Fiches réalisées par Arnaud LEONARD (Lycée français de ...

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1 Fiches réalisées par Arnaud LEONARD (Lycée français de Varsovie, Pologne) à partir de sources diverses, notamment des excellents « livres du professeur » des éditions Nathan (dir. Guillaume LE QUINTREC)
  • rétablissement du suffrage universel par abrogation de la loi
  • suffrage universel
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Ajouté le 28 mars 2012
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Fiches réalisées par Arnaud LEONARD
(Lycée français de Varsovie, Pologne)
à partir de sources diverses, notamment des excellents « livres du professeur »
des éditions Nathan (dir. Guillaume LE QUINTREC)
1 HC – A la recherche d'un régime politique en France de 1848 à 1879
Approche scientifique Approche didactique
Définition du sujet (termes et concepts liés, temps court et temps long, amplitude Insertion dans les programmes (avant,
spatiale) : après) :


Sources et muséographie :
Ouvrages généraux :
Demier Francis, La France du XIXe siècle, 1814-1914, Le Seuil, 2000, coll. «Points Histoire», p. 163-322.
Rémond René, La Vie politique en France depuis 1789, tome 2, « La vie politique en France, 1848-1879 », Armand Colin, coll.
«U», 3e éd. 1986, 382 p.
J. Baronnet, Regard d’un Parisien sur la Commune, Gallimard/Paris bibliothèques, 2006.
Rougerie Jacques, La Commune de 1871, PUF, 1992, coll. «Que sais-je?», 128 p.
Rougerie Jacques, Paris insurgé, la Commune de 1871, Gallimard, 1995, coll. «Découvertes», 160 p.
Winock Michel, « La poussée démocratique 1840-1870 », in Berstein Serge et Winock Michel (dir.), Histoire de la France
politique, tome 3, «L’invention de la démocratie, 1789-1914 », Le Seuil, 2002, coll. « L’Univers historique », p. 109-152.
J.-C. Caron, La nation, l’État et la démocratie en France de 1789 à 1914, coll. « U », A. Colin, 1995.
Caron, F., La France des patriotes de 1851 à 1918, Fayard, 1993.
M. Agulhon, Les Quarante-huitards, Gallimard, Paris, 1992.
Agulhon, M., 1848 ou l’apprentissage de la république (1848-1852), tome 8 de NHFC, Le Seuil, 1973.
Plessis, A., De la fête impériale aux murs des fédérés (1852-1871), tome 9 de NHFC, Le Seuil, 1973.
Mayeur, J.-M., Les Débuts de la IIIe République (1871-1898), tome 10 de NHFC, Le Seuil, 1973.
F. Furet, La Révolution : 1770-1880, Hachette, 1988 (réédition chez Pluriel en 2 volumes).
Furet (F.), Ozouf (M.), Le Siècle de l’avènement républicain, Hachette, 1986
J. Garrigues, La France de 1848 à 1870, coll. « Cursus », A. Colin, 1995.
P. Lévêque, Histoire des forces politiques en France, coll. « U », A. Colin, tome 1 (1789-1880), 1992, tome 2 (1880-1940), 1994.
A. Olivesi & A. Nouschi, La France de 1848 à 1914, Nathan, 2e éd. 1997.
É. ANCEAU, La France de 1848 à 1870. Entre ordre et mouvement, coll. « La France contemporaine », Livre de Poche, 2002.
E. Anceau (textes présentés par), Les grands discours parlementaires du XIXe siècle, de Benjamin Constant à Adolphe Thiers,
1800-1870, A. Colin/Assemblée nationale, 2005.
J. Garrigues (textes présentés par), Les grands discours parlementaires de la Troisième République, de Victor Hugo à
Clemenceau, 1870-1914, A. Colin/Assemblée nationale, 2004.
J. Ferry, La République des citoyens, anthologie présentée par Odile Rudelle, coll. « Acteurs de l’Histoire », Imprimerie
Nationale, 1996 (2 volumes).
H. Fréchet & J.-P. Picq, Lexique d’histoire politique de la France de 1789 à 1914, Ellipses, 1988.
J. Godechot, Les constitutions de la France depuis 1789, Garnier-Flammarion, 1970.
M. Mopin, Les grands débats parlementaires de 1875 à nos jours, La Documentation française, 1988.
H. Néant, La politique en France (XIXe-XXe siècle), coll. « Carré Histoire », Hachette, 2e éd. 2000.
B. Noel, Dictionnaire de la Commune, Mémoire du Livre, 2001.
S. Rials, Textes politiques français (1789-1958), coll. « Que sais-je ? », PUF, 2e éd. 1987.
N. Vivier (dir.), Dictionnaire de la France du XIXe siècle, coll. « Carré », Hachette, 2002.
R. Huard, Le suffrage universel en France, Aubier, 1991.
Rosanvallon, P., Le Sacre du citoyen : histoire du suffrage universel en France, Gallimard, (1992) 2001.
M. Offerlé, Un homme, une voix ? Histoire du suffrage universel, coll. « Découvertes », Gallimard, Paris, 2002.
J.-L. Mayaud (dir.), 1848, actes du colloque du cent cinquantenaire tenu à l’Assemblée nationale, Créaphis, 2002.
J. ETEVENAUX, Napoléon III, un empereur visionnaire à réhabiliter, De Vecchi, 2006.
P. Milza, Napoléon III, Perrin, 2004.
L. Girard, Napoléon III, Fayard, Paris, (1986), 1986, rééd. Hachette, coll. « Pluriel », 2002.
J.-C. YON, Le Second Empire. Politique, société, culture, coll. « U », A. Colin, 2004.
Tulard (J.), Dictionnaire du Second Empire, Fayard, 1995
B. H. Moss, Aux origines du mouvement ouvrier français : Le socialisme des ouvriers de métier, 1830-1914, Les Belles Lettres,
1989.
C. Nicolet, L’idée républicaine en France. Essai d’histoire critique, Gallimard, 1982.
J. GRONDEUX, La France entre en République. 1870-1893, Le Livre de Poche, 2000.
Audouin-Rouzeau (S.), 1870. La France dans la guerre, Armand Colin, 1989
S. Guichard, Paris 1871, la Commune, Berg International, 2006.
G. BOURGIN, La Commune, coll. « Que sais-je »,PUF, n° 581.
J. Rougerie, La Commune de 1871, coll. « Que sais-je ? », PUF, 1988 (1997).
J. ROUGERIE, Procès des Communards, Archives Julliard, 1964.
R. Tombs, La guerre contre Paris. 1871, coll. « Collection historique », Aubier, 1997 (édition originale, 1981).
Documentation Photographique et diapos :


Revues :
2 « Faut-il réhabiliter Napoléon III ? », L’Histoire, juin 1997, n°211.
Napoléon III, TDC, N° 958, du 15 au 30 juin 2008
Les voies du suffrage universel, TDC, N° 831, du 1er au 15 mars 2002
Le Paris d’Haussmann, Au nom de la modernité, YVES CLERGET, TDC, N° 693, du 1er au 15 avril 1995
Carte murale :
Enjeux scientifiques (épistémologie, historiographie et renouvellement des Enjeux didactiques (repères, notions et
savoirs, concepts, problématique) : méthodes) :

Entre 1848 et 1879, la France est plus que jamais déchirée par l’héritage BO 1ere : « De la Deuxième République à
révolutionnaire, qui a ouvert les questions de l’égalité civile et de la démocratie. 1879 : la recherche d’un régime politique
Traversée par trois régimes (Seconde République de 1848 à 1852, Second Empire On examine comment la France est à la
de 1852 à 1870, IIIe République proclamée le 4 septembre 1870), cette période recherche d’institutions capables d’inscrire
est marquée tout entière par la question de l’adoption du suffrage universel. Si la l’héritage de la Révolution dans la société
démocratie politique et sociale des premiers temps de la Seconde République nouvelle. La présentation des années 1870-
échoue, l’enracinement démocratique et l’apprentissage de la citoyenneté se 1871 – de la défaite à la Commune - permet
poursuivent néanmoins en profondeur, y compris sous l’Empire, par le biais du de souligner cet enjeu. »
plébiscite et, à partir de 1860, par son inflexion parlementaire. Au rythme d’une
ehistoire souvent tragique, la Troisième République consacre finalement la BO 4 actuel : « La France de 1815 à 1914 (4
maturité de la démocratie politique par l’instauration d’un régime libéral et à 5 heures)
parlementaire, fondé sur un suffrage universel rétabli pleinement, ignorant L’accent est mis sur la recherche, à travers de
cependant des aspirations sociales qui se sont violemment exprimées dans nombreuses luttes politiques et sociales et de
l’explosion communaliste de 1871. multiples expériences politiques, d’un régime
stable, capable de satisfaire les aspirations
Cette question d’histoire politique « classique » ne présente pas de difficultés d’une société française majoritairement
particulières. Il faut analyser les différents types de régimes expérimentés au attachée à l’héritage révolutionnaire.
cours de cette trentaine d’années, sans se perdre dans un récit événementiel trop •Repères chronologiques : les révolutions de
détaillé. L’important est d’expliquer le fonctionnement de chacun de ces régimes 1848 ; la Seconde République (1848-1852) ;
et les causes de son échec ou de son succès. le Second Empire (1852-1870) ;
Il faut faire attention cependant à éviter une approche téléologique, qui l’inauguration du canal de Suez (1869) ;
présenterait la Troisième République comme un point d’aboutissement proclamation de la République (4 septembre
nécessaire. Le Second Empire, en effet, a été victime d’une guerre mal engagée, 1870) ; l’Affaire Dreyfus (1898).
beaucoup plus que de l’opposition républicaine. Les républicains modérés ont su •Documents : Delacroix : La Liberté guidant
ensuite convaincre les Français, en se démarquant à la fois de la Commune et des le peuple ; Victor Hugo : extraits des
royalistes, encore puissants dans les années 1870. Châtiments et des Misérables ; la loi sur la
séparation de l’Église et de l’État (1905). »
Comment expliquer l’instabilité politique de la France entre 1848 et 1879 ?
L’étude de cette question doit permettre de montrer l’affrontement des différents Socle : Nouveau commentaire
courants politiques qui luttent pour le pouvoir ainsi que leurs valeurs respectives « La succession des régimes au cours de cette
: monarchistes (légitimistes et orléanistes ; les premiers, autour du comte de période manifeste la difficulté de parvenir à
Chambord héritiers de la monarchie absolue de droit divin, les seconds, autour du une stabilité politique jusqu’à l’enracinement
comte de Paris défenseurs d’une monarchie parlementaire fondée sur un régime de la IIIe République malgré les crises
censitaire), bonapartistes (on abordera alors la notion de césarisme, pouvoir violentes qui ont marqué ses origines.
exécutif fort qui prétend s’appuyer sur le peuple) et républicains (on montrera Ajout aux repères
leur diversité : conservateurs, radicaux, socialistes La Commune (1871). »
et leurs valeurs communes, notamment la défense du suffrage universel).
e BO 4 futur : « L’ÉVOLUTION POLITIQUE
Le Second Empire est, dès ses débuts, un régime ambigu. D’une part, il prétend DE LA FRANCE, 1815-1914
tenir sa légitimité du suffrage universel masculin, qui est rétabli dès 1851, et La succession rapide de régimes politiques
multiplie les appels au peuple français par l’intermédiaire des référendums. De jusqu’en 1870 est engendrée par des ruptures
l’autre, l’Empire s’affirme comme une monarchie autoritaire, au moins jusqu’en : révolutions, coup d’État, guerre. La victoire
1860 ; les pouvoirs de l’empereur sont immenses et les libertés restreintes. Après des républicains vers 1880 enracine
cette date, le régime se libéralise progressivement et devient une monarchie quasi solidement la IIIe République qui résiste à de
parlementaire. Ces réformes rencontrent un certain appui populaire, même si le graves crises.
gouvernement ne renonce pas à intervenir pour influencer le vote des électeurs. Les régimes politiques sont simplement
L’historiographie récente a pris ses distances avec une vision caricaturale du caractérisés ; le sens des révolutions de 1830
Second Empire, héritée de la propagande républicaine et des manuels de la IIIe et de 1848 (établissement du suffrage
République. En maintenant le suffrage universel, même manipulé, le régime universel et abolition de l’esclavage) et de la
bonapartiste a permis une certaine acculturation politique des Français. Le vote Commune est précisé.
pour le candidat officiel – souvent un homme nouveau – peut s’interpréter Situer dans le temps
comme un rejet des anciens notables. Par ailleurs, le régime est devenu quasi - Les régimes politiques successifs de la
parlementaire à l’issue d’un processus de démocratisation assez remarquable. France de 1815 à 1914
- L'abolition de l'esclavage et suffrage
Comment l’idée de la République a-t-elle fini par s’imposer ? universel masculin en 1848 »
Cette question permet de développer une réflexion autour de la notion-clé du
suffrage universel et de souveraineté populaire. Elle conduit aussi à aborder la
3 notion de libertés fondamentales. Héritées de 1789, ces notions forment le socle
commun des républicains. Toutefois, il faudra aussi montrer les divergences qui
se font jour au sein du camp républicain, notamment en ce qui concerne la
conception de la République. Autrement dit, quelle République souhaitent les
Français ? Est-ce une République conservatrice (qui garantit les libertés
fondamentales, l’égalité civique mais se veut conservatrice sur le plan social),
une République radicale (dont les valeurs sont la défense de la laïcité et des
valeurs républicaines, la limitation des inégalités sociales) ou est-ce une
République sociale (héritière de 1793 et de ces valeurs plus égalitaristes) ?
L’étude de la Commune doit permettre de trancher cette question.
La Commune, comme l’a montré depuis longtemps Jacques Rougerie, n’est pas
la première révolution du prolétariat moderne comme l’avaient cru Marx et
surtout Lénine. Elle s’inscrit dans l’histoire du mouvement ouvrier français, celle
du « socialisme de métier » étudié par l’historien américain Bernard H. Moss. Les
revendications des Communards sont très proches de celles des « démoc-soc. »
de 1848 : organiser dans chaque branche d’activité des coopératives ouvrières,
avec l’aide d’une République résolument sociale. C’est l’échec de la Commune
qui a ensuite poussé les ouvriers français à prendre leurs distances avec les
républicains et à s’organiser sur leurs propres bases.


Plan, entrées originales (événements, acteurs, lieux, œuvres d’art), supports Activités, consignes et productions des élèves
documentaires et productions graphiques : :

ère
Le plan chronologique s’impose ici. On analyse donc la IIe République, puis le Accompagnement 1 : « Ce thème invite à
Second Empire. On présente ensuite la période très dense des années 1870-1871, une réflexion sur la recherche d’institutions
en approfondissant l’étude de la Commune (par exemple à travers l’itinéraire de efficaces pour un État important, dont la
Louise Michel). Puis il faut montrer comment la IIIe République s’est imposée société est marquée par les acquis et les
entre 1871 et 1879, en étudiant d’une manière précise les institutions mises en principes de la Révolution et engagée dans
place (les lois de 1875 et le régime parlementaire). les mutations liées au processus
Un questionnement transversal consacré à l’héritage de la Révolution dans le d’industrialisation. Les questions des années
débat politique permet de voir comment chaque famille politique se situe dans 1848-1851 : démocratie sociale, articulation
cette problématique centrale. Les bonapartistes prétendent concilier les principes entre représentation politique et suffrage
de 1789 (souveraineté nationale) et un ordre monarchique. Les légitimistes universel, entre autorité et démocratie, entre
rejettent très largement l’héritage révolutionnaire et restent nostalgiques de la exécutif et législatif et entre Paris et province
France d’avant 1789. Les républicains modérés veulent achever l’oeuvre de la constituent le point de départ ainsi
Révolution, tout en se démarquant de ses aspects violents. Les républicains « que les enjeux durables. Le Second Empire
rouges » veulent poursuivre la Révolution, dont ils assument totalement est un césarisme démocratique, dans lequel le
l’héritage. Les républicains puisent leurs références dans la philosophie des suffrage universel n’est pas remis en question
Lumières et dans la Révolution de 1789 dont ils veulent faire vivre l’héritage : mais confisqué par une pratique autoritaire: la
liberté, égalité, souveraineté nationale, exaltation de la patrie. À partir de 1879, souveraineté populaire est absorbée par un
contrôlant tous les rouages du pouvoir, ils mettent en place un régime homme. L’évolution libérale maîtrisée voulue
parlementaire qui assure la pré éminence du législatif sur l’exécutif et la par Napoléon III :
prépondérance de la Chambre des députés, des lois garantissant les libertés hérédité, appel direct au peuple et
fondamentales : liberté de la presse, de réunion, liberté syndicale. Ils posent ainsi gouvernement représentatif, se brise sur sa
les bases d’une démocratie libérale et parlementaire. politique étrangère, inscrite dans la tradition
solidement ancrée de la gloire nationale.
I. Révolutions et Seconde République (1848-1852) : l’échec d’une république La crise nationale qui court de septembre
fraternelle, généreuse et démocratique 1870 à mai 1871 illustre l’intérêt du temps
court et la valeur explicative de l’événement.
Les quelques mois charnières qui font suite à l’échec de la monarchie de Juillet et Le désastre de la guerre avec la Prusse
à la révolution de 1848 témoignent d’une recherche effrénée d’institutions entraîne la proclamation de la république,
efficaces pour diriger la France. Les acquis et les principes révolutionnaires durablement marquée par le provisoire. Deux
marquent les aspirations des « quarante-huitards », mais l’effervescence conceptions s’affrontent alors : la vision
passionnée et les libertés conquises qui s’ensuivent ne tardent pas à effrayer les nationaliste de Gambetta qui veut poursuivre
élites et la paysannerie. La période est marquée par de nombreux la guerre heurte le libéralisme et la prudence
questionnements : attitude face à la démocratie sociale, articulation entre des républicains modérés et les aspirations à
représentation politique et suffrage universel, entre autorité et démocratie, entre la paix des ruraux. Le suffrage universel élit
exécutif et législatif, entre Paris et province… une Assemblée majoritairement monarchiste,
qui confie le pouvoir exécutif à Thiers,
On peut dire que le gouvernement reconnaît le droit au travail dans la mesure où, partisan de la paix. Une partie des Parisiens,
le 25 février 1848, « il s’engage à garantir l’existence de l’ouvrier par le travail ». refusant que leur résistance, toute jacobine,
Mais cette déclaration n’est pas vraiment suivie d’effets. L’extrême gauche contre les Prussiens se termine ainsi, estimant
républicaine réclame en vain la création d’un Ministère du travail (fondé en 1906 la république menacée et refusant la «
seulement par Clemenceau). Le gouvernement se contente de nommer une décapitalisation » de leur ville, s’insurge en
4 Commission du gouvernement pour les travailleurs, qui siège au palais du mars 1871. La Commune défend la
Luxembourg sous la présidence de Louis Blanc et de l’ouvrier Albert. On démocratie directe, mène une politique qui
organise des ateliers nationaux, qui ne sont en fait que des grands chantiers de anticipe sur celle de la Troisième République
charité, et non l’organisation du travail réclamée par Louis Blanc, supervisés par et esquisse des projets (république sociale et
le ministre Marie (représentant des républicains modérés fidèles au libéralisme). pour partie fédérale). Après son écrasement,
Tous les ouvriers sans travail y sont admis, avec un salaire de 2 francs par jour. la période 1871-1879 est marquée par la
Les ateliers sont organisés sur un modèle militaire (lieutenances, brigades, marginalisation de ceux qui refusent la
escouades), mais avec des chefs élus. Au moment de leur dissolution, les ateliers république et la victoire de la conception
nationaux employaient 130 000 ouvriers (pour un coût de plus de 7 millions de libérale et parlementaire du pouvoir sur la
francs). Cette décision fut prise parce que les ateliers nationaux étaient considérés conception autoritaire. Le suffrage universel
comme un foyer d’agitation et parce qu’ils coûtaient cher à l’État, qui avait dû tranche à plusieurs reprises, amenant la
augmenter de 45 % les impôts directs (c’est «l’impôt des 45 centimes», sous- démission de Mac-Mahon en janvier 1879.
entendu par franc d’imposition, très impopulaire dans les campagnes). Ce fait entérine une césure importante, pour
La jeune République issue des événements de 1848 se veut girondine. le fonctionnement des institutions comme
Immaculée, elle véhicule l’image d’un humanitarisme sincère dont sont issues les pour la recomposition du système des forces
aspirations diffuses des vainqueurs : démocratie, pitié et générosité, justice politiques. »
sociale, fraternité… Elle répudie tout système et toute tentative de terreur. La
férocité jacobine de 1793 est condamnée. Il y a pourtant parenté entre les deux L’INCONNU DE LA PREMIÈRE FOIS
épisodes révolutionnaires. La jeune vierge de 1848 s’adresse à sa « soeur » de À la suite de la Révolution de février 1848, le
l’An II, reconnaissance explicite d’un héritage, d’une continuité entre les gouvernement provisoire de la République
révolutions de 1793 et 1848. Victor Hugo montrant bien la complémentarité des française décrète, le 5 mars, le vote universel,
deux républiques : « La première a détruit, la seconde doit organiser. L’oeuvre c’est-à-dire le suffrage universel masculin. «
d’organisation est le complément nécessaire de l’œuvre de destruction ». On entrait dans l’inconnu », écrit Garnier-
Mais après la proclamation le 4 mai d’une république conservatrice, les meneurs Pagès, l’un des membres du gouvernement
socialistes les plus résolus (Blanqui, Barbès, Raspail…) manquent, à l’issue provisoire. Dimanche de Pâques, 23 avril
d’une manifestation désordonnée le 15 mai 1848, de faire vaciller le régime. Le 1848, la scène a été souvent décrite : Garnier-
désir de réaction va être exaspéré par cet épisode. La dignité de la République Pagès trace les contours idylliques de ce
issue du suffrage universel a été violée, sa légitimité contestée par le peuple de premier vote massif et apaisé des campagnes
Paris. Les sanglantes Journées de juin rompent l’euphorie de la fraternité nouvelle avec 83 % des inscrits qui ont participé à ce
inaugurée par la révolution de février 1848. Les journées de juin 1848 sont premier banquet civique !
déclenchées par la décision du gouvernement de fermer les Ateliers nationaux Les électeurs, venus en cortèges au chef-lieu
créés par le gouvernement provisoire de février pour lutter contre le chômage de canton, ont été appelés, commune après
(dans lesquels on versait un salaire aux chômeurs contre un travail, le plus commune, nominalement par le président du
souvent de terrassement, dont l’utilité n’était pas toujours avérée) et d’enrôler les bureau de vote à qui ils remettent leur
chômeurs célibataires dans l’armée. La fermeture des ateliers, ainsi que l’élection bulletin de vote, qui a été rédigé à la main en
à l’Assemblée des révolutionnaires Leroux et Proudhon et de Louis Napoléon dehors du bureau, ou à défaut imprimé. Le
Bonaparte mettent le feu aux poudres. Les ouvriers au chômage qui ne survivent bon électeur est en effet celui qui est capable
que grâce aux ateliers nationaux, sont acculés au désespoir suite à leur abolition. d’écrire lui-même son bulletin, mais, la
L’arrestation en mai des leaders les plus connus empêche toute organisation population masculine étant analphabète à 50
efficace Le 23 juin, Paris se hérisse de barricades. Les soldats de la Garde %, les agents électoraux des candidats ont
nationale livrent durant 4 jours un cruel combat contre les insurgés. répandu dans la population de fortes quantités
de bulletins imprimés.
L’insurrection parisienne de juin 1848 Lors de ce premier vote, les pressions des
La France est déchirée une guerre civile qui oppose la classe ouvrière et les puissants, des prêtres et des représentants de
partisans de l’Ordre. Un ouvrier accuse explicitement la bourgeoisie républicaine la jeune République n’ont pas dû manquer.
d’avoir fusillé et déporté les militants de gauche révoltés les 23-26 juin 1848. Le Le président glisse lui-même le bulletin dans
général Cavaignac, le « prince du sang », ministre de la Guerre puis chef du l’urne, tandis qu’un assesseur appose son
pouvoir exécutif, est chargé de réprimer l’émeute. Le 26 juin, après des combats paraphe à côté du nom de l’électeur. Cette
sanglants, les dernières barricades tombent. La bataille se solde par quelques procédure restera inchangée jusqu’en 1913,
exécutions sommaires et d’immenses rafles de suspects. 1 500 hommes attendent, date d’adoption de l’enveloppe et de l’isoloir.
dans des prisons improvisées, la « transportation en Algérie ». L’écrasement de Toutefois le vote aura désormais lieu dans la
l’insurrection par l’armée marque la fin de « l’illusion lyrique » et de la « commune et la procédure de l’appel nominal
République sociale ». des citoyens tombera en désuétude. Preuve
Jean-Louis Meissonnier est l’un des peintres d’histoire et de scènes de genre les aussi de l’individualisation du vote : on vient
plus populaires et les plus décorés de la monarchie de Juillet et du Second voter quand on le veut.
Empire. Cette oeuvre, La barricade de la rue de la Mortellerie, illustre la terrible Toutefois, la belle unanimité quarante-
répression des Journées de juin à Paris. Les affrontements sont acharnés entre un huitarde est ternie par les contestations des
camp « bourgeois » très résolu dont les valeurs d’ordre, de propriété, de liberté se résultats à Limoges et surtout à Rouen, dans
voient attribuées des mérites absolus et celui des « ouvriers socialistes » les quartiers ouvriers. Deux mois plus tard, ce
combattant au nom de la justice, du bonheur et de la vie. seront 4 000 morts que l’insurrection de juin
fauchera. La pacification des conflits est une
condition, mais aussi une conséquence de la
La Constitution du 4 novembre 1848 gestion douce des passions politiques par le
Dès le lendemain de la révolution de 1848, une Assemblée constituante est vote. Si, par la loi du 31 mai 1850, le parti de
formée d’une majorité de républicains modérés prêts à défendre la République l’ordre exclut « la vile multitude » (Thiers),
5 contre les velléités socialistes du peuple de Paris. Fortement inspirée de la écrêtant ainsi l’électorat de 3 millions de
Constitution américaine, mais sans accorder la même prééminence au président, personnes, le suffrage universel est rétabli par
elle vise à éviter la dictature d’une assemblée comme sous la Convention. C’est Louis Napoléon Bonaparte en 1851. C’est
pour cette raison que les pouvoirs sont si nettement séparés. De ce fait, en cas de donc sous un régime autoritaire, sans liberté
conflit entre l’Assemblée et le président, les institutions sont bloquées et la crise d’expression et avec le poids des
ne peut être dénouée que par la force. Paradoxalement les députés de gauche de candidatures officielles, que les Français vont
l’Assemblée constituante, proches du peuple dans leur discours mais se défiant de aussi apprendre à voter. La participation est
son vote dans le cas de l’élection d’un président au suffrage universel, se sont importante lors des trois plébiscites
opposés à ce mode de désignation du Président de la République. C’est victorieux (1851, 1852, 1870). Les élections
Lamartine, favorable à l’élection du Président au suffrage universel qui emporta de 1869 dénotent cependant un net
la décision par un discours dont « l’éloquence fut décisive » (J-J. Chevallier, changement par rapport aux pratiques
Histoire des Institutions politiques de la France, Dalloz, 1952, p. 251). précédentes et la campagne électorale est
Cette Constitution semble plutôt instaurer un régime présidentiel. En effet, le vraiment contradictoire dans les grandes
suffrage universel élit directement une Assemblée unique et un Président, qui ont villes. Enfin, la Commune fait naître les
donc une légitimité équivalente (comme aux États-Unis). Le Président ne dispose derniers grands débats autour du droit de
pas du droit de dissolution, qui est un élément constitutif du régime suffrage : peut-on laisser à la « canaille » le
parlementaire. Les ministres sont nommés par le Président, mais la question de droit de voter, voire pire, d’être élue ? En
leur responsabilité n’est pas clairement réglée. L’article 68 commence ainsi : « Le 1874-1875, le problème est réglé. Non par
président de la République, les ministres, les agents et dépositaires de l’autorité l’exaltation du suffrage, mais par l’argument
publique sont responsables, chacun en ce qui les concerne, de tous les actes du de la continuité. Le droit au vote est
gouvernement et de l’administration ». On ne sait pas ici s’il s’agit d’une désormais irréversible. Seul le régime de
responsabilité pénale individuelle ou d’une responsabilité politique collective. Vichy interrompra ce long apprentissage du
Dans un régime parlementaire, les ministres sont collectivement responsables vote et du respect en suspendant les élections.
devant le Parlement ; dans un régime présidentiel, chaque ministre est
responsable devant le Président. La pratique politique de la IIe République fut « LE SUFFRAGE UNIVERSEL A TUÉ LES
d’abord parlementaire (ministres choisis dans la majorité parlementaire), puis le BARRICADES » (LE TEMPS, 1898)
Président Louis-Napoléon Bonaparte décida, en 1849, que les ministres seraient L’instauration du suffrage universel masculin
responsables devant lui seul. s’est révélée un formidable instrument de
pacification sociale. Il est à la fois cause et
Éloge du suffrage universel conséquence du processus séculaire de
Dans ce célèbre discours, Victor Hugo célèbre le suffrage universel d’une double civilisation des mœurs et d’apprentissage du
manière : contrôle de soi et du respect des autres.
– le suffrage universel établit l’égalité politique entre les citoyens (masculins), ce Désormais, l’électeur doit avoir troqué ses
qui permet de transcender les inégalités sociales et de donner la parole à tous ; vieux modes d’expression du
– ce faisant, le « droit du suffrage » abolit le « droit d’insurrection », rendant mécontentement (émotions populaires,
inutile le recours à la violence, à « l’émeute ». Ce second argument est destiné émeutes, journées révolutionnaires) contre la
aux conservateurs, qui s’apprêtent à restreindre le droit de vote. S’ils portent reconnaissance de sa dignité et de son égalité
atteinte au suffrage universel, ils pousseront les ouvriers, privés du droit de vote, à l’égard d’autrui. Il doit apprendre à
à se tourner de nouveau vers l’insurrection. C’est ainsi la droite qui est présentée patienter, à attendre les échéances légales. La
comme fauteuse de désordre et la gauche républicaine comme une force de paix démocratie, que l’on appelle dorénavant
sociale. représentative, tend à être assimilée au seul
verdict des urnes (le peuple s’est exprimé)
L’élection présidentielle de décembre 1848 porte en tête Louis-Napoléon commenté par les porte-parole de l’opinion
Bonaparte, le candidat du parti de l’Ordre suivi de très loin par le général que sont les élus et les grands éditorialistes.
Cavaignac qui avait réprimé dans le sang le mouvement ouvrier de juin 1848. Les La République, c’est le droit de voter, mais
autres candidats partisans d’une république modérée ou sociale n’obtiennent que ce peut être aussi le droit de ne s’exprimer
des résultats dérisoires. Cette tendance est confirmée lors des élections que par le vote. La délégitimation de l’usage
législatives de mai 1849 qui donnent une majorité très large au parti de l’Ordre. de la violence et sa limitation dans les
Louis Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848, conflits individuels et collectifs sera un
soutient la répression de la propagande démocratique prônée par le Parti de processus progressif. On a pu parler
l’ordre et son chef Louis Adolphe Thiers. Tout un arsenal législatif vise à limiter d’exception française, la France ayant été le
l’impact des mesures libérales prises dans le contexte euphorique de février et à pays dans lequel la révolution initiatrice
favoriser l’encadrement du peuple par les notables, les fonctionnaires ou le (celle de 1789) n’en finit pas de finir.
clergé. La loi Falloux (15 mars 1850) illustre bien cette volonté puisqu’elle fait Cependant, le Grand Soir ou la Grève
du cléricalisme une pièce maîtresse du système conservateur. La religion, par le générale révolutionnaire, symboles négateurs
biais de l’enseignement primaire, doit inculquer au peuple le respect de l’ordre et de la régulation démocratique par le suffrage,
de la propriété. La réforme électorale du 31 mai 1850 marque une nouvelle étape n’éclateront pas. Dans le même mouvement,
dans la lutte contre les « Montagnards ». S’il est désormais impossible de revenir le personnel politique s’adapte lui aussi aux
sur le suffrage universel, « esprit de la constitution », il est possible d’en limiter modifications de la compétition politique
la portée. La loi du 31 mai restreint le corps électoral par l’ajout d’une condition à démocratique : respect du principe de
l’inscription sur les listes. Trois ans de domicile continus sont exigibles des majorité, respect des droits des minorités,
votants, ce qui exclut les migrants, les « vagabonds ». La loi du 31 mai, une fois alternance, réversibilité des décisions.
appliquée, réduit le corps électoral de près d’un tiers, le nombre d’électeurs L’ennemi qu’il s’agissait de détruire
passant de 9 600 000 à 6 800 000. Tout le jeu politique s’en trouve changé. physiquement ou d’annihiler politiquement
Louis Napoléon Bonaparte demande à l’Assemblée nationale de l’autoriser à devient un adversaire, gouvernant potentiel et
6 briguer un second mandat alors qu’il n’est pas rééligible. Face au refus des appartenant à la même corporation des
parlementaires, il tente un coup d’État le 2 décembre 1851, dissous l’Assemblée hommes politiques professionnels. La
et rétablit le suffrage universel. participation aux élections, parfois refusée à
l’extrême droite et à l’extrême gauche, est
Le coup d’État du 2 décembre 1851 : restauration ou mise en place d‘une utilisée par certains nouveaux entrants dans la
expérience politique originale ? compétition à des fins de propagande avant
Louis Napoléon Bonaparte décide de dissoudre l’Assemblée, le Conseil d’État, de l’assaut final révolutionnaire. Peu à peu, pris
rétablir le suffrage universel en abrogeant la loi du 30 mai 1850 qui limitait le dans la machinerie démocratique, les partis
suffrage universel, de convoquer l’ensemble des électeurs pour de nouvelles hors système et les tenants des régimes
élections. On peut parler de coup de force car le pouvoir exécutif décrète, il ne monarchistes ou autoritaires apprennent, eux
tient donc pas compte du pouvoir législatif ni du pouvoir judiciaire pour prendre aussi, à respecter le verdict des urnes, qui
le pouvoir. Il affirme détenir sa légitimité du « Peuple français » au nom duquel il seules confèrent le droit d’occuper
décrète. Enfin, il instaure l’état de siège, s’appuyant sur l’armée pour maintenir temporairement les positions de pouvoir
l’ordre. La seule conquête qui reste est le suffrage universel, mais il est dénaturé politique.
et utilisé au profit du pouvoir. Le recrutement du personnel politique aura
La proclamation du 2 décembre 1851 est un texte essentiel qui fixe les tendance à se démocratiser et les titulaires de
fondements du nouveau régime autoritaire. Elle s’inscrit dans une mise en scène mandat auront tendance à se
précise, ciblée et bien orchestrée. En effet, le coup d’État n’a pas pour vocation professionnaliser. C’est le temps des «
de conquérir un pouvoir déjà en grande partie acquis mais de se prémunir contre politiciens » comme les appellent leurs
les résistances que pourraient susciter les nouvelles initiatives constitutionnelles. détracteurs. Le mot apparaît vers la fin du
La réussite de l’entreprise passe d’abord par une grande opération de propagande XIXe siècle et désigne ceux qui vivent, pour
qui doit faire accepter le fait accompli à l’opinion publique. Ainsi, dans la nuit du reprendre le mot du sociologue allemand
1er au 2 décembre, le coup d’État débute-t-il par l’occupation de l’Imprimerie Max Weber, pour et de la politique. Ce qui
nationale. A l’aube du 2 décembre, des afficheurs salariés de la préfecture signifie qu’ils sont rémunérés par leur parti
placardent sur tous les murs de Paris une proclamation à la population. Elle ou le plus souvent par une indemnité
annonce la dissolution de l’Assemblée législative, impopulaire parce que parlementaire (instaurée très précocement en
conservatrice, la préparation d’une nouvelle Constitution, un plébiscite pour la France dès 1789, supprimée puis réinstaurée
ratifier, le rétablissement du suffrage universel par abrogation de la loi du 31 mai en 1848 et définitivement en 1870). Les
1850. Dans un premier temps, Louis Napoléon Bonaparte préfère la démagogie à membres des professions libérales (avocats
la violence. En rendant au peuple sa voix, il se place plus à gauche que surtout, médecins, publicistes), de
l’Assemblée dissoute. En satisfaisant l’aspiration des Français à la souveraineté l’enseignement (instituteurs et professeurs)
nationale, en fondant son régime sur la démocratie, il montre l’une des facettes de peuvent ainsi concurrencer les anciens
son programme : « fermer l’ère des révolutions en satisfaisant les besoins notables qui pouvaient financer leurs activités
légitimes du peuple », conception à la fois antirévolutionnaire, ambitieuse et politiques sur leur fortune et leurs loisirs. «
paternaliste, mais aussi progressiste. La fin des notables » (au début de la IIIe
Contrairement à Paris, la province tente de s’opposer au coup d’État. Partout République) n’est pas aussi brutale qu’on a
où la propagande républicaine s’était développée, l’annonce de l’événement pu le dire. Certains arrivent à résister à la
donne le signe de l’insurrection. Le fondement de l’insurrection en province concurrence des comités en s’adaptant, en se
comme à Paris repose dans l’article 68 de la constitution « Le président est déchu spécialisant et en apprenant, eux aussi, les
[…], les citoyens sont tenus de lui refuser l’obéissance ». Comment ? L’article techniques de démarchage électoral et de
précise que le pouvoir exécutif revient alors à l’Assemblée. Celle-ci n’ayant pas recherche de voix en compétition
eu le temps de s’en saisir, la résistance prend une forme improvisée, celle de démocratique : rendre des services, certes,
colonnes de paysans, guidés par des chefs ceints de l’écharpe rouge, manifestant mais également multiplier les affiches, les
parfois avec violence leur mécontentement. La proclamation du préfet de l’Allier journaux, tenir des réunions. Bref, faire
du 4 décembre reflète l’interprétation que le nouveau pouvoir et le Parti de campagne.
l’ordre veulent donner de l’événement. L’insurrection, venue des campagnes
arriérées, y est assimilée à une jacquerie. Au-delà de la réaction « Le triomphe de la République », Estampe,
antirévolutionnaire, cette interprétation de l’insurrection provinciale est d’un 1870, musée Carnavalet, Paris.
intérêt politique majeur. Le péril rouge devient la justification du coup d’État. Le Cette allégorie au titre explicite permet de
mythe de la jacquerie permet à Louis Napoléon Bonaparte d’infléchir sa présenter clairement la problématique de la
propagande. Pour sauver la société du péril révolutionnaire, il lui fallait période. La République triomphante, au
consolider l’État. Ainsi, le coup d’État qui le 2 décembre comportait une vague centre de l’image, est incarnée très
composante de gauche est devenu, en quelques jours, une entreprise radicalement classiquement par une femme vêtue à
conservatrice. À Paris, l’article 68 conduit quelques députés républicains, dont l’antique et coiffée du bonnet phrygien. Cette
Victor Hugo, à tenter de soulever le peuple : « Louis Napoléon trahit la Marianne tient, dans la main gauche, le
République ». Le 2 décembre, ces républicains élisent un comité de résistance qui drapeau tricolore et, dans la main droite, un
tente d’appeler le peuple de la capitale aux barricades. Les Parisiens n’ont pas glaive de justice. Derrière elle, une sorte
élevé de barricades spontanées. Le souvenir de la répression des journées de juin d’ange lève un flambeau qui éclaire le
1848 est encore vivace, d’autant que l’annonce de la restitution du suffrage monde. Deux angelots portent les symboles
universel suscite des mouvements favorables. Les ouvriers parisiens ne veulent de la démocratie : les droits de l’homme et le
pas résister au coup d’État parce que celui-ci renverse un régime républicain suffrage universel. Autour de la République
conservateur qui leur a été hostile. sont regroupées les différentes composantes
Pourtant la résistance s’organise au cri de « Vive la constitution ». Le 4 du peuple français. À droite de l’image, un
décembre, le duc de Morny décide la répression. En fin de soirée, les troupes, forgeron représente le monde ouvrier, aux
supérieures en nombre et en armement, ont abattu la plupart des barricades. La « côtés d’un paysan tenant une fourche. À
7 fusillade des boulevards » montre la résolution des hommes de l’Élysée. Victor gauche, les soldats fraternisent avec les
Hugo, ainsi que soixante-dix autres représentants de la gauche, est contraint à ouvriers en blouse et les bourgeois (on
l’exil. Le coup d’État de décembre est, pour les républicains des années 1870, le aperçoit un chapeau haut de forme à l’arrière-
crime originel du régime bonapartiste. Ils insistent sur l’horreur de la fusillade qui plan). Marianne foule aux pieds les symboles
fit 400 morts sur les grands boulevards. du pouvoir monarchique : une couronne et
une main de justice, posées sur un coussin
Un plébiscite approuve à une écrasante majorité un prolongement de son mandat pourpre. Au premier plan de l’image, les
de 10 ans et la possibilité de réviser la Constitution. monarchistes dévalent les marches du
pouvoir : ils sont chassés par la République.
Les institutions de 1852 À gauche de l’image, on reconnaît les
« Il est dans la nature de la démocratie de s’incarner dans un chef ». Ces mots de royalistes, avec leurs principes (le droit divin,
Louis-Napoléon Bonaparte reflètent l’esprit de la Constitution promulguée le 4 la Charte de 1814). Leur prétendant, le comte
janvier 1852. Cette Constitution qui s’inspire des principes institutionnels du de Chambord (représenté d’une manière
Consulat, est un pas vers le rétablissement de l’Empire. Les institutions de 1852 réaliste), portant les attributs de la royauté
sont celles d’un régime autoritaire, qui a certes conservé le suffrage universel, (manteau fleurdelisé et sceptre), chancelle.
mais où l’exécutif contrôle très étroitement le législatif. Les députés sont élus Les trois autres personnages sont des
selon le système de la candidature officielle. Le Corps législatif ne fait que voter partisans des Bourbons. Le comte de
les lois proposées par Louis-Napoléon Bonaparte et préparées par le Conseil Chambord (1820-1883), petit-fils de Charles
d’État. Les éventuels amendements doivent être acceptés par le Conseil d’État. X, est le prétendant à la Couronne pour la
Le Sénat, dont les membres sont nommés par Louis-Napoléon Bonaparte, peut branche
s’opposer à la promulgation d’une loi. « légitime » des Bourbon, sous le nom de
C’est au cours de sa tournée des départements à l’automne 1852, organisée par le Henri V. Profitant de la victoire des royalistes
ministre de l’Intérieur Persigny, que le prince-président fut de plus en plus aux législatives de février 1871, il
accueilli par des acclamations le poussant officiellement à rétablir l’Empire et rentre en France pour tenter la restauration.
que fut prononcée, lors du discours de Bordeaux, la fameuse phrase : « L’Empire, Mais la « fusion dynastique » avec le
c’est la paix » L’Empire est proclamé le 2 décembre 1852, jour anniversaire prétendant des Orléans (le comte de Paris)
du sacre de Napoléon Ier et de la bataille d’Austerlitz, puis approuvé par s’avère impossible, notamment parce que le
plébiscite. comte de Chambord refuse d’adopter le
Ce régime semble en façade respecter certains principes nés de la Déclaration des drapeau tricolore (refus réitéré dans une lettre
droits de l’homme comme la souveraineté populaire, l’existence d’une assemblée du 23 octobre 1873, qui fait définitivement
issue de la nation, voire même un semblant de séparation des pouvoirs. Mais en échouer la restauration). L’idéologie
diluant les prérogatives des assemblées, en nommant leurs membres ou en légitimiste peut être définie globalement
influençant les électeurs pour leur nomination, l’empereur s’arroge finalement un comme contre-révolutionnaire dans la mesure
contrôle total sur le travail législatif et ce d’autant qu’il est le seul à posséder où elle considère la Révolution française
l’initiative des lois. Concentrant entre ses mains les pouvoirs, ce régime est donc comme une rupture néfaste dans l’histoire de
un régime autoritaire qui tire sa légitimité du plébiscite. On parle de césarisme. France. Le terme « dotations » et la bourse
Par la suite, le prince-président ne modifiera pas les dispositions que tient l’un des personnages sont des
constitutionnelles majeures. Cette période constitue donc la matrice du Second allusions au « milliard des émigrés » (loi de
Empire, césarisme démocratique dans lequel le suffrage universel n’est pas remis 1825 accordant des indemnités pour les biens
en cause mais confisqué par une pratique autoritaire incarnée par un homme. confisqués aux émigrés). À droite, on assiste
à la déroute du bonapartisme. On reconnaît
II. Napoléon III et le Second Empire Empire, une monarchie autoritaire ? aisément Napoléon III, dans son uniforme
Fils d’Hortense de Beauharnais et de Louis Bonaparte, frère cadet de Napoléon impérial, et son fils (le Prince impérial),
Ier, Louis-Napoléon passe son enfance en exil, à Arenenberg, en Suisse. Élevé accablés par la défaite de Sedan. Le terme «
dans le culte du Premier Empire et dans l’attachement aux principes plébiscite » renvoie à la doctrine bonapartiste.
révolutionnaires, il apparaît très tôt comme un révolutionnaire exalté. En 1831, il La République semble chasser, en même
combat aux côtés des carbonari en Italie. La mort du duc de Reichstadt, le 22 temps que Napoléon III, le Prussien
juillet 1832, fait de lui le seul à pouvoir relever le nom des Bonaparte. (uniforme vert) et l’Autrichien (uniforme
Après avoir été successivement exilé, proscrit, prisonnier, évadé, la révolution de blanc), autres incarnations de l’idéologie
février 1848 lui donne l’occasion de revenir en France. Alors inconnu de la impériale et militariste.
plupart des Français mais bénéficiant de la légende à laquelle son nom est C’est une République triomphante qui
attaché, il remporte l’élection du 10 décembre 1848 et devient le premier est représentée (elle pose le pied sur les
président de la République française. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il symboles de la royauté). Mais elle est aussi
fait rédiger une nouvelle constitution qui lui octroie de très larges pouvoirs et consensuelle, car l’ensemble des forces
établit un régime aux apparences démocratiques mais en réalité liberticide. La politiques françaises sont représentées, des
dignité impériale une fois rétablie, il dirige la France pendant 18 ans. Il instaure monarchistes aux socialistes en passant par
alors une certaine pratique du pouvoir à l’origine d’une tradition politique qui les bonapartistes, les républicains modérés ou
connaîtra une longue postérité: le bonapartisme. encore les radicaux. C’est donc l’ensemble de
« Napoléon le Petit », comme le surnomma Hugo, est en fait une personnalité la Nation (on aperçoit au fond le génie de la
beaucoup plus complexe que ne le laisse penser la multitude de caricatures qui Nation) qui est rassemblée, comme elle
fonde sa légende noire. S’inspirant du modèle économique anglais, il favorise l’avait été jadis le 14 juillet 1790, autour de
l’entrée de la France dans la révolution industrielle. Auteur de L’Extinction du valeurs communes et de la Constitution de
paupérisme, il fait voter – tardivement – une législation en faveur des ouvriers. 1875.
Visionnaire sur le plan de la politique extérieure, il veut redonner à la France une
place au sein du concert européen tout en défendant le principe des nationalités. Plantation d’un arbre de la Liberté
8 Sa politique artistique et culturelle, longtemps méprisée, est ambitieuse. Désirant La plantation d’arbres symbolisant la liberté
faire de Paris la capitale la plus moderne du monde, il encourage un nouvel renoue avec une pratique remontant à la
urbanisme qui transforme la ville médiévale en Ville lumière. La défaite de révolution de 1789 et à la plantation des «
Sedan, le 2 septembre 1870, sonne le glas du régime. La Troisième République arbres de mai » sous l’Ancien Régime. En
naissante diabolise alors Napoléon III et le Second Empire. Les historiens 1848, les cérémonies ont lieu généralement
s’attachent aujourd’hui à réévaluer l’homme et son oeuvre politique. en présence du clergé, traduisant par là une
constatation : la révolution de 1848 n’est
L’économie française sous le Second Empire nullement anticléricale. La cérémonie ici
Sous le Second Empire, le développement économique est largement dû à représentée exprime un certain unanimisme.
l’impulsion de Napoléon III lui-même, passionné par les questions économiques C’est le temps de « l’illusion lyrique ».
(grâce à ses lectures de jeunesse et à ses visites dans les principales régions
économiques d’Angleterre avant 1848, lors de sa jeunesse aventureuse). Jouent Cette lithographie célèbre le suffrage
aussi un rôle la découverte de nouvelles mines d’or en Californie (1848) et en universel. Elle témoigne de l’enthousiasme
Australie (1850) et la mise en place d’un système bancaire moderne. pour le vote de tous malgré les déceptions
L’aménagement de la France prolonge celui de la monarchie de Juillet (loi sur les apportées aux républicains par les votes
chemins de fer de 1842) en l’amplifiant. Noter l’accent mis sur les transports de décembre 1848 et de mai 1849. Une jeune
(voies ferrées, ports, canaux), les grands travaux (assèchement de la Sologne et femme, drapée en blanc et coiffée d’un
surtout des Landes), l’urbanisme (qui se poursuit jusque dans les années 1890) : bonnet phrygien, symbolise la liberté ; elle
c’est sous le Second Empire que la France est entrée vraiment dans la révolution tient dans la main gauche la table des
industrielle. Droits de l’homme, appuyée sur une presse
Partisan des idées des saint-simoniens (qui voyaient le progrès humain se réaliser d’imprimerie, et dans la main droite un
par le développement d’une économie moderne) et adepte du libre-échange flambeau qui éclaire l’urne (la lumière
(l’abaissement des droits de douanes devant permettre la modernisation des symbolise la raison). Celle-ci est apportée par
industries grâce à la concurrence avec l’étranger), Napoléon III est à la base de la un homme en blouse et lavallière. Vers cette
modernisation économique du pays. Il imposa parfois ses idées : les négociations urne convergent, à gauche et en arrière-plan,
aboutissant au traité de libre-échange avec le Royaume-Uni (janvier 1860) furent des cortèges d’hommes unis fraternellement.
menées secrètement, une partie du gouvernement et des milieux d’affaires étant On distingue symboliquement, au premier
opposés à l’ouverture des frontières. rang, de droite à gauche, un paysan, un
bourgeois, un ouvrier et un soldat. Ledru-
On peut réfléchir à la personnalité originale de Louis Napoléon Bonaparte à la Rollin, accoudé à un arbre de la liberté,
fois prétendant au trône et sensible aux professions de foi libérales. Le 4 juin contemple ce spectacle comme celui de sa
1848, Louis Napoléon Bonaparte revient à la politique. Il est élu député à victoire. À droite, les députés du parti de
l’Assemblée. C’est lui encore que les Français choisissent le 10 décembre 1848 à l’Ordre (Falloux, Montalembert, et Thiers)
la présidence de la IIe République. Cette victoire, à l’origine directe du Second semblent perplexes
Empire, s’explique par l’alliance qu’il noue avec le comité de la rue de Poitiers, voire craintifs.
notables nostalgiques des anciennes monarchies, influents mais pas assez pour Cette lithographie permet aussi l’association
rassembler les électeurs, et par un nom connu de la France entière. Le souvenir de de l’idée républicaine et du suffrage universel
Napoléon Ier, de la grande Armée, transmis dans les familles est un atout majeur avec celle de progrès matériel. L’urne
à l’heure où la campagne électorale de masse n’existe pas. Contrairement aux électorale est entourée d’une corne
croyances de Thiers, l’homme fort du comité de la rue de Poitiers, Louis d’abondance d’où sortent des fruits. Les deux
Napoléon Bonaparte n’est pas « un crétin qu’on mènera ». Avec le personnage cortèges d’électeurs sortent l’un d’un quai où
émerge une sorte de doctrine inédite qui n’est pas celle du Parti de l’ordre et de accostent des bateaux à vapeur, l’autre d’une
l’Assemblée conservatrice. Louis Napoléon Bonaparte se croit légitime au point gare de chemin de fer. Le succès de la IIe
qu’il fondera bientôt sur cette légitimité son droit à violer la Constitution qu’il République est ainsi fondé sur le suffrage
n’aura pu réformer. Comme son oncle, il croit aux principes sociaux et juridiques universel mais aussi sur le développement
de 1789, mais contrairement à lui, il a reçu une éducation moderne et ouverte. économique, conformément aux idées
Son exil en Grande-Bretagne lui a montré que la modernité industrielle développées par Saint-Simon.
engendrait le paupérisme. Cette misère du peuple donne à l’État un devoir
d’intervention. S’il n’avait été prétendant au trône, l’auteur de L’extinction du Discours de Bordeaux, 9 octobre 1852
paupérisme aurait pu être socialiste. C’est là l’insurmontable contradiction de sa C’est le discours le plus important de la
pensée : l’idée que seul un pouvoir fort et non un pouvoir collectif peut engendrer tournée entreprise en 1852 pour amener
le progrès. « Faire le bien, améliorer le sort des populations » : Louis Napoléon l’Empire. Louis-Napoléon Bonaparte (futur
Bonaparte se fait son propre propagandiste. C’est lui qui invente le voyage Napoléon III) définit son règne à venir en
présidentiel. Il fait quatorze voyages entre 1849 et 1851 afin de présenter ses levant l’hypothèque qui pèse sur la tradition
idées et de préparer indirectement une prise du pouvoir, la Constitution lui dont il est l’héritier : la guerre en Europe. Le
interdisant toute réélection. Tel est l’objectif de ses discours entre démagogie et Second Empire sera synonyme de paix. Le
aspirations sociales sincères (à Dijon en juin 1851…). neveu de Napoléon Ier reprend le thème de la
réconciliation nationale mais en y ajoutant
Au matin du 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte fait afficher un « une nouveauté, le progrès technique et
appel au peuple » où il légitime le coup d’État et annonce une nouvelle l’expansion de l’économie.
Constitution, inspirée du Consulat. L’expression « fermer l’ère des révolutions »
doit se comprendre à deux niveaux. Il s’agit d’abord de clore la période Expansion coloniale et politique extérieure
révolutionnaire commencée en 1789, de mettre un terme à ce processus, en luttant du Second Empire
contre les « passions subversives » et en proposant des institutions durables. Mais Les opérations en Europe sont destinées à
il s’agit en même temps de pérenniser les acquis de 1789, de fonder faire oublier le congrès de Vienne. Le
9 définitivement un système inspiré par la Révolution française. L’autre formule du congrès de Paris (1856, mettant fin à la
texte qui définit bien le programme bonapartiste dans son rapport à la Révolution guerre de Crimée), la guerre d’Italie (1859)
est : « la France régénérée par la révolution de 89 et organisée par l’Empereur ». redonnent la première place à la France et en
On retrouve, en effet, là toute l’ambiguïté du bonapartisme, qui prétend concilier font le champion des nationalités. La
la souveraineté nationale et l’ordre monarchique. politique coloniale, un projet personnel de
Napoléon III, consolide (en Algérie) ou jette
Le Second Empire se réserve le droit de désigner aux électeurs le « bon choix » à (au Sénégal, en Indochine) les bases du
faire. On craint en effet que les électeurs, peu habitués au suffrage universel, ne deuxième empire colonial français, qui
se laissent abuser par des démagogues : à droite, c’est la peur de voir élire des s’épanouira sous la IIIe République.
candidats « rouges », à gauche, celle de voir les électeurs tomber sous l’influence Napoléon III se veut autant l’empereur des
des notables (le châtelain, le curé…). Cela explique les hésitations de 1848 à Français que des Arabes. Si la politique de
mettre en place le suffrage universel, puis la loi de mai 1850 le restreignant. Ici, il protection de la propriété des indigènes
est maintenu, mais guidé. Le préfet intervient en donnant des instructions aux connaît un succès mitigé, la politique
maires : désignation du « bon candidat », mise à disposition d’un seul bulletin de algérienne de Napoléon III, très favorable aux
vote, service d’ordre pour empêcher les adversaires de se manifester, incitation au indigènes, génère une forte opposition de la
retrait d’un candidat. part des colons français. Par hostilité à la
tentative du « royaume arabe » beaucoup
Les réformes politiques de colons se rallient aux républicains. Ils
On constate qu’après 1863 l’opposition au régime est de plus en plus présente au accueilleront avec joie la proclamation de la
sein du corps législatif (8 élus en 1852 contre 74 en 1869), alors que l’intérêt des République qui devra faire face à
Français pour les élections ne cesse de grandir. Cette force nouvelle de l’insurrection de 100 000 moujahidin en
l’opposition s’explique en partie par la libéralisation progressive du régime : Kabylie, dans le Constantinois et dans
amnistie de 1859, réformes du décret sur la presse et du fonctionnement des l’Oranais ; le soulèvement ne fut écrasé qu’en
institutions. Des réformes importantes sont adoptées au cours des années 1860, ce 1872.
qui aboutit, en 1870, à un régime quasi-parlementaire. Le Corps législatif obtient La colonisation en Indochine est la
le droit d’adresse en 1860 et, surtout, le droit d’interpellation en 1867, qui lui conséquence du désir de Napoléon III de
permet de critiquer la politique du gouvernement. Le droit d’initiative des lois est protéger les missionnaires français persécutés
partagé à partir de 1869 entre l’Empereur et le Corps législatif, qui obtient ainsi par l’empereur d’Annam. La conquête de la
une prérogative fondamentale dans un régime démocratique. La liberté de la région de Saigon (1859-1861) prive l’Annam
presse (1868) et l’assouplissement du système de la candidature officielle pour d’une partie de ses ressources en riz, ce qui
les législatives de 1869 permettent à l’opposition de renforcer ses positions au oblige l’empereur d’Annam à céder la
Corps législatif. En 1870, le régime devient presque parlementaire, puisque les Cochinchine à la France. Le protectorat sur le
ministres sont responsables devant le Corps législatif (gouvernement dirigé par le Cambodge voisin permet ensuite de contrôler
républicain rallié Émile Ollivier). Toutes les ambiguïtés ne sont cependant pas le cours du Mékong et de se lancer dans des
levées, puisque l’Empereur reste « responsable devant le peuple français » et expéditions d’exploration vers le Laos et la
qu’il fait ratifier par plébiscite ces réformes. Chine du Sud (mission Doudart de Lagrée en
Dans son discours, Napoléon III insiste sur le fait que son régime associe « ordre 1866-1868).
et liberté » et qu’il repose sur des « bases plébiscitaires », donc sur l’approbation L’expédition du Mexique (« la grande pensée
du peuple français. En effet, le corps législatif est élu au suffrage universel du règne »), destinée à se faire rembourser les
masculin direct et le Second Empire a eu recours par trois fois à des référendums créances mexicaines et à créer un grand
au cours de son existence. On peut donc appeler « césarisme démocratique » cette empire catholique favorable à la France en
pensée politique qui entend appuyer un pouvoir fort, incarné par l’empereur, Amérique latine, est un échec coûteux. Cet
garant de l’ordre, sur un lien direct avec le peuple par le biais du suffrage échec et la montée de la Prusse après 1866
universel. L’objectif du référendum est double. D’abord, faire « ratifier les (victoire de Sadowa contre l’Autriche) font
réformes libérales réalisées ces dix dernières années », ensuite rendre « plus que la France n’est plus aussi triomphante
facile, dans l’avenir, la transmission de la Couronne ». Napoléon III cherche donc qu’aux alentours des
à consolider son régime alors que l’opposition progresse. Le gouvernement années 1860.
n’hésite pas à intervenir pour prôner le oui au référendum de mai 1870, en Napoléon III a combattu à la tête de ses
utilisant non seulement l’administration préfectorale et les magistrats troupes durant la guerre franco-prussienne,
municipaux, mais aussi le clergé. Il réussit son pari, puisque les électeurs déclarée le 19 juillet 1870. L’offensive
approuvent massivement sa politique en mai 1870. victorieuse des armées prussiennes dans le
Un bonapartiste convaincu : Haussmann nord de l’Alsace en août 1870 contraint
Selon Haussmann, le régime impérial apporte la stabilité à un pays, grâce au l’armée française à faire retraite. Tandis que
principe monarchique de l’hérédité. Bien tenu en mains par ce pouvoir fort, le le maréchal Bazaine se laisse bloquer dans
pays est respecté de ses voisins, notamment parce que son chef est égal en dignité Metz, le maréchal Mac-Mahon et Napoléon
aux autres dirigeants (Haussmann pense aux « grands monarques » qui dirigent III se replient fin août à Sedan avec 100 000
l’Empire austro-hongrois, la Prusse, la Russie, voire la Grande-Bretagne). hommes, espérant pouvoir réorganiser leurs
Haussmann oppose nettement le régime impérial au régime parlementaire, qui troupes. La cuvette de Sedan est entourée de
plongerait le pays dans les divisions politiques, ce qui serait un obstacle au « collines boisées d’où l’artillerie prussienne
développement de sa grandeur et de sa puissance ». Mais sa définition du peut bombarder la ville. Au terme d’un siège
bonapartisme est toutefois étonnante, puisqu’il prétend concilier l’hérédité et la très court, Napoléon III décide de capituler le
souveraineté nationale, l’Empire « autoritaire » et la démocratie. La Constitution 2 septembre pour éviter un massacre. Comme
garantirait les droits de la nation, dont l’Empereur est le représentant. L’Empire le Premier Empire, le Second Empire
serait « la seule forme pratique de la démocratie », incarnée en quelque sorte dans s’achève dans la défaite.
un homme fort. On retrouve là les ambiguïtés du « césarisme démocratique »
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