Corrigé bac 2014 première - Séries ES et S - Français

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Corrigé du sujet de Français du bac 2014 pour les séries ES et S.

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Publié le 18 juin 2014
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Langue Français
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C OR R IG EOF F IC IE LNO ND E SE P R E U V E SA NT I C IP E E SD EF R A NÇ A IS B A C C A L A U R E A T20 1 4– SE R I E SS et ES . 1 – Que st io nd eco r p u s. A) rappel des principes.  La question de corpus porte sur les trois textes proposés. Il faut donc bien répondre à la question en évoquant les trois textes : chacun d’eux doit être cité au moins une fois.  Structurer sa réponse: intro, développement (deux ou trois parties), conclusion.  Ne pas entrer dans le détail d’un commentaire, mais expliciter les grandes idées.  Eviter les plans du genre «premier texte, second texte, troisième texte »,mais parler des textes ensemble, en essayant plutôt de trouver en quoi ils sont différents (1ere partie) puis en quoi ils sont similaires (2eme partie), ou l’inverse.  Appuyer ses affirmations par des citations du ou des textes concernés.  Eviter de parler de « Texte A », « Texte B », « texte C »… B) Exemple de réponse. L’amour est certainement l’un des sujets qui a le plus inspiré les poètes, dans tous les lieux comme dans toutes les époques: des poètes de l’Antiquité à ceux de nos jours, en passant par Ronsard, Hugo, Apollinaire ou Aragon, on n’en finirait pas de citer les auteurs auxquels le sentiment amoureux a inspiré certains de leurs plus beaux vers. Chacun, pourtant, a su traiter le thème à sa façon. Nous en avons l’illustration avec les trois textes qui nous sont ici proposés : le premier, écrit par Victor Hugo vers 1850, en pleine période romantique, le second extrait du recueil d’AragonLe Fou d’Elsa(1963) dont le titre est à lui seul tout un programme et le troisième, composé par le poète et écrivain contemporain Claude Roy. Si ces trois poèmes ont en commun l’amour, ils ne le traitent pas de la même façon. Victor Hugo évoque l’amour en général, la puissance d’une force amoureuse qu’il personnifie sous les traits de la déesse Vénus (« Avez-vous? »vu Vénus à travers la forêt) et qu’il décrit comme une puissance naturelle qui doit s’opposer à celle de la mort inévitable (dit-il, le brin d’herbe? et que répond la tombe? »« Que). Son texte présente l’amour comme une loi vitale, universelle, divine
(« Dieu veut qu’on ait aimé ») et nous invite – dans une sorte de« Carpe diem »– à nous y conformer tant que cela est possible (« Lesmortes d’aujourd’hui furent jadis les belles»). Les deux autres textes apparaissent comme des propos adressés à la personne aimée. Aragon évoque un amour enflammé (»« tantje t’aime que j’en tremble) qui correspond bien au titre de son recueil, et semble faire serment à cette personne aimée d’une fidélité éternelle (ce qu’il a de temps« Tout humain / Nous dormirons ensemble» )en même temps que d’une certaine soumission (« Aussi longtemps que tu voudras »). Enfin, Claude Roy présente son amour comme une sorte d’accord mystérieux, d’harmonie entre lui et celle qu’il aime (suis simplement content« Je d’être là avec toi»), accord qui lui permet de dépasser en partie l’incommunicabilité naturelle entre les êtres. Il clôt ainsi son poème sur cette formule paradoxale,« lamieux connue des inconnues», formule qui vient conclure de façon affectueuse et tendre sa description d’une incommunicabilité fondamentale entre les individus:gens qu’on« les aime sont pareils à l’horizon / qui se dérobe quand on avance». L’amour, ici, est le chemin privilégié d’une compréhension, d’une connaissance de l’autre. Mais au delà de leur évocation de l’amour, ces trois textes présentent un autre point commun: celui de lier amour et temps. Victor Hugo oppose au long de son poème cette force vitale de l’amour à l’éternité de la mort (vous qui vivez« Aimez,! on a froid sous les ifs. »). Aragon, pour sa part, inscrit son serment d’amour dans l’éternité (ce qu’il a de temps humain»« Tout) et même dans l’intemporalité (»« Quece soit dimanche ou lundi / Soir ou matin minuit midi). Son amour apparaît ainsi comme un véritable défi au pouvoir destructeur du temps. Enfin, Claude Roy oppose le temps humain dont il dispose à l’infini travail que représente la compréhension de l’autre:si« Même j’avais encore des ans et des années / jamais non plus je ne te déchiffrerais entière». Ainsi, dans les trois textes, amour et temps se trouvent liés: l’amour est pour Hugo une victoire sur la brièveté de la vie, tandis qu’il est un défi au temps chez Aragon et que Claude Roy fait du temps un allié dans une compréhension de l’être aimé qu’il sait de toute façon condamnée à demeurer incomplète. Evocations d’un sentiment amoureux qui trouve ou non à se personnifier dans un autre être, ces trois textes nous rappellent ainsi, chacun à sa façon, que l’amour est à la fois une force universelle et un sentiment soumis aux aléas du temps comme à ceux de l’incommunicabilité. Car l’amour peut ne pas être partagé : le désespoir amoureux n’est-il pas, lui aussi, l’une des grandes sources d’inspiration des poètes ?…/…
2 – Co m m e n t a ir eco m p o sé . A) Compréhension du sujet.  Le poème de Hugo parle bien de l’amour en général, de cette force vitale qui anime tous les êtres : herbe, ver luisant, hommes…  Cette force de vie est opposée à la mort, dont l’évocation est omniprésente dans le texte.  Le début du texte évoque l’amour à travers le personnage de la déesse Vénus, mais très vite l’idée est précisée par la question du vers 6: « êtes-vous des amants ? ».  L’amour est présenté comme une loi universelle mais surtout comme un devoir (« Dieu veut… »).  Le thème du temps est également présent, à la fois par l’opposition « aujourd’hui / jadis »(vers 17), par la métaphore du vers 11 (« la nuit tombe »)et par l’évocation, au vers 22, du»lourd du faucheur« pas qui peut évoquer « la faucheuse » et son avancée inexorable.  Enfin, on trouve au long du texte le thème d’une sorte de dialogue, d’accord entre morts et vivants : c’est évident dans le dernier vers, mais aussi dans le vers 12 qui fait parler les morts (« noussommes ») adressant un conseil aux vivants (« Soyezheureux ») ou dans le vers 9 qui installe l’idée d’un dialogue entre les deux mondes des vivants (« le brin d’herbe ») et des morts(« la tombe »). Ce texte apparaît ainsi comme une exhortation, non pas à «profiter tant qu’il est temps » mais à remplir en aimant une sorte d’obligation à la foi naturelle et divine. C’est aussi l’affirmation d’un dialogue, d’un accord entre morts et vivants (on se rappellera que Hugo écritLes Contemplationsautour du souvenir de sa fille Léopoldine morte en 1843 et qu’à Jersey ou Guernesey, lors de son long exil, il s’adonnera au spiritisme). B) Exemple de plan. I n t r o d u ct io n: Publié en 1856,Les Contemplationsest pour Hugo le recueil de la maturité poétique. Il y exprime avec lyrisme ses convictions philosophiques ou spirituelles, en les mêlant à des évocations douces-amères de sa fille défunte, Léopoldine (comme dans « Demain,dès l’aube…»). Ce poème nous en offre un émouvant exemple :évocation de l’amour comme loi du monde, il se présente aussi comme une exhortation à aimer tant qu’il est temps, et comme une sorte de dialogue, par delà la tombe, entre vivants et défunts. …/…
1 – Aim e rt a n tqu ’ile stt e mp s… A) Une opposition entre vie et mort. Ce poème nous apparaît d’abord comme une exhortation à profiter de la vie pour aimer. En effet, dès le vers 8, nous trouvons l’opposition entre vie et mort à travers la double opposition« herbe / sépulcres »et « s’éveille/ dormants»: le monde de la vie est ainsi confronté à celui de la mort immobile. Cette opposition, répétée au vers suivant (brin d’herbe / tombe ») est réaffirmée au vers 12 avec« heureux / pensifs » « pensifs »est une litote pour évoquer l’immobilité et le silence des cadavres. Enfin, elle se retrouve au dernier vers du poème avec le parallélisme« prières des morts / baisers des vivants ». B) La brièveté de la vie. Le rappel de cette brièveté est présent, de façon plus ou moins explicite, dans le poème. C’est le cas du vers 17 construit en chiasme (« mortes – aujourd’hui – jadis – belles»), mais aussi de la métaphore du vers 11 (nuit tombe»« la) qui, suivant l’impératif« aimez-vous ! »crée un sentiment d’urgence et de l’évocation du»lourd du faucheur« pasdu vers 22: le faucheur, ou plutôt la faucheuse, se rapproche inexorablement. Ainsi, ce poème nous exhorte à profiter de la vie pour aimer. Mais ce n’est pas pour autant un appel à la jouissance. Car l’amour, ici, n’est pas une source de plaisir vain, mais bien une loi divine… 2 – L’am o u rco m m elo iu n iv e r se lle . A) Une évocation panthéiste. Hugo présente d’abord l’amour sous la forme de Vénus, la déesse antique. Cette déesse se promène dans la nature (« à travers les grands bois »,« au sommet des collines »), ce qui évoque plutôt la déesse de la chasse, Diane, et suggère que l’amour/Vénus est présent partout dans la nature. Noter au passage les allitérations en « v » du vers 4 (« Avez-vous vu Vénus») qui renforcent l’évocation. Le vers 11 renforce cette idée par une apostrophe doublée d’une synecdoque (cherche la« Lèvre, bouche »: les humains ne sont) qui permet d’universaliser le conseil pas les seuls à avoir des bouches ou des lèvres. Enfin, l’évocation du « brind’herbe » celledu« verluisant »même celle des ou« fraises » permet d’étendre aux plus humbles créatures cette loi universelle de l’amour. …/…
B) Une loi divine. Si l’amour est ainsi partagé par tous les êtres, c’est qu’il s’agit d’une loi non seulement naturelle, mais divine. En effet,« Dieuveut qu’on ait aimé »et si l’on gaspille l’amour que l’on possède, si on le conserve au lieu de le donner, cela se traduit dans l’autre monde par un temps équivalent de purgatoire:« Toutce (…) qu’on emporta d’amour, on l’emploie à prier ». Il s’agit donc d’une véritable obligation. Cette obligation se traduit d’ailleurs par une forme d’exhortation ou de rappel à l’ordre: la question du vers 6 (? »des amants« Etes-vous) se transforme dès le vers 10 en impératif (« Aimez ») réitéré au vers 12 lorsque l’équivalence se fait entre aimer et vivre:« Vivez », puis à nouveau au vers 25 :« Aimez-vous !». Cette obligation est rappelée aux vivants inconséquents par les morts, dans un véritable dialogue par delà la tombe. 3 – Un dia lo gu eh a r m o n ie u xe n t rem o r t se tv iva n t s. A) Le dialogue morts/vivants Cela est affirmé dès le vers 9 :« dit / répond »; tandis que les trois vers suivants prennent la forme d’une prosopopée où Hugo fait parler les morts. On note en particulier l’avertissementa froid sous les ifs»« On et l’opposition du vers 12 fondée sur un «vous/nous ».La suite du poème peut d’ailleurs se lire de deux manières : est-ce Hugo qui a repris la parole, ou les morts qui, par sa voix, continuent leur discours ? B) Une forme de communion. Ce dialogue devient ainsi l’occasion d’une véritable communion entre les morts et les vivants. Les premiers parlent aux seconds et leur délivrent un conseil sur le mode impératif. Mais les seconds, en leur obéissant, réalisent ainsi la loi divine (veut »« Dieu) et réalisent ainsi une véritable union avec les morts (« Mêle(…)/ Les prières des morts aux baisers des vivants»), union obtenue par une mystérieuse volonté divine (un« ange »aux «ailes obscures»). Ainsi, aimer sur terre devient le moyen de rendre hommage aux disparus et, d’une certaine façon, de les retrouver. C o n clu sio n: un poème où Hugo exprime à la fois ses convictions spirituelles (il y a un Dieu dont la loi est l’amour) et sa tentative de se consoler d’un deuil irréparable: en entourant d’amour ceux qui sont encore là, Hugo veut croire qu’il entre en communion avec les morts et en premier lieu, sans aucun doute, avec sa fille tendrement chérie. …/…
3 – Disse r t a t io n . Quelques pistes…  Il faut tenter de définir ce que peut être un texte poétique: s’agit-il d’un texte qui s’affirme formellement comme un poème (sonnet, ballade, rondeau…) ou d’un texte qui peut faire naître une certaine émotion poétique (comme on peut entendre dans une conversation: « C’est très poétique, ce que Machin vient de dire… »)  Cela pose immédiatement la question: à quoi reconnaît-on un texte poétique ?Car il peut y avoir des «poèmes »assez peu poétiques (exemple :la recette des tartelettes mises en vers par le pâtissier Ragueneau dansCyrano de Bergeracde Rostand).  L’essence de la poésie serait-elle alors une certaine émotionbien particulière ?C’est la thèse du poète Pierre Reverdy (1889 – 1960) lorsqu’il parle dans une conférence célèbre de« Cetteémotion appelée poésie »qui tient à la fois du sentiment esthétique (la beauté du et texte) et de l’aspect nouveau, unique de ce qui est exprimé.  Le sujet comporte aussi le mot «provient » :qu’est-ce qui fait naître une émotion dans un texte poétique ? Trois pistes possibles : -l’idée exprimée habilement par une métaphore, une comparaison, une rencontre inattendue et bien trouvée (exemple : dans « Un jour », Aragon évoque des hommes tellement cruels qu’un poignard peut trembler à l’idée d’être touchés par eux – voilà une image poétique) ; -l’emploi habile de mots, de sonorités, d’allitérations ou d’assonances qui font naître une émotion par la forme plutôt que par l’idée exprimée. C’est peut-être le plus difficile du «travail poétique»… On peut rappeler la formule de Mallarmé: «Ce n’est pas avec des idées que l’on fait des vers, c’est avec des mots». Exemple, le vers de Racine à la fin d’Andromaque:qui sont ces« Pour serpents qui sifflent sur vos têtes ? »qui évoque à la fois le sifflement des serpents de la vision et la folie dans laquelle sombre le personnage. Mais ne risque-t-on pas alors de tomber dans les excès du jeu formel à la manière de certains poètes de la Renaissance (les «Grands Rhétoriqueurs »)ou du Lettrisme d’un Isidore Isou, qui ne compose plus que des poèmes faits de sons et non pas de mots ? -le sujet lui-même, ce que décrit ou raconte le poème, particulièrement dans les registres lyrique ou
pathétique… Certains textes de Hugo, par exemple (« Les Pauvres gens» ou «Petit Paul» dansLa Légende des siècles) sont bouleversants. Mais sommes-nous encore, alors, dans l’émotion poétique ?  Certains, comme les Surréalistes, ont voulu chercher la poésie dans la rencontre inattendue, parfois cocasse, d’objets ou d’idées. On pourra évoquer le jeu du «cadavre exquis» (chacun écrit un mot sans savoir ce qu’a écrit la personne précédente) ou l’écriture automatique. On est là dans la tentative de création poétique par déstructuration de la logique habituelle. Exemple: la célèbre phrase« Lecadavre exquis boira le vin nouveau »qui fut la première née de ce jeu et auquel il doit son appellation.  MAIS on n’oubliera pas que c’est après coup, en lisant le résultat de leur production, que ces Surréalistes jugent de ce qui est ou non poétique. Comme le dira Breton lui-même,y a beaucoup de« il déchet ». Autrement dit, c’est après coup que le lecteur juge s’il y a ou non une émotion poétique produite par le texte qu’il a composé.  Finalement, à quoi reconnaît-on la poésie ? N’y a-t-il pas un risque de tourner en rond : est poésie ce qui fait naître une émotion poétique, est poétique l’émotion qui naît de la poésie… ? La poésie, comme peut-être la beauté, ne serait-elle pas impossible à définir autrement que par son ressenti direct ? ___________