The Pier 21 Story
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L'histoire du Quai 21 Halifax, de 1924 à 1971 Préparé par Affaires publiques Région de la Nouvelle-Écosse Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada
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Langue Français

Exrait

L’histoire du Quai 21
Halifax, de 1924 à 1971

Préparé par
Affaires publiques
Région de la Nouvelle-Écosse
Commission de l'emploi et
de l'immigration du Canada
Préface

Pendant cinquante ans, les gens travaillant au Quai 21 jouèrent un rôle essentiel dans l'histoire de
l'immigration du Canada. Durant cette période, plus de 1,5 million de nouveaux Canadiens ont rejoint notre
pays par les portes du Quai 21 dans le but d’entamer une nouvelle vie.

Pendant de longues heures, à travers la douleur et la frustration, un groupe d’individus a représenté le
Canada. Grâce à leur dévouement, ils ont représenté les idéaux de la fonction publique.

Ce groupe était composé de bénévoles en provenance d’églises et d’autres organismes de services
sociaux, ainsi que d’employés de divers organismes fédéraux incluant, bien entendu, nos agents
d'immigration.

Ils ont accueilli des étrangers d’autres pays lors de plusieurs événements annuels – à Noël, par exemple. Ils
ont communiqué avec des centaines de milliers de personnes, souvent dans une langue qu’ils ne
comprenaient même pas.

Ils ont dû s’occuper de milliers de cas particuliers en se faisant rassurants, en les encourageant et en leur
fournissant l’information nécessaire.

Une époque est révolue. Aujourd’hui, le nombre de nouveaux Canadiens arrivant sur nos côtes a diminué.
Les grands paquebots qui avaient l’habitude de transporter des centaines de milliers de personnes parlant
des langues étrangères font maintenant partie de notre passé.

Les nouveaux immigrants arrivent maintenant le plus souvent par avion, directement à l’un des 31 Centres
d’Immigration Canada.

Cette brève histoire du Quai 21 est dédiée aux bénévoles et aux employés qui accueillirent les nouveaux
arrivants au Quai 21.

J.P. LeBlanc
Directeur général
Région de la Nouvelle-Écosse
Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada Remerciements

Les Affaires publiques de la région de la Nouvelle-Écosse sont fières de restituer l’histoire du Quai 21,
honorant ainsi les personnes qui ont agi en vrais humanitaires lorsqu’ils accueillirent des milliers de
nouveaux Canadiens par le port d’entrée d’Halifax. Il y a sans doute plusieurs récits de l'histoire du Quai 21
qui ne nous seront jamais dévoilés.

Nous aimerions tout d’abord remercier Mollie Gallagher, qui fit les recherches et la rédaction originale.

Nous souhaitons également témoigner notre reconnaissance au Père J.R. Brown ainsi qu’au révérend
J.P.C. Fraser, qui nous ont rapporté les histoires des leurs au sujet du Quai 21, tout comme le firent
d’ailleurs les employés à l'immigration John Hood, Gordon Low, Frank Wright, Gordon Thomas et Bill
Marks.

Les photographies présentées sont issues de nos propres dossiers ainsi que de la collection du révérend
J.P.C. Fraser et de celle du Conseil des ports nationaux.

Nous aimerions finalement remercier Les Gallagher, notre agent du service d’information, pour les
retouches finales apportées au document.

W.C. Boyle
Directeur régional des Affaires publiques
Région de la Nouvelle-Écosse
Commission de l'emploi et de l'immigration du Canada
Halifax était, en 1924, une ville résolument tournée vers l'avenir. Quelques années auparavant, elle avait
souffert de la guerre avec l’explosion dévastatrice de 1917 et les émeutes de 1918. En 1924, bien qu’elle ne
fût pas encore remise sur pied, les signes de la relance se faisaient déjà sentir.

Le recensement de 1921 nous montre que, effectivement, la population de la ville fit un bond de 25 % de 1911
à 1921, pour atteindre plus de 58 000 habitants. Dartmouth avait, alors, permis l’ajout de près de 8 000
individus à la région métropolitaine. La construction d’une gare terminale temporaire, en bois, venait d’être
achevée dans l'extrémité sud de la ville afin de remplacer l’ancienne Gare du Nord, considérablement
endommagée par l'explosion de 1917. Une station de radiodiffusion expérimentale située dans le Marble
Building depuis quatre ans allait bientôt être remplacée par la première station radio permanente de la ville,
CHNS. Fait étonnant, à la même époque, Alcock et Brown allaient réussir le premier vol transatlantique
jusqu’au Old Country (Vieux Pays), tel que de nombreux Haligoniens de l'île de Terre-Neuve l’appellent
encore.

Mais plus importante encore que ces innovations dernier cri pour l’essor de la ville et du pays, il y avait cette
recrudescence de la vague d'immigrants entrant au Canada par le port d’Halifax. Le nombre d’immigrants,
qui était passé de plus de 400 000 individus en 1913 à seulement 42 000 lors de la dernière année de la
guerre, était de nouveau à la hausse. Il grimpa à près de 134 000 en 1923 et restera sensiblement le même
pour le reste de la décennie.

L'immigration fut une composante essentielle de la croissance du Canada, celle-ci étant responsable de la
plus grande partie de l'augmentation de la population totale entre 1901 et 1931. Puisque la grande majorité
des immigrants provenait d'Europe, la plupart d’entre eux étaient tenus de passer par Halifax dans leur
poursuite d'un avenir meilleur. Halifax était donc, déjà, pourvue d’une longue histoire colorée, caractérisée
par l’accueil d'immigrants et qui commença en 1869 avec la première Loi canadienne sur l'immigration.
Celle-ci favorisa l’établissement d’un bureau d’immigration à Halifax, ainsi que d'autres à Saint John,
Québec, Montréal, Ottawa, Kingston, Toronto et Hamilton.

Bien que les dossiers d’immigration canadiens aient été conservés depuis l'arrivée du SS PERUVIAN au
erQuébec le 1 mai 1865, les dossiers de la ville d’Halifax ne furent officiellement reconnus et conservés à
Ottawa qu’une fois Halifax déclarée port d'entrée, au mois de janvier 1881. Au début de la Première Guerre
mondiale, la ville s’était déjà occupée de centaines de milliers d'immigrants dans le nouveau pays de leurs
espoirs.

Avant les années 1920, l’arrivée des immigrants se faisait au Quai 21 situé dans le nord de la ville, près de
la Gare du Nord – ou de la station de North Street. Les employés du Quai 2 travaillaient en étroite
collaboration avec le poste de quarantaine de l'île Lawlors à Eastern Passage et avec l'hôpital de
quarantaine Rockhead du secteur nord d’Halifax. L’hôpital Rockhead a maintenu ses activités jusque dans
les années 1960 et, en 1957, son personnel avait atteint les trente-huit employés au moment où il fut
transformé, temporairement, en foyer pour réfugiés hongrois.

Malheureusement, les installations du Quai 2 furent en grande partie détruites lors de l'explosion de 1917
et, pendant les sept années qui allaient suivre, l’accueil des immigrants se ferait de manière plutôt
rudimentaire. Le début des années 1920, caractérisé par la vague d’Européens fuyant les conséquences de
la guerre, s’avéra particulièrement difficile. Halifax était à cette époque le principal port d'entrée pour les
immigrants et la première impression de leur pays d'adoption allait les décevoir, alors qu’ils passaient par le
processus officiel de débarquement. Le paysage désolé et dévasté du secteur Nord ne peut leur avoir laissé
la meilleure des impressions.

En 1924, cependant, la situation allait finalement être corrigée : les installations furent ouvertes en joignant
la station de chemin de fer temporaire du secteur sud à un grand bâtiment bien aéré lequel, pour plus de
quarante ans, portera le nom de « Quai 21 », terme si familier à des centaines de milliers d'immigrants.

« Le Quai 21 » était réellement un complexe composé de bâtiments reliés par une rampe à la gare et comportant des installations telles que le Service d'immigration, la Douane, la Santé et le Bien-
être, l'Agriculture, la Croix-Rouge, une salle d'attente, un restaurant avec une salle à manger, une
cantine où l'on pouvait acheter le nécessaire pour le voyage de train, une pouponnière, un hôpital
avec un bloc opératoire, un centre de détention, une cuisine, des dortoirs, ainsi qu’une promenade
surplombant le port. Les descriptions du Quai 21 changèrent au fil des ans, devenant
inévitablement – sans doute – de moins en moins positives au fur et à mesure que les installations
subissaient les caprices du temps.

« Pour le passant occasionnel, le hangar de transit 21 est un simple bâtiment de deux étages et
rien de son extérieur ne laisse paraître qu'il puisse être différent de n’importe quel autre hangar de
transit. C’est pourtant le cas, puisque son deuxième étage y abrite le bureau d’Halifax du ministère
canadien de l'Immigration. C'est ici que tout immigrant qui entre au Canada par Halifax met pour
la première fois le pied en sol canadien. C'est ici qu’il se fait ses toutes premières impressions, qui
le marqueront sans doute à jamais, sur son nouveau pays mais, chose certaine, ce nouvel arrivant
ne sera jamais déçu de la terre sur laquelle il a choisi d’établir sa nouvelle demeure.

Presque la totalité de l'étage de ce grand hangar est consacrée au ministère de l’Immigration. Ses
nombreuses fenêtres le rendent aussi éclairé à l’intérieur qu’à l’extérieur, et il est si bien éclairé la
nuit que l’on peut y faire de la lecture sans problème, peu importe où l’on se trouve. Le poli des
planchers et des bancs accentue l’apparence de clarté et de propreté.

C’est donc dans cet édifice bien chauffé, éclairé et parfaitement aéré que les immigrants sont
immédiatement conduits après avoir quitté le bateau et ils sont, aussitôt, conduits à la salle
d'assemblée générale par les agents d’Immigration. Un grand drapeau de l’Union Jack est
accroché au mur. Cet emblème, probablement plus que toute autre chose, leur fait réaliser qu’ils
sont dans un pays britannique et que, pour beaucoup d'entre eux, les coutumes, les habitudes et
même la langue sont nouvelles. » (1)

**********

« Une foule importante d'hommes, de femmes et d'enfants s’entassent à l’intérieur d’une pièce
fortement éclairée par des lampes au-dessus de leurs têtes. La foule peut facilement dépasser le
nombre de mille individus. Il y règne une certaine agitation, une certaine gaieté; l’animation est
omniprésente.

Des gens quittent la salle à manger du restaurant à l’autre bout, alors que d'autres attendent leur
tour, avec leurs enfants, pour passer au bureau de la Croix-Rouge ou des services sociaux.
D'autres encore sont groupés autour de leurs bagages, en train de converser, ou dans les files
d'attente des guichets ou du bureau de change.

Le plancher est couvert d’écorces d'orange et de papier, et par-dessus le brouhaha perpétuel des
voix d'enfants surgissent les bruits stridents du haut-parleur annonçant les lourds bagages prêts à
être inspectés.

Destinée à servir de lieu de repos, et prétendument occupée par les individus attendant
simplement de monter à bord de leurs trains, la salle est en réalité un labyrinthe où certaines
mères courent, avec anxiété, après leurs jeunes enfants errants et où d’autres affichent leurs
inquiétudes au sujet des prochaines marchandises, de la possession familiale de sacs et de
boîtes. Pour utiliser une autre métaphore, la salle est un bassin turbulent où les gens passent et
repassent, formant de petits tourbillons, et se déplacent comme des courants qui affluent de tous
côtés, tels des ruisseaux en période de crue.

Billets perdus, achats précipités à la cantine, débats véhéments au sujet de supposées
destinations tels étaient les tumultes spontanés et locaux de tout ce fouillis. » (2) **********

« Par milliers, ils affluaient par les portes du Quai 21 les yeux scintillants d'espoir, mais le cœur
rempli d'appréhension. On peut se demander ce qui pouvait bien se passer dans l'esprit des
immigrants, alors qu’ils apercevaient cet édifice gris peu accueillant, fait de briques et pourvu de
fenêtres à barreaux. Quelqu'un peut-il, sans avoir subi le traumatisme d'être déraciné et
transplanté, décrire avec exactitude les sentiments de ces nouveaux Canadiens. » (3)

De 1924 à 1930, l'immigration en provenance d'Europe fut soutenue et régulière, avec une moyenne de
130 000 immigrants par an. Les passagers, avant d'être examinés par les agents d'immigration, étaient triés
et regroupés selon trois catégories : familles, femmes et enfants voyageant seuls, et hommes célibataires.
Fixée à l'avance, chaque étape du processus, de l'examen initial à la montée à bord des trains, pouvait être
faite sous un même toit avec l'aide de la Croix-Rouge et d'autres organismes de services sociaux.

Les immigrants potentiels ne répondant pas aux critères lors de la première entrevue, que ce soit pour des
raisons majeures ou bien techniques, étaient envoyés au bureau fédéral d'immigration pour un examen plus
approfondi. Si celui-ci n'était pas concluant, ils étaient susceptibles de passer la nuit en salle de détention
en attente d’une réponse positive ou d’être possiblement expulsés.

Des dortoirs avaient été aménagés pour les immigrants devant passer la nuit à Halifax, avant de continuer
leur route, et des logements spéciaux avaient été prévus pour les familles souhaitant demeurer groupées.
Un rapport contemporain fait mention du fait que, selon la tradition, « les Anglaises et les étrangères étaient
logées dans des dortoirs séparés, tout comme les Anglais étaient séparés des étrangers ».

La Croix-Rouge, qui comptait parfois jusqu’à vingt-deux bénévoles, fournissait des services spéciaux pour
les immigrés, en particulier pour les femmes et les enfants. Une grande pouponnière ensoleillée contenait
douze lits d’enfant et sept berceaux pour les mères et leurs enfants exténués par le voyage. Il y avait aussi
une aire spéciale avec des bains dans lesquels les travailleurs de la Croix-Rouge pouvaient laver les bébés,
pendant que les mères fatiguées pouvaient se rafraîchir dans les baignoires et les lavabos. Tous les
services de la Croix-Rouge étaient fournis gratuitement. La rémunération de son personnel dépendait
entièrement des moyens et des dispositions des bénéficiaires.

Outre la Croix-Rouge, diverses organisations sociales et religieuses participaient à l’accueil des nouveaux
arrivants, ces dernières étant souvent motivées par l’appartenance religieuse des voyageurs, telle qu’en
faisait mention le manifeste des passagers du navire. Les membres du clergé étaient sur place pour
s'occuper des besoins spirituels.

Les trains d’immigrants circulant sur les voies adjacentes à la gare Southend, durant les années 1920,
étaient appelés « trains de colons » et étaient plutôt rudimentaires. Des poêles à charbon, à chaque
extrémité des voitures, fournissaient la chaleur et le service de restauration laissait beaucoup à désirer. Les
trains, d'ailleurs, n’allaient pas être améliorés au cours des vingt années à suivre. Les immigrants
achetaient, en général, les provisions nécessaires à leur voyage à la cantine du Quai 21. Les aliments les
plus populaires étaient le pain, le beurre, le fromage, les sardines, les conserves de viande et les fruits.

Puisque beaucoup de femmes et d'enfants traversaient l'Atlantique seuls afin de rejoindre leurs maris et
leurs pères, les services d'immigration avaient aménagé des installations spéciales dans le but de leur venir
en aide. Mlle A.S.M. Bullock était administratrice générale, au ministère de l'Immigration, de la division
féminine de la succursale d’Halifax dans les années 1920 et 1930. Elle s’occupait d’aider les femmes et les
enfants au cours de leur bref séjour à Halifax et les remettait aux bons offices des femmes chefs de train,
également au service du ministère de l'Immigration. Chaque train qui quittait Halifax avec des immigrants à
son bord était accompagné par une femme chef de train afin de s’assurer que les besoins des femmes et
des enfants étaient comblés.

De 1930 à 1939, l'immigration au Canada et celle ce faisant par Halifax fut considérablement ralentie à cause du taux de chômage élevé et des conditions économiques difficiles dans le monde entier. De 1930
jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'immigration au Canada n'a jamais dépassé les 15 000
individus, un bien petit nombre en comparaison aux 400 000 individus de 1913.

Ce fut une époque malheureuse au Quai 21. Des milliers d'immigrants rentraient chez eux de leur plein gré
ou forcés, par la loi, de le faire. Plusieurs étaient devenus des fardeaux pour l’État et étaient renvoyés, à
contrecœur, là où la situation était encore pire que celle qu’ils devaient quitter. D'autres étaient
désillusionnés face à leur terre d'adoption et retournaient dans leur pays natal dans l’espoir d'y trouver une
situation meilleure.

« Non, mais quel pays! » s’exclama un immigrant britannique mécontent, « De l’argent en papier et des
maisons en bois! »

En 1939, le monde s’apprêtait à changer. À Halifax, la dépression et la menace de guerre furent atténuées
par la visite du roi George VI et celle de la reine Elizabeth. Leur train bleu et argenté les amena à la gare
Union, le 16 juin à midi, et ils repartirent la nuit venue depuis le Quai 21.

«Quand les visiteurs s’en allèrent à la fin de la journée, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse,
Angus L. Macdonald, fit ses adieux à la reine comme on le faisait autrefois dans les Highlands, en
s’agenouillant d’une seule jambe et en lui baisant la main, un geste qui ravit tous les Néo-Écossais
avec du sang highlander coulant dans leurs veines.

L'escadron quitta le port au moment où le soleil se couchait, le SKEENA et le SAGUENAY en tête
suivis de l’EMPRESS OF BRITAIN, dont la belle coque blanche et les cheminées dorées étaient
colorées de la rougeur du soleil couchant, et suivis enfin du SOUTHAMPTON et du GLASGOW,
tous en file indienne. Ils avancèrent lentement vers Chebucto Head et tournèrent en direction de
l'est pour ne devenir, finalement, qu’un simple reflet sur une mer lisse et miroitante comme la nacre,
un départ presque théâtral dans sa perfection.

Le soleil descendait, en effet, sur eux ainsi que sur le monde car, neuf semaines plus tard, le pacte
germano-soviétique allait être annoncé. Hitler fit alors ses infâmes demandes à la Pologne, la
Grande-Bretagne lui donna un avertissement solennel, et la longue nuit tomba. » (4)

Au cours de la guerre qui s’ensuivit, le Quai 21 dut remplir de nombreuses fonctions qui n’étaient
normalement pas associées au service d’immigration. Il devint une composante essentielle du « Port
canadien de la côte est », rendu célèbre grâce aux émissions et aux actualités télévisées. Cette contribution
fut officiellement reconnue lorsque deux officiers responsables reçurent, de l'Empire britannique, des
médailles pour leur bonne contribution à la guerre.

De 1939 à 1945, le Quai 21 fut impliqué dans l'embarquement des troupes en partance pour le théâtre
européen, le contrôle de la marine marchande, l'accueil des prisonniers de guerre, celui des enfants
déplacés de Grande-Bretagne et celui des étrangers « de guerre », le traitement des soldats hospitalisés,
l'accueil des survivants de navires marchands torpillés, la venue de personnalités telles que Winston
Churchill et, enfin, l’accueil des soldats à leur retour de la guerre. À un certain moment de la guerre, les
salles communes et d’examen furent transformées en casernes de l'armée. Tout régiment y logea, utilisant
l’étage du bas comme aire d’entraînement.

Plusieurs régiments quittaient Halifax par le Quai 21, bien que les mesures de sécurité en temps de guerre
firent en sorte que les médias ne soient pas tenus informés à ce sujet. Tout aussi anonyme était l’accueil
fait aux marins en provenance des pays alliés de force aux nazis, ou même des pays alliés au Canada.
Beaucoup de marins de pays comme la France et la Norvège, réalisant ce qui se passait dans leurs pays
d’origine, décidaient de quitter le navire en partance d’Halifax, alors que celui-ci allait rejoindre les Alliés.
Toute la guerre durant, on devait faire face au problème de devoir s’occuper, à nouveau, des hommes à
bord de navires ayant coulé.
L'un des prisonniers de guerre les plus infâmes à entrer en Nouvelle-Écosse par le Quai 21 fut le capitaine
Kurt Meyer du U-Boat, qui était fort impopulaire pour le traitement qu’il réservait aux prisonniers de guerre
canadiens.

Plus tôt, en 1940, les prisonniers de la GRAF SPEE, qui fût sabordée, sont entrés au Canada par le Quai
21, avant de se rendre sous escorte vers un camp de prisonniers dans le centre du Canada.

Une fois la guerre terminée, l'immigration reprit immédiatement, passant de 13 000 immigrants en 1944 à
72 000 en 1946. Le Quai 21 subit un grave incendie en 1944 et les quartiers ne furent reconstruits et
erréoccupés qu’à partir du 1 décembre 1946. Entre temps, les quartiers de détention se trouvaient dans des
huttes de l’armée construites à la hâte à l'arrière de la cuisine. Les nouveaux quartiers, cependant, furent
construits juste à temps pour recevoir les épouses de guerre et les réfugiés.

L’immigration rouvrit officiellement ses portes en 1947 et dut immédiatement faire face à un important afflux
d’épouses de guerre, autant alliées qu’allemandes. La plupart des épouses britanniques vinrent à bord de
l'AQUITANIA depuis Southampton, ou du FRANCONIA depuis Liverpool. Même alors, le voyage n'était pas
si facile, comme l'une des épouses de guerre nous le rappelle :

« Nous sommes montées à bord du FRANCOFONIA, à Liverpool, et avons été frappées de
vents exceptionnellement forts en cours de route. À un certain moment, nous nous sommes
arrêtées pendant vingt-quatre heures avant qu’on ne redémarre enfin les moteurs, puis cela se
produisit à nouveau pendant douze heures.

Les navires avaient été utilisés pendant la guerre et, venant tout juste d’être transformés,
n’étaient pas très confortables pour les passagers. Lorsque nous sommes finalement arrivées à
Halifax, nous sommes allées directement à bord des trains, mais je me souviens que les
groupes confessionnels étaient très bien organisés et que la plupart des passagers furent
accueillis par les pasteurs de leur foi.

Il y avait un certain nombre d'épouses de guerre à bord du bateau et du train, et la Nouvelle-
Écosse ainsi que le Nouveau-Brunswick nous paraissaient très effrayants. Nous avons traversé,
toute la journée durant, une région sauvage couverte de neige avec quelques maisons de bois
par-ci par-là et je me souviens que, sur la route en direction du Québec, nous nous demandions
s’il fallait encore s'inquiéter au sujet des Indiens. »

Le gouvernail de l’AQUITANIA est, aujourd’hui, toujours exposé à la Citadelle en reconnaissance de son
rôle dans l’histoire d’Halifax.

Les principales sources d’aide pour l’immigrant de l'époque, outre les représentants officiels, étaient les
dames du service d’accueil aux voyageurs, le YWCA, le Roman Catholic Sisters of Service (la
« congrégation des Sœurs catholiques de service »), les représentants des différentes églises ainsi que les
bénévoles omniprésents de la Croix-Rouge.

Pour les épouses de guerre, cette terre sur laquelle elles étaient venues était bien étrange et inhabitée. Le
caractère nouveau de ce pays favorisait une curieuse ambivalence à son sujet. Pendant une certaine
période, en guise de bienvenue, un chaman amérindien en tenue de cérémonie attendait les nouveaux
arrivants sur la mezzanine; « il était suggéré, de manière facétieuse parmi les comités d'accueil, qu'un
gentleman à la chevelure importante se tienne près de la passerelle comme indication rassurante de la
cessation de la guerre tribale ».

En même temps que les épouses de guerre et que les immigrants britanniques il y avait les réfugiés,
officiels ou non, de l'Europe en guerre.
« Pour des observateurs à Halifax, à partir du jour d’avril 1947 où le SS AQUITANIA s’approcha
du dock transportant un contingent de pionniers à son bord, il était devenu évident que le Canada
avait ouvert la voie bien avant les États-Unis et d'autres pays occidentaux... que, vers le début de
l’année 1948, les obstacles à l’établissement des populations dans les états étaient tels que
même les sociétés philanthropiques états-uniennes les plus puissantes, bien qu’actives en Europe
dans la distribution de l’aide humanitaire, ne purent vaincre les lois d’exclusion de leur propre pays
et en faire un refuge pour tous leurs protégés. C'est pourquoi les personnes dans le besoin en
Europe ne pouvaient pas uniquement dépendre de la générosité des grandes communions
mondialement puissantes, voisines du Canada.

On ne pouvait, non plus, compter sur d’autres possibilités de réinstallation. Les traversées
australiennes, par exemple, ne commencèrent de manière substantielle qu’à partir de 1949 et ce
jusqu’à ce que, quelques mois plus tard, les navires affrétés utilisés pour les immigrants
ramènent, sur le chemin de l'aller, les troupes néerlandaises en Indonésie. L’Amérique du Sud
rivalisait, au début, avec le Canada en ce qui concerne l'accueil de réfugiés, mais la traversée de
l'océan y était deux fois plus longue, et d’autres conditions contribuaient également à la ralentir.

Le Royaume-Uni avait déjà joué son rôle : l’établissement en Grande-Bretagne d'une grande
partie de l'armée polonaise avait été fait. En 1947, la nation britannique faisait elle-même face à
une crise économique, mais mit sur pied les opérations “Balt Cygnet” et “Westward Ho” grâce
auxquelles quatre-vingt-quatre mille [réfugiés] furent accueillis. Néanmoins, lorsque les navires
furent disponibles en 1946 après le retour des combattants, les courts trajets de six jours pour
traverser l'Atlantique jusqu’à Halifax contribuèrent à donner au Canada une avance naturelle sur
tous les autres pays. Ces importants facteurs dans la situation générale devinrent évidents pour
les employés sur le Quai.

C'est ainsi qu’en 1947, alors que les sombres nuages des épreuves et de la privation
obscurcissaient l’Europe centrale, un petit faisceau de lumière pointait à l'horizon nord-ouest pour
les personnes sans foyer, là où le Canada attendait ses nouveaux habitants. Le Canada offrit
alors le moyen le plus prometteur de réinstallation aux apatrides migrants, avec une loi efficace et
la promesse d’un transport rapide et satisfaisant. » (2)

Cela représenta une occasion sans pareil dans l'histoire de l’immigration du Canada. Les gens venaient au
Canada en raison de l'espoir qu'il leur offrait, mais aussi parce qu'ils fuyaient leurs pays ravagés par la
guerre et la famine. Les vagues les plus marquantes de cette période furent celles des réfugiés baltes de
1948-1949 et celles des personnes déplacées de 1948 à 1952. Il y eut aussi l’importante immigration
néerlandaise de 1947 à 1949, et l'immigration italienne qui débuta en 1948.

Les employés du Quai 21 se souviennent tout particulièrement des immigrants hollandais en raison de leur
habitude à mettre leurs objets ménagers à l’intérieur d'énormes caisses en bois qui pourraient être les
précurseurs des contenants d’expédition modernes. Les employés du Quai 21 avaient l'habitude de
plaisanter en affirmant que ces caisses contenaient absolument tout à l’exception de leur évier de cuisine,
jusqu'au jour où les autorités douanières en ouvrirent une pour y découvrir, parmi les autres articles, un
évier de cuisine.

L’immigration allemande commença en 1950, après la levée de l’interdiction au sujet des pays ennemis.

Les réfugiés les plus marquants furent ceux des pays baltes de 1948 à 1950, en particulier les Estoniens.
Les réfugiés baltes s’unirent dans le but d’acheter des navires n’étant souvent pas en état de naviguer,
exposant les passagers aux dangers des éléments de la nature. Parmi les navires qu'ils utilisèrent, on
retrouve le WALNUT et le SARABANDE (deux chalutiers transformés), le PARNU (un dragueur de mines
transformé), et le GLADSTONE (une goélette de pêche).

À l'été 1949 l’AMANDA, un chalutier transformé, arriva en provenance de la Suède. Il était le plus petit navire à avoir réussi la traversée de l'Atlantique, ce qui suscita le plus grand intérêt des médias. Commandé
par trois capitaines de la marine lettone, il transporta plus de vingt réfugiés baltes ayant fui en Suède au
début de la guerre. Plus tard durant l'année, le GLADSTONE allait prendre à l’AMANDA le titre du plus petit
bateau à atteindre le port.

On retrouvait stationné au Quai 21, à cette époque, un officier de l'OIR (l’Organisation internationale pour
les réfugiés) qui y joua de nombreux rôles et qui s’arrêtait à peine pour respirer. En collaboration avec les
services d'immigration et les organismes bénévoles, il fit de son mieux afin de s'assurer que les nouveaux
arrivants reçoivent un accueil des plus chaleureux et qu’ils puissent poursuivre leur route aidés de la
meilleure manière possible.

« C'était grâce aux longues heures supplémentaires volontairement investies par les personnes
âgées et les commis aux guichets, et par les services personnels aux passagers de la salle des
bagages, ceux de la salle à manger et du bureau de change, ainsi que par la police des chemins de
fer, par les porteurs de bagages et les hommes des chantiers navals, que la plupart des difficultés
ont pu être surmontées. Ces hommes et ces femmes ont formé un bureau de réception amateur. Ils
prenaient si bien soin des besoins des passagers que, en dépit du tumulte des véhicules en
mouvement et du passage d’un demi-million de gens attirés par le spectacle qu’offre un grand port
de mer, pas un seul enfant ne fut blessé. » (2)

Les Églises, le YWCA, la Croix-Rouge, les Scouts et les Guides furent tous impliqués dans l’accueil et dans
l'aide apportée aux réfugiés. Le YWCA offrait déjà, depuis plusieurs années, un lieu de rencontre où les
réfugiés pouvaient se réunir et discuter de problèmes communs et des possibilités d'emploi. On aidait
également les réfugiés à chercher un emploi et on organisait des soirées où ils pouvaient s’exercer à parler
l’anglais.

Le directeur international des réfugiés qui était en service durant ces années est bien resté gravé dans la
mémoire des nombreuses personnes qu'il a aidées. Une réfugiée lettone se souvient de sa gentillesse
lorsqu’elle arriva en compagnie de son mari et de sa fille de deux ans : « Nous sommes venus en février
sans vêtements d'hiver ni caoutchoucs, et notre petite fille avait l'air très affamée et triste. Il nous amena
dans son bureau et nous servit une tasse de chocolat et des biscuits aux figues Newtons. Aussi longtemps
que je vivrai, je n'oublierai jamais à quel point ces biscuits ont pu avoir bon goût pour nous ».

Les années 1946 à 1950 furent des années difficiles, mais plutôt enivrantes pour le Quai 21. La prise en
charge de réfugiés était alors une tâche remplie de défis, de frustrations et de réussites.

« Abandonnées dans le hall alors que les trains se préparent à partir, tels des espars laissés sur
une plage par la marée basse, apparaissent ici et là un certain nombre de personnes non
prévues par les voies officielles. Ces personnes inadmissibles pour le passage gratuit avaient,
dans une entreprise risquée, converti l'ensemble de leurs possessions en billets pour prendre le
bateau et en argent à l’arrivée. On leur avait accordé un visa dans l'espoir que le soi-disant
répondant soit suffisamment généreux pour les réclamer et subvenir à leurs besoins.

Il y avait, par exemple, cette femme d'âge moyen qui avait perdu les membres de sa famille au
cours du mouvement de résistance de son pays natal. Elle se tenait là, hésitante, craignant
chaque étape, isolée à cause de son dialecte, sans financement, désemparée et seule dans le
Nouveau Monde. On sait à quel point de telles réflexions solitaires peuvent être dangereuses
pour l'esprit, voire pour la vie elle-même. Il y avait aussi ces enfants confiés à des parents
nourriciers pour le voyage. Ces enfants se retrouvèrent à bord de trains avec des destinations
différentes de celles de leurs accompagnateurs, et c’est seulement à quelques minutes du
départ et après une recherche épuisante que l’agent de l’OIR parvenait à trouver des tuteurs de
remplacement.

Il y avait aussi ces voyageurs, d’âge mûr également, et troublés par des expériences du passé,

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