Le dangereux jeune homme
156 pages
Français

Le dangereux jeune homme

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Description

René Boylesve (1867-1926), pseudonyme de René Tardiveau, fit paraître son premier roman, Le Médecin des dames de Noans en 1896, roman qui lui valut une immédiate renommée, cependant il est bien oublié aujourd'hui. Le recueil de nouvelles Le dangereux jeune homme parut en 1921. Extrait : Jeunes filles, jeunes femmes étaient vêtues comme des déesses, c'est-à-dire de rien

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Nombre de lectures 39
EAN13 9782824712772
Langue Français

REN É BO Y LESV E
LE D ANGEREUX JEU N E
HOMME
BI BEBO O KREN É BO Y LESV E
LE D ANGEREUX JEU N E
HOMME
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1277-2
BI BEBO OK
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
Le dang er eux jeune homme
À Pier r e Villelard.
   du jeune Rob ert ayant ép ousé , au printemps, un
grand industriel de Paris, Rob ert de vait natur ellement êtr e in-L vité à p asser le mois d’août dans la villa que son nouv e au b e
aufrèr e p ossé dait à Folle ville-sur-Mer , plag e à la mo de .
— Il ne faut p as se dissimuler , toutefois, dit M. Car ré de la T our à sa
femme , que la présence de ton p etit frèr e à la villa Mondésir n’ est p as
dép our v ue de sérieux inconvénients !. . .
— Lesquels ? demanda la jeune femme , stup éfaite .
— Rob ert a dix-sept ans et demi ; il sort du collèg e : cela n’ est rien.
Mais song es-tu qu’il a été éle vé à Gr enoble , que sa famille est très « vieux
jeu ». . .
— Dis donc ! sa famille est la mienne . Eh ! là !. . .
1Le dang er eux jeune homme Chapitr e I
— Seulement, toi, tu es femme , et j’ai été près de toi p our t’appr endr e
à ne p as t’ effar oucher , à ne p as t’ emballer , enfin à connaîtr e les règles du
jeu nouveau . . .
— T u crains le dang er p our Rob ert ?
— Pas du tout ! Je cr ois Rob ert dang er eux p our nous.
— Je la tr ouv e b onne , p ar e x emple ! Un p auv r e g ar çon à p eine «
dessalé », comme v ous dites, au milieu d’une bande de Parisiens dé chaînés :
et c’ est lui qui constitue le dang er ?
— T u v er ras si je me tr omp e .
Et le jeune Rob ert fit né anmoins le v o yag e de Gr enoble à Folle ville ,
p our s’installer , iv r e de joie , à la villa Mondésir . Il avait été , comme ses
contemp orains, fort privé d’agréments, ayant ter miné ses études p endant
la guer r e ; et il cr ut, de b onne foi, en ar rivant chez son b e au-frèr e , que
la p aix du 28 juin le transp ortait, p ar u n de ces effets mer v eilleux dont
on ne s’étonne plus aujourd’hui, dans une planète totalement différ ente
de la vieille T er r e où il avait appris à viv r e selon des conv entions aussi
minutieuses que compliqué es et ty ranniques.
Il se tr ouva soudainement en contact av e c une so ciété qui semblait
faite e xprès p our sé duir e un g ar çon de son âg e . L’imp ortant était qu’il fût
vêtu comme il faut ; sa sœur y v eilla, y mit le prix ; et tout alla à souhait.
— Eh bien ! disait celle-ci à son mari, tu v ois ? Rob ert n’ est étonné de
rien ; il se met aussi vite que moi au diap ason ; il se mêle à tous les sp orts,
il connaît tous les jeux : le tr ouv es-tu déplacé ?
— Patience ! faisait M. Car ré de la T our ; « il connaît tous les jeux »,
c’ est bientôt dit. Il y a un jeu qu’ on joue du matin au soir , et qui ne
s’appr end p as dans l’antichambr e , en entrant. . .
— Le quel donc ? et que v eux-tu dir e ? Pour quoi tant de my stèr e ? Et
ne p our rions-nous, si quelque embûche est tendue , av ertir au moins ce
p auv r e Rob ert ?
— A v ertir un g ar çon de nos jour s !. . . Mais ils n’ en cr oient que leur s
y eux, ma chèr e amie ! On ne s’instr uit qu’à ses dép ens. Laissons aller les
choses.
En aendant, Rob ert s’ en donnait impunément à Folle ville .
Il y avait, dans la villa, cinq ou six jeunes filles et des femmes d’une
élég ance e xtrême . D e sa vie , p eu longue il est v rai, il n’avait v u d’êtr es
2Le dang er eux jeune homme Chapitr e I
aussi jo y eux d’ e xister et aussi libr es ; et il y a plaisir p our un grand g amin
à dép asser , dans la conv er sation, p ar la hardiesse et le cy nisme , ce qu’ on
a chuchoté , entr e g ar çons, dans les cour s ingrates d’un ly cé e dauphinois.
Jeunes filles, jeunes femmes étaient vêtues comme des dé esses, c’
està-dir e de rien ; elles g ardaient les jamb es nues à la ville comme au bain,
et, en soiré e , ré duisaient encor e leur costume à ce p oint qu’ elles n’ eussent
p as osé se montr er telles p our se jeter à l’ e au. Et Rob ert ne p araissait p as
le moins du monde ému de v oir sa sœur , jeune marié e , plus sé vèr ement
éle vé e que lui, e xhib er ses bras, ses mollets, son dos et ses flancs av e c
la même inno cente aisance que , jadis, en pr o vince , elle dé couv rait ses
salièr es.
Du mar mot au vieux monsieur , tout le monde , à Mondésir , s’adonnait
av e c métho de à la cultur e phy sique ; tout le monde se confiait au
masseur av eugle comme au p é dicur e chinois ; tout le monde aimait à affir mer
qu’il buvait et mang e ait rationnellement ; tout le jouait au tennis,
au g olf, fré quentait les cour ses, était assidu au Stade de la Palestr e ,
dansait à qui mieux mieux, montait à che val, conduisait une auto , faisait en
aér oplane des randonné es délicieuses et qui laissaient sur le p ay s entier
l’ o deur é cœurante de l’huile de ricin.
A u casino du lieu, c’était le délir e . Une bande de négrillons é
chapp és du T e x as, ayant le diable au cor ps et, dans les globules du sang, le
g énie du r ythme , for mait un or chestr e de cauchemar , au br uit duquel
trépidaient sur leur s bases les colonnes mêmes de l’établissement. Enfants,
fillees, femmes et grand-mèr es, emp ortés p ar l’ir résistible puissance de
la mesur e bien frapp é e et p ar le cy clone de l’ e x emple , tour no yaient, se
trémoussaient, piétinaient, se désarticulaient, agglutinés deux p ar deux,
comme les feuilles d’ or qu’unit jusque dans la rafale l’humidité des
sousb ois.
D e tout cela, Rob ert s’accommo dait ; et, s’il adoptait la planète et le
jeu nouv e aux, il fallait le demander aux ler es adr essé es p ar lui en toute
candeur aux vieux p ar ents de Gr enoble !
D éjà ces b onnes g ens avaient é crit à leur fille , alar més au p ossible , et
avaient adr essé à Rob ert des ser mons aux quels le jeune homme , o ccup é
à jouer , ne compr enait rien, et qu’il ne cher chait même plus à dé chiffr er .
Mais M. Car ré de la T our disait à la sœur de Rob ert :
3Le dang er eux jeune homme Chapitr e I
— Ne t’ai-je p as av ertie ? T on frèr e , en racontant au loin des choses
p our lui neuv es, four nit l’ o ccasion d’inter prétations er r oné es et fâcheuses.
Il faut êtr e b on joueur p our bien jug er du jeu. Rob ert fait ses débuts. . . Gar e
à nous !. . .
Il va de soi que , malgré une franche camaraderie av e c toutes les jeunes
filles, Rob ert en avait distingué une , qui était de v enue son flirt. Il la tr
ouvait admirable . S’il l’ eût connue dans les montagnes du D auphiné , il eût
conçu p our elle une p assion r omanesque et souhaité de l’aimer éter
nellement, après s’êtr e aaché à elle p ar les liens indissolubles du mariag e .
Mais, à Folle ville , il n’avait p as le temps d’ en p enser si long. Pris dans
un courant qu’il jug e ait lui-même rapide , dès le lendemain de son ar rivé e
il app elait cee jeune fille Gisèle , comme elle-même le nommait Rob ert ;
il mar chait av e c elle le long des r ues, il nag e ait côte à côte av e c elle , en
maillot tout comme elle ; et, é crivant à Gr enoble , il p arlait à ses p ar ents de
Gisèle , tout court ; de telle sorte que ces b onnes g ens, d’un autr e monde , se
demandaient ou si leur fils était fou, ou s’il ne s’était p as lié av e c quelque
cré atur e de qui il était, p ar ailleur s, inconce vable qu’il les entr etînt.
A ussi en é crivir ent-ils, de plus en plus inquiets, à leur fille qui, elle ,
avait déjà p erdu tout p enchant p essimiste et leur rép ondait : « Mais so y ez
donc tranquilles, la santé est e x cellente : tout va bien. »
Cep endant Rob ert s’était fait, à plusieur s r eprises, r emer e à sa place
p ar Gisèle , à qui il p arlait sans plus de r etenue qu’il n’ en emplo yait en
chacune de ses actions à Folle ville .
— Oh ! Rob ert, lui disait-elle , p arlez plutôt anglais !
— Pour quoi ? faisait Rob ert, ahuri.
— Par ce que , dans cee langue , au moins, v ous ne connaissez p as tous
les ter mes. . .
Rob ert commençait à épr ouv er de l’ embar ras. Mais, comme sa natur e
n’était p as compliqué e et que la fougue de son âg e emp ortait tout le r este ,
il laissa sans v er g ogne s’ env oler le r este , et demeura av e c sa fougue .
Nul n’imagine qu’à la villa Mondésir quelqu’un pût v enir au se cour s
d’un jeune homme incertain. À , on p arlait jeux, danses et
sp orts. Cela r emplit très bien les inter valles du temps p endant lesquels
on se r ep ose de la fatigue des sp orts. Et celui qui se fût avisé , dans la
conv er sation, d’inter caler un ter me d’ ordr e moral, eût été aussi anté
dilu4Le dang er eux jeune homme Chapitr e I
vien que les p ar ents de Gr enoble .
A ussi, l’inno cent Rob ert ne cr ut-il manquer à aucune règle de sp ort,
un soir , après av oir dansé à p erdr e haleine , en se présentant, comme il en
avait le g oût très net, à la p orte de la chambr e où couchait Gisèle . Il avait
conser vé son smoking.
Il frapp a.
On rép ondit de l’intérieur , sans méfiance :
— Entr ez !
Et il entra.
Il n’ eut p as le temps de r emar quer si Gisèle était en train de fair e sa
toilee ou bien non ; ou, plutôt, il s’ap er çut qu’ elle n’était p as éloigné e de
son p ot à e au, car il r e çut le contenu de celui-ci en plein visag e . Et l’ e au
dég oulina, et inonda son b e au plastr on emp esé et la soie des noir s r e v er s.
Gisèle se tordait de joie à le v oir ainsi fait.
— Mais, Gisèle , disait Rob ert, sous son e au, ce n’ est p as g entil. Je
cr o yais que v ous m’aimiez !. . .
— Possible , disait Gisèle , mais je n’aimerai certainement p as un
loufo que ! Allez, ouste ! V ous ne v o y ez p as que v ous mouillez tout chez moi ?
Rob ert ne compr enait p as plus son ridicule que son er r eur :
— Mais, enfin ! disait-il. Je v ous aime , moi ! Et qu’ai-je fait ?
— Mon p etit, v ous av ez fait ce qui ne se fait p as.
Ah ! p ensa Rob ert, jeté dehor s p ar un coup de p oing confor me aux
pr escriptions de la métho de Héb ert ; il y a donc des choses qui ne se font
p as ? . . .
La scène n’avait p as été sans pr o duir e quelque é clat, et des p ortes s’
entr ouv raient dans le cor ridor é clairé . On vit Rob ert, les che v eux tr emp és
et lui r uisselant en mè ches stupides sur les or eilles. On chuchotait, tout
le long du couloir ; on p ouffait. Le malheur eux eût v oulu é viter plus que
tous autr es son b e au-frèr e et sa sœur : ce fut sur eux qu’il tomba. Ils r eg
agnaient, les der nier s, leur s chambr es. À cet asp e ct de lessiv e , le b e au-frèr e
eut tôt fait de de viner ce qui était adv enu à Rob ert, et, comme sa femme
allait s’aendrir , il lui fit :
— Ça y est !. . . J’aendais cela. Je v ois que ça s’ est bien p assé .
— Mais, quoi donc ?
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