Corrigé bac 2014 - Série L - Philo - Sujet 2
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Corrigé bac 2014 - Série L - Philo - Sujet 2

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Publié le 16 juin 2014
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Langue Français

Exrait

CORRECTION DU BACCALAUREAT DE PHILOSOPHIE 2014
Sujets corrigés
Bac 2014
Philosophie
Série L
Sujet 2 :
Doit-on tout faire pour être heureux ?
Série L 4h, coefficient 7
Sujet 2 : Doit-on tout faire pour être heureux ?Problématisation possible : « Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est
sans exceptions, quelques différents moyens qu'ils y emploient. Ils tendent tous à ce but.
(…) La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de
toutes les actions de tous les hommes. Jusqu'à ceux qui vont se pendre » soulignait
Pascal. C’est pourquoi ce sujet peut surprendre, car le « doit-on » semble de trop, nous
faisons nécessairement tout pour être heureux. Mais justement ce sujet invite à
s’interroger sur cette apparente évidence de la recherche du bonheur et cela selon deux
perspectives.
Cette recherche naturelle autorise-t-elle tous les moyens ? Notre bonheur vaut-il qu’on
lui sacrifie tout ? Peut-on accepter par exemple de payer notre bonheur au prix de notre
liberté ou de celle des autres ? Et en invitant à s’interroger sur les moyens, ce sujet invite
aussi à penser les fins de notre existence, si nous cherchons à être heureux, le bonheur
est-il la seule fin de notre existence ou devons-nous avoir d’autres fins, exigences, qui
d’ailleurs peuvent aussi être une des conditions d’un bonheur réel et plein ? Pouvons-
nous être heureux si nous ne sommes pas justes, pas libres, si notre bonheur exige le
malheur des autres ? Ne devons-nous pas d’abord chercher à être juste, vertueux, libre
pour être ensuite heureux, d’autant que le bonheur au sens d’état de totale satisfaction
peut sembler être inaccessible? Faut-il suspendre son existence à un but soit
insuffisant, soit inaccessible ? Donc le « doit-on » pouvait être pris en deux sens : "être
nécessaire" (ce qui ne peut ne pas être) ou "être un devoir de" (dimension morale,
activité exigible d’un homme au regard de sa nature – d’être pensant, conscient,
rationnel, d’être culturel, d’être politique..). Ce sujet invite donc à penser ce qui fait
qu’une existence vaut d’être vécue et si le bonheur au sens de satisfaction de tous nos
désirs, de somme de plaisirs peut être atteint et faire qu’une existence est satisfaisante
et si l’homme ne peut pas se donner d’autres fins que le bonheur. On pouvait enfin aussi
jouer sur le sens d’ « être heureux », en opposant être et devenir, le bonheur est peut
être davantage dans la recherche, la chasse, le mouvement que dans la prise et un état.
Le bonheur est peut-être davantage dans la capacité de saisir ce qui est, de ne pas passer
à côté que dans la construction, la projection dans le futur

Il y avait plusieurs plans possibles pour traiter ce problème.
Un plan possible :
I. Il semble que nous ne puissions pas ne pas tout faire pour être heureux.
(doit-on =est-il nécessaire, bonheur = état de plaisir, somme de plaisirs)
- on peut constater que tout homme aspire à être heureux, c’est-à-dire à fuir
les douleurs et à être en quête de jouissances et plaisirs. C’est comme le
soutenait Freud le principe de plaisir qui détermine le but de notre vie, et
qui régit les processus de notre appareil psychique
- si le bonheur est la fin de nos fins, même si nous en poursuivons d’autres
ponctuellement, elles sont parce qu’elles contribuent à notre bonheur.
Nous ne pouvons pas ne pas vouloir notre bonheur. On peut même penser
qu’il y a une sorte d’assignation à être heureux, quand le bonheur est
permis et que l’on a tout pour être heureux, comme on dit.
- il semble donc naturel (conforme à notre nature) de tout mettre en œuvre
pour être heureux soit en s’abandonnant aux désirs (thèse hédoniste) soit en s’efforçant de les maîtriser, de les discriminer selon le critère de la
nature et de la nécessité (philosophie épicurienne)
Cela suggère que tous les désirs ne sont pas source d’un état de plaisir, et
que donc tout faire pour être heureux, ce n’est pas pour autant tout
faire. Le bonheur comme état de satisfaction totale ne peut peut-être pas
se réduire à une somme de plaisirs indistincts, l’homme se réduit-il au
désir, à la recherche de l’agréable?
II. Il apparaît que la recherche du bonheur ne puisse pas tout autoriser, non
seulement tous les moyens ne mènent pas à cette fin mais elle ne justifie
pas tous les moyens
- le bonheur exige donc une maîtrise des désirs plutôt qu’un abandon, une
maîtrise de soi. Sacrifier au moindre de ses désirs ne fait sans doute pas le
bonheur.
- si l’homme est un être de désir, un être sensible recherchant
naturellement le plaisir et fuyant tout aussi naturellement la douleur, c’est
aussi un être de raison et de conscience (conscience sans laquelle le
bonheur ne peut être). Le bonheur n’est pas seulement une somme de
plaisirs, il est un état de totale satisfaction. Or cette raison et cette
conscience exigent de l’homme qu’il soit à la hauteur de la dignité que
celles-ci lui confèrent en tant que sujet. Si on peut tout sacrifier à notre
bonheur, on n’a pas peut-être le droit de le faire. On peut penser que l’on
n’a pas le droit peut-être de sacrifier notre liberté ou celle des autres à
notre bonheur. La servitude volontaire même si elle est confortable peut
être condamnée d’un point de vue moral, selon La Boétie, Rousseau ou
Tocqueville. Une vie d’esclave même confortable ne peut être
satisfaisante. Notre sécurité et notre prospérité ne peuvent se payer au
prix de notre liberté.
- des impératifs moraux pèsent donc sur notre existence en tant que sujet
conscient en même temps qu’ils nous obligent à ne pas se contenter d’une
existence bestiale, animale même si en un sens elle pourrait être heureuse.
Nous nous devons d’être moraux, vertueux, de faire le bien avant que de
faire ce qui nous est agréable. C’est la thèse de Kant qui fait même de la
vertu la destination de notre existence et qui soutient qu’on ne peut
échapper à la voix du devoir, à la culpabilité, donc qu’on ne peut être
heureux sans être vertueux.
On pourrait en dire autant d’une existence sans liberté. Comment être
heureux sans être libre ? Ne faut-il pas d’ailleurs rechercher plutôt ce qui
dépend de nous que de suspendre sa vie à un but inaccessible ou qui ne pas que nous et qui, visé mais non atteint, peut nous rendre
méchants ?
III. On ne doit pas faire tout pour être heureux,
- car le bonheur (au sens d’état de plaisir) ne dépend pas que de nous, donc
se donner pour but d’être heureux, c’est s’exposer à la souffrance.- car le bonheur n’est pas dans la poursuite d’un futur en accord avec nos
désirs, mais dans la prise de conscience d’un présent en avec notre
volonté OU à l’inverse il n’est pas dans l’état atteint mais dans la recherche
de cet état (on ne devrait tout faire pour ne pas être heureux en un sens ;
« malheur à celui qui n’a plus rien à désirer… »)
- et « il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un porc satisfait », c’est ce que
soutenait Mill, qui, en utilitariste, associait pourtant le Bien à une
arithmétique des plaisirs et défendait l’idée d’une vraie liberté
individuelle, le droit à l’excentricité dans la recherche de son bonheur.