Université Paris I Panthéon Sorbonne UFR Science politique

Université Paris I Panthéon Sorbonne UFR Science politique

-

Documents
70 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Niveau: Supérieur, Master, Bac+5

  • mémoire - matière potentielle : master


Université Paris I Panthéon-Sorbonne UFR 11 Science politique Master 2 professionnel Communication politique et sociale L'EUROPE ET L'UNION EUROPEENNE DANS LE DISCOURS DES PARTIS POLITIQUES MOLDAVES Enjeux et stratégies politiques Mémoire de Master

  • moldavie

  • ouest

  • moldavie d'aujourd'hui

  • année européenne de la moldavie………………………………………39

  • pôle des partis libéraux

  • politique extérieure

  • occidental

  • parti des communistes de la république

  • direction pro


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 54
Langue Français
Signaler un problème
Université Paris I Panthéon-Sorbonne UFR 11 Science politique Master 2 professionnel Communication politique et sociale
LEUROPE ET LUNION EUROPEENNE DANS LE DISCOURS DES PARTIS POLITIQUES MOLDAVES Enjeux et stratégies politiques
Mémoire de Master
Réalisé par Nicoleta Chirita Sous la direction de M. Mathieu BRUGIDOU Année universitaire 2008-2009
SOMMAIRE INTRODUCTION.. 3 Problématique. 6  Sources et méthodologie8 Prémisses théoriques..9 1. Leuropéanisation  lusage dune notion disputée..9  2. Le processus de cadrage de lEurope et de lUE.11  Structure de la recherche..12PREMIÈRE PARTIE. Les partis politiques moldaves entre lOuest et lEst : lexemple d « européanisation » du Parti des Communistes..131. Les premiers promoteurs dun rapprochement de lUE .15 2. Les élections de 2001  acteurs, enjeux et discours sur lEurope et lUE..17 2.1. Le Parti des Communistes de la République de Moldavie (PCRM)18 2.2. Le Parti Populaire Chrétien Démocrate (PPCD).21 2.3. Le Bloc Electoral « lAlliance Braghis »..23 2.4 Le Parti Démocratique de Moldavie (PDM)23 2.5. etLe pôle des partis libéraux chrétien-démocrates.24 3. Le retour des « survivants ».24 3.1 Facteurs économiques et politiques523.2 Enjeux et messages électoraux  quelle place pour lEurope et lUE ?.....264. Les communistes au pouvoir  le double langage.295. Lheure du pragmatisme  la volte-face du PCRM..325.1 Le contexte international  entre la Russie et lUnion Européenne.34
2
5.2 Les facteurs internes35 5.3 Légitimer le changement366. Conclusions provisoires..37 DEUXIÈME PARTIE. Les limites de leuropéanisation : le processus de cadrage de lEurope et de l UE38 1. 2005  Lannée européenne de la Moldavie392. Penser lEurope et lUE  lidentification des cadres 43 2.1. UE - facteur géostratégique ou vecteur de politique intérieure ?...........442.2. UE  remède économique universel.49 2.3. UE  le retour en Europe de la Moldavie52 2.4. UE  la chance de réunification avec la Roumanie53  2.5. LUE et le règlement du conflit transnistrien 56  2.6. UE  ressource dans la compétition politique58 CONCLUSIONS6 2 SOURCES.6 4 BIBLIOGHRAPHIE.6 6
3
INTRODUCTION
« Les députés utilisent le bâtiment du Parlement pour des réunions où ils discutent didées délirantes[de lintégration dans lUnion Européenne]»1Vladimir Voronine, mai 2000.« La promotion et le maintien du vecteur de lintégration européenne [] constitue la priorité absolue et le trajet politique irréversible de lactuel gouvernement.»2Vladimir Voronine, janvier 2004.
 Quest qui change entre mai 2000 et janvier 2004 à tel point que Vladimir Voronine, leader du principal parti politique moldave et président de la République entre 2001 et 2009, passe dun discours antioccidental agressif où lUnion Européenne est considérée «une idée délirante» à une direction pro-européenne déterminée « etirréversible» ? Avant dentrer dans le vif du sujet et répondre à une question qui se pose de soi par lévidente dissonance entre ces deux types de positionnements, il est nécessaire de faire une courte digression sur la particularité de la République de Moldavie en termes de politique extérieure. Une parenthèse qui savère utile pour comprendre pourquoi en 2000, quand la majorité de pays de lEurope Centrale et Orientale avait fait un choix clair pro-occidental, les acteurs politiques moldaves oscillaient encore entre lEst et lOuest et le Parti des Communistes de la République de Moldavie (PCRM) gagnait du terrain par rapport aux forces pro-démocratiques. Quant on parle de la République de Moldavie, on a souvent la tendance de la décrire comme un pays «à la croisée des chemins» ou «entre deux mondes»3 pour mettre en exergue son positionnement géographique, son histoire troublée et la composition ethnolinguistique qui en est résulté.4Après léclatement de lUnion Soviétique, beaucoup de 1 de Vladimir Voronine, leader du Parti des  CommentaireCommunistes, à loccasion de ladoption de la « Déclaration sur lintégration européenne » le 5 mai 2000 par de 20 partis politiques moldaves, « Liderul comunistilor considera declaratia de integrare in Uniunea Europeana drept o aiureala »,Ziua, 11 mai 2000, disponible à http://old.azi.md/news?ID=8939 2 Voronin considera integrarea europeana prioritatea absoluta si cursul politic ireversibil al « Presedintele actualei guvernari »,Ziua, 28 janvier 2004, disponible à http://old.azi.md/news?ID=27609 3  Lexpression est utilisée par exemple par Florent PARMENTIER,La Moldavie à la croisée des chemins, Universitoo, 2003 ou par Jean-Michel DE WAELE & Catalina ZGUREANU-GURAGATA, « la Moldavie : un cas exemplaire des difficultés de la transition postsoviétique ? », dans Jean-Michel DE WAELE, Catalina ZGUREANU-GURAGATA (coordonné par), «La Moldavie entre deux mondes» (dossier),Transitions, vol. 45, n° 2, 2006, pp. 11-224. 4En effet, la Moldavie daujourdhui, un petit territoire enclavé entre la Roumanie et lUkraine, a fait partie de la principauté médiévale « Moldova » qui sétendait jusquà Carpates avant de tomber, après le XVème siècle, sous le joug de lEmpire Ottoman et, entre 1812 et 1918, sous la domination de lEmpire russe. A lissue de la première Guerre mondiale, la Moldavie regagnera son indépendance et votera la même année le rattachement à
4
ses anciens Etas-membres de lEurope Orientale  les pays baltes, lUkraine ou la Biélorussie - se sont retrouvés comme la République de Moldavie déchirés entre lOuest et lEst, avec des populations mixtes ethniquement et linguistiquement. Leur situation géostratégique et culturelle était beaucoup plus complexe que celle de la plupart des pays de lEurope Centrale pour lesquels la transition postcommuniste sest posée uniquement en termes économiques et politiques et qui ont adopté dans la politique extérieure une orientation pro-occidentale manifeste dès le début.5Dans le cas de la République de Moldavie, pour des raisons liées à son histoire complexe et à sa structure ethnique6, la transition a été marquée par son aspect culturel et identitaire. Florent Parmentier distingue trois volets de ces conflits ethnoculturels : lidentité du groupe majoritaire roumanophone qui reste à définir  roumaine ou moldave7, les revendications du groupe russophone qui souhaite voir la langue russe reconnue au statut de langue nationale et finalement les demandes de fédéralisation de la Moldavie faites par la Transnistrie et la Gagaouzie, territoires peuplées majoritairement par les minorités.8 La politique extérieure de lEtat moldave et les relations avec les pays voisins ont été ainsi le reflet de ces tensions intérieures dordre ethnolinguistique et culturel qui ont dominé les années postindépendance. Déchirée entre la Roumanie et la Russie, entre les tendances unionistes et celles pro-russes, la Moldavie a eu des difficultés à trouver un consensus à légard de son positionnement sur la scène internationale. On pourrait dire que la spécificité de sa politique extérieure réside dans cette oscillation continuelle entre lOuest et lEst, dans son incapacité de choisir lun ou lautre de deux camps. A la différence des pays baltes par exemple, qui par une politique pro-occidentale résolue ont réussi leur intégration euro-atlantique9 ou à la différence de la Biélorussie qui a choisi de renforcer ses liens avec la
la Grande Roumanie, dont elle fera partie jusquà la Seconde Guerre mondiale où elle sera intégrée à lUnion soviétique. Pour une courte histoire de la Moldavie, voir Wanda DRESSLER, « Entre empires et Europe le destin tragique de la Moldavie », Presses Universitaires de France,Diogène, 2005/2 - N° 210, p. 35-40. 5Maarten BEKS & Olga GRAUR, « Cultural politics in Moldova, undermining the transition? », dans Jean-Michel DE WAELE, Catalina ZGUREANU-GURAGATA (coordonné par),op. cit., p. 17. 6Selon le recensement de 1989, 64,5 % de la population était roumanophone tandis quun tiers était composée des minorités : Ukrainiens (13,8 %), Russes (13 %), Gagaouzes (3,5 %) et autres (Bulgares, juifs, Tsiganes, etc.) En 2004, la composition ethnique était la suivante : Moldaves - 78.2%; Ukrainiens- 8.4%; Russes -5.8%; Gagaouzes - 4.4%; Bulgares - 1.9%; autres -1.3%, voir http://www.europa.md/ 7 LUnion soviétique a fait la promotion dune identité moldave artificielle pour éviter les tendances de réunification avec la Roumanie, voir Florent PARMENTIER, « État, politique et cultures en Moldavie »,La revue internationale et stratégique, n° 54, été 2004, p. 156. 8et cultures en Moldavie », p. 154.Florent PARMENTIER, « État, politique 9Les pays baltes  Européenne en 2004 etont fait partie de la vague de 10 pays qui ont été admises dans lUnion la même année dans lOTAN.
5
Russie10, la République de Moldavie a évité de faire un choix clair, essayant de concilier dans la plupart du temps lappartenance à la Communauté des Etats Indépendants (CEI)11 le et rapprochement de Russie avec une orientation pro-européenne. La présence des troupes armées russes en Transnistrie et la nécessité dune coopération moldo-russe pour une réglementation du différend, la dépendance économique et énergétique importante envers Moscou à laquelle sajoute la présence des minorités russophones oblige la République de Moldavie de rester toujours en étroite relation avec son ex-centre12. En même temps, lélargissement de lUnion Européenne à lEst en 2004 et dernièrement en 2007 avec lacceptation de la Bulgarie et de la Roumanie a transformé la Moldavie dans le voisin direct de lUnion Européenne. Pour revenir à notre question de départ, ce qui change principalement entre mai 2000 et janvier 2004 à tel point que le principal parti politique moldave fait un virage de lEst à lOuest, est justement le contexte stratégique international. Lattention de lUnion Européenne, focalisée sur les pays qui devaient recevoir le statut de membres en 2004, respectivement en 2007, commence à se diriger vers les Etats de ses nouvelles frontières orientales. La Moldavie, en dépit de ses dimensions, a commencé à intéresser de plus en plus lUnion Européenne principalement à cause des risques sécuritaires que lexistence de la Transnistrie entraînait à ses frontières et dû aux problèmes économiques sévères auxquels le pays se confrontait. Les premiers signes de cet intérêt croissant que lUE portait à cette région ont été visibles lors des révolutions « colorées » de Géorgie et Ukraine de 2003/2004 et par lélaboration dune nouvelle approche envers ses nouveaux voisins orientaux  la Politique Européenne de Voisinage (PEV)  lancée en mars 2003 et suivie dun document de stratégie en mai 2004.13Lobjectif de la PEV était de créer un espace de sécurité et de prospérité à la périphérie de lUnion par une collaboration étroite avec les pays intéressés au niveau politique et économique. La Moldavie a été parmi les premiers signataires du Plan dAction14la PEV et, avec lUkraine, le pays qui a le cadre de  dans montré en outre son désir daller plus loin jusquà lintégration dans lUnion Européenne, déclarée « objectif stratégique ». Pourrait-on affirmer que loscillation symptomatique de la
10 Le Traité de l'Union de la Biélorussie et la Russie a été signé le 2 avril 1997, voir le document en ligne http://www.soyuz.by/ru/?guid=1044311à lexception des Etats Baltes et de laLa CEI rassemble lessentiel des Etats issus de lex-Union soviétique, Géorgie, voir http://www.diploweb.com/-CEI-.html 12 Jean-Michel Moldavie : un cas exemplaire des la DE WAELE & Catalina ZGUREANU-GURAGATA, « difficultés de la transition postsoviétique ? », p. 13. 13Informations sur la Politique Européenne de Voisinage disponibles sur le site de la Commission Européenne à http://ec.europa.eu/world/enp/policy_fr.htm14 Les Plans dActions bilatéraux sont les instruments de la politique de voisinage, http://ec.europa.eu/world/enp/documents_fr.htm
6
politique extérieure moldave a été dépassée par cette aspiration vers lEurope ou que la Moldavie a fait ainsi un choix clair entre lEst et lOuest ? Cette question ouvre la voie à dautres interrogations et nous amène à analyser en profondeur létendue de cette orientation pro-européenne de la classe politique moldave. Pour cette analyse, nous avons décidé de nous pencher sur les discours officiels des partis politiques et cela pour plusieurs raisons. Dun côté, les partis sont parmi les acteurs qui doivent gérer lensemble des questions sociétales, économiques et de politique extérieure et qui doivent proposer des solutions et les partis moldaves ny font pas exception. De lautre côté, nous considérons les discours politiques indispensables pour la légitimation des choix en termes de politiques publiques et pour le maintien de la démocratie. Selon G. March et J. P. Olsen, les discours politiques sont en fait «le support principal de la gouvernance démocratique, aidant à consolider lidentité politique, à définir laction politique et à interpréter les événements politiques».15 Ceci-dit nous nous proposons de voir comment se construit le discours des partis politiques moldaves sur lEurope et lintégration dans lUnion Européenne16, quels sont les facteurs contextuels ou stratégiques qui puissent expliciter leurs positionnements respectifs et qui rendent compte aussi de leur inconstance discursive dans le temps. En même temps, nous essaierons de voir quel est lusage que les partis font de la thématique européenne et comment lEurope et lUnion Européenne sont représentées dans leurs discours. Problématique Un bref rappel de faits est indispensable pour comprendre nos questionnements et hypothèses de départ et la manière dont le thème européen est monté en puissance dans un court laps de temps dans la République de Moldavie. Si dans le cadre de la campagne électorale de mars 1998, aucun parti, formation politique ou bloc électoral navait un slogan lié à lintégration dans lUnion Européenne17, lors des élections de 2001, les partis pro-démocratiques moldaves ont progressivement commencé à introduire la thématique européenne dans leurs discours. Lexception notable à cette tendance était celle du Parti des Communistes qui affichait une attitude antioccidentale 15J.G. MARCH, J.P. OLSEN,Democratic GovernanceNew York, Free Press, 1995, p. 46, cité dans Vivien A., SCHMIDT, « Le discours politique et la légitimation des changements de politique économique et sociale en Europe »,inJacquesGERSTLE,Les effets dinformation en politique, LHarmattan, 2001, p. 271. 16Une clarification est nécessaire quant à lutilisation de « lEurope » et de l « Union Européenne » dans notre analyse. Les partis politiques moldaves utilisent les deux notions soit de façon interchangeable soit complémentaire. Nous avons gardé ce même esprit pendant la rédaction de notre travail en dépit des différences manifestes entre les deux entités. 17Igor KLIPII, « Evoluţ al problemei integr politicia cadruluiării europene », disponible sur le site de lInstitut de Politiques Publiques,www.ipp.md, p. 19.
7
véhémente et qui avait étiqueté, par la voix de son leader Vladimir Voronine, lintégration dans lUnion Européenne comme «une idée délirante». Arrivé au pouvoir aux élections parlementaires anticipées de 2001, le PCRM commence au fur et à mesure à renoncer à la virulence de son discours, voire à opter pour une direction pro-européenne simultanée à celle pro-russe. Cette évolution culmine lors des élections législatives de 2005 quand le PCRM concurrence lopposition sur le terrain de lintégration de la Moldavie dans lUnion Européenne. Dun discours antioccidental agressif avec des velléités marxistes-léninistes, le Parti des Communistes se transforme dans le plus fervent défenseur du choix pro-européen pour la Moldavie. Toute la campagne électorale de 2005 est organisée autour de lenjeu européen et, à lexception des formations de lextrême gauche pro-russe, il ny a pas de voix critique notable à ladresse de la direction pro-UE. Par leurs programmes, plateformes électorales et déclarations de leurs leaders, les partis politiques moldaves démontrent que le thème européen a dépassé son statut de sujet de politique extérieure, technique et propre à la diplomatie moldave pour passer dans larène de la compétition politique et électorale. Deux observations peuvent être faites par rapport à cette évolution. Dun côté, nous assistons à une politisation de lintégration dans lUnion Européenne, exploitée par les partis politiques dans la compétition électorale, et de lautre côté à une européanisation des débats électoraux et des discours des partis politiques. Nous y reviendrons pour expliquer pourquoi lutilisation du concept deuropéanisation dans le cas de la Moldavie est possible en dépit de ses perspectives très éloignées dadhésion à lUnion Européenne. En revenant à notre premier constat sur la montée en puissance et la politisation de la thématique européenne, nous nous proposons de rendre compte de cette évolution visible dans la politique moldave depuis les années 2002/2003. Notre attention se concentrera sur le Parti des Communistes, non seulement parce quil est lacteur politique le plus important depuis sa victoire écrasante aux élections de 2001 mais primordialement parce quil connaît un changement radical de discours qui commence progressivement après sa prise du pouvoir et qui culmine aux élections législatives de 2005. Pour expliquer cette transformation, nous partons de lhypothèse que les facteurs extérieurs, limpact de lélargissement de lUnion à lEst mais aussi les relations avec la Russie, pèsent sur la manière dont le PCRM construit son discours sur lEurope et lintégration européenne. Lhypothèse est valable en égale mesure pour les partis pro-démocratiques qui se voient encouragées dans leurs positions pro-européennes par lintérêt croissant manifesté par lUnion pour les Etats de ses frontières orientales. Une seconde hypothèse peut être formulée pour expliquer la conversion pro-européenne du PCRM, en termes de stratégie politique et électorale : pour préserver le
8
pouvoir, les communistes se rendent compte quils doivent modérer leur discours, profiter des bénéfices économiques que le rapprochement de lUE apporterait et gagner une autre partie de lélectorat, plus jeune et éduquée. La thématique européenne est ainsi instrumentalisée par le PCRM dans son essai de garder le pouvoir suite aux différends avec Moscou. Si pour la première partie nous essaierons de voir quel a été le contexte qui a conduit à une européanisation au niveau des discours des partis politiques, pour la deuxième nous allons tracer ses limites. A partir de 2005 la direction pro-européenne remporte lassentiment de presque toute la classe politique moldave, pourtant la manière dont les partis perçoivent lEurope et lintégration dans lUE fait éclater ce consensus. Nous partons de la prémisse quen dépit dune européanisation au niveau des discours et malgré le consensus obtenu en 2005, les partis politiques imaginent lEurope différemment en fonction de leurs idées, normes, valeurs, aspirations et intérêts concurrents. Nous essaierons ainsi de voir dans la seconde partie de notre travail quels sens attribuent les partis politiques à lEurope et à lintégration européenne par une identification des cadres le plus souvent usités. Sources et méthodologie  Pour la première partie de notre travail qui se concentre sur la période 2001-2003 mais qui fait aussi un survol de la période antérieure, nous avons fait appel à des références de la littérature de spécialité sur la vie politique moldave et notamment sur lévolution et le changement de discours du Parti des Communistes depuis sa prise de pouvoir de 2001. Nous avons consulté également des rapports sur les élections législatives de 2001, des articles des journaux moldaves, roumains ou étrangers qui ont abordé le sujet du retour au pouvoir des communistes et aussi une série de sources directes, principalement programmes et plateformes des partis et interviews parues dans la presse locale ou étrangère.  Le second chapitre, dédié à une analyse plus approfondie des discours des acteurs politiques, mobilise principalement des sources directes qui sétendent sur la période des deux mandats du PCRM (2001-2009). Il sagit de déclarations et interviews avec les principaux leaders politiques parues dans la presse, publiée sur les sites web des partis, de la présidence ou du Parlement moldave et des documents programmatiques des partis disponible dhabitude sur leur site web ou sur celui de lAssociation pour une Démocratie Participative de Moldavie. Pour les deux parties nous avons consulté de sondages dopinion réalisés principalement par lInstitut de Politiques Publiques de Chişinău. Nous pouvons noter à ce point le manque de sondages plus élaborés sur la perception que les citoyens moldaves ont du
9
processus dintégration européenne ou des partis quils considèrent le plus en mesure de mener la Moldavie sur cette voie. En outre, labsence des sténogrammes des séances ordinaires sur le site du législatif nous a empêchés de suivre les débats parlementaires vis-à-vis de lintégration dans lUnion Européenne, en nous limitant par conséquent à létude des documents programmatiques des partis et des déclarations et interviews de leurs leaders. Prémisses théoriques  Outre les sources directes et la littérature de spécialité, nous avons fait appel à des théories de la science politique ou des études européennes qui nous ont fourni loutillage conceptuel nécessaire pour la compréhension des phénomènes étudiés. Nous allons expliciter dans les pages qui suivent les notions d « européanisation » et de « cadres » qui ont eu une valeur explicative importante pour notre recherche. 1. Leuropéanisation  lusage dune notion disputée18 Les définitions proposées dans la littérature sont à la fois nombreuses et variées, chaque chercheur définissant leuropéanisation en fonction des objectifs de sa recherche ou des résultats obtenus. Utilisé au départ pour analyser une série de transformations observées dans les anciens Etats membres, dans des recherches qui marquent une nouvelle phase détudes sur lintégration européenne, le concept a été repris à la fin des années 1990 par les chercheurs analysant les changements à luvre dans les démocraties postcommunistes.19La notion deuropéanisation a été utilisée alors pour décrire et expliquer une variété de phénomènes et de changements dans le cas des pays en voie dadhésion à lUnion Européenne.La plus complète et utilisée définition du concept deuropéanisation est celle formulée par Claudio Radaelli. Elle est suffisamment large pour couvrir la diversité de phénomènes liés à lintégration européenne, en visant les structures et politiques publiques et à la fois les
18de spécialité sur leuropéanisation est foisonnante. On peut littérature  ici quelques titres mentionner La importants : CAPORASO J., GREEN COWLES M., RISSE T. (dir.),Transforming Europe. Europeanization and Domestic Change, Ithaca, Cornell University Press, 2001; FEATHERSTONE K., RADAELLI C. (dir.),The Politics of Europeanization, Oxford, Oxford University Press, 2003; P. GRAZIANO & M. VINK (dirs.), Europeanization: a handbook for a new research agendaPalgrave, 2007; OLSEN, J., 2002, The, Houndsmill, many faces of Europeanization,Journal of Common Market Studies, 40 (5), pp. 921-95; BÖRZELL T., Deep Impact? Europeanisation and Eastern Enlargement, in KUTTER A., TRAPMANN V. (eds), Das Erbe des Beitritts, Nomos Verlag, 2006 ; NEUMAYER, L.,L'enjeu européen dans les transformations postcommunistes -Hongrie, Pologne, République Tchèque 1989-2004, Belin, Europes Centrales, 2006 etc. 19Cette hypothèse a été explicitée dans Ramona COMAN, « Les défis de leuropéanisation dans la réforme du système judiciaire post-communiste. Entre inertie et transformation », dansRevue française de science politique, Vol. 56, n° 6, 2006, pp. 999-1027.
10
identités et la dimension cognitive des politiques nationales. Pour Radaelli leuropéanisation se présente comme« un processus de construction, de diffusion, dinstitutionnalisation des règles formelles et informelles, des procédures et des paradigmes, des styles, des façons de faire, des croyances et des normes partagées, qui sont définies et consolidées tout d abord dans le processus décisionnel de lUnion européenne pour être incorporées par la suite dans la logique des discours, des identités, des structures et des politiques publiques nationales ».20Cette définition couvre des éléments comme les règles, les normes, les procédures mais aussi la dimension cognitive du processus de changement - idées, croyances, manières de faire les choses, règles informelles. Selon Radaelli, on peut parler deuropéanisation quand la logique des acteurs politiques nationaux change. Cela se passe quand les éléments delop-ycimaking lUE de deviennent «un cadre de référencecognitif et normatif» et quand la logique daction et la logique de signification sont guidées par lEurope. LEurope devient ainsi la «grammaire de laction politique nationale». 21Selon Radaelli, le changement que leuropéanisation suppose est double : il y a changement comme réponse aux pressions de lUnion Européenne mais aussi suite aux usages de lEurope qui nimpliquent pas la pression.22 Cette définition plus vaste de leuropéanisation comme processus qui englobe aussi la dimension cognitive des politiques nationales nous paraît plus appropriée pour expliquer pourquoi il y a des transformations liées au niveau des identités et des discours des acteurs politiques dans le contexte de lintégration dans lUE. Nous considérons utile en outre détendre ce concept deuropéanisation au delà des pays qui sont membres de lUE ou en processus de préadhésion. La plupart des recherches se sont penchées en effet sur le processus deuropéanisation des Etats membres de lUE ou des pays candidats. Pourtant, nous considérons que les pays en dehors du processus dadhésion et qui ne bénéficient pas de statut de candidat, comme cest le cas de la Moldavie, ont connu limpact de lUE et de ses politiques, notamment de la politique de voisinage. Ion Osoian, dans une analyse comparative de la Moldavie et de lUkraine, explique les changements que les perspectives même éloignées dintégration dans lUnion produisent au niveau de ces deux pays. 23 se penche Il sur les adaptations des structures politico-administratives de deux pays mentionnés qui, sans 20 », Whither Europeanization? Concept stretching and substantive change Claudio RADAELLI, «European Integration online Papers (EIoP)(2000) N° 8, p. 4, http://eiop.or.at/eiop/texte/2000-008a.htm, Vol. 4 21Claudio RADAELLI, « Europeanisation: Solution or problem?», European Integration online Papers, (EIoP), Vol. 8 (2004) N° 16, p.10, http://eiop.or.at/eiop/texte/2004-016a.htm 22 Ibid.23Voir lanalyse de Ion OSOIAN, The Europeanization of Executive Governance in Moldova and Ukraine: The Weakness of Political Conditionality?, Kent, 2007, en ligne sur le site de lInstitut de Politiques Publiques http://www.ipp.md/files/Publicatii/2008/Ion_Osoian_Europeanisation.pdf
11