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L'ADIE et le micro-crédit en France - par Laure Coussirat-Coustère

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Description

A travers la présentation de l'ADIE (Association pour le Droit à l'Initiative Economique) et du parcours de Laure Coussirat-Coustère au sein de cette structure, une présentation du secteur de la micro-finance en France : conditions d'emprunt, profil des emprunteurs, projets, opportunités professionnelles….
Laure Coussirat-Coustère, diplômée d'HEC en 1998, entre à l'Adie en 1999 et y a effectué jusqu'ici tout son parcours en partant d'une expérience sur le terrain, en Seine-Saint-Denis auprès des chômeurs créateurs d'entreprise, et en évoluant dans la structure. Elle est aujourd'hui directrice développement du crédit, en charge de construire l'offre de services financiers et de définir les process de travail du pôle crédit.

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Langue Français

Exrait



Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory


Compte-rendu

Le micro-crédit en France

Laure Coussirat-Coustère
Directrice développement du crédit – ADIE

Séminaire HEC Solidarité
Vendredi 28 novembre 2008

Compte-rendu rédigé par Yann Devaux et Thomas Lebreuil, étudiants de la Majeure
Alternative Management (2008-2009)


L’ADIE et le micro-crédit en France

Résumé
A travers la présentation de l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) et
du parcours de Laure Coussirat-Coustère au sein de cette structure, une présentation du
secteur de la micro-finance en France : conditions d’emprunt, profil des emprunteurs, projets,
opportunités professionnelles….

Mots clés : Micro-crédit, Economie sociale et solidaire, ADIE, Banque


ADIE and micro-credit in France

Abstract:
Through a presentation of ADIE (French acronym for Association the Right to Economic
Initiatives) and of Laure Coussirat-Coustère’s experience within this structure, the following
is a presentation of the micro-finance sector in France: lending conditions, borrowers’
profiles, projects, professional opportunities…

Key words: Micro-credit, Social economy, ADIE, Banking

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6 Coussirat L. – «Le micro-crédit en France» - Vendredi 28 novembre 2008 1
Genèse du document
La Majeure Alternative Management, spécialité de dernière année du programme Grande
Ecole d’HEC Paris, accueille dans le séminaire HEC Solidarités, des anciens élèves d’HEC
travaillant dans les métiers de la solidarité et venant témoigner de leurs expériences
professionnelles. Ces séminaires sont organisés sur le campus d’HEC Paris et ont lieu en
présence des étudiants de la Majeure Alternative Management. Ils font l’objet d’un compte-
rendu rédigé par un étudiant de la Majeure. Ce compte-rendu est relu et corrigé par l’invité
avant publication.
Le séminaire HEC Solidarités du Vendredi 28 novembre 2008 a accueilli Laure
Coussirat-Coustère, actuellement membre de la Direction développement du crédit à
l’ADIE. Elle a décrit aux étudiants son parcours, présenté l’ADIE, et plus largement le
secteur du microcrédit en France.

Genesis of the document
During the HEC Solidarity Seminar, The Major Alternative Management, a final year
specialised track in the Grande Ecole of HEC Paris, welcomes alumni that work in the
solidarity field and that want to give a statement of their professional experience. Students of
the Major Alternative Management participate to these seminars on HEC Paris Campus and
one of them writes down a report of the seminar. This report is read and corrected by the
Guest before publishing.
thOn Friday November 28 2008 the Seminar welcomed Laure Coussirat-Coustère,
currently a member of management in ADIE’s credit developments department. She
explained to the students her professional experience, presented ADIE and the micro-
credit industry in France more broadly.


1. Laure Coussirat-Coustère

Laure Coussirat a été diplômée d’HEC en 1998. Durant une année de césure en mission
humanitaire, elle avait pris conscience de la nécessité pour elle que son travail comporte une
forte dimension sociale.
Jusqu’à présent, elle a effectué toute sa carrière professionnelle à l’ADIE (Association pour
le Droit à l’Initiative Economique), où elle est entrée en 1999. Elle occupe depuis 2007 son
quatrième poste dans cette structure.
Elle a tout d’abord, pendant environ deux ans, occupé le poste de conseillère crédit pour la
Seine-St-Denis, mission de terrain consistant dans un premier temps à collecter les demandes
avant de les présenter au comité qui décidera de l’accord ou non des crédits. Le deuxième
volet de son travail était de mettre en place les prêts et de suivre les remboursements.
Elle a ensuite été nommée responsable crédit. Elle était en charge de l’encadrement et du
management de 7 conseillers crédit sur un territoire plus grand, de la recherche de
financements, mais aussi du recrutement et de la formation des bénévoles.
En 2004, elle a occupé un premier poste au siège national de l’ADIE, plus précisément à la
direction du Réseau, où elle avait pour mission d’encadrer une vingtaine de directeurs
régionaux.
Elle est actuellement à la direction développement du crédit. Elle travaille à la conception de
nouveaux produits de crédit et services financiers. Par ailleurs, elle est en charge de
l’évolution du process d’obtention des prêts.
Elle pense néanmoins à quitter l’ADIE d’ici quelques années et envisage notamment de
travailler pour un programme de micro-finance à l’international.
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2. L’ADIE
2.1 Présentation générale de l’organisation

L’ADIE a été fondée en décembre 1988. Elle aide des personnes exclues du marché du
travail et du système bancaire classique à créer leur propre emploi –elle est en cela
positionnée sur le marché BOP. Cet objectif général se décline en trois métiers : le micro-
crédit proprement dit, l’accompagnement des créateurs d’entreprises, mais aussi une mission
de plaidoyer, visant à faire évoluer l’environnement législatif et réglementaire concernant la
création de petites entreprises. Elle n’a pas vocation à développer le crédit à la consommation,
le but principal étant de développer une activité qui génère du revenu.
L’ADIE est une association Loi 1901. Elle emploie environ 400 salariés et plus de 1000
bénévoles, et est présente sur toute la France métropolitaine ainsi que dans les DOM-TOM.
Son objectif financier est l’équilibre, non le profit. En cas de budget excédentaire, tout est
réinvesti dans la structure.
Son activité croît en moyenne d’environ 30% par an. Elle a accordé 10 000 crédits en 2007.
D’ailleurs, l’association embauche (les postes à pourvoir sont disponibles sur le site
www.adie.org). Les parcours universitaires des employés (des femmes à 60%) sont souvent
très divers, et varient de Bac + 2 à Bac + 5. La considération éthique est bien sûr très
importante. Trois types de postes sont susceptibles d’intéresser des HEC : conseiller crédit,
encadrant pour l’accompagnement d’entrepreneurs, ainsi que les différentes fonctions du
siège.
2.2 Les emprunteurs

Conditions de crédit :
L’ADIE essaye de minimiser ces conditions : aucun papier spécifique ou dossier de création
d’entreprise n’est nécessaire.
Des garanties sont néanmoins exigées. Elles peuvent être de deux types :
- système de groupe solidaire : plusieurs entrepreneurs se garantissent mutuellement, le
groupe avançant le remboursement si l’un d’entre eux a des difficultés. Ce système est le plus
répandu dans la micro-finance internationale mais reste relativement marginal pour l’ADIE.
- caution d’une personne de l’entourage de l’emprunteur, à hauteur de 50% du montant du
prêt. Cette obligation n’a été introduite qu’en 1996 et avait naturellement provoqué un vif
débat, dans la mesure où elle peut écarter un certain nombre de personnes.
En moyenne, environ un quart des demandes sont acceptées. Les raisons de refus les plus
courantes sont les suivantes : projet pas assez précis, personnes lourdement surendettées, pas
de réseau personnel suffisant.

Comment l’ADIE trouve-t-elle ses clients ?
L’ADIE ne lance pas de véritables campagnes de communication. Elle participe néanmoins à
différentes manifestations, à commencer par la semaine du micro-crédit (manifestation créé et
animée par l’Adie depuis 2005). La « prospection » se fait en réalité à l’aide de structures
locales : Chambres de commerce, Chambres de métier, banques, assistantes sociales,
ANPE…




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Profil type des employeurs :
Le profil type n’a pas beaucoup changé depuis vingt ans. Il s’agit à 65% d’hommes – chiffre
reflétant la statistique générale sur les entrepreneurs en France. Leur âge moyen est de 38
ans : il s’agit la plupart du temps de personnes au chômage ayant une certaine expérience
professionnelle. Ils sont en général allocataires des minima sociaux et titulaires d’un diplôme
d’études courtes (BEP-CAP). 27% sont nés à l’étranger. Le prêt sert la plupart du temps à
l’achat d’un véhicule ou de l’outillage nécessaire au lancement d’une activité, à la constitution
de leur premier stock pour les commerçants.
2.3 L’activité de financement

Prêts :
Le montant maximal prêté par l’ADIE est de 10500 euros, mais la moyenne se situe entre
2800 et 2900 euros. Une double tarification s’applique pour le prêt : les frais de dossier
s’élèvent à 5% du montant du prêt, lui-même effectué au taux nominal annuel de 9,71%.
Par ailleurs, toute la partie d’accompagnement, de suivi, est gratuite pour les emprunteurs.
Le taux de non-remboursement est de 3% (taux de perte). Ce chiffre est énorme pour la
micro-finance, les « stars » du secteur présentant des taux de 0,01 à 0,05%. Ceci tient en
partie au fait que l’ADIE prend un risque plus important que la plupart des structures du
secteur puisque 60% des entreprises qu’elle aide à financer sont créées ex nihilo –alors que
dans les pays du Sud, en particulier, la création ne fait que concrétiser une activité informelle
préalable.
Une autre raison de ce taux de non-remboursement assez élevé tient au fait que des fonds de
garantie minimisent les pertes : dans les faits, l’ADIE ne fait face qu’à 13% des défauts de
paiement.

Refinancement :
L’ADIE se refinance en empruntant auprès des grandes banques françaises avec un taux
préférentiel.

Subventions :
L’association est largement subventionnée : par l’Europe, différents ministères, des
entreprises privées, mais aussi et surtout les collectivités territoriales. Cette aide est bien sûr
liée à l’objet social de l’ADIE mais n’est pas pour autant totalement désintéressée : en
permettant à des personnes en situation précaire de développer leur activité, elle « épargne »
aux pouvoirs publics un certain nombre d’allocations (notamment si le créateur sort du RMI).

L’objectif est néanmoins d’améliorer la rentabilité de l’association et de limiter la dépendance
envers ces subventions.
L’ADIE va être ainsi amenée à agir à 3 niveaux :
- faire diminuer le taux de non-remboursement,
- réduire le temps allant du premier contact à la signature du prêt –qui est actuellement
en moyenne d’environ un mois,
- augmenter le taux d’emprunt.
2.4 L’activité d’accompagnement

L’ADIE tente d’améliorer ses prestations en termes d’accompagnement des
entrepreneurs.
Cet accompagnement est personnalisé : chaque créateur peut être suivi par un tuteur.
6 Coussirat L. – «Le micro-crédit en France» - Vendredi 28 novembre 2008 4
Mais il est aussi collectif, par l’intermédiaire d’un certain nombre de formations.
La première d’entre elles, « Bien démarrer », aide les emprunteurs à faire les bons choix dès
le départ. Outre les modules proposés (« Gagner du temps », « Gagner des clients », « Gagner
de l’argent»), le programme « L’informatique en 3 clics » permet la formation aux bases de
l’informatique et l’achat d’un ordinateur pour 100€.
Par ailleurs, ADIE Conseil est en permanence à la disposition des clients. Il s’agit d’un
service téléphonique auquel ils peuvent s’adresser au moindre doute ou souci (papiers à
remplir, assurance…). A cela s’ajoute la possibilité pour les entrepreneurs de consulter des
experts sur des points spécifiques (comptables, juridiques).
2.5 La concurrence

Les entreprises de micro-crédit
Les entreprises « stars » de la micro-finance sont, de façon naturelle, présentes dans les pays
du Sud, en particulier d’Asie du Sud-Est. Il s’agit évidemment de la Grameen Bank, fondée
au Bangladesh par Muhammad Yunus mais aussi par exemple d’Amret au Cambodge.
En France, une seule autre structure de l’Adie dispose d’un agrément pour délivrer des
microcrédits : la CSDL (Caisse Sociale de Développement Local), créée à Bordeaux mais qui
n’agit qu’à un niveau local. Bien que la Grameen Bank se soit implantée à New York,
l’arrivée de structures internationales en France ne paraît pas être d’actualité.

En Europe de l’ouest, l’ADIE fait figure de « gros poisson » : elle est l’institution la plus
ancienne et elle arrive en premier pour le nombre de prêts consentis, 10 000 en 2007, alors
que la seconde structure de microcrédit en est à 600 prêts annuels.

Les banques
L’ADIE est désormais parfois « concurrencée » par les banques classiques. Ainsi, la Caisse
d’Epargne propose depuis deux ans un « Parcours confiance », micro-crédit professionnel
mais aussi personnel (visant à financer des dépenses de tous types). Pourtant, Laure
Coussirat-Coustère relativise cette concurrence. En effet, les banques sont frileuses à se lancer
dans une activité difficilement ou pas rentable –la Caisse d’Epargne a pour obligation légale
de se lancer dans des projets sociaux. De plus, les banques classiques ne connaissent que peu
les populations ciblées et les produits financiers adaptés. L’intérêt des banques classiques
pour le secteur aurait quoi qu’il en soit un effet limité sur la population cible de l’ADIE : en
recherchant une meilleure rentabilité, les banques auraient tendance à s’éloigner du « bas de la
pyramide ».

2.6 Les projets de l’ADIE

Micro-assurance :
Ce projet, lancé il y a deux ans, est issu d’une enquête réalisée auprès des entrepreneurs, ayant
mis en évidence les carences en termes d’assurance. Beaucoup d’emprunteurs ne s’assuraient
en effet tout simplement pas, pour les raisons suivantes : volonté d’économiser, peur de
l’arnaque, garanties et contrats mal dimensionnés. Quant à ceux ayant souscris une assurance,
ils avaient souvent des difficultés à bien connaître leurs contrats. L’ADIE a donc monté un
produit qui leur soit adapté, en collaboration avec Axa et la MACIF.



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Epargne :
La loi bancaire interdit à une association de collecter de l’épargne. L’ADIE sera donc obligée
de s’adosser à un réseau bancaire. L’association souhaite procéder de la même façon que pour
l’assurance : partir d’une étude auprès des entrepreneurs afin de créer un produit qui leur soit
le mieux adapté. Il faudra par ailleurs probablement développer une éducation financière, un
programme d’accompagnement des épargnants.

Développement à l’international :
La question n’est pas réellement d’actualité mais l’ADIE n’exclue pas de s’implanter dans
d’autres pays d’Europe de l’ouest. En effet, si le microcrédit est relativement développé dans
les pays de l’est, par exemple en Roumanie et en Pologne, il l’est par contre assez peu en
Europe occidentale. Certes, beaucoup d’initiatives existent et sont fédérées par le Réseau
européen de la micro-finance (www.european-microfinance.org), mais l’ADIE est de loin le
plus gros acteur du secteur.

D’une manière générale, le développement de l’ADIE dépend de trois facteurs principaux :
- la proportion de clients potentiels –pauvres, exclus- dans la société,
- la conception salariat/entreprenariat dans ses pays d’implantation,
- la meilleure reconnaissance du rôle d’utilité publique de l’ADIE par les acteurs
politiques et économiques.

3. Commentaires sur le séminaire

De manière globale, l’intervention de Laure Coussirat-Coustère s’est révélée tout à fait
satisfaisante.
Dans un premier temps, celle-ci a présenté un exposé très clair et concis de son parcours
professionnel, ainsi que du fonctionnement et des missions de l’ADIE. Chaque information a
été dûment argumentée et illustrée, ce qui a permis une compréhension limpide par tous les
auditeurs.
Un dialogue s’est ensuite très vite développé entre Laure Coussirat-Coustère et les étudiants
afin d’approfondir certains points (notamment vis-à-vis de la concurrence, de l’avenir
professionnel de notre intervenante ou encore des opportunités d’emploi dans le microcrédit
en France). Les échanges ont été enrichissants pour tout le monde et ont clairement permis de
dépasser le cadre prévu de l’intervention. En cela, la venue de Laure Coussirat-Coustère a
constitué une ouverture à la fois très large et détaillée sur le monde de la micro-finance en
France.

Il est toutefois dommage que, faute de temps, certains points n’aient pas été abordés.
D’une part, l’activité de plaidoyer de l’ADIE auprès des acteurs politiques et économiques
n’a pas trouvé place dans cette conférence. Cela aurait été l’occasion de parler du rôle social
et économique global de la micro-finance dans la société, de ses limites, de ses critiques et des
forces qui sous-tendent son développement (ce qui n’a malheureusement été que très
rapidement traité en fin de conférence).
D’autre part, il est à noter que cette intervention nous a permis d’acquérir une meilleure
connaissance du secteur du micro-crédit en France –voire en Europe-, mais que du fait de
l’implantation essentiellement française de l’ADIE nous n’avons pu qu’entrevoir l’univers de
la micro-finance à l’étranger.


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