Brevet 2000 francais pondichery

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Georges Duhamel, Le Notaire du Havre - (Pondichéry) LE NOTAIRE DU HAVRE Monsieur Wasselin, voisin de la famille du narrateur, les Pasquier, vient d'être arrêté par la police pour escroquerie. Le propriétaire de l'immeuble, M. Ruaux, décide alors d'expulser la famille Wasselin car il ne veut pas "de voleurs dans sa maison". M. Pasquier décide d'intervenir. "Vous êtes M. Pasquier? Eh bien? Qu'est-ce que cela peut faire?" 1 - Cela fait, monsieur, dit Papa, que je vous prie de descendre et de ne pas troubler la paix de cette maison." Le bonhomme devint rouge, puis violâtre, puis noir, et l'on put croire une seconde qu'il allait tomber, d'une pièce, écumer, saigner du 5 nez, mouiller ses chausses. "La paix de cette maison! Vous parlez de ma maison! Ma maison, monsieur, ma maison!" Papa se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous 10 comprîmes tous qu'il était parti, sans retour, pour une colère majuscule, une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois d'aussi belles dans sa vie. "Il est possible, dit-il, que cette maison vous appartienne. Mais 15 c'est nous qui l'habitons et nous avons droit à la paix, nous payons aussi pour la paix. Monsieur, vous choisissez l'instant où le malheur s'abat sur une famille pour faire une chose très vilaine. Et vous croyez, monsieur, que je vous laisserai faire sans vous châtier, à ma façon?" 20 Petit à petit,mot à mot, ...

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Georges Duhamel,
Le Notaire du Havre
- (Pondichéry)
LE NOTAIRE DU HAVRE
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Monsieur W asselin, voisin de la famille du narrateur, les Pasquier, vient d'être arrêté par la police pour
escroquerie. Le propriétaire de l'immeuble, M. Ruaux, décide alors d'expulser la famille W asselin car il ne veut
pas "de voleurs dans sa maison". M. Pasquier décide d'intervenir.
"Vous êtes M. Pasquier? Eh bien? Qu'est-ce que cela peut
faire?"
- Cela fait, monsieur, dit Papa, que je vous prie de descendre et
de
ne
pas
troubler
la
paix
de
cette
maison."
Le bonhomme devint rouge, puis violâtre, puis noir, et l'on put
croire une seconde qu'il allait tomber, d'une pièce, écumer, saigner du
nez,
mouiller
ses
chausses.
"La paix de cette maison! Vous parlez de ma maison! Ma
maison,
monsieur,
ma
maison!"
Papa se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous
comprîmes tous qu'il était parti, sans retour, pour une colère majuscule,
une colère telle qu'un homme n'en fait pas trois d'aussi belles dans sa
vie.
"Il est possible, dit-il, que cette maison vous appartienne. Mais
c'est nous qui l'habitons et nous avons droit à la paix, nous payons aussi
pour la paix. Monsieur, vous choisissez l'instant où le malheur s'abat
sur une famille pour faire une chose très vilaine. Et vous croyez,
monsieur, que je vous laisserai faire sans vous châtier, à ma façon?"
Petit à petit,mot à mot, mon père élevait la voix. C'était un
crescendo bien contenu, une gradation savante. Et le bonhomme
Ruaux, saisi soudain d'épouvante, commença de lâcher pied. Il reculait,
ligne
à
ligne,
et
bredouillait:
"Mais,
c'est
inimaginable!"
"Oui, monsieur, je vais vous châtier! Vous ne méritez pas autre
chose. Vous êtes laid. Vous êtes gras. Vous êtes ridicule et bête. Vous
avez le regard faux. Et même, vous ne vous refusez rien: vous vous
offrez
d'être
chauve!"
[...]
Notre père était parti. Rien ne pouvait plus l'arrêter. En vain ma
mère et Madame Wasselin s'accrochaient aux basques de sa jaquette.
En vain, Madame Courtois disait: "Vous dépassez les bornes". En vain
les autres locataires, arrachés à leur terrier, commençaient de monter
les marches. Notre père était en route pour un chef-d'oeuvre de colère.
Georges Duhamel,
Le Notaire du Havre,
© Ed. Mercure de France
PREMIÈRE PARTIE : QUESTIONS, REECRITURE, DICTÉE (25 points)