Bac et IEP Paris - Commentaires et dissertations de philosophie
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M. Sarfati Philo en 21 leçons Bac et Sciences Po Commentaires et dissertations de philosophie pour le bac et la préparation à l'ordre général Sciences Po Paris en 21 leçons. Jean-Jacques Sarfati Professeur certifié de Philosophie. Docteur en philosophie Diplôme d’études approfondies en droit privé et en droit économique Ancien Avocat à la Cour d‘appel de Paris Préface Il s’agit ici d’une petite présentation de certains textes commentés, de cours et de dissertations propres à aider les élèves et étudiants qui entendent passer le bac philo ou qui se préparent à l’épreuve d’ordre général à Sciences Po Paris. L’épreuve de Sciences Po, comme celle du Bac philo vise essentiellement à juger des capacités d’analyse, de réflexion et de pensée ainsi que la culture du candidat. Elles nécessitent l’une et l’autre de l’exercice et des réflexions préalables. Nul ne peut arriver face à ce sujet sans s’être préalablement préparé. Ce petit recueil se présente en plusieurs leçons successives qui contiennent parfois des « appendices », c’est-à-dire des éclairages propres à aider le lecteur à mieux comprendre ce qui est exposé ou bien à ouvrir sur une autre piste de réflexion et d’analyse. 1 M. Sarfati Philo en 21 leçons Bac et Sciences Po Sommaire re1 leçon : Petite introduction propédeutique à la philosophie ...............................................................

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Publié le 30 mai 2011
Nombre de lectures 89
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

M. Sarfati
Philo en 21 leçons
Bac et Sciences Po






Commentaires et dissertations de philosophie pour le bac
et la préparation à l'ordre général Sciences Po Paris en 21 leçons.


Jean-Jacques Sarfati
Professeur certifié de Philosophie.
Docteur en philosophie
Diplôme d’études approfondies en droit privé et en droit économique
Ancien Avocat à la Cour d‘appel de Paris


Préface
Il s’agit ici d’une petite présentation de certains textes commentés, de cours et de dissertations
propres à aider les élèves et étudiants qui entendent passer le bac philo ou qui se préparent à
l’épreuve d’ordre général à Sciences Po Paris.
L’épreuve de Sciences Po, comme celle du Bac philo vise essentiellement à juger des capacités
d’analyse, de réflexion et de pensée ainsi que la culture du candidat.
Elles nécessitent l’une et l’autre de l’exercice et des réflexions préalables. Nul ne peut arriver face
à ce sujet sans s’être préalablement préparé.
Ce petit recueil se présente en plusieurs leçons successives qui contiennent parfois des
« appendices », c’est-à-dire des éclairages propres à aider le lecteur à mieux comprendre ce qui est
exposé ou bien à ouvrir sur une autre piste de réflexion et d’analyse.


1 M. Sarfati
Philo en 21 leçons
Bac et Sciences Po



Sommaire


re1 leçon:Petiteintroductionpropédeutiqueàlaphilosophie ...............................................................3
e2 leçon:lesexercicesphilosophiques«scolaires»(questionscommunesauxdeuxexercices)...........6
e3 leçon:laDissertation...........................................................................................8
e4 leçon:l’explicationdetexte...............................................15
5eleçon:Questiondeméthodeoudetechnique?..............................................19
e6 leçon:questiondetechniqueoudetravail?....................22
e7 leçon,questiondetravailoud’art?...................................................................................................26
e8 leçon:L’artexisterait-ilsanslatechnique?......................36
e9 leçon:Etretechnicienest-ceêtrenécessairementunexécutantetobéirest-cerenonceràsa
liberté? ..................................................................................................................................................40
10eleçon:êtrelibreest-ceignorersesdésirsoulesécoutertous?.....................43
11eleçon:neplusdésirerc’estparfoissouffrirorladouleurest-elleutile?.......................................48
e12 leçon:L’artpeut-ilsepasserdelabeauté?....................................................51
e13 leçon:Commentairedetexte:Spinoza,l’essencedupolitique......................................................62
e14 leçon:lasociétévueàtraverslaquestiondelasolitude................................66
e15 leçon:Commentaired’untextedePascal.......................................................77
e16 leçon:Ledroit.Lessociétéscontemporainesont-elletropdedroit?............................................83
e17 leçon:lapolitiquedoit-ellerefuserl’utopie?.................................................97
e18 leçon:Quelleestl’essencedupolitique?.....................................................106
e19 leçon:Commentaired’untextedeDurkheimsurlamorale.........................114
20eleçon:Réflexionsurlasociété......................................................................................................119
21eleçon:Lajustice............................................................125

2 M. Sarfati
Philo en 21 leçons
Bac et Sciences Po


re1 leçon:Petiteintroductionpropédeutiqueàlaphilosophie

Présentation :
Qu’Est-ce que la philosophie ? C’est la question que se posent de nombreux étudiants et
élèves. Loin de moi l’idée d‘y répondre en totalité. Il s’agit juste ici de présenter quelques
éléments importants selon moi.
Celui qui approche la philosophie doit se dire qu’il n’y a pas une mais des philosophies. Ce
pluriel peut s’entendre de plusieurs manières et c’est-ce qui fait la richesse de cette matière.
Ainsi pour Kant, il y a deux philosophies : celle qui porte sur ce qui est et qu’il appelle
« philosophie de la nature » et celle qui porte sur ce qui doit être qu’il nomme « philosophie des
mœurs ». Le philosophe peut alors avoir deux casquettes : il analyse. Il cherche le vrai d’une chose
mais en même temps il fait des propositions pour réformer. Philosopher revient alors à penser le réel
dans ce qu’il est en fait et ce qu’il devrait être en droit.
Mais la philosophie peut également s’appréhender au niveau des représentations. Il y a plusieurs
manières de voir la philosophie. Certains la pensent comme un moyen de supporter la vie. Elle est
mise à l’écart protecteur. D’autres la pensent comme un sommet de la pensée. D’autres encore la
considèrent comme forme de « recherche expérimentale » propre à préparer aux savoirs plus
opérationnels.
La philosophie peut également se lire historiquement. La philosophie du XVIIIe siècle français ne
correspond pas à la philosophie des Grecs anciens ou à la philosophie de la Bible par exemple. Elle
peut également s’envisager à plusieurs niveaux : 1° Scolaire 2 Pratique, 3 Métaphysique 4 Érudite.

Scolaire : Qu’on le veuille ou non, il existe certaines formes à connaître pour réussir l’épreuve de
philosophie au Bac et l’épreuve d’ordre général à Sciences Po. En effet, la philosophie y est ici
représentée sous la forme de deux épreuves : la dissertation et le commentaire ou l’explication de
textes. Une réflexion générale sur ces deux types d’exercice est requise.

Pratique : La philosophie peut aider à régler des problèmes quotidiens, ponctuels.
Une âme pure est une âme qui a surmonté le médiocre en elle car les passions nous tiennent tous,
écrit Alain dans le système des beaux-arts.
La philosophie pratique peut aider à surmonter le médiocre ou à le supporter. Elle peut aider aussi à
se connaître soi-même.
3 M. Sarfati
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Ainsi Kant écrit-il :
Le but de la philosophie est bien de découvrir les illusions d’une raison méconnaissant ses limites
et ramener, par l’intermédiaire d’une clarification suffisante de nos concepts, la présomption de la
spéculation à une connaissance de soi-même modeste mais solidement étayée. Kant, Critique de la
raison pure ; Théorie transcendantale de la méthode.

Métaphysique : la philosophie peut également avoir pour objectif de traiter des concepts, de
leurs limites car les mots sont comme des territoires. Elle peut avoir pour objectif de réfléchir
sur l'être.

Érudite : la philosophie peut également être érudite. C’est apparemment la plus inutile et pourtant
c’est celle qui existe le plus car comment nous dégager de la culpabilité de ne pas connaître ?

À ce propos, on se souviendra du texte de Malebranche qui écrivait :
Il ne faut pas s’imaginer que ceux qui vieillissent sur les livres d’Aristote et de Platon fassent
beaucoup d’usage de leur esprit. Ils n’emploient ordinairement tant de temps la lecture de ces livres
que pour tâcher d’entrer dans les sentiments de leurs auteurs et leur but principal est de savoir au vrai
les opinions qu’ils ont tenues sans se mettre beaucoup en peine de ce qu’il en faut tenir. Ainsi la
science et la philosophie qu’ils apprennent sont proprement une science de mémoire et non pas une
science d’esprit. Ils ne savent que des histoires et des faits et non pas des vérités évidentes et ce sont
plutôt des historiens que de véritables philosophes ; des hommes qui ne pensent point mais qui
peuvent raconter les pensées des autres.
Malebranche. Recherche. II

Conclusion : Qu’Est-ce que la philosophie ? Une liste infinie pourrait être donnée à cette question.
Faire de la philosophie c’est peut-être s’ouvrir à ce pluriel en tentant de l’unifier par la découverte de la
véritable philosophie : la nôtre.

4 M. Sarfati
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Appendice : la poule, l’homme et le concept
Prenons une poule et comparons là à l'homme. Une poule - du moins selon ce que nous en
voyons (mais a-t-on jamais vu une poule inventer des jeux vidéos, des Mp3, fonder des partis ou des
associations, forger des coalitions, inventer des théories scientifiques ?) vit continuellement sa vie et
sans la réfléchir. Disons qu'elle pond, elle picore les grains que lui donne le fermier, elle pond, elle
picore et ce sans jamais avoir de regard sur sa vie. Elle avance sans recul sur ce qu'elle opère.
En comparaison, l'homme a des côtés "poule", il vit une bonne partie de sa vie sans aucune
conscience de ce qu'il fait mais il a en lui (pour des raisons que nous ignorons : évolution ? Élection ?
Hasard ou nécessité ?) la possibilité de prendre du recul par rapport à ce qu'il fait, de jeter un regard
sur lui-même. Il a la possibilité d'arrêter la succession de la temporalité pour jeter un regard sur lui-
même et se dire : tiens qu'est ce que je suis en train de faire ? Est-ce que ce que je fais est bien ?
Est-ce qu'il me faut continuer ou au contraire arrêter, changer d'orientation ?
La meilleure manière pour l'homme d'opérer ce recul c'est d'essayer de refaire "le film de la vie ce
qu'il a vécu" et il peut le faire à un premier degré par le récit (Je me raconte à moi-même ma vie, je
"refais ma vie par écrit", je la mets en mots) et au second degré par la conceptualisation.
Conceptualiser revient à trouver des règles générales, des régularités dans mes fonctionnements. Je
me propose un regard de surplomb, un regard par "avion" sur ce que j'ai fait ou je ferai. En cela il
diffère doublement de la poule qui n'est pas capable de "re-faire sa vie et la re-construire" mais aussi
de penser à ce qu'il est en train de faire et ce qui permet de comprendre pourquoi il le re-fait.
Dans l'analytique des concepts (Critique de la raison pure) le philosophe allemand E. Kant écrit sur
le concept « toutes les intuitions ne sont rien pour nous et nous concernent le moins du monde
si elles ne peuvent être admises dans la conscience, qu’elles exercent sur elle directement ou
indirectement et c’est seulement par là qu’une connaissance est possible ». La différence entre
l'homme et la poule est aussi profonde que celle qui sépare l'œuf de la poule, mais de plus il existe
chez l'homme une différence tout aussi grande entre celui qui a pris la peine de prendre du recul sur
ce qu'il fait et celui qui ne prend jamais cette peine et plus encore de différence entre celui qui prend
du recul sur son recul et celui qui ne l'opère jamais.
Prendre du recul sur son recul : voilà une autre manière de dire ce qu'est « connaître ».
5 M. Sarfati
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e2 leçon:lesexercicesphilosophiques«scolaires»(questionscommunes
auxdeuxexercices)


Présentation :
Il y a deux grands types d’exercices de philosophie : la dissertation et le commentaire de texte.
Dans la dissertation j’expose et je développe mes idées dans une forme qui ressemble à la discussion
publique (et non privée). Dans l’explication j’explicite un texte, c’est-à-dire que je tente - non de le
paraphraser - mais de lui redonner vie.
Ces deux exercices sont des exercices de philosophie. Il faut donc avant tout toujours chercher à
philosopher (au pluriel) lorsque l’on aborde ces textes ou ces questions qui nous sont posées. Il faut
donc tenir compte de l’avis de grands philosophes pour se rappeler de ce que pourrait être cette
philosophie au pluriel.
Pour Malebranche : Les connaissances ne consistent que dans une vue claire des rapports que
les choses ont les unes avec les autres. Vérité. III.
Dans les deux cas, il faut donc parler conjointement avec son cœur et sa tête. Être sincère - donc
dire le vrai - mais ne pas dire « n’importe quoi ». La vérité en effet ce n’est pas n’importe quoi. La
sincérité n’implique pas non plus de croire que l’on parle à n’importe qui. Les exercices de philosophie
vont être lus « publiquement » par un lecteur que vous ne connaissez pas, qui doit vous juger et qui a
droit au respect, à la clarté, à la décence. Il n’a pas droit à n’importe quel langage.
Comme le rappelle Aristote, rappelez-vous : Nous aimons qu’on nous parle sous la forme qui nous
est familière et tout ce qui s’en écarte n’a pas la même action sur nous. Il suffit que cela contrarie nos
habitudes pour que les choses nous deviennent d’un accès plus difficile. Aristote. Métaphysique. Livre
Bêta.
Comment parler à un étranger ? Comment lui dire ce que l’on pense ? Faire de la philosophie c’est
exprimer la profondeur de sa réflexion et la trouver implique un travail de recherche préalable.
Comme le rappelle Pascal dans l’esprit géométrique : C'est une maladie naturelle de l'homme de
croire qu'il possède la vérité directement et de là vient qu'il est toujours disposé à nier tout ce qui lui
est incompréhensible au lieu qu'en effet il ne connaît naturellement que le mensonge.
La vérité nous donne envie de la fuir. Elle nous fait peur et nous préférons écouter des mensonges
qui nous plaisent que des vérités qui nous dérangent. Pourtant la vérité est un bien et même un bien
nécessaire. Ceux en effet qui souffrent du mensonge, de la tyrannie et de la parole confisquée le
savent.
6 M. Sarfati
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Dans ses Propos sur l’esthétique, Alain nous indique que « l’homme qui agit ne craint point la mort ».
Faire de la philosophie à un moment ce n’est pas seulement parler mais c’est aussi s’impliquer ; se
rendre compte que ce que l’on écrit ou dit peut avoir un effet sur notre environnement et sur celui qui
nous écoute et nous lit et c’est donc prendre ses responsabilités.
Il ajoute, dans un autre texte : La loi suprême de l’invention humaine est que l’on n’invente qu’en
travaillant. Artisan d’abord. Système des beaux-arts, Tel. Gallimard 1926, éd. 1953, p. 37
Il faut donc travailler et c’est en travaillant que l’on apprend comment exprimer sa pensée,
comprendre la pensée de l’autre. Il ne faut cependant jamais se décourager malgré la difficulté de la
tâche car comme le rappelle Kant : La conscience de mon ignorance au lieu de mettre fin à mes
recherches est bien plutôt la véritable cause qui les provoque. Kant. Critique de la raison pure Théorie
transcendantale de la méthode.
Il faut arriver devant chaque exercice en concédant son ignorance. Mais il importe de la dépasser
en allant plus loin et en n’acceptant pas cette seule ignorance. L’exercice scolaire que représente la
dissertation ou le commentaire doit cependant pour être réussi, en même temps et à un moment,
sortir du cadre scolaire. En effet, comme le rappelle G. Deleuze. Alors que la logique scolaire consiste
dans la fixation de la méthode et des problèmes par le maître : La vraie liberté est dans un pouvoir de
décision, de constitution des problèmes eux-mêmes : ce pouvoir implique aussi bien l’évanouissement
des faux problèmes que le surgissement créateur des vrais, G. Deleuze « Le Bergsonisme » PUF
1998 p. 4.
Philosopher c’est donc inscrire le mot « liberté » sur sa copie mais concrètement. Cependant la
liberté, comme la vérité n’est pas n’importe quoi. La liberté n’est pas la licence. Elle ne consiste pas,
non plus, dans le fait de croire qu’il n’y a pas de limite. Être libre c’est justement avoir conscience des
limites afin d’éviter qu’elles ne deviennent des obstacles.

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e
3 leçon:laDissertation
Disserter ce n’est pas discourir car dis-currere c’est courir de tous les côtés, se répandre, dis-sere
c’est entrelacer, tisser. La dissertation est une discussion publique. J’y exprime mon point de vue mais
il est objectivé. Il est ouvert, précisément parce que la dissertation consiste dans une interrogation
ouverte. L’ouverture suppose possibilité de sens multiples. Une bonne dissertation ne contient que du
nécessaire. Elle évacue le superflu. Elle cherche et découvre le vrai si elle le peut. Son plan est lui-
même de nature philosophique. Il doit être ouvert et faire penser.
Progresser dans la dissertation c’est toujours se demander pourquoi ? Pourquoi me pose-t-on
cette question ? Pourquoi est-ce que je soutiens cette thèse ? Et pourquoi de ce pourquoi ? Il ne faut
pas avoir peur de l’infini ni peur des problèmes. Il serait même judicieux de chercher ces problèmes.
Comme l’écrit Aristote, au livre B de la métaphysique : Pour arriver aux solutions vraies qu’on désire, il
faut préalablement bien poser les problèmes car la conclusion définitive et satisfaisante qu’on obtient
n’est que la solution des doutes qu’on avait d’abord soulevés. Il n’est guère possible de défaire un
nœud si l’on ignore comment il a été noué, c’est la question que l’intelligence se pose qui nous montre
le nœud et la difficulté pour l’objet qui nous occupe.
Une bonne dissertation contient le nombre nécessaire de références. Elle contient le nombre
nécessaire d’idées développées. Le problème des élèves ou des étudiants est qu’ils refusent souvent
de développer leurs idées ou d’y croire. Une bonne dissertation croit aux idées qu’elle défend et
qu’elle expose. Une bonne dissertation prend le temps de les développer.
Les dissertations sont souvent des comptes rendus extérieurs aux questions posées. La bonne
dissertation s’implique dans le sujet. Celui qui l’écrit se l’approprie. La question devient sa question.
S’impliquer n’exclut cependant pas reculer, réfléchir, analyser. Celui qui disserte doit poser les
problèmes, offrir des solutions mais également il lui faut analyser, définir, expliquer les mots qu’il
emploie et déployer les idées qu’il développe, donner des exemples.

Quatre éléments à étudier pour forger une dissertation
I) CE QU’IL FAUT RETENIR
La dissertation est un exercice de réflexion sur un sujet. DONC IL FAUT TOUJOURS RESTER
centré SUR CELUI-CI ET ESSAYER DE LUI TROUVER UNE RÉPONSE personnelle. C’est un
exercice de pensée. Penser pour Platon, c’est engager un dialogue entre soi et soi. Qui dit dialogue
dit clarté dans l’expression : volonté de se faire comprendre de SOI et de son lecteur. Pour ce faire ?
IL FAUT O.R.D.O.N.N.E.R SA P.E.N.S.E.E. Ordonner sa pensée consiste notamment à penser un
plan clair, qui permet d’exposer en premier lieu ce qui est jugé important afin de se faire comprendre,
pour avancer dans notre analyse du sujet.
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Penser c’est aussi se poser des questions. UNE DISSERTATION DE PHILOSOPHIE pose des
problèmes difficiles à résoudre. CELA NE SIGNIFIE PAS QU’IL FAUT NE SE POSER QUE DES
QUESTIONS ; il faut au brouillon envisager toutes les questions que pose le sujet et ensuite choisir un
problème (ou deux) qui semble le plus intéressant à traiter et résume(nt) si possible tous les autres
(selon nous). Penser c’est donc aussi penser la question posée. La pensée de la question est l’autre
nom de la problématique. La problématique n’est pas la question posée. Pour trouver la bonne
problématique, il faut envisager toutes les questions, tous les problèmes que peut poser le sujet et
ensuite choisir celle qui nous paraît la plus intéressante.
EXEMPLES : Dans un sujet comme : « A quoi reconnaît-on qu’une théorie est scientifique ? ».
Nous pouvons choisir de traiter la question des pseudos sciences, ou des sciences dites humaines,
voire de la psychanalyse ou de la philosophie. Sont-elles des sciences et si non pourquoi ?
Qu’appelle-t-on science est-il possible de dégager des critères objectifs du théorique et du
scientifique ? Dans un sujet comme : « Le travail est-il une nécessité ? » Ce sujet pose évidemment la
question métaphysique du travail considéré comme nécessaire depuis la lecture traditionnelle qui est
faite de la genèse. Le travail comme nécessité divine. Mais pourtant ce qui est nécessaire est ce dont
on ne peut se passer. Or, dans nos sociétés de nombreuses personnes sont privées de travail ?
Vivent-elles mal pour autant cette situation et si oui pourquoi ? Ce mal est-il celui d’un bien nécessaire
qui serait devenu absent ? Le sujet tourne autour des différents sens du mot « nécessité »
(l’« hypothétique » la « catégorique », la « sociale », etc.)

II) CE QU’IL FAUT ÉVITER
A ÉVITER AU NIVEAU DE LA FORME. Il faut éviter des formules de type « langage oral » (« il
est clair », ou « on va montrer », ou « pour finir ». Mais également tout relativisme facile… Exemple ;
« en conclusion, le travail est différent selon les sociétés. Chaque partie du devoir doit être
consistante (un développement doit développer (développer, c’est approfondir ses idées, ses
analyses), une introduction introduire, etc.)
A ÉVITER AU NIVEAU DU FOND. Il ne faut pas oublier les règles premières de toute dissertation
de philosophie a) IL FAUT P.E.N.S.E.R et donc ne pas a) proposer un catalogue d’idées reçues b)
ordonner sa pensée c) ne pas hésiter à récapituler ce que nous ont appris les auteurs qui ont été
étudiés d) ne pas hésiter à convoquer des auteurs qui ne sont pas d’accord avec nous en ayant
d’abord cherché à les comprendre, puis en retirant l‘essentiel de leur discours.
III) COMPRENDRE CE QUI EST JUGE
Il existe des critères objectifs d’évaluation. La bonne copie est celle qui pense le sujet donc a) qui
ne se contente pas d’idées reçues mais propose une réflexion et des analyses b) a bien saisi les
grands concepts qu’elle utilise et sait les mettre en parallèle, les opposer les distinguer c) sait bien
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utiliser les références et dialoguer avec les auteurs d) a pris la peine de faire de bonnes transitions
entre les idées e) est capable de proposer plusieurs idées différentes et pertinentes sur un sujet.
IV) UNE MÉTHODE POUR PENSER LE PROBLÈME : LE DOUTE ET LA RECHERCHE DE
SOLUTIONS AUX PROBLÈMES APPAREMMENT INSOLUBLES
Vous pouvez adopter la méthode cartésienne. Vous partez au départ d’une intuition qui est votre
première réponse à la question posée. Puis vous cherchez à « justifier » cette réponse et vous
questionnez alors cette justification jusqu’à ce que vous parveniez à une « impasse ». Ce n’est que
lorsque vous « surmontez l’impasse » que précisément vous « progressez » en trouvant une solution
à un problème apparemment insoluble. Lire des auteurs qui ont réfléchi sur la question est une
manière de vous aider à résoudre le problème ou le voir d’une autre manière. La mise en évidence de
l’impasse dans laquelle vous vous trouvez est le début de la preuve du « penser » qui surgit.
LE FOND DISSERTATOIRE
RAPPEL : LA DISSERTATION DE PHILOSOPHIE DOIT PERMETTRE DE RELIER UNE
RÉFLEXION PERSONNELLE ET DES CONNAISSANCES CULTURELLES ACQUISES EN COURS
DE PHILOSOPHIE POUR PARVENIR A UNE FORME DE TROISIÈME VOIE QUI DOIT
PERMETTRE DE RETROUVER SA PROPRE VOIE PERSONNELLE. CETTE « TROISIÈME VOIE »
est notre voie (et notre voix peut-être). ELLE PERMET DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS DE
NOUS AIDER A NOUS CONSTRUIRE A PARTIR DE CE QUE LES AUTRES NOUS APPORTENT
SANS ENVAHISSEMENT NI IGNORANCE. LE PRINCIPE EST : JE SERAI D AUTANT PLUS LIBRE,
D AUTANT PLUS HEUREUX SI JE PARVIENS A ME TROUVER MA PROPRE DÉFINITION DE LA
LIBERTÉ ET DU BONHEUR MAIS UNE DÉFINITION RÉFLÉCHIE ET PENSÉE. Je serai plus libre
ou heureux si je sais ce qu’est être libre ou heureux pour moi et si j’ai une méthode (même
discutable) pour y parvenir.

Comment construire sa dissertation ?
1. Rappel de méthode : La dissertation se fait en temps limité. Il faut donc utiliser ce temps dans
sa totalité. Il faut explorer sa propre culture personnelle et celle acquise en cours. Les deux sont
réunies par le sujet qui permet la réunion, la synthèse. Aucune bonne dissertation ne peut se faire
sans un bon fond dissertatoire. Celui s’acquiert régulièrement au cours de l’année.
2. La notion de « fond dissertatoire » :
Ce fond se compose : a) de sa propre culture personnelle ; b) de nos idées personnelles sur la
question, idées à développer à explorer en dialoguant avec les autres auteurs ; c) des exemples et d)
d’utilisation des concepts, des proches et des opposés. Étudions chacun de ces points.
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3. Culture et idées personnelles : Nous sommes dans une double logique opposée face à ces
deux questions : d’une part elles sont mises en évidence et d’autre part elles sont ignorées. Ces deux
extrêmes, comme souvent, se rejoignent. En fait, nous sommes dans l’incapacité de pouvoir faire en
sorte de les mettre réellement en évidence. Nous confondons souvent nos préjugés, les idées des
autres, les cultures avec nos véritables idées, notre véritable culture. Pour pouvoir mettre en évidence
cette réalité, il faut faire en sorte d’accepter une remise en cause. Seul ce qui est solide, seul ce qui
est vrai peut admettre une véritable remise en cause. La remise en cause s’opère par l’interrogation,
le questionnement : suis-je certain de penser de la sorte ? Pourquoi est ce que je pense de cette
manière ? Accepter de lire, de comprendre des auteurs, des textes qui sont à l’opposé de mes idées
est une manière de cette remise en cause. Lire c’est accepter de comprendre en TOTALITÉ. Mais
c’est aussi accepter ses étonnements ses craintes.
4. Les auteurs les textes et le cours : il ne s’agit pas de connaître tous les auteurs, tous les
textes. Il s’agit de faire en sorte de lire uniquement les auteurs qui nous parlent, travailler sur les
textes qui nous semblent importants. Lire, c’est faire des petites fiches, des synthèses en relevant les
thèmes de chaque texte important. Travail sur les textes = Analyse et Synthèse.
5. Les exemples : Les œuvres utilisables dans une dissertation : Kafka, Proust, Zola, Balzac,
Molière, Shakespeare… En science : la théorie de Newton, la théorie de la relativité, les questions en
matière scientifique les lois de Darwin. En histoire : les grands événements historiques ; leurs causes ;
En économie : les grandes théories et thèses économiques. En droit : le système juridique. Sur la
structure actuelle de notre société, sur les querelles actuelles au niveau scientifique. Ouvrez votre
savoir, ouvrez vos recherches et vos analyses… Lisez, interrogez-vous…
6. Le concept : Penser à travailler à partir de « concepts ». Le concept est un mot qui porte
également une idée. Je dois travailler sur la question de la conscience ? Quid du lien : conscience et
inconscience ? Du caractère « moral » du terme de « conscience », du lien science/conscience ? De
la relation entre les termes de conscience et celle de liberté, de sujet, de responsabilité, de civilité, de
communauté, de groupe, etc. ?

Petit appendice : Arendt, Kant et le jugement
Lettre de Kant à Marcus Herz le 7 juin 1771 « vous savez que je n’aborde jamais des objections
raisonnables avec la seule intention de les réfuter mais que, en y réfléchissant, je les mêle à mes
jugements et leur offre l’occasion de mettre à bas toutes mes convictions les plus chères. Je nourris
l’espoir qu’en considérant ainsi le point de vue des autres je parviendrai à un troisième aperçu qui
améliorera ma perspective antérieure… »
11 M. Sarfati
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A propos de cette phrase Hannah Arendt écrit dans « juger » « vous voyez que l’on accède à
l’impartialité en prenant en compte le point de vue des autres ; l’impartialité ne résulte pas d’une
position supérieure qui, parce qu’elle se situe complètement hors de la mêlée trancherait la querelle.
Dans une seconde lettre, écrit-elle, Kant est encore plus explicite :
« Les activités propres à l’animer et les distractions doivent conserver les forces de l’esprit dans
leur souplesse et leur mobilité et ce faisant, l’on se trouve placé en l’état pour apercevoir l’objet
toujours sous d’autres côtés et élargir son horizon depuis une observation microscopique jusqu’à une
vue générale afin d’adopter tous les points de vue concevables ; de telle sorte que d’une manière
réciproque se vérifie à un point de vue le jugement porté dans la perspective d’un autre » (lettre à M.
Herz 21 février 1772) ».
Et Arendt écrit à propos de cette nouvelle lettre « Il n’est pas fait mention ici de l’impartialité. À sa
place nous trouvons l’idée que l’on peut élargir sa pensée afin de prendre en compte celle des autres.
Le mode de pensée élargie joue un rôle capital dans la critique de la faculté de juger. On y parvient en
comparant son jugement aux jugements des autres qui sont en fait moins des jugements réels que
des jugements possibles et en se mettant à la place de tout autre. La faculté qui le rend possible
s’appelle l’imagination… Penser avec une mentalité élargie veut dire qu’on exerce son imagination à
aller en visite… La pensée élargie provient d’abord de ce que l’on fait abstraction des bornes qui, de
manière contingente sont propres à notre faculté de juger, qu’on ne s’occupe pas des conditions
subjectives du jugement en lesquelles tant d’autres se cramponnent, c’est-à-dire que l’on ne tient pas
compte de ce que nous appelons d’habitude l’intérêt particulier… » p 73-74.
Arendt avait noté le fait que Kant avait une défiance à l’égard de la vie et que celle-ci « entraîne
une déchéance de l’ensemble du domaine des affaires humaines, de sa désolante contingence » p
45… Aussi écrit-elle « seul le spectateur occupe une position qui lui permet de voir la scène dans son
entier ; l’acteur parce qu’il a un rôle dans la pièce, doit s’y tenir : il est, par définition, partial. Le
spectateur par définition est impartial : aucun rôle ne lui est assigné. Donc se mettre à l’écart de toute
participation directe pour s’installer en un point de vue hors du jeu est une condition sine qua non de
tout jugement. Ensuite ce qui intéresse l’acteur, c’est la doxa, la renommée… La renommée s’acquiert
grâce à l’opinion des autres. Pour l’acteur la question décisive est donc de savoir comment il apparaît
aux autres ; l’acteur est dépendant de l’opinion du spectateur ; il n’est pas autonome. Il ne se conduit
pas en suivant la voix innée de la raison mais en fonction de l’attente des spectateurs. La norme est le
spectateur. Cette norme est autonome… » p 89.
« Les conditions privées nous conditionnent : l’imagination et la réflexion nous permettent de nous
en libérer et d’atteindre cette impartialité relative qui est la vertu propre du jugement » p. 113.
L’homme est un être social et l’on ne peut entrer en relation avec l’autre qu’en communiquant avec lui
« on ne peut communiquer que si l’on peut penser du point de vue de l’autre… » p. 114.
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