Dix ans de mains à la pâte et nous y croyons toujours !
L’équipe UPA DI
On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. Nicolas Bouvier L’usage du monde
UPA Développement international (UPA DI) a dix ans. Et célébrer un anniversaire, c’est un peu le moment de faire une photographie de famille afin d’apprécier les chemins parcourus autant dans la lumière que dans l’ombre. À y regarder de plus loin, nous pouvons dire que, depuis le 8 janvier 1993, l’essentiel du travail d’UPA DI a consisté à venir en appui à des gens de la terre qui vivent et survivent de l’agriculture en Afrique (Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte-d’Ivoire, Madagascar, Mali, Niger, République démocratique du Congo, Sénégal), en Amérique latine (Chili, El Salvador, Guatemala, Paraguay) et en Asie (Viêt Nam). Cette coopération s’est tissée de façon étroite avec une bonne trentaine d’organisations paysannes régionales et nationales, principalement avec l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).
Au fil des ans, ce rayonnement a permis de rejoindre quelque 20 000 paysannes et paysans. Plus spécifiquement, environ 2 000 personnes ont participé à des sessions de formation et de sensibilisation dans leur propre pays et au Québec. Ceci a contribué à renforcer les organisations tant sur le plan de la vie démocratique que sur celui de la commercialisation collective, à bâtir une nouvelle génération de leaders agricoles œuvrant à plus de justice et d’équité sur cette terre, et plus aptes à orchestrer le développement durable de l’agriculture. D’ailleurs, depuis septembre dernier, une nouvelle intervention, prévue sur trois ans, a vu le jour. Il s’agit du Projet d’appui au développement des compétences de leaders agricoles d’Afrique de l’Ouest (PADCLA) dans le cadre du commerce international.
Entre l’agrobusiness et l’agriculture de subsistance
C’est inspirés par les 80 ans d’organisation démocratique de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et par ses 45 ans d’expérimentation dans l’action collective que nous avons travaillé avec nos partenaires, afin de trouver des moyens de résister à l’arbitraire des forces du marché et d’affronter le défi de la sécurité alimentaire. Aujourd’hui, la photographie du dixième anniversaire nous montre une bonne trentaine d’organisations agricoles qui défendent davantage la profession et qui, dans un contexte de mondialisation croissante, commercialisent céréales, lait, bananes, anacarde, pommes de terre, miel, vanille, karité, bissap’s, piments, tomates, oignons, ananas, œufs, lapins, bovins, etc. Si nous tentions d’établir une correspondance avec
Dans ce numéro…
Nous vous invitons au voyage, à aller à la rencontre de l’autre, car peut-être sommes-nous toutes et tous des nomades sur cette terre… Au fil de ces huit pages, les visages humains vous regardent, élèvent des voix, traversent les douanes du silence et déclarent leurs joies, leurs doutes, leurs espoirs… • Page II et VII; IV et V :Bienvenue dans l’ère du recto-verso, Un coup d’œil sur l’exposition de photos pour le 10 anniversaire e d’UPA DI, signé André D. Beaudoin. • Page III :Parfums d’abandon, un « thriller » aromatique, signé Marie-Christine Talbot. • Page VI :Des Sommets mondiaux qui donnent le vertige, une réflexion de Claude Giles. • Page VIII :Un plaidoyer pour plus de justice, signé Claude Giles.
Site Internet : http://www.upadi-agri.org Courriel : upadi@upa.qc.ca
Entre gens de la terre
i se fait au Québec, nous ions dire qu’en général ce des associations qui ent défendre les intérêts éraux de leurs membres et ressemblent à des agences vente volontaire dotées ncitatifs sérieux tels que s outils financiers. C’est nc dire qu’entre l’agro-siness et l’agriculture de ubsistance, il y a une place our la ferme familiale et es systèmes collectifs de m i s e e n m a r c h é q u i peuvent prendre différentes formes selon les réalités et les besoins.
Dès le début d’UPA DI, un rêve nous portait : qu’il y ait une véritable coopération de producteurs agricoles à producteurs agricoles. Or, depuis deux ans, des Québécoises et Québécois, membres de l’UPA, sont venus enrichir les liens de solidarité internationale : trente-six familles ont accueilli des stagiaires étrangers à la ferme, et douze productrices et producteurs agricoles se sont rendus en terre africaine et sud-américaine afin de partager leur expertise. De plus, il faut dire que, fort heureusement, nous ne sommes pas les seuls à travailler au rapprochement des agricultrices et agriculteurs du monde. Entre autres, la Fédération internationale des producteurs agricoles, la FIPA, s’est donnée comme mission de les appuyer, notamment à travers un réseau international nommé AgriCord, dont nous sommes membre actif.
Pour que ça bourdonne d’essentiel
Plusieurs nous demandent : « Combien êtes-vous donc dans l’équipe UPA DI ? ». À regarder encore la photo de famille, nous y voyons quinze femmes et hommes employés, trois consultants québécois réguliers, trois coopérants québécois et deux directeurs africains au Mali et au Burkina Faso, un coopérant OXFAM au Bénin, un conseil d’administration formé de dirigeants de l’UPA, un directeur général, M. André D. Beaudoin, et un président, M. Laurent Pellerin.
Si dans l’ensemble nous sommes fiers du travail accompli, revisiter le chemin parcouru nous fait constater aussi que tout ne baigne pas dans la lumière, que les poches d’air ne sont pas uniquement aériennes, mais bien terriennes. Ces dix ans nous ont souvent mis à l’épreuve du réel. Travailler à plus de justice et d’équité nous a fait affronter parfois l’adversité et fait voir qu’il faut vraiment y croire pour continuer avec cœur quand, par exemple, une grande partie de l’énergie déployée dérape parfois dans les exigences techniques ou nous éloigne de ce qui nous semble le plus important : un parti pris pour une meilleure humanité, pour moins de pauvreté, pour plus d’autonomie.
Faire le bilan de ces dix ans devient maintenant une manière de nous demander quel est l’avenir que nous voulons contribuer à construire en coopération internationale. En quelques mots, nous terminons en disant ceci : nous aurons beau conjuguer nos efforts, les succès demeureront mitigés aussi longtemps que l’agriculture familiale ne sera pas une priorité reconnue par l’ensemble des acteurs de nos sociétés. Il nous semble que c’est un des enjeux majeurs pour les prochaines années de travail, ici au Québec comme à l’étranger.
Nous vous souhaitons de «Joyeuses solidarités» en cette fin d’année 2002.