Le commandant Delgrès
258 pages
Français

Le commandant Delgrès

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Extrait : L'homme perdu dans ces solitudes peut être considéré comme mort~

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Nombre de lectures 35
EAN13 9782824712093
Langue Français

GUST A V E AIMARD
LE COMMAN D AN T
DELGRÈS
BI BEBO O KGUST A V E AIMARD
LE COMMAN D AN T
DELGRÈS
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1209-3
BI BEBO OK
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compris à Bib eb o ok.Henr y de K o ck
A L’auteur de tant de char mants ouv rag es ce liv r e est dé dié p ar
son confrèr e et
Son ami,
GUST A V E AIMARD
Paris, 25 mar s 1876.
n
1CHAP I T RE I
L’Œil Gris et le ser g ent
K erbr o ck v o y ag ent de
comp agnie dans des chemins
très p eu fr ay és.
      qui o ccup ent le centr e de l’île de la
Guadeloup e et v er s lesquelles, depuis le b ord de la mer , le ter rainL s’élè v e p eu à p eu p ar mar ches immenses et magnifiques comme
un escalier de g é ant, ont toutes été , à une ép o que r e culé e , des v olcans r
edoutables.
En effet, leur s lav es sont encor e amoncelé es p ar blo cs noirâtr es et
monstr ueux, depuis leur s cimes chenues jusqu’aux sables du rivag e .
Et ce qui pr ouv e clair ement la vérité de cee assertion, c’ est que , ainsi
que nous l’av ons rapp orté plus haut, le sommet le plus éle vé de ces m
on2Le commandant D elgrès Chapitr e I
tagnes, la r eine de toutes les autr es, la Soufrièr e enfin, b ouillonne encor e
aujourd’hui av e c un br uit for midable et lance incessamment d’ép aisses
vap eur s p ar les soupiraux de ses ténébr eux abîmes.
Ces hautes montagnes de la Guadeloup e sont toutes couv ertes de
forêts ; forêts sé culair es, primitiv es, où n’a jamais r etenti le br uit de la
cogné e des bûcher ons ; que seuls connaissent les nègr es mar r ons qui s’y
réfugient, et quelques rar es chasseur s de griv es et d’ag outis.
Ces forêts vier g es ser v ent de bar rièr es et à la fois de ceintur e aux
mor nes ; elles sont pr esque imp énétrables ; des arbr es gig antesques de
tous les âg es, couchés les uns sur les autr es dans un pêle-mêle effr o yable ,
p our rissent au milieu des ar ums qui les env elopp ent et des lianes qui le
cour onnent.
D’autr es arbr es se dr essent majestueusement du milieu de ces
fourrés, av e c des ép anouissements de branches dé v orant un immense esp ace
autour d’ eux, sans que l’ ombr e ép aisse qu’ils pr ojeent au loin empê che
la vég étation é che v elé e et furieuse de se pr esser autour de leur s trônes.
Lor squ’ on foule ces débris entassés, craquant et s’ effondrant à chaque
p as, on sent, en pr essant ce ter rain, des vap eur s étouffantes que le sol
env oie au visag e ; toutes les plantes sur gissant de cet engrais éter nel ont
un asp e ct pléthorique et vénéneux qui aer r e .
On est fasciné à l’asp e ct de cee natur e cy clop é enne e x ag érant toutes
les pr op ortions et chang e ant en arbr es jusqu’aux br uyèr es.
Parfois, le soleil descend au milieu des ténèbr es crépusculair es de ces
o cé ans de v erdur e , p ar quelque dé chir ur e que la chute d’un fr omag er ou
d’un p almier sé culair e a faite à la v oûte feuillue ; alor s les plantes que
ces ray ons ont visité es se p ar ent de fleur s ravissantes, p erdues dans ces
g ouffr es où nul r eg ard ne les cher che , où nulle main ne les cueille jamais.
Rien n’ est mélancolique et silencieux comme ces grands b ois, où nul
oise au ne v ole et ne chante , où l’ on ne v oit que p ar hasard un ag outi
craintif, se glissant dans des four rés ine xtricables ; dont le seul br uit
appré ciable est le b ourdonnement monotone et continu des inse ctes qu’
entr etient et qu’é chauffe le détritus des forêts.
L’homme p erdu dans ces solitudes p eut êtr e considéré comme mort ;
jamais il ne p ar viendra à en sortir ; les murailles mouvantes dont il est
entouré lui for ment un v ert linceul qui l’ env elopp e de toutes p arts et dont
3Le commandant D elgrès Chapitr e I
il lui est imp ossible de soule v er le p oids, p ourtant si lég er en app ar ence ,
mais si lourd en ré alité ; tous ses efforts p our sortir des rése aux immenses
qui l’ enlacent ne font qu’ en r esser r er davantag e les fle xibles anne aux ; ses
for ces s’épuisent dans une lue insensé e , il chancelle , v eut résister
encor e , tomb e et ne se r elè v e plus ; c’ en est fait ; la mort implacable étend
v er s lui sa main de squelee , et lui, ce vivant, si plein de jeunesse , de sè v e ,
de courag e , de v olonté , il est vaincu ; il se couche haletant et succomb e
dans d’hor ribles souffrances, au milieu de cee luxuriante et puissante
vég étation qui semble lui sourir e railleusement, à quelques p as à p eine
du but qu’il v oulait aeindr e , sans se douter que , p endant de longues
heur es, il a vainement consumé toute son éner gie à tour ner toujour s dans
le même cer cle , sans avancer d’un p as v er s la déliv rance .
C’était dans une de ces clairièr es, qui, ainsi que nous l’av ons dit, se
tr ouv ent p arfois dans les forêts vier g es, quatr e hommes, assis sur des
tr oncs d’arbr es r env er sés, causaient entr e eux à v oix basse , tout en
mang e ant de b on app étit un ag outi à demi grillé sur les charb ons, et buvant
à longs traits du tafia r enfer mé dans une g ourde , qu’ils se p assaient de
main en main.
Ces quatr e hommes étaient des noir s, un cinquième , assis un p eu à
l’é cart, le coude sur le g enou et la tête dans la main, dor mait ou réflé
chissait ; l’immobilité de statue dans laquelle depuis longtemps il demeurait
et ses y eux fer més, prêtaient ég alement à ces deux supp ositions.
Les noir s n’étaient autr es que des nègr es mar r ons ; ils avaient chacun
un fusil appuyé contr e la cuisse et une hache p assé e dans la ceintur e ;
hache dont ils se ser vaient p our se tracer une r oute à trav er s ce fouillis
de lianes si étr oitement enche vêtré es les unes dans les autr es ; près d’ eux,
sur le sol, se tr ouvaient des régimes de bananes, des sap otilles, plusieur s
noix de co co et une quantité d’autr es fr uits de toutes sortes, dont ils p
araissaient appré cier b e aucoup la sav eur .
À quelques p as de là , dans un hamac en fils d’aloès de plusieur s
couleur s, susp endu entr e deux énor mes fr omag er s, une jeune femme était
couché e et dor mait.
Cee jeune femme , dont la r espiration douce et régulièr e et le
sommeil calme et p aisible r essemblait à celui d’un enfant, était M ˡˡᵉ René e de
la Br unerie , enle vé e la nuit pré cé dente av e c une si audacieuse témérité ,
4Le commandant D elgrès Chapitr e I
dans l’habitation de son pèr e , au milieu de ses amis et de ses défenseur s.
Il était un p eu plus de cinq heur es du soir , le soleil baissait
rapidement à l’horizon ; l’ ombr e des arbr es grandissait en s’allong e ant d’une
façon démesuré e , le ciel commençait à pr endr e une teinte plus sombr e ;
à l’appr o che de la nuit les gr ondements rauques de la Soufrièr e , sur les
p entes de laquelle courait cee forêt vier g e , de v enaient plus distincts et
plus menaçants.
Soudain, p ar un mouv ement br usque , mais p arfaitement calculé ,
les nègr es se couchèr ent le fusil en avant, der rièr e les énor mes tr oncs
d’arbr es qui, un instant aup aravant, leur ser vaient de sièg es.
Leur s or eilles félines avaient p er çu un br uit faible , à p eine appré ciable ,
mais se rappr o chant rapidement de l’ endr oit où ils étaient camp és, et sur
la cause duquel il fut bientôt imp ossible de se tr omp er .
Seul, l’homme dont nous av ons p arlé , un mulâtr e , n’avait p as fait un
g este , ni semblé aacher la plus minime aention à ce qui inquiétait si
fort les nègr es mar r ons.
Bientôt on ap er çut un noir se glissant av e c pré caution entr e les
arbr es ; ce noir p ortait un bande au sanglant autour de la tête , il en avait
un se cond sur la p oitrine , et enfin un tr oisième env elopp ait son bras
audessus du coude .
Malgré ces tr ois blessur es, ce nègr e p araissait frais et disp os ; son
visag e était souriant ; il mar chait av e c légèr eté au milieu des débris de toutes
sortes qui, à chaque p as, entravaient sa mar che ; son fusil était r ejeté en
bandoulièr e et il tenait à la main une hache av e c laquelle , pr obablement,
il avait taillé un chemin p our p ar v enir jusqu’à l’ endr oit qu’il v enait
d’atteindr e .
Ce nègr e était Pier r ot, que nous av ons v u si chaudement p our suivi
p endant le chang e audacieux qu’il avait donné ; il avait réussi à s’é chapp er
p ar miracle , mais non sans emp orter av e c lui le plomb des chasseur s.
En le r e connaissant, les nègr es avaient r epris leur s places, et s’étaient
tranquillement r emis à mang er .
— Bonjour , dit le noir en s’appr o chant.
— , rép ondir ent laconiquement les autr es.
— Où est massa T élémaque ?
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