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Essai sur le Don - par Marcel Mauss

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18 pages
Marcel Mauss réalise dans cet essai la synthèse des travaux anthropologiques de son temps pour mener une réflexion sur le don et des raisons du contre-don. En se fondant sur des études ethnologiques en Polynésie, Mélanésie et Amérique, il permet de dégager de l’analyse de sociétés archaïques certains fondements universels du droit et de la morale. L’influence de cet essai fut considérable dans le monde des sciences humaines.
L’auteure est diplômée d’HEC en 2011, majeure Alternative Management. Passionnée par les sciences sociales, elle entend aujourd’hui utiliser leurs méthodes et concepts pour améliorer l’action des entreprises
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Fichedelecture
Essai sur le don Marcel Mauss 1923-1924
Bikard Marine – Mars 2011 Majeure Alternative Management – HEC Paris – 2010-2011
: « Essai sur le don» – Mars 2011
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Essai sur le don
Cette fiche de lecture a été réalisée dans le cadre du cours « Histoire de la critique » donné par Eve Chiapello et Ludovic François au sein de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.
e Presses Universitaires de France, Paris, dansSociologie et anthropologieédition, 12 « Quadrige », 2010 Première date de parution de l’ouvrage : 1950
Résumé:Marcel Mauss réalise dans cet essai la synthèse des travaux anthropologiques de son temps pour mener une réflexion sur le don et des raisons du contre-don. En se fondant sur des études ethnologiques en Polynésie, Mélanésie et Amérique, il permet de dégager de l’analyse de sociétés archaïques certains fondements universels du droit et de la morale. L’influence de cet essai fut considérable dans le monde des sciences humaines.
Mots-clés:Don, Echange, Anthropologie, Economie, Morale
The Gift
This review was presented in the “Histoire de la critique” course of Eve Chiapello and Ludovic François. This course is part of the “Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school program.
Presses Universitaires de France, Paris, 2010 Date of first publication: 1950
Abstract: In this essay, Marcel Mauss synthesizes the anthropological works of his time so as to better lead a reflexion upon the gift and the reasons for the counter-gift. Using ethnological studies that were led in Polynesia, Melanesia and America, Mauss extracts from the analysis of archaic societies universal bases for law and moral philosophy. This essay has had a considerable influence in human sciences.
Key words:Gift, Exchange, Anthropology, Economy, Moral philosophy
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: « Essai sur le don» – Mars 2011
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Table des matières
1. L'auteur et son œuvre...........................................................................................................4 1.1. Brève biographie.........................................................................................................4 1.2. Place de l'ouvrage dans la vie de l'auteur....................................................................6
2. Résumé de l'ouvrage.............................................................................................................7 2.1. Plan de l'ouvrage.........................................................................................................7 2.2. Principales étapes du raisonnement et principales conclusions..................................8
3. Commentaires critiques......................................................................................................12 3.1. Avis d'autres auteurs sur l'ouvrage............................................................................12 3.2. Avis de l'auteur de la fiche........................................................................................14
4. Bibliographie de l'auteur....................................................................................................16
5. Références............................................................................................................................18
: « Essai sur le don» – Mars 2011
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1.1.
1. L’auteur et son œuvre.
Brève biographie.
Présentation de l’auteur
Marcel Mauss est souvent considéré comme le « père de l’anthropologie française ». Il naît à Epinal le 10 mai 1872. Neveu d’Emile Durkheim, il étudie la philosophie à Bordeaux, sous la supervision de son oncle, qui fait de lui son collaborateur lors de nombreux projets de recherche. Reçu à l’agrégation de philosophie en 1893, il s’installe à Paris pour y étudier les religions comparées et le sanscrit à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Mauss se voit confier un poste d’enseignant à l’Ecole Pratique des Hautes Etude et en 1901, il recevra le titre de professeur d’histoire des religions des peuples non civilisés. En 1898, il fonde avec DurkheimL’Année Sociologique, revue semestrielle dont l’objectif central est «d’être régulièrement informés des recherches qui se font dans les sciences spéciales, histoire du droit, des mœurs, des religions…». Il milite activement pour la réhabilitation du capitaine Dreyfus. C’est dans cette circonstance que Mauss s’est rapproché de Jean Jaurès et, comme lui, a cherché à définir les fondements d’un socialisme humaniste. Ils fondent ensembleL'Humanité.collabore Il également avec d’autres journaux de gauche commeLe Populaire,etLa Vie socialiste.Il s’est fortement impliqué dans le mouvement coopératif, et a même créé une boulangerie coopérative. Il restera toute sa vie un militant socialiste. La Grande Guerre, que Mauss, engagé volontaire, effectue comme interprète, emporte Durkheim, son fils André et plusieurs collaborateurs deL'Annéesociologique.Après l'Armistice, Mauss prend la relève, relance la revue et, en collaboration avec Lucien Lévy-
Bruhl et Paul Rivet, fonde en 1925 l'Institut d'ethnologie de Paris, autour duquel se constitue une véritable école qui organise, en Afrique surtout, les premières grandes expéditions ethnologiques. Il est élu en 1930 au Collège de France (chaire de sociologie). Il s’est engagé dans le mouvement antifasciste. Il meurt le 10 février 1950. 4  Bikard Marine – Fiche de lecture : « Essai sur le don» – Mars 2011
Œuvre et influence
L’œuvre de Mauss s’intéresse à des thèmes très divers : la magie, la religion, les variations saisonnières, la notion de personne… sans oublier les très nombreux comptes rendus qu’il publie dansL'Année sociologique. Il préfère les esquisses aux ouvrages systématiques et n’achèvera aucun des grands ouvrages qu’il avait entrepris (thèse sur la prière, travaux sur la monnaie et l’Etat). Il n'est jamais allé sur le terrain et les faits sur lesquels il fonde sa réflexion furent rapportés par des ethnographes (Franz Boas, Bronislaw Malinowski, Charles G. Seligman, etc.). Marcel Mauss a formé toute une génération de chercheurs : Denise Paulme publie en 1947 l'essentiel de ses cours sous le titre deManuel d'ethnographie.Claude Lévi-Strauss réédite en 1950 certaines études du maître sous le titre deSociologie et Anthropologie. Marcel Griaule organise entre 1931 et 1933 une première grande expédition anthropologique de Dakar à Djibouti et suscite le livre de Michel LeirisL'Afrique fantôme, journal de route de la mission.
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1.2.
Place de l’ouvrage dans la vie de l’auteur
L’Essai sur le don est publié en 1923-1924 dans la revue l’Année sociologique. Claude Lévi-Strauss, dans son « Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss » (paru dans le recueil d’ouvragesSociologie et Anthropologie,PUF, 1950), note : «Peu d’enseignements sont restés aussi ésotériques et peu, en même temps, ont exercé une influence aussi profonde que celui de Marcel Mauss». Plus précisément, il cite l’Essai sur le don, comme étant, «sans contestation possible, le chef d’œuvre de Mauss, son ouvrage le plus justement célèbre et celui dont l’influence a été la plus profonde». La première raison de cette reconnaissance est sans aucun doute scientifique. «Pour la première fois dans l’histoire de la pensée ethnologique,écrit Lévi-Strauss, un effort était fait pour transcender l’observation empirique et atteindre des réalités plus profondes. (…) le social devient un système, entre les parties duquel on peut donc découvrir des connexions, des équivalences et des solidarités» Sans doute, le rapprochement que M. Mauss fait entre ethnologie et politique a également pesé dans sa postérité. Il lie en effet son analyse scientifique à des conclusions d’ordre moral, et cherche une application politique aux découvertes qu’il expose.
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2.1
2. Résumé de l’ouvrage
Plan de l’ouvrage
Introduction – Du don, et en particulier de l’obligation à rendre les présents
Chapitre I - Les dons échangés et l’obligation de les rendre (Polynésie) I. Prestation totale, biens utérins contre biens masculins (Samoa) II. L’esprit de la chose donnée (Maori) III. Autres thèmes : L’obligation de donner, l’obligation de recevoir IV. Remarques : le présent fait aux hommes et le présent fait aux dieux : acheter la paix avec les uns et les autres
Chapitre II - Extension de ce système. Libéralité, honneur, monnaie I. Règles de la générosité, Andamans II. Principes, raisons et intensité des échanges de dons (Mélanésie) III. Nord-Ouest américain ; l’honneur et le crédit
Chapitre III - Survivances de ces principes dans les droits anciens et les économies anciennes I. Droit personnel et droit réel (droit romain très ancien) II. Droit hindou classique III. Droit germanique (le gage et le don) Droit celtique Droit chinois
Chapitre IV - Conclusion I. Conclusions de morale II. Conclusions de sociologie économique et d’économie politique III. Conclusion de sociologie générale et de morale
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2.2
Principales
conclusions
étapes
du
raisonnement
et
Don et contre-don, la triple obligation de rendre, de donner et de recevoir
principales
Partant d’études ethnologiques réalisées en Polynésie, Mélanésie, et dans le Nord-Ouest américain, Mauss tente de répondre à deux questions qu’il pose dès l’introduction: « Quelle est la règle de droit et d’intérêt qui, dans les sociétés de type arriéré ou archaïque, fait que le présent reçu est obligatoirement rendu ? Quelle force y a-t-il dans la chose qu’on donne qui fait que le donataire la rend ? ». Mauss ouvre ainsi deux pistes de réflexions distinctes sur les raisons du don. Dans la première question, il s’agit de trouver la «règle de droit et d’intérêt» qui dirige la réciprocité du don. La raison du don est à trouver en dehors de l’échange lui-même, dans les règles que la société se donne et les motivations individuelles. En revanche, la seconde question cherche la raison de la réciprocité dans la relation qui lie donateur, objet donné, et donataire, dans la « force » même que contiendrait la chose échangée.
Les sociétés archaïques qu’il étudie sont imprégnées par les pratiques du don, dans le cadre de prestations nommées en Polynésiepotlatch, en Mélanésiekula.Il s’agit de don-échanges entre collectivités (clans, tribus) et non entre individus. On y échange autant des biens matériels que des traditions, des festins, des politesses, des femmes, etc. «La circulation de richesse n’est qu’un des termes d’un contrat plus général et plus durable». Pourtant, l’échange, il ne parvient pas à le voir dans les faits. On constate en revanche trois obligations distinctes et distanciées dans le temps, qui forment la réalité du don-échange : l’obligation de donner, rendre et recevoir. Ces trois actions sont à la fois volontaires et obligatoires, car les refuser, c’est sortir du système et ne pas se lier à l’autre. Plus encore, c’est s’avouer vaincu et perdre son honneur.
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Ambivalence du don : Pacification, honneur et rivalité
Pourquoi perd-t-on la face en manquant à l’une de ces obligations ? C’est que choses et personnes ne sont pas encore distinctes :« accepter quelque chose de quelqu’un, c’est accepter quelque chose de son essence spirituelle, de son âme». C’est ici qu’il faut chercher la «force »de la chose, sonhau, selon un terme maori. Dès la réception du don s’établit alors une sorte d’emprise magique sur le donataire, qui n’en sera libéré qu’après avoir rendu au moins la valeur du don au donateur. « Dans les choses échangées […] il y a une vertu qui force les dons à circuler, à être donnés, à être rendus ». Chaque chef de clan, famille, individu se doit de participer à ces réseaux de dons pour avoir une place dans la société. Plus encore, c’est par ces échanges, dons et contre-dons que la hiérarchie sociale se forme et évolue, le plus haut placé ayant été le plus généreux dans ses prestations et celui qui aura le plus reçu. En liant les hommes entre eux dans des obligations mutuelles, le don permet de pacifier les luttes entre clans. Ainsi, la chaîne ininterrompue de la kulades îles Trobriand forme un vaste système d'échange cérémoniel de don et de contre-don qui permet de désamorcer l'hostilité réciproque. Le don devient ciment pour la société.« Si on donne les choses et les rend, c’est parce qu’on se donne et rend « des respects », mais aussi c’est qu’on se donne en donnant, et si on se donne, c’est qu’on se « doit » - soi et son bien – aux autres ». En même temps, ces prestations sont régies par le principe de rivalité. Elles sont l’occasion de lutte des nobles pour assurer entre eux une hiérarchie dont ultérieurement profite le clan. Dans lakula,on rend avec intérêt pour manifester sa supériorité. Avec lepotlatchdes tribus du Nord-Ouest américain, la logique de l'honneur est poussée à son paroxysme. C'est à qui sera le plus follement dépensier. Chefs et nobles rivalisent de prodigalité dans une consommation effrénée et une destruction somptuaire des richesses. Mauss relève ainsi l’ambiguïté fondamentale du don, qui tient à la fois de la lutte et de l’échange pacificateur.
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L’observation de faits totaux
Ces prestations et contre-prestations sont, pour Mauss, des faits totaux, qu’il appelle aussi «prestations totales de type agonistique». Chaque prestation est à fois juridique (car elle lie les personnes et clans les uns aux autres dans des obligations mutuelles), religieuse, économique (avec les notions de valeurs, d’utilité, et de richesse), esthétique (car danses, festins, objets, tout y est cause d’émotion esthétique) et enfin morphologique (car c’est par ces réunions, festins, marchés que la société prend forme). Ces échanges ont lieu à différents niveaux : entre chefs de tribu, mais également à l’intérieur même des tribus, entre clans et personnes. Toute la vie économique et civile est imprégnée par ce système de prestation totale incessant. Ces prestations participent d’un tel mouvement circulaire qu’on a noté dans les sociétés mélanésiennes que les hommes ne font pas de différence entre achat et vente, entre prêt et emprunt. Ces actions, que nous considérons antithétiques, ne sont pour eux que deux modes d’une même réalité. « Tout va et vient comme s’il y avait échange constant d’une matière spirituelle comprenant choses et hommes ». Mauss ne décrit donc pas avec lepotlatchou lekulaun système d’institutions (religieuses, politiques ou économique), mais des faits qui capturent toutes les dimensions de la vie sociale. Il fait «l’étude du concret, qui est du complet». C’est en cela que ces faits permettent de mieux comprendre la réalité sociale, d’apercevoir comment elle se meut et de lire à travers l’observation des actes d’un Romain ou d’un Mélanésien des principes fondamentaux de la société en marche.
La morale universelle du don.
Mauss étudie aussi la présence du don, forme archaïque de l’échange, dans les économies et les droits anciens : romain, germain et indien. Il y relève des règles de droit où choses et personnes sont encore confondues, où les échanges lient au-delà du temps de la transaction les contractants dans une relation ambivalente d’intimité et de rivalité. Même dans nos sociétés contemporaines, l’invitation et la politesse doivent être rendues, il faut savoir rendre plus que l’on a reçu, et la charité est encore blessante pour celui qui l’accepte. Mauss en conclut que ce système d’échange est un des «rocs humains sur lesquels sont bâties nos sociétés». La
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morale du don est éternelle et universelle, et les sociétés marchandes ne doivent pas trop l'oublier. Car l’échange-don n’entre pas dans les cadres des économies utilitaristes telle l’Europe industrialisée du début du vingtième siècle, où règnent la notion d’intérêt individuel et une «mentalité froide et calculatrice». Nos sociétés contemporaines, affirme Mauss, se sont trop éloignées de ces principes premiers d’échange. La richesse y reste concentrée entre les mains de quelques-uns tandis qu’ouvriers et «producteurs» souffrent d’un manque de reconnaissance du don qu’ils font de leur vie en travaillant. Mauss salue donc les frémissements des nouvelles législations sociales, qui sont pour lui un véritable «retour au droit», puisque c’est sur ce système de prestations et contre-prestations que notre morale s’est forgée, que notre vie sociale a pu se structurer, se pacifier. Nier cela, c’est faire fausse route : « La poursuite brutale des fins de l’individu est nuisible aux fins et à la paix de l’ensemble, au rythme de travail et de ses joies et – par l’effet en retour - à l’individu lui-même»
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