La strategie du choc  Naomi klein
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 LA STRATEGIE DU CHOC La mont é e d’un capitalisme du d é sastre - Naomi KLEIN
 Introduction  : é loge de la table rase, trois d é cennies à d é faire et à refaire le monde
Pour Milton Friedman, l’Etat a pour unique fonction « de prot é ger notre libert é contre ses ennemis ext é rieurs et contre nos concitoyens eux-m ê mes : il fait r é gner la loi et l’ordre, il fait respecter les contrats priv é s et il favorise la concurrence ». J’appelle « capitalisme du d é sastre » ce type d’op é ration consistant à lancer des raids syst é matiques contre la sph è re publique au lendemain de cataclysmes et à traiter ces derniers comme des occasions d’engranger des profits. Il s’agit de privatiser le gouvernement. Friedman fait observer que seule une crise, r é elle ou suppos é e, peut produire des changements. Il critique « la tyrannie du statu quo ». 1982 Guerre des Malouines En Am é rique latine ou en Afrique c’est la crise de l’endettement qui obligea les pays à «privatiser ou à  crever » selon la formule d’un ex-repr é sentant du FMI. On voit bien que le mod è le é conomique de Friedman, s’il est en partie compatible avec la d é mocratie, a besoin de conditions totalitaires pour ê tre impos é dans son expression la plus pure. En 2006, les d é penses du gouvernement des Etats-Unis dans le domaine de la s é curit é se chiffraient à  environ 545$ par foyer. « Jamais deux pays ayant des restaurants McDonald’s sur leur territoire ne se sont fait la guerre » Thomas Friedman. « A ma connaissance, personne n’avait encore consid é r é les efforts de reconstruction cons é cutifs à   une catastrophe en tant que march é immobilier à part enti è re, dit Ken Baker, PDG d’un groupe industriel forestier du Canada. C’est pour nous une strat é gie de diversification à long terme. » Cette id é ologie suppose l’adh é sion à la trinit é strat é gique : é limination de la sph è re publique, d é r é glementation totale des entreprises et r é duction draconienne des d é penses publiques. Le mot qui convient le mieux pour d é signer un syst è me de comme les fronti è res entre le gouvernement avec un G majuscule et des entreprises avec un E majuscule n’est ni « lib é ral , ni » « conservateur », ni « capitaliste ». Ce serait plut ô t « corporatiste ». Il se caract é rise au premier chef par d’immenses transferts de ressources publiques vers le secteur priv é , d é marche qui s’accompagne souvent d’une explosion de l’endettement, d’un accroissement de l’ é cart entre les riches à outrance et les pauvres sans importance et d’un nationalisme exacerb é qui justifie des d é penses colossales dans le domaine de la s é curit é . Du chili à la Chine en passant par l’Irak, la torture (« interrogatoire coercitif » selon la CIA) a é t é le partenaire silencieux de la croisade mondiale en faveur de la lib é ralisation des march é s. La strat é gie du choc imite la d é marche en tentant de reproduire, à l’ é chelle d’une soci é t é , les r é sultats obtenus avec un seul d é tenu dans une cellule de prison. « Selon moi, é crivait Friedman dans une lettre adress é e à Pinochet en 1975, l’erreur principale fut de croire qu’il é tait possible de faire le bien avec l’argent des autres ». Margaret Thatcher qualifia Friedman de combattant pour la libert é intellectuelle. Le Congr è s des Etats-Unis adopta une r é solution dans laquelle Friedman é tait pr é sent é comme « l’un des plus grands d é fenseurs de la libert é , non seulement dans le domaine é conomique, mais sur tous les plans ». Je m’emploierai à montrer que ce capitalisme fondamentaliste est toujours n é des formes de coercition les plus brutales, aux d é pens du « corps » politique collectif et d’innombrables corps humains au sens propre. L’histoire du march é libre contemporain ( à comprendre plut ô t comme celle de la mont é e du corporatisme) s’est é crite à grand renfort d’ é lectrochocs. 
En r é alit é les exploits de Bush ne sont que le paroxysme monstrueusement violent et cr é atif d’une campagne vieille de 50 ans en faveur de la libert é totale des grandes soci é t é s. Je ne dis pas que les r é gimes capitalistes sont par nature violents. Il est tout à fait possible de mettre en place une é conomie de march é  n’exigeant ni une telle brutalit é ni une telle puret é id é ologique. Rien ne dit que les march é s doivent ê tre fondamentalistes. Le capitalisme pr ô n é par l’Ecole de Chicago a effectivement un point commun avec d’autres id é ologies dangereuses : la recherche d’une puret é inaccessible, d’une table rase à partir de laquelle b â tir une soci é t é enti è rement revue et corrig é e. Seule l’apocalypse est à la hauteur de leurs ambitions. C’est pendant des moments de grande mall é abilit é – ceux o ù nous sommes psychologiquement sans amarres et physiquement d é plac é s – que ces artistes du r é el retroussent leurs manches et entreprennent de refaire le monde.
 Partie I  : Deux docteurs chocs - Recherche et d é veloppement 
« La R é volution Industrielle fut simplement le d é but d’une r é volution aussi extr ê me et aussi radicale que toutes celles qui avaient jamais enflamm é l’esprit des sectaires, mais le nouveau credo é tait enti è rement mat é rialiste et impliquait que, moyennant une quantit é illimit é e de biens mat é riels, tous les probl è mes humains pouvaient ê tre r é solus » Karl Polanyi, La grande Transformation
 Chapitre Premie r  : Le laboratoire de la torture  Ewen Cameron, la CIA et l’obsession d’effacer l’esprit humain et de le reconstruire (Gail Kastner)
 Apr è s les attentats du 11 Septembre, le r é gime de Bush osa sans vergogne revendiquer le droit d’utiliser la torture. Le New-York Times qualifia la mesure de « r éé criture unilat é rale de plus de 200 ans de droit et de tradition ».
 Chapitre Deux  : L’autre Docteur Choc Milton Friedman et la qu ê te du laboratoire du laisser-faire
La mission de Friedman, comme celle de Cameron, reposait sur un r ê ve : revenir à l’ é tat de sant é  « naturel », celui o ù tout est en é quilibre, celui d’avant les distorsions caus é es par les interventions humaines. Le d é fi auquel Friedman et ses coll è gues é taient confront é s consistait à prouver qu’un march é  r é el pouvait ê tre à la hauteur de leurs fantasmes d é lirants. Aux marxistes, l’utopie ouvri è re, et à l’ é cole de Chicago, l’utopie corporatiste : les deux camps promettaient la perfection et l’ é quilibre, à condition qu’on leur laiss â t les coud é es franches. John Kenneth Galbraith indiqua que les politiciens devaient d’abord « é viter une crise et emp ê cher le ch ô mage ». Dans les 50s, l’Argentine s’enorgueillissait de poss é der la plus importante classe moyenne du continent. Son voisin, l’Uruguay, avait un taux d’alphab é tisation de 95% et offrait des soins de sant é gratuits à tous ses citoyens. Le d é veloppementalisme é tait une r é ussite si é clatante que le c ô ne Sud de l’Am é rique latine devint un puissant symbole pour les pays pauvres. La preuve é tait faite : en, appliquant avec vigueur des politiques r é fl é chies et pragmatiques, on pouvait bel et bien r é duire l’ é cart entre le premier monde et le tiers-monde. Friedman martelait obstin é ment le m ê me message : le New Deal é tait la cause de tous les maux. Bien qu’enrob é e dans le langage des math é matiques et de la science, la vision de Friedman co ï ncidait point pour point avec les int é r ê ts des grandes multinationales, qui, par nature, se montrent avides de nouveaux march é s d é r é glement é s. En 1953 et 1954, la CIA organis é ses deux premiers coups d’ é tat. Dans un cas comme dans l’autre il s’agissait davantage de gouvernements qui s’inspiraient de Keynes que de Staline. Le premier survint en
Iran en 1953, lorsqu’un complot ourdi par la CIA eut raison de Mossadegh, qui fut remplac é par le chah, connu pour ses m é thodes brutales. En 1954, l’agence parraina le renversement du r é gime guat é malt è que, à  la demande express de la United Fruit Company.  Lexposition à un point de vue unique ne sert pas les int é r ê ts des pays en d é veloppement » Jeffrey « Puryear. Walter Heller, c é l è bre é conomiste du gouvernement Kennedy, se moqua un jour du culte que les disciples de Friedman vouaient à leur idole en les divisant en cat é gories : « il y a les friedmanitous, des friedmaniens, des friedmanesques, des friedmaniques et des friedmaniaques ». Juan Gabriel Vald è s, ministre des Affaires Etrang è res du Chili dans les ann é es 1990, d é crivit l’initiation de centaines d’ é conomistes chiliens à l’orthodoxie de l’ é cole de Chicago comme « un exemple frappant de transfert id é ologique concert é des Etats-Unis vers un pays relevant de sa sph è re d’influence. La formation de ces chiliens est le fruit d’un projet con ç u dans les ann é es 1950 afin d’infl é chir l’ é laboration de la pens é e é conomique chilienne ». Il souligna é galement « l’introduction au Chili d’id é es enti è rement nouvelles, de notions alors totalement absentes du march é des id é es ».  Probl è me de cet imp é rialisme intellectuel : les r é sultats n’ é taient pas au rendez-vous. De plus, les Chicago Boys ne dirigeaient aucun pays. En fait, ils é taient plut ô t laiss é s sur le carreau. En 1962, le Br é sil s’engage r é solument dans cette voie sous la gouverne du pr é sident Joao Goulart, partisan du nationalisme é conomique dont le programme pr é voyait une grande r é forme agraire, la majoration des salaires et un audacieux projet ayant pour but de contraindre les FMN à r é investir une partie de leurs profits sur place au lieu de les sortir du pays. C’est au Chili _ é picentre de l’exp é rience de Chicago _ que la d é faite id é ologique é tait la plus cuisante. Lors des é lections historiques de 1970, le Chili avait gliss é  à gauche à un point tel que les trois principaux partis politiques é taient favorables à la nationalisation de la plus grande source de revenus du pays : les mines de cuivre, contr ô l é s par des g é ants am é ricains. L’Unit é populaire, parti de Salvador Allende, remporta les é lections chiliennes de 1970 en promettant la nationalisation de vastes secteurs de l’ é conomie contr ô l é s par des entreprises é trang è res et locales. Allende incarnait un nouveau genre de r é volutionnaire latino-am é ricain : comme Che Guevara, il é tait m é decin, mais, au contraire de celui-ci, il avait des airs de professeur au veston en tweed et non de gu é rillero romantique. Sur une estrade, il pouvait faire preuve d’une é loquence é gale à celle de Fidel Castro, mais c’ é tait un d é mocrate farouche, convaincu que le virage socialiste devait se faire par la voie des urnes et non par la pointe du fusil. En apprenant l’ é lection d’Allende, Nixon aurait donn é au directeur de la CIA, Richard Helms, un ordre devenu c é l è bre : « Faites crier l’ é conomie ». En 1968, 20% des investissements é trangers aux Etats-Unis é taient immobilis é s en Am é rique latine, et les entreprises US d é tenaient 5436 filiales dans la r é gion. Lorsque la junte br é silienne soutenue par les Etats-Unis et dirig é e par le g é n é ral Humberto Castello Branco prit le pouvoir en 1964, l’arm é e avait l’intention de mettre un terme aux programmes de lutte contre la pauvret é de Joao Goulart, certes, mais aussi d’ouvrir toutes grandes les fronti è res aux investissements é trangers. Au contraire des Chicago Boys, les membres de l’ é quipe é conomique de Suharto ne s’opposaient pas radicalement à toute intervention de l’Etat. Ils é taient d’avis que le gouvernement avait un r ô le à jouer dans la gestion de l’ é conomie indon é sienne et devait veiller à ce que les denr é es essentielles, comme le riz, fussent vendues à des prix raisonnables. Les membres de la Mafia de Berkeley n’auraient pu mieux accueillir les investisseurs é trangers d é sireux d’exploiter les immenses richesses mini è res et p é troli è res du pays, que Nixon d é crivit comme « le joyau de l’Asie du Sud-Est ». Ils firent adopter des lois autorisant les soci é t é s é trang è res à poss é der 100% des ressources.
 Partie II  : Le premier test - Un accouchement douloureux
« Je ne crois pas qu’on ait pu me consid é rer comme « mauvais » » M. Friedman
 Chapitre Trois  : Etats de Choc - La naissance sanglante de la contre-r é volution
« Le mal doit se faire tout d’une fois : comme on a moins de temps pour y go û ter, il offensera moins… » Machiavel Le combat (coup d’ é tat de Pinochet contre Allende 11 Sept 1973) é tait on ne peut plus in é gal : m ê me si seulement 36 partisans d’Allende é taient retranch é s à l’int é rieur du palais, l’arm é e lan ç a 24 missiles contre eux. En 1974 le Chili affichait 375% d’inflation. Pour Friedman, le « traitement de choc » é tait « le seul rem è de possible. Absolument. Il n’y a pas d’autre solution à long terme ». En r é ponse à un journaliste local qui lui faisait observer que m ê me Nixon imposait des contr ô les pour mod é rer le libre march é , Friedman r é pondit s è chement : « Je n’approuve pas ces mesures. Je pense que nous ne devrions pas y avoir recours. Je m’oppose à toute ing é rence du gouvernement dans l’ é conomie, dans mon pays comme au Chili ». « Le gradualisme é tait impensable » Friedman . En 1975 : r é duction des d é penses publiques de 27% … Gunder Franck d é termina qu’une famille chilienne qui touchait ce qui, selon Pinochet, constituait « un salaire suffisant », devait consacrer environ 74% de ses revenus à l’achat du pain, ce qui l’obligeait à rogner sur des biens de « luxe » tels le lait ou les tickets de bus. Par comparaison, sous Allende, le lait, le pain et les tickets de transport repr é sentaient seulement 17% du salaire d’un employ é d’Etat. Ce n’est pas à G.W. Bush que revient l’id é e d’une soci é t é de propri é taires mais à Pinochet, 30 ans plus t ô t. Pinochet demeura au pouvoir 17ans. La croissance stable ne d é buta qu’au milieu des 80s. En 1982, l’ é conomie chilienne, en d é pit de la stricte application de la doctrine de Chicago, s’ é tait effondr é e : explosion de la dette nationale, retour hyperinflation et taux de ch ô mage de 30%. L’instabilit é  é tait telle que Pinochet fut oblig é de nationaliser des entreprises. Si le Chili é chappa à  leffondrement é conomique, c’est uniquement parce que Pinochet n’a pas privatis é Codelco, soci é t é mini è re d’Etat nationalis é e par Allende (85% des revenus d’exportation du pays). En 2007 le Chili est class é 116 sur 123 pays en terme d’in é galit é En Uruguay, les militaires organis è rent un coup d’ é tat en 1973 et, l’ann é e suivante, d é cid è rent d’adopter les m ê mes m é thodes é conomiques. Les effets sur la soci é t é jusqu’alors é galitaire de l’Uruguay furent imm é diats : les salaires diminu è rent de 28%... Pour attirer des investisseurs, l’Argentine publia des publicit é s dans le magazine Business Week : « Peu de gouvernements dans l’histoire ont autant favoris é l’investissement priv é . Nous avons lanc é une v é ritable r é volution sociale et nous cherchons des partenaires. Nous nous extirpons des griffes de l’ é tatisme et nous sommes fermement convaincus de l’importance du secteur priv é ». Dans le c ô ne sud, berceau du capitalisme contemporain, la « guerre contre le terrorisme » fut en r é alit é une guerre contre les entraves à l’ordre nouveau.
 Chapitre Quatre  :   Faire table rase - Ou comment la terreur fait son œuvre    
La terreur é tait le moteur principal de la transition vers le libre march é . Letelier alla jusqu’ à  é crire que Milton Friedman, en tant qu’architecte intellectuel et conseiller officieux de l’ é quipe d’ é conomistes qui a pris les commandes l’ é conomie chilienne, porter une partie de la responsabilit é des crimes de Pinochet.
Letelier affirmait : « l’ é tablissement d’une é conomie priv é e libre et le contr ô le de l’inflation à la Friedman ne pouvaient pas se faire par des moyens pacifiques. Il existait une harmonie intrins è que entre le libre march é et la terreur illimit é e selon lui ». Pour les Chicago Boys, le syst è me reposait enti è rement sur la croyance dans l’ordre et l’ é quilibre, sur la n é cessit é de supprimer les ing é rences et les distorsions. La m é tamorphose pr é conis é e par l’ é cole de Chicago avait autant de chances d’ ê tre favorablement accueillie dans le c ô ne sud qu’une r é volution prol é tarienne à Beverly Hills. Une culture tout enti è re é tait en voie d’extermination m é thodique : Mercedes Sosa, chanteuse argentine, fut contrainte de s’exiler, le dramaturge r é volutionnaire Augusto Boal fut tortur é et dut fuir le Br é sil. La r é pression de masse ne d é buta qu’ à la fin des ann é es 1960 au Br é sil. Des FMN se ligu è rent et organis è rent leurs propres tortionnaires priv é s. (cf corps policier OBAN en 1969) En 1976, les travailleurs et les paysans comptaient pour quatre-vingt % des prisonniers politiques du chili. En Argentine, 81% des 30 000 disparus avaient entre seize et trente ans. On estime à 500 le nombre de b é b é s n é s dans les centres de torture.
 Chapitre Cinq  :  « Aucun rapport » - Comment une id é ologie fut purifi é e de ses crimes ?
Les citoyens é taient en prison pour que les prix fussent en libert é » Eduardo Galeano 1990. « « Ce qui compte vraiment dans le dossier chilien, c’est que la lib é ralisation des march é s a donn é  naissance à une soci é t é libre » Friedman . « Pas de pays moderne sans une é lite moderne » Frank Sutton, adjoint au vice-pr é sident de la division internationale de Ford. Entre les Chicago Boys et la mafia de Berkeley, entre le Chili et l’Indon é sie, la fondation Ford é tait en voie de se tailler une r é putation peu enviable : les dipl ô m é s de ses deux programmes phares é taient à la t ê te des dictatures de droite les plus brutales du monde.  « C’est comme si le sang des disparus cachait le co û t du programme é conomique » Claudia Acuna, journaliste. « Il serait vain de s’indigner ; protester aujourd’hui au nom de la morale contre des «exc è s » ou des « abus », c’est une aberration qui ressemble à de la complicit é . Il n’y a nulle part d’exc è s ou d’abus, mais partout un syst è me. » Simone de Beauvoir.
 Partie III  : Survivre à la d é mocratie - Un arsenal de lois
« La guerre é conomique ne vaut pas mieux qu’un conflit arm é » M. K. Gandhi
 Chapitre Six  :   Une guerre salvatrice - Le thatch é risme et ses ennemis utiles
« Est souverain celui qui d é clare l’ é tat d’urgence » Carl Schmitt, avocat nazi. Lettre de Thatcher à Hayek en 1982 : « Vous conviendrez, j’en suis s û re, que certaines des mesures prises au Chili seraient inacceptables en Grande-Bretagne, o ù il existe des institutions d é mocratiques qui n é cessitent un degr é  é lev é de consensus social. Notre r é forme devra respecter nos traditions et notre Constitution. Par moments, les progr è s peuvent para î tre cruellement lents ». Parmi toutes les « distorsions » gouvernementales possibles, le contr ô le des prix é tait de loin la pire. Friedman y voyait « un cancer susceptible de d é truire la capacit é de fonctionnement d’un syst è me ». Pour lui, Nixon é tait « le plus socialiste des pr é sidents am é ricaines du XXe si è cle ». En Grande-Bretagne, Thatcher utilisa sa double victoire contre l’Argentine (Malouines) et les mineurs pour faire faire un bond consid é rable à son programme é conomique radical. Entre 1984 et
1988, le gouvernement privatisa British Telecom, British Gas, British Airways, British Airport Authority et British Steel, sans compter la vente de sa participation dans British Petroleum. Thatcher montra qu’il suffisait d’une crise politique capable de mobiliser la population pour imposer à une d é mocratie une version partielle de la th é rapie de choc. « Seule une crise – r é elle ou suppos é e – peut produire des changements. Lorsqu’elle se  produit, les mesures à prendre d é pendent des id é es en vigueur dans le contexte. Telle est, me semble-t-il, notre v é ritable fonction : trouver des solutions de rechange aux politiques existantes et les entretenir jusqu’ à ce que le politiquement impossible devienne politiquement in é vitable » Friedman 1982.Le genre de crise qu’il avait à l’esprit é tait é conomique et non militaire. Ces crises sont, d’une certaine fa ç on, les zones franches de la d é mocratie.
 Chapitre Sep t  :   Le nouveau docteur choc - Quand la guerre é conomique supplante la dictature
En 1985, la Bolivie é tait entra î n é e par la vague d é mocratique qui d é ferlait sur les pays en voie de d é veloppement. Au cours de 18 des 21 ann é es pr é c é dentes, les Boliviens avaient v é cu sous une forme ou une autre de dictature. Ils avaient enfin l’occasion de choisir leur pr é sident dans le cadre d’ é lections g é n é rales. A l’ é poque, cependant, gagner le contr ô le de l’ é conomie bolivienne relevait davantage de la punition que de la r é compense : l’endettement é tait si astronomique que les int é r ê ts dus exc é daient le budget national dans son entier. L’inflation s’ é levait à 14 000%. « Il n’y a pas de moyen plus ing é nieux et plus s û r de saper les fondements de l’ordre social que d’avilir la monnaie » Keynes. Le conseil de Jeffrey Sachs ( é conomiste d’Harvard) à Banzer é tait sans é quivoque : seule une th é rapie de choc sortirait la Bolivie de la crise de l’hyperinflation. Il proposa de multiplier le prix du p é trole par 10 et recommanda une s é rie d’autres d é r é glementations des prix et de compressions budg é taires. Le groupe utilisa la th é rapie de choc mais il alla beaucoup plus loin. En fait il recommanda le d é mant è lement de tout le mod è le é conomique centr é sur l’Etat que Paz avait construit des d é cennies auparavant. Apr è s 17 jours, le ministre de la Planification, Bedregal, avait en main un projet de th é rapie de choc. Au programme : é limination des subsides alimentaires, suppression quasi-totale de la r é glementation des prix et +300% pour le p é trole. M ê me si le co û t de la vie allait monter en fl è che dans un pays terriblement pauvre, le projet s’assortissait d’un gel des salaires d é j à tr è s bas des fonctionnaires. Il exigeait enfin d’importantes compressions des d é penses gouvernementales, l’ouverture compl è te des fronti è res de la Bolivie aux importations et la rationalisation des soci é t é s d’Etat, signe pr é curseur de leur privatisation. La Bolivie allait rattraper le temps perdu dans les 70s… En deux ans le taux de ch ô mage passa de 20% à 25-30%. Un an apr è s la th é rapie de choc, le revenu moyen é tait pass é de 845$ à 789$ …Entre 1983 et 1988, le nombre de Boliviens admissibles à la s é curit é sociale diminua de 61%.
 Chapitre Huit   : Du bon usage des crises - Le marketing de la th é rapie de choc
La le ç on que retenait Jeffrey Sachs de sa premi è re aventure internationale fut qu’on pouvait mettre un terme à  lhyperinflation, à condition de lui opposer des mesures draconiennes. Il s’ é tait rendu en Bolivie et avait terrass é le monstre. Affaire class é e. Mais pour les plus purs et les plus durs de l’ é cole de Chicago comme Williamson, l’hyperinflation n’ é tait donc pas un probl è me à r é gler, comme le croyait Sachs. C’ é tait au contraire une fabuleuse occasion à saisir.  En 1983, apr è s l’effondrement de la junte cons é cutif au ratage des Malouines, les Argentins
é lirent Raul Alfonsin à la pr é sidence. Pendant le r è gne de la junte, la dette nationale é tait pass é e de 7,9 milliards de dollars à 45 milliards. Les principaux cr é anciers : le FMI, la BM, l’Export-Import Bank des Etats-Unis et des banques priv é es US. En Uruguay, la dette, qui s’ é levait à 500 millions de dollars au moment de l’arriv é e de la junte, se chiffrait à 5 milliards à son d é part.  Chaque fois que le prix d’un produit d’exportation diminue de 10%, on assiste à un « choc des prix ». Selon le FMI, les PED connurent 25 chocs de ce genre entre 1981 et 1983 ; 140 autres chocs entre 1984 et 1987, augmentant encore le poids de l’endettement.  D’un point de vue philosophique, Friedman ne croyait ni au FMI ni à la Banque Mondiale. Mais ses institutions é taient id é alement positionn é es en pratique pour appliquer sa th é orie des crises.
 Partie IV  : Perdu dans la transition - Pendant que nous pleurions, tremblions, dansions
 Chapitre Neu f   : O ù l’on claque la porte au nez de l’Histoire - Une crise en Pologne, un massacre en Chine
 « Je vis dans une Pologne lib é r é e, et je consid è re Milton Friedman comme l’un des principaux artisans intellectuels de la libert é de mon pays » Leszek Balcerowicz 2006 « D é cupler la valeur de son argent provoque la s é cr é tion de certaines substances chimiques dans l’estomac. Et cette substance est addictive » William Browder Projet de Solidarit é : « Nous exigeons l’autonomie et une r é forme d é mocratique à tous les niveaux de l’administration ainsi qu’un nouveau syst è me socio é conomique combinant le pr é sent projet, l’autonomie gouvernementale et l’ é conomie de march é ». Lech Walesa obtint le Prix Nobel de la Paix en 1983. Walesa, apr è s sa victoire é lectorale, annon ç a « Pour notre malheur, nous avons gagn é ! ». Lorsque Solidarit é prit le pouvoir, la dette s’ é levait à 40milliards de dollars et l’inflation à 400%. Tout l’ é t é suivant son é lection, Solidarit é fut paralys é par l’ind é cision. La solution polonaise fut encore plus radicale que la bolivienne : outre l’ é limination imm é diate des contr ô les des prix et des coupes sombres dans les subventions, le plan Sachs pr é voyait la vente au secteur priv é des mines, des chantiers navals et des usines d’Etat. C’ é tait contraire au programme é conomique de Solidarit é , fond é sur la propri é t é par les travailleurs. Sachs affirma : « A l’ é poque, c’ é tait, à ma connaissance, le premier plan exhaustif de transformation d’une é conomie socialiste en é conomie de march é ». « Le pire aspect du communisme, c’est ce qui vient ensuite » Adam Michkin . Walesa d é clarait que la Pologne allait trouver une troisi è me voie : « ce sera un m é lange. Ce ne sera pas le capitalisme ? Ce sera un syst è me sup é rieur au capitalisme, qui rejette tout ce qu’il y a de n é faste dans le capitalisme ». Si le r ê ve de Solidarit é avait d é but é par l’ é nergique escalade d’une cl ô ture m é tallique de Gdansk par Walesa, la capitulation é puis é e de Mazowiecki devant les partisans de la th é rapie de choc en marqua la conclusion. En fin de compte, c’ é tait l’argent qui avait tranch é . Fukuyama soutenait que la d é r é glementation des march é s dans la sph è re é conomique, jumel é e à la d é mocratie lib é rale dans la sph è re politique, repr é sentait « l’aboutissement de l’ é volution id é ologique de l’humanit é , l’ultime forme de gouvernement humain ». Selon Friedman, Hong-Kong, malgr é l’absence de d é mocratie, é tait plus libre que les Etats-Unis, puisque le gouvernement y jouait un r ô le moins grand dans l’ é conomie. Lorsqu’en 1983, Deng ouvrit le pays aux investisseurs é trangers, et r é duisit les protections dont b é n é ficiaient les travailleurs, il ordonna la cr é ation de la Police arm é e du Peuple (PAP),
escouade anti-é meute comptant 400 000 membres charg é s d’ é craser tous els signes de « crime é conomique » (gr è ves, manifestations). Le 20 mai 1989 d é claration de la loi martiale en Chine et massacre de la place Tiananmen (co ï ncidence : m ê me jour du succ è s de Solidarit é en Pologne). « Nous n’avons pas eu tort. Il n’y a rien de mal dans les quatre principes cardinaux [de la r é forme é conomique]. S’il y a un probl è me, c’est qu’ils n’ont pas é t é appliqu é s avec assez de rigueur » Deng Xiaoping. C’est le choc du massacre qui rendit possible la th é rapie de choc. Selon une é tude r é alis é e en 2006, 90% des milliardaires chinois (en yuans) sont les enfants de cadres du PC. Quand on vous am è ne un type dont le cœur a cess é de battre, vous lui ouvrez la cage « thoracique sans vous pr é occuper des cicatrices que vous risquer de laisser. L’essentiel c’est que le cœur recommence à battre. C’est un sacr é g â chis. Mais vous n’avez pas le choix » J. Sachs. En Pologne, deux ans apr è s l’introduction des premi è res mesures, la production industrielle avait diminu é de 30%. En 1989, 15% des polonais vivaient sous le seuil de pauvret é ; en 2003 ils é taient 59% dans cette situation. A la fin de 1993 (ann é e marqu é e par 7500 gr è ves), le secteur public d é tenait toujours 62% de la base industrielle de la Pologne. Le 19 Septembre 1993, Solidarit é subit sa pire humiliation : une coalition de partis de gauche, comprenant l’ancien PC, obtint 66% des si è ges au Parlement.
 Chapitre Dix   : Quand la d é mocratie na î t dans les cha î nes - La libert é  é trangl é e de l’Afrique du Sud
L’Afrique du Sud ne pouvais pas continuer à offrir un niveau de vie comparable à celui de la Californie aux Blancs et à celui du Congo pour les Noirs. Mais les é cartes ont é t é creus é s par l’ANC et aujourd’hui Californie/Congo a laiss é place à Beverly Hills/ Bagdad. Au Mozambique, le mouvement ind é pendantiste mit fin à la domination portugaise en 1975. Avant de partir, les portugais piqu è rent une derni è re crise : ils d é vers è rent du b é ton dans las cages d’ascenseur, d é molirent les tracteurs et emport è rent tout ce qu’ils purent. Milton Friedman r é p é tait que si cela ne tenait qu’ à lui les banques centrales reposeraient sur la science é conomique et seraient administr é es par des ordinateurs. En 2005, les Noirs poss é daient ou contr ô laient seulement 4% des soci é t é s inscrites à la Bourse. L’ann é e suivante, les Blancs (10% population) monopolisaient toujours 70% des terres. Le chiffre le plus frappant : depuis 1990, ann é e de la lib é ration de Mandela, l’esp é rance de vie moyenne des Sud-Africains a diminu é de 13 ans. Entre 1991 et 2002, le taux de ch ô mage des Noris sud-africains a plus que doubl é , passant de 23 à 48%. Le g é nie du capitalisme sans entrave : il s’auto-renforce. En 1997 Mandela d é clare : « A cause de la mobilit é du capital et de la mondialisation des march é s financiers et autres, les pays ne peuvent plus d é finir leur politique é conomique sans tenir compte de la r é action probable des march é s ». « Le nouveau converti fait toujours preuve d’un z è le excessif. Plus que tout autre, il tient à    plaire » Ashwin Desai.
 Chapitre onze   : Le feu de joie d’une jeune d é mocratie - La Russie choisit « l’option de Pinochet »
« Nous avons v é cu sous la dictature des communistes, mais nous comprenons maintenant que la dictature des affairistes ne vaut pas mieux » Grigori Gorine, é crivain russe 1993 « Qu’on r é pande la bonne nouvelle : les lois de l’ é conomie sont comme celles de l’ing é nierie : elles s’appliquent partout » Lawrence Summers, é conomiste en chef Banque Mondiale 1991.
« Comme des alpinistes encord é s, les nations du monde peuvent grimper ensemble jusqu’au sommet ou d é gringoler ensemble dans l’ab î me » Gorbatchev. Vladimir Mau, conseiller de Boris Eltsine, expliqua que « la condition la plus favorable à la r é forme » est « une population en proie à la lassitude, é puis é e par ses luttes ant é rieures ». Stiglitz qualifie les r é formateurs russes de « bolcheviks du march é ». En 1992, la consommation du Russe moyen avait diminu é de 40% par rapport à 1991 et le tiers de la population vivait sous le seuil de pauvret é . En pratique l’Etat communiste fut simplement remplac é par un Etat corporatiste.  Eltsine fut r éé lu, gr â ce au financement des oligarques, qui investirent environ 100 millions de dollars (33 fois la limite permise) ainsi qu’au temps d’antenne (800 fois sup é rieur à celui de ses rivaux).  Les responsables des « r é formes é conomiques » russes peuvent donc se vanter d’avoir accul é  à la pauvret é 72 millions de personnes en 8 ans seulement. En 1996, 25% des Russes (environ 37 millions de personnes) vivaient dans une pauvret é qualifi é e « d’ é crasante ».  « Toute r é forme é conomique doit provoquer des bouleversements sans pr é c é dent » Richard Ericson, é conomiste de l’Universit é de Columbia 1995.  Dans une grande partie de l’Am é rique du Sud on qualifia couramment le n é olib é ralisme de « deuxi è me pillage colonial ».
 Chapitre douze  :   Le ç a du capitalisme - La Russie à l’ è re du march é sauvage
 Aux é lections pr é sidentielles de 1932, un million d’Am é ricains vot è rent pour des candidats socialistes ou communistes.  En Septembre 1995, dans une bande vid é o fournie sous le manteau à la presse canadienne, on vit John Snobelen, ministre de l’Education de l’Ontario, affirmer, à l’occasion d’une r é union de fonctionnaires tenue à huit clos, qu’il fallait cr é er un climat de panique avant d’annoncer des compressions dans le domaine de l’ é ducation et autres mesures impopulaires. Il convenait de laisser filtrer des informations donnant à redouter une situation si sombre qu’ « il pr é f é rait ne pas en parler ». Il s’agissait, dit-il, de « cr é er une crise utile ».  Pour Budhoo, l’ajustement structurel tel que le pratiquait le FMI é tait une forme de torture de masse qui for ç ait « des gouvernements et des peuples « hurlant de douleur » à s’agenouiller devant nous, bris é s, terrifi é s et en voie de d é sint é gration, à nous supplier de faire preuve d’un peu de raison et de d é cence. Mais nous leur rions au visage et la torture se poursuit de plus belle ».
 Chapitre treize  :   Qu’elle br û le ! Le pillage de l’Asie et la « chute d’un deuxi è me mur de Berlin »
 Voil à ce qu’avait voulu dire Keynes en mettant ses contemporains en garde contre les dangers du chaos é conomique – On ne sait jamais quel m é lange de col è re, de racisme et de r é volution on risque de faire é clore. En 1996 les investisseurs avaient jug é opportun d’injecter 100 milliards de dollars en Cor é e du Sud ; l’ann é e suivante, le pays affichait un d é sinvestissement de 20 milliards soit un é cart de 120 milliards. Comment expliquer ce genre de coup de fouet mon é taire ? En Asie l’on assista à une saign é e des capitaux. En 1998, le taux de suicide en Cor é e du Sud augmenta de 50% (38 personnes par jour).  Les Tigres se sont certes d é velopp é s à la vitesse de l’ é clair mais il est faux de pr é tendre que seul le libre-é change explique leur é volution. En fait, la Malaisie, la Cor é e du Sud et la Tha ï lande maintenaient des politiques tr è s protectionnistes qui interdisaient aux é trangers de poss é der des terres et d’acheter des entreprises nationales. L’Etat jouait un r ô le pr é pond é rant dans ces pays, et des
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