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  • cours - matière potentielle : promotion de la santé
  • leçon - matière : géographie
  • exposé
  • cours - matière potentielle : difficile
Interprétariat communautaire: quand une médiation linguistique et culturelle est nécessaire pour permettre la prise en charge des patients migrants Isabelle Fierro Muehlemann, responsable de l'interprétariat communautaire Zorica Glauser, interprète communautaire Appartenances Vaud Introduction Comme nous l'avons évoqué hier, il existe effectivement des interprètes communautaires qui offrent à la fois une médiation linguistique et une médiation culturelle, dans les hôpitaux et d'une manière plus générale dans toutes les institutions de la santé, du système de santé en Suisse.
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Interprétariat communautaire: quand une médiation linguistique et
culturelle est nécessaire pour permettre la prise en charge des patients
migrants
Isabelle Fierro Muehlemann, responsable de l'interprétariat communautaire
Zorica Glauser, interprète communautaire Appartenances Vaud
Introduction
Comme nous l'avons
évoqué hier, il existe
effectivement des
interprètes
communautaires qui
offrent à la fois une
médiation linguistique et
une médiation culturelle,
dans les hôpitaux et d'une
manière plus générale
dans toutes les institutions
de la santé, du système de
santé en Suisse. Ce qui
permet la prise en charge
des patients issus de la
migration.
Dans cet exposé, nous
aimerions retracer le chemin parcouru depuis à peu près 17 ans. On entendait hier le Dr.
DRION évoquer les 8 ans depuis la création du pôle de Lille. Il faut toujours du temps pour
instaurer de nouvelles pratiques. En Suisse, l'interprétariat communautaire a environ 17 ans
d'existence. Comme l'a dit Anita, il nous a semblé qu'il y a des points communs surtout par
rapport aux enjeux et aux défis à relever pour prendre en charge des personnes sourdes ou
des personnes migrantes dans les soins.
On s'est dit, effectivement, que notre expérience pouvait alimenter notre réflexion quant à la
mise sur pied d'un pôle surdité (ou toute autre forme qui pourrait venir) qui prenne mieux en
compte les populations qui parlent d'autres langues, ont d'autres expériences, d'autres
conceptions de la vie que celle, dans le fond, de la grande majorité.
Colloque Santé Surdité 102/159Nous aimerions vous présenter les différentes facettes du rôle de l'interprète communautaire,
surtout comment ce rôle s'est construit petit à petit, au fur et à mesure du travail entre
professionnels de la santé et interprètes. Cela s'est développé à partir des besoins et de la
pratique pour arriver à un concept qui s'est petit à petit institutionnalisé.
Zorica va introduire chacune des facettes de ce rôle puisque c'est son travail quotidien. Elle
mettra en évidence les enjeux qui existent lors des soins à des personnes migrantes et on
retrouvera aussi certains aspects qui ont été montré hier par l'équipe de Marseille, le binôme
psychiatre-interprètes en langue des signes.
Je les commenterai au fur et à mesure en montrant ce qui a été mis en place dans le canton
de Vaud puisque c'est de là qu'on part et en Suisse plus généralement pour le
développement de l'interprétariat communautaire.
En introduction, selon le
sommaire, Zorica se
présentera et nous
clarifierons certains
termes.
Et moi, je ne pouvais pas
m'empêcher de faire un
petit détour par mon
parcours personnel et mes
liens et intérêt pour le
monde de la surdité. Je l'ai
découvert il y a 5-6 ans.
On va ensuite partir dans
la construction du rôle de
l'interprétariat et de son
développement .
Rôle et développement de l'interprétariat communautaire, étape par étape, époque par
époque. S'il nous reste du temps, on a quelques extraits de films, des petits sketches qui
permettraient d'illustrer comment se passe un entretien à 3 avec un professionnel de la
santé, une personne migrante qui ne s'exprime pas suffisamment en français (ou dans une
langue commune avec le médecin) et une personne qui a le rôle de l'interprète. On verra
aussi la figure de l'interprète communautaire in vivo.
On aimerait vraiment pouvoir laisser du temps pour les questions, même si on sait que
d'autres questions pourront être posées lors de la table ronde.
Présentation Zorica
ZG: Bonjour je m'appelle Zorica Glauser et suis interprète pour la langue serbo croate,
bosniaque, et anglais quand il il y besoin. Je viens de Croatie, je suis professeur d'histoire de
l'art et d'arts appliqués de formation. J'ai travaillé comme guide touristique jusqu'en 1991,
quand il y a eu la guerre chez nous. Après j'étais interprète pour le CICR, l'ONU, l'OTAN. En
1996, je suis venue en Suisse avec mon mari suisse dont j'ai fait la connaissance par le biais
du CICR. J'ai donc passé 35 ans de ma vie dans mon pays d'origine, ce qui est très
important vu qu'on joue tout le temps le rôle de pont entre les deux cultures. La
Colloque Santé Surdité 103/159connaissance du système institutionnel dans la santé, l'éducation et le social du pays
d'accueil et de notre pays d'origine est nécessaire.
Ce qui m'a frappé au début comme interprète communautaire pour Appartenances, il y a 10
ans, c'était cette différence quand on dit « traducteur » c'est quelqu'un qui fait des traductions
par écrit, l'interprète de conférence, (ce que j'avais fait à l'époque) traduit oralement le
message. On distingue les interprétations simultanées lors des conférences, des congrès, ou
par chuchottage, par exemple, lors de plus petits groupes ou lors de négociations des
discussions. Les interprètes communautaires traduisent dans une situation de trialogue tout
en prenant compte aussi d'aspects socio-culturels. Là où les interprètes de conférence
doivent avoir toutes ces compétences linguistiques, capacités d'analyse simultanée,
mémorisation, tous ces atouts sont nécessaires pour les interprètes communautaires mais il
y a quand même quelques aspects de plus pour lesquels on est formé. La capacité de
communication inter-culturelle, l'approche socio-culturelle des usagers, parce qu'on prend en
compte que, quand il s'agit des migrants, dans la plupart des situations l'interprète
communautaire est face aux usagers d'une couche sociale défavorisée, ce sont des migrants
économiques ou requérants d'asile. Très souvent le message n'est pas clair parce qu'ils vont
mal, c'est incohérent, ils utilisent beaucoup de pronoms, etc. Bref, j'ai réalisé que c'était
quand même différent, au niveau du statut social aussi parce que quand on est interprète
d'un politicien, d'un PDG on est aussi quelqu'un alors que quand on est l'interprète d'un petit
requérant d'asile, ...
Notre métier est assez nouveau, on se bat
toujours pour la promotion, on essaie
d'expliquer comment nous utiliser,
comment on peut travailler avec nous.
C'est complexe et parfois frustrant.
Il y a plusieurs facettes de la traduction,
d'abord équivalent, littérale, traduction la
plus fidèle possible comme les interprètes
de conférence. On peut faire quelque
chose de plus: clarifier les messages,
donner l'aspect culturel (on parle de
médiation culturelle). Il y a beaucoup de
libertés par rapport à notre fonction mais
tout cela, une fois l'alliance établie, c'est
très très difficile sinon on prend trop de
place, ils disent « mais elle se prend pour
qui...? »
Présentation Isabelle
IFM: Je vais parler de mon parcours, Anita
m'a présentée comme la responsable du
secteur « interprétariat communautaire »
de l'association Appartenances Vaud, une association qui travaille dans le domaine de la
migration, un peu comme les Mains pour le Dire avec différents axes. On propose
l'interprétariat communautaire mais aussi des consultations psycho-thérapeutiques pour les
migrants. Des personnes qui souffrent de quelque chose en lien avec leur migration. Cela
peut être des événements qui se sont passés dans le pays d'origine et qui ont poussé les
personnes à partir; beaucoup de migrants ont été victimes de la guerre, de tortures et n'ont
Colloque Santé Surdité 104/159pas de problèmes psychiques particuliers si ce n'est ce traumatisme-là, qui a besoin d'être
pris en charge. C'était important d'avoir une approche plus large, plus communautaire, d'offrir
des espaces sociaux, de rencontre pour ces personnes migrantes. Il y a une vie après ces
séances de thérapie donc c'est aussi important de trouver des lieux, des espaces pour
combattre un certain isolement. Appartenances offre aussi toutes sortes de formations aux
professionnels, aux personnes qui s'intéressent à la migration pour essayer de faire bouger
un peu les institutions et de mieux prendre en compte les besoins spécifiques des migrants.
Auparavant (je travaille pour Appartenances depuis 2004), j'ai travaillé près de 10 ans à
l'école de la Source dans le cadre des formations post-diplômes interdisciplinaires où
j'enseignais la promotion de la santé, l'approche communautaire. Je rassure tout de suite les
personnes qui m'ont connu à cette époque-là, je ne vais pas vous refaire la théorie de
l'approche communautaire et de la promotion de la santé.
Effectivement nous formions des professionnels de la santé, du social et de l'éducation. En
2002, l'association Les Mains pour le Dire a approché cette haute école de santé avec le but
de mettre sur pied une formation d'animateurs de santé en surdité. C'était dans le cadre,
nous l'avons présenté hier, du projet ISS (infos.santé.sourds). On voulait des personnes qui
puissent intervenir auprès de la communauté sourde et proposer des actions de prévention
et de promotion de la santé: cela pouvait être des stands avec du matériel de prévention,
promotion de la santé adapté pendant des manifestations. Parfois des conférences avec
justement une adaptation, une médiation sur des thèmes santé. On a beaucoup travaillé et
proposé des animations thématiques sur un thème donné de la santé avec des apports
d'informations et surtout des échanges en partant des expériences des personnes sourdes.
Quand les Mains pour le Dire a demandé à la Source de travailler à la mise sur pied de cette
formation, c'était drôle, car juste auparavant j'avais eu l'occasion de travailler avec une
demande similaire d'Appartenances à la formation des « interprètes médiateurs culturels »
d'Appartenances (c'est comme cela qu'on les appelait à l'époque).
Interprètes communautaires – animateurs de santé en surdité
Si je fais un parallèle entre les interprètes communautaires et les animateurs de santé en
surdité c'est parce que ces deux figures se sont trouvées sur mon chemin professionnel. Je
ne vais pas aller trop loin
dans les comparaisons
mais je me disais que c'était
intéressant de voir
l'interprète communautaire
participer aux entretiens
entre professionnels de la
santé et personnes
migrantes qui parlent une
autre langue que le
français. L'interprète
communautaire, comme
nous le disait Zorica, est
elle-même une personne
migrante qui connaît la
langue et la culture des
migrants qu'elle
accompagne.
Colloque Santé Surdité 105/159L'animateur de santé en surdité quant à lui a pour travail de participer à des actions de
prévention et promotion de la santé auprès de personnes qui parlent la langue des signes.
L'idée était qu'elle soit elle-même une personnes sourde ou qui connaisse de manière très
proche le monde de la surdité en plus de la langue des signes (des professionnels de la
surdité)
On voit l'émergence de nouveaux
acteurs qui avaient besoin de
développer certaines compétences
face à une profession spécifique,
qu'on étudie pas dans les grandes
facultés, ni dans les écoles
professionnelles; il fallait donc créer
quelques chose en terme de rôle, de
profession et de compétences; et il y
avait aussi un besoin de
reconnaissance. Dans le fond, les
demandes de ces deux associations
étaient qu'une haute école de santé
valide cette formation, lui donne une
certaine reconnaissance sociale. Le
travail commun est de mettre en évidence des besoins spécifiques d'une partie de la
population avec le souhait que les institutions de santé en place – dont le CHUV par
exemple- tiennent mieux compte de ces besoins spécifiques. Notre but, qui est identique au
titre de ce colloque, est de « permettre l'accès aux services de santé ». Cela nous semble
vraiment important. Donner accès à la prévention, à l'éducation à la santé, aux soins pour
toutes et tous; c'est probablement ce qui nous rallie aujourd'hui.
Après la demande des Mains pour le Dire de mettre sur pied cette formation, on a imaginé
les contenus, le nombre de modules, les cours qui devaient être donnés. J'ai été appelée à
donner un cours qui s'appelait « démarches de promotion de la santé ». Il s'agissait
d'apprendre à mettre sur pied un projet, une action de de la santé, par exemple
l'animation d'un groupe sur un thème donné. J'enseignais, étais en plus relativement jeune
professionnelle. Je me suis dit que j'allais faire comme d'habitude, donner un peu de théorie
pour commencer: la promotion de la santé, la charte d'Ottawa, etc..... Je me suis dit, comme
on disait hier « les sourds n'entendent pas mais ils lisent », alors je vais mettre des
transparents avec des tas de choses écrites et puis ils liront.
J'avais envie de montrer une vidéo mais elle était de mauvaise qualité donc je me suis dit
que ce n'était peut-être pas une bonne idée; je me suis dit que j'allais adapter mon cours et
enlever cette vidéo. J'ai commencé mon cours de promotion de la santé. Les premières
journées ont été vraiment difficiles à suivre pour les participants; ce dont je ne me rendais
même pas vraiment compte, parce que les sourds comme tous les humains sont très polis. Il
y avait quand même une personne sourde, ceux qui étaient là s'en souviennent peut-être, qui
fulminait, trouvait vraiment compliqué, et qui s'était permise d'exprimer de la colère vers la fin
de la matinée. Il aurait été facile de mettre cela sur le compte de sa colère et de se dire qu'il
s'agissait de quelqu'un de colérique à qui le cours en plaisait pas. Heureusement les
collègues des Mains pour le Dire ont joué les médiateurs et, je vais oser le dire, il y a peut-
être prescription 10 ans plus tard, mais même les interprètes en langue des signes sont
sorties pendant les pauses de leur rôle, pour me dire qu'il y a des choses qui ne passaient
pas et qui rendaient la communication et la compréhension du cours difficile. Elles ont
vraiment pu m'aider à m'en rendre compte, sans que je puisse complètement l'intégrer
Colloque Santé Surdité 106/159puisque j'ai ma manière à moi de communiquer. J'ai pu comprendre qu'il serait bien de
commencer par des exemples plutôt que de la théorie, d'être plus concrète, être plus
visuelle, que l'écrit n'était pas forcément le meilleur support; de mettre plutôt des images. Je
me suis rendue compte à quel point je suis moi-même une handicapée de la communication
par l'image. Vous verrez, j'ai essayé d'en mettre beaucoup plus; je me suis améliorée....
mais, encore hier, je me suis rendue compte qu'il y avait des choses qui n'étaient pas tout à
fait adéquates. Je suis aussi quelqu'un qui digresse beaucoup; je dis une chose chose, et
puis je fais une parenthèse et je reviens. On a pu me dire à quel point cela perturbait. On ne
savait pas très bien où on en était quand je m'exprimais. Il y avait même des techniques, des
méthodes pédagogiques qu'on utilise très couramment qui étaient compliquées. Durant les
travaux de groupe, on partageait le groupe en plusieurs sous-groupes qui faisaient des ou ateliers dans différentes salles. Quand tous revenaient, on leur demandait de
redire en plénière ce qui s'était passé. On avait des quiproquos: les personnes sourdes
pensaient qu'elles devaient faire autre chose; elles étaient dans un autre lieu et pensaient
qu'elles devaient faire quelque chose de différent. Elles ne savaient pas ce qu'elles devaient
présenter de différent. Ça restait bloqué, et je ne comprenais pas pourquoi elles ne
répétaient pas ce qu'elles avaient dit dans les petits groupes. Pour vous dire, il ne s'agissait
pas seulement d'un problème de communication mais il y a toutes sortes de pratiques qui
vont avec une langue, une autre sensibilité pour les sourds au visuel et à l'espace ce dont je
n'avais absolument aucune conscience, vous connaissez bien cela.
Les sourds ont fini par me donner un nom en langue des signes (mains qui bougent sur la
tête), C'est un tic qui avait été relevé par le groupe qui marquait ma propre nervosité et
l'animosité du groupe à mon égard. Mais là encore, je n'avais aucune conscience si ce nom
avait quelque chose de péjoratif ou pas.
Néanmoins tout cela m'a beaucoup intriguée, intéressée et très vite passionnée de découvrir
ce nouveau monde dont je ne connaissais absolument rien. J'y suis retournée, ne me suis
pas découragée et le groupe est resté. Peut-être ont-ils été touchés par ma persévérance,
mon intérêt, mon envie de mieux comprendre et de mieux communiquer. A tel point que la
formation terminée, la plupart d'entre eux ont eu leur diplôme, ils ont même proposé que je
les accompagne (après la formation) pour préparer les animations, poursuivre un peu de
formation continue. Cela a
vraiment été un très beau
parcours et, à un moment
donné, ils m'ont gentiment
suggéré de me mettre à la
langue des signes. J'ai
commencé, fait un premier
puis un second cours puis
n'ai malheureusement pas
pu continuer. Je n'avais
plus suffisamment de
contacts avec eux pour
pouvoir m'exercer et j'avais
mon travail, ma famille.
Malheureusement, je n'ai
pas été jusqu'au bout mais
j'ai aussi pu faire cette
expérience d'être moi à la
place de l'enseigné et que
l'enseignant soit une
Colloque Santé Surdité 107/159personne sourde. C'est évidemment une expérience extraordinaire de se mettre à la place
des autres. C'est ce qui devrait pouvoir se passer pour chaque personne afin de comprendre
un peu mieux les autres.
Dans les illustrations que j'ai choisies, c'est un livre pour enfants « la petit souris REMI », lui,
il est comme l'image à gauche... il est arrivé au monde comme cela. Tout le monde pense
qu'il voit le monde à l'envers, lui, il pense que c'est les autres qui voient le monde à l'envers
et il souffre énormément jusqu'au jour où à l'école, il y a une leçon de géographie et que le
professeur montre le globe terrestre. Il découvre qu'il y a l'Australie et qu'il y a peut-être des
gens , en Australie, qui sont comme lui. J'ai aussi beaucoup de discussions avec mes
enfants. Ils me disent que les allemands sont bizarres (ils commencent l'allemand à l'école)
car ils parlent tout à l'envers. Je leur dis que s'ils étaient allemands, ce ne serait pas eux qui
penseraient que ce sont les français qui disent tout à l'envers. Acquérir cette idée que les
autres voient les choses différemment c'est difficile, y compris pour les professionnels de la
santé.
Les différentes rôles des interprètes communautaires
Rôle de « traductrice »
Zorica va introduire le rôle de l'interprète avec une première vignette que nous avons appelé
« la traductrice ».
ZG: Au début des entretiens, surtout avec
les intervenants qui n'ont pas l'expérience
de travailler avec des interprètes
communautaires, dans la plupart des
situations, le rôle attendu ou présupposé
de l'interprète communautaire est de faire
de la traduction littérale et que ça s'arrête
là. On peut faire de la traduction littérale à
la première personne, mais on peut
également faire des résumés, des
traductions indirectes ou encore donner des
clarifications des autres aspects. Tout cela
dépend de la situation, des compétences,
et de l'alliance établie entre l'intervenant et
nous. Quand il s'agit de donner des traductions littérales, il est très important de savoir qu'on
a plusieurs techniques. Nous sommes sensibilisés pour travailler dans le domaine de la
santé, le social et l'éducation. Avec les assistantes sociales, les éducateurs, le SPJ (service
de protection de la jeunesse), on intervient beaucoup; mais dans le domaine de la santé,
surtout quand il s'agit d'entretiens pour l'AI (Assurance Invalidité) ou pour des
psychothérapies, on tient compte, du fait qu'on ne s'exprime pas seulement pas la parole:
tous l'aspect non verbal (mimiques, hésitations, pauses, contact visuel,) para-verbal
(intonation, ton, vitesse du discours, répétitions) sont très importants pour la
psychothérapie. On essaie vraiment d'apporter une traduction directe pour préserver la
subjectivité de la personne. Avec la traduction directe (en JE) on essaie de rester le plus
fidèle possible. Les métaphores, les images, on les traduit telles quelles, quoi que, s'il y a
une alliance établie, (parce qu'en psychothérapie on travaille beaucoup avec le même
psychothérapeute, pour un même patient) notre rôle est beaucoup plus libre; quand il y a une
métaphore on se rend compte que pour une image universelle il peut y avoir des aspects qui
peuvent être intéressants pour la psychopathologie.
Colloque Santé Surdité 108/159Quand un patient des Balkans souffrant d'une problématique psychologique utilise la
métaphore « il dormait comme égorgé » (métaphore assez violente verbalement
fréquemment utilisée) cela peut amener sur un chemin.... si on dit que c'est assez récurrent,
cela peut être utile par rapport aux métaphores, illustrations et images; mais on reste
toujours fidèle car on sait très bien qu'en psychothérapie, il y a cet iceberg de Kop... tout le
comportement apparent (manière, langue, histoire , valeurs...) montre des émotions, mais la
couche invisible, sur laquelle les psychologues, psychothérapeutes, psychiatres travaillent
n'est pas connue pour nous. Il y a là des émotions beaucoup plus fortes quand il s'agit de
présomptions, de visions du monde, de modes de penser; donc on ne s'en mêle pas pour ne
pas couper le cadre. Lorsqu'il y a un suivi la psychothérapie, il y a toujours débriefing, un
échange après. On peut apporter nos éclairages de toutes sortes pour ne pas couper le
cadre. Il y a aussi des situations où l'on se permet d'intervenir, lorsque l'alliance est déjà bien
bien établie.
Lorsqu'il s'agit de l'expertise pour l'AI, ils nous demandent explicitement de faire de la
traduction littérale, mot à mot, comme ils disent (je n'aime pas vraiment cette expression qui
correspond plutôt à GOOGLE), le plus fidèle et exhaustif possible. Dans ce cadre on n'ose
pas intervenir car vous savez de quoi il s'agit quand c'est l'AI. Ils nous demandent parfois des
clarifications. Parfois il y a un discours où on évoque plusieurs personnes, lors de la
deuxième phrase l'usager utilise plein de pronoms et la transmission du message n'est pas
possible: Si on n'a pas eu d'entretien préalable pour expliquer, alors on donne une traduction
littérale et la personne demandra des explications car elle ne peut comprendre sans
intervention de l'interprète. Tôt ou tard on rencontre des situations où il est nécessaire de
clarifier certains points.
IFM: Ce rôle d'interprète s'est construit dans
le temps par couches. Nous les avons
situées, avec mon collègue François Fleury,
dans l'histoire et dans le temps. A la fin des
années 80, début des années 90, la section
locale de la Croix Rouge prend en charge
l'accueil des requérants d'asile et des
réfugiés dans le canton de Vaud. Elle met
en place un service de santé. Ce dernier est
tenu par des infirmières qui donnent des
premiers soins, effectuent des contrôles de
santé; elles orientent ensuite les
demandeurs d'asile vers d'autres structures
de soins et doivent aussi beaucoup informer
les demandeurs d'asile sur toutes sortes de choses en matière de santé depuis leur arrivée
en Suisse. La première difficulté qui apparaît est de communiquer avec des usagers dont
petit à petit les provenances se sont diversifiées. Les langues dont disposent ces
professionnels – beaucoup de ces personnes qui travaillaient à la Croix Rouge ne parlaient
pas que le français mais leur espagnol, leur anglais, et autres langues courantes ne
suffisaient vraiment plus à pouvoir communiquer avec les personnes qui arrivaient en Suisse;
particulièrement celles arrivant en masse des Balkans au début des années 90. Le premier
réflexe de ces professionnels a été de vouloir quelqu'un qui les traduise pour pouvoir se
comprendre.
La Croix Rouge a cherché à solliciter des personnes qui étaient en Suisse et qui se
profilaient comme des aidantes directes auprès de la communauté. (Souvent on ne sait plus
qu'il y avait beaucoup de personnes travailleurs immigrés d'ex-Yougoslavie en Suisse avant
Colloque Santé Surdité 109/159la guerre. On a souvent l'impression que toutes les personnes du Kosovo ou le l'ex
Yougoslavie sont là depuis la guerre or beaucoup étaient là depuis beaucoup plus
longtemps. Il y avait donc des personnes qui étaient en Suisse et travaillaient déjà). Ces
personnes aidaient dans la communauté et on les a sollicitées pour traduire. Le demande qui
était faite aux aidantes directes était de traduire mot à mot. Le soignant demandait à ce que
l'interprète répète exactement ce qu'il avait dit dans l'autre langue.
On voulait insister de montrer que c'est ce qui s'est passé historiquement mais qui se passe
encore parfois. Les professionnels de la santé n'ayant pas ou peu l'habitude de travailler
avec un interprète pensent qu'il va avoir quelqu'un qui va les traduire. On appelle souvent
l'interprète communautaire le « traducteur », ce qui est réducteur.
Dans la représentation des gens, ils imaginent que quelqu'un va tout leur traduire. Première
surprise, le professionnel se rend compte qu'il a souvent un sentiment de perte de contrôle
sur ce qui se passe. D'une part, il ne comprend pas forcément ce qui se dit donc « est-ce
que vraiment elle traduit ce que j'ai dit ? »; mais surtout il se rend très vite compte qu'il y a
des différences dans le contenu et dans le temps. Tout à coup, il a l'impression que
l'interprète traduit plus longtemps, elle dit plus de choses; « moi j'ai dit quelque chose de très
court et il me semble que cela fait 2 minutes qu'elle parle », ou à l'inverse « j'ai fait une
longue explication et elle dit les choses de manière très courte. » Donc tout à coup il se rend
compte qu'il y a un souci, il y alors la perte de l'illusion qu'on va pouvoir tout traduire tel quel.
Dès le début, un certain nombre de questions ont émergé:
> comment fidéliser ces aidantes directes à un service ?
> est-ce qu'on les appelle chaque fois ?
> y a-t-il un groupe rattaché à la Croix rouge ?
> ces interprètes doivent-elles être proches des familles migrantes ou doit-on les
désolidariser de ces familles migrantes afin qu'elles soient un peu plus de notre côté?
> que se passe-t-il en dehors des entretiens dans la communauté ?
> quelle confidentialité et secret de fonction, et quelles règles il est important d'instaurer
rapidement si on ne veut as être confrontés à des problèmes ?
Des questions émergent rapidement de la pratique et cela va être développé petit à petit.
Dès ce moment-là est apparu clairement le fait que de travailler avec les enfants, qui sont
souvent ceux qui acquièrent le français plus rapidement grâce à l'école, n'est pas
déontologique, et favorise leur parentification (on leur donne un rôle qui dépasse celui des
enfants.) Cette problématique est aussi
bien connue dans la communauté sourde.
On ne peut pas rester à ce rôle de
traducteur. On a donc ajouté une autre
couche intitulé rôle de l'interprète.
Rôle de l'interprète
ZG: je donne deux exemples par rapport à
l'expression idiomatique pendant le
discours. Chez nous, le patient (ou l'usager
suivant le contexte )dit, si je traduis
littéralement en français: « tu me cours sur
le foie ». Si je donne la traduction mot à
Colloque Santé Surdité 110/159mot, que vont comprendre les interlocuteurs ? On peut se poser la question. On est coincé si
on ne donne pas un équivalent « tu me casse les pieds ».
Ici, vous dites « fermer les yeux sur quelque chose »; chez nous, l'expression idiomatique
serait « regarder à travers les doigts » et tant d'autres exemples. Même l'aspect non verbal
est très codé culturellement. Cela m'est arrivé très souvent, car chez nous nous utilisons
beaucoup les mains, et le patient lève les bras en disant finalement « J'ai levé les
bras »(traduction mot à mot) pour montrer le désespoir. Je vois le visage tout inquiet du
médecin qui se demande pourquoi le patient est fâché et qui se demande ce qui se passe; je
suis donc obligée de dire que le patient a dit « j'ai baissé les bras » en ayant un mouvement
de lever les bras....(Vous dites « j'ai baissé les bras », ce qui chez nous est l'équivalent de
« J'ai baissé les bras »)
Le médecin se demande pourquoi ce qui est dit est l'inverse de ce qu'il voit, un explication
est alors nécessaire.
Autre vignette: situation où l'on est dans le rôle de la compréhension et de la communication.
Le médecin généraliste propose une aide à domicile pour une maman de 4 enfants qui s'est
faite opérer. L'entretien avec l'infirmière du CMS s'est mal passé, il n'y avait pas d'interprète,
la maman a refusé l'aide. Lors de la prochaine consultation avec le médecin, elle dit qu'elle
n'a pas besoin d'aide si on la lui propose de cette façon. Comme c'est moi qui ai l'accès
direct à ce qu'elle dit avec son expression, et grâce à mon expérience dans différents
contextes d'intervention, je sais que les enfants des migrants qui sont grands et qui ont
parfois leur langue maternelle avec un vocabulaire restreint et pauvre (car ils ont passé des
années ici, parce que dans certaines situations les parents vont mal et il y a peu de
communication dans leur langue d'origine). J'ai alors supposé qu'il y avait du y avoir un
quiproquo et j'ai demandé au médecin de poser la question. Je me suis alors rendu compte
que c'était la fille de la patiente, qui maîtrisait mal sa langue maternelle, qui avait traduit la
question de l'infirmière (il s'est avéré par la suite, cela a pu être vérifié lors d'un entretien
ultérieur). Cette dernière avait posé la question tout poliment et demandé quelle étaient les
attentes, lui avait demandé comment elle pouvait lui être utile et quels étaient ses besoins; la
petite fille avait traduit « elle veut savoir qu'est-ce que tu veux... ». Madame avec sa fierté,
s'est sentie tellement blessée qu'elle a refusé toute sorte d'aide. Nous avons alors pu
convoquer l'infirmière du CMS (le CMS n'a pas le budget pour payer les interprètes
communautaires) qui a pu participer au prochain entretien avec le généraliste. Nous avons
pu clarifier les choses, établir un climat de respect, de confiance. En suite les choses ont pu
bien démarrer.
Deuxième situation: le médecin généraliste suit une patiente qui parle peu la langue
française, sans interprète. Il se rend compte que les entretiens sont parasités et qu'il a
besoin de clarifier certains aspects- Il suppose qu'il s'agit de symptômes chroniques et que
Madame souffre de douleurs somatiques. Lors de l'entretien avec l'interprète
communautaire, Madame se lance dans un récit détaillé de son vécu douloureux dans son
pays d'origine ainsi que des problèmes administratifs en Suisse, requérant d'asile avec des
incertitudes du point de vue administratif, menaces de renvoi, angoisses énormes. Elle
avoue qu'elle n'a pas osé poser des questions au médecin avant pour ne pas l'embêter alors
que la plupart du temps, elle n'avait saisi que la moitié de son message. Quand il lui
demandait si elle avait compris elle répondait « oui, oui ». Il lui a ainsi proposé une
consultation psychothérapeutique. Là, j'ai expliqué ce qu'est une « psychothérapie », qu'il ne
s'agit pas de soigner les fous, ...
Colloque Santé Surdité 111/159