de l’« apparaître ». Derrière les apparences que nous sommes condamnés à observer, il faut travailler sur ce qu’on ne peut même plus observer, et supposer, grâce à des traces détectées par les instruments de mesure, la présence d’objets qui échappent à toute observation directe.
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