OFI : private equity et développement durable - par Olivier Millet

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Olivier Millet, président du directoire de la société d'investissement OFI Private Equity Capital, a intégré depuis trois ans  les questions de développement durable dans la gestion de son portefeuille. Selon lui, le monde économique et financier est de plus en plus soumis à des contraintes d'ordre extra-financier. De ce fait, le développement durable peut devenir un atout pour une entreprise, en termes de positionnement, de marketing ou de gestion des risques. Olivier Millet nous explique ainsi comment, en sa qualité d'actionnaire majoritaire, il a réussi à introduire la prise en compte des critères de développement durable dans le management de ses entreprises.
Olivier Millet préside le directoire de la société d’investissement OFI Private Equity Capital. Depuis trois ans, il met l’accent, dans son entreprise, sur la nécessaire intégration des questions de développement durable dans la gestion du portefeuille de l’entreprise.

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Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
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Compte-rendu


OFI : private equity et développement
durable.



Olivier Millet,
Président du Directoire d'OFI
Private Equity Capital
Séminaire Roland Vaxelaire
30 novembre 2010

Majeure Alternative Management – HEC Paris
Année universitaire 2010-2011
MILLET– «OFI : Private Equity et développement durable » - 30 novembre 2010 1
OFI : private equity et développement durable.

La Majeure Alternative Management, spécialité de dernière année du programme Grande
Ecole d’HEC Paris, organise conjointement avec Roland Vaxelaire, Directeur Qualité,
Responsabilité et Risques du Groupe Carrefour, un ensemble de séminaires destinés à donner
la parole sur la question du management alternatif à des acteurs jouant un rôle majeur dans
le monde de l’économie.
Ces séminaires font l’objet d’un compte-rendu intégral, revu et corrigé par l’invité avant
publication. Ils sont organisés sur le campus d’HEC Paris et ont lieu en présence des
étudiants de la Majeure Alternative Management et du Master Spécialisé Management du
Développement Durable et de leurs responsables.

Résumé : Olivier Millet, président du directoire de la société d'investissement OFI Private
Equity Capital, a intégré depuis trois ans les questions de développement durable dans la
gestion de son portefeuille. Selon lui, le monde économique et financier est de plus en plus
soumis à des contraintes d'ordre extra-financier. De ce fait, le développement durable peut
devenir un atout pour une entreprise, en termes de positionnement, de marketing ou de gestion
des risques. Olivier Millet nous explique ainsi comment, en sa qualité d'actionnaire
majoritaire, il a réussi à introduire la prise en compte des critères de développement durable
dans le management de ses entreprises.

Mots-clés : Développement durable, Private equity, OFI, Conduite de changement, Gestion
des risques, Extra-financier, Gouvernance


OFI: private equity and sustainable development.

The Major Alternative Management, a final year specialised track in the Grande Ecole of
HEC Paris, organises jointly with Roland Vaxelaire, Director of Quality, Responsibility and
Risk in Groupe Carrefour, a series of workshops where major business actors are given an
opportunity to express their views on alternative management.
These workshops are recorded in full and the minutes are edited by the guest speaker
concerned prior to its publication. They take place in HEC campus in the presence of the
students and directors of the Major Alternative Management and the Specialised Master in
Sustainable Development.

Abstract: Over the last three years, Olivier Millet, president of the investment firm, OFI
Private Equity Capital, has integrated questions of sustainable development into the
management of his portfolio. According to him, the economic and financial world is
increasingly subjected to extra-financial pressures, to which it must adapt. In this context,
sustainable development can become an asset for a company, in terms of positioning and
marketing, but also in terms of risk management. Olivier Millet explains how, as majority
shareholder, he succeeded in introducing considerations of sustainable development into the
management of his businesses.

Keywords: Sustainable development, Private equity, OFI, Creating change, Risk
management, Extra-financial, Governance.

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Table des matières

Introduction .............................................................................................................................. 4
La fin du tout financier ........................................................................................................... 5
Pourquoi le développement durable ? .................................................................................... 5

1. La prise en compte des critères extra-financiers ............................................................... 7
Le développement durable, une nécessité économique .......................................................... 7
Environnement, social et gouvernance ................................................................................... 9
La place de l'extra-financier dans l'entreprise ..................................................................... 10
Développement durable et management du risque .............................................................. 11
Responsabilisation du monde financier ............................................................................... 12
Le développement durable, un enjeu business ...................................................................... 14


2. Développement durable et private equity .......................................................................... 15
Le développement durable dans l'entreprise ....................................................................... 16
Le développement durable : un argument marketing .......................................................... 17

3. La conduite du changement .............................................................................................. 18
Gouvernance opérationnelle ............................................................................................... 19
Gouvernance actionnariale ................................................................................................. 21
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Introduction
Bonjour à tout le monde, je suis très honoré d'être ici pour vous parler de mon expérience
en cours, car il s'agit d'une expérience en cours. Nous sommes en train d'essayer de construire
dans l'univers du private equity un peu le monde d'après. Si je comprends bien les gens qui
sont ici sont en train de se poser des questions sur le monde d'après : «Est-ce que je rentre
chez Procter&Gamble, pour reproduire le marketing de mon grand-frère, voire de mon père ?
Est-ce que je vais chez Goldman Sachs pour faire comme les copains et prendre une valise de
billets dans les cinq ans qui viennent, et après j'irai élever des chèvres dans le Larzac ? Ou est-
ce qu'il y a un certain nombre de choses qui sont en train de se passer et qu'on pourrait
intégrer dans la construction d'une vie professionnelle ? » J'ai donc envie de partager avec
vous ma vision du monde d'après, qui est en train de s'écrire aujourd'hui. On est dans une
période de rupture, je pense que des sociologues vous le confirmeront si ce n'est pas déjà fait :
il y a une faille complète, à peu près sur tous les sujets, et qui remet en cause à peu près tous
les sujets, y compris, à mon avis, l'enseignement, et il n'y a pas un modèle économique, il n'y
a pas une entreprise qui n'est pas appelée à se réinventer. Grosso modo, il y a des nouveaux
métiers qui apparaissent, dans le domaine de new business, qu'ils soient très technologiques
ou autres, ça c'est à mon avis un pan très important de développement et qui peut être tout à
fait passionnant, et en même temps, et il y a la fameuse old economy, qu'il va falloir faire
muter, parce qu'on ne va pas pouvoir fabriquer 100% de nouvelles entreprises en supprimant
100% des entreprises actuelles.
Alors pour vous situer, moi je suis plutôt dans le champ des entreprises dites
traditionnelles, je suis actionnaire dans des entreprises et des métiers qu'on pourrait qualifier
de low tech, une chaîne de coiffure comme le groupe Dessange, ou d'une chaîne comme Léon
de Bruxelles dans le secteur de la restauration, donc vous voyez, ce ne sont que des business
très traditionnels, et très peu dans les business de nouvelles technologies ou start-up.
Donc comment j'en arrive à venir vous parler développement durable et private equity?
Déjà finance et développement durable, théoriquement ne font pas forcément bon ménage, et
à l'intérieur de la finance, private equity et développement durable, ça peut paraître peut-être
encore un peu plus surprenant.
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La fin du tout financier
En fait le point très important c'est qu'on a fini une période qui était une période où la
création de valeur était basée sur l'utilisation un peu systématique des effets de leviers
financiers, c'est vrai des entreprises, c'est vrai des Etats, c'est vrai des banques. Il n'y a pas
d'autres choix aujourd'hui pour participer à de la création de valeur que le retour à des
fondamentaux qui sont la croissance des entreprises, et surtout il faut réinventer la vitesse à
laquelle on crée la valeur. On crée de la valeur à la milliseconde quand on est dans un hedge
fund, en pariant sur des différentiels de parité de valeur entre New York, Londres et Paris, et
toute une partie de la finance s'est engouffrée dans cet univers là. Moi je ne suis pas issu de ce
monde, je suis issu du monde de l'entreprise qui va se développer en termes de croissance
d'activité, croissance de résultat, et qui donc mécaniquement va créer de la valeur pour ses
actionnaires.
Il y a là deux philosophies qui vont se confronter, la philosophie court-termiste, et puis la
philosophie à moyen et long terme. Ce dont j'ai envie de vous parler c'est d'actionnariat, et on
peut être actionnaire à très court terme, et on peut être actionnaire à plus ou moins long terme.
Si vous êtes actionnaire à très court terme, vous êtes un hedge fund, vous pariez sur les
variations de cours de bourse d'une société, ce qui se passe vraiment dans la société, sur
l'évolution de son modèle, sur sa santé, sur ses collaborateurs, vous n'en avez rien à faire,
puisque vous êtes là pour quelques secondes ou quelques semaines, donc finalement le sujet
n'est pas très important. En revanche, si vous êtes actionnaire pour une période de quelques
années, et si vous êtes sur un champ de cinq à dix ans, vous acceptez l'idée qu'on est dans une
phase de rupture, et la probabilité qu'il se passe des choses très significatives dans l'entreprise
et dans l'environnement de l'entreprise existe.

Pourquoi le développement durable ?
Alors soit vous vous asseyez et vous attendez que ça passe, soit vous essayez d'identifier
les signaux faibles des changements à venir dans tel ou tel type d'entreprises. Je suis arrivé sur
les sujets de développement durable par des sujets d'énergie, en étant confronté, par des
discussions avec des gens qui travaillent assez dur sur ces sujets, à toutes les problématiques
d'émission de gaz à effet de serre, et aux problématiques énergétiques, prix du pétrole etc.
Il y a plein de façons d'arriver sur des sujets de développement durable, et il n'y a pas une
bonne façon puisque pour moi le développement durable, c'est s'interroger sur l'avenir, et peu
importe par quel bout on rentre. Ne pas chercher à reproduire un passé, mais essayer de
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comprendre ce qui va se passer demain pour l'intégrer dans mon business aujourd'hui, et donc
faire évoluer les choses.
Donc mon point d'entrée c'est l'énergie, en me disant qu'il y a deux sujets : la probabilité
d'une raréfaction de l'énergie carbone est évidente, alors est-ce que l'échéance est en 2018 ou
en 2032, je n'en sais rien, mais la probabilité que la ressource pétrole finisse, par rapport à une
demande exponentielle, que les deux courbes se croisent et que ça mette un bazar gigantesque
dans le monde, et que le prix du carbone augmente, c'est mon postulat de départ.
Sachant ça, en simultané, vous avez les problématiques d'émission de gaz à effet de serre
et d'amplification des problèmes de changement climatique, on peut éventuellement rester
sceptique, comme d'anciens ministres, et dire que l'homme n'y est pour rien et que ce sont les
taches solaires qui font que ça se réchauffe, il y a quand même un consensus global mondial
pour dire que la probabilité que l'homme soit responsable de ces évolutions climatiques est
extrêmement forte.
Et donc par rapport à ça, il y a de bonnes raisons économiques : si le pétrole qui continue à
augmenter, devient rare, il faut bien prendre conscience de la présence de l'énergie pétrole
dans tout ce qu'on fait. Il y a un petit bouquin qui est assez sympa, d'Alain Grandjean, que je
vous recommande, Le Plein s'il vous plaît.

Une étudiante : C'est maintenant ! : Trois ans pour sauver le monde ?
Olivier Millet (O.M.) : Ah oui, celui-là c'est le nouveau, moi, je suis resté à celui d'avant,
qui m'avait suffisamment intéressé, et où il est rappelé que l'on consomme individuellement
plus d'énergie qu'un roi de France tel que Louis XIV, et que l'on a à notre disposition plus de
deux cents esclaves pour cultiver et transporter ce dont on a besoin. L'énergie est un défi
absolument majeur, je ne sais pas si vous avez eu l'occasion d'aller passer un peu de temps en
Chine ou dans des pays émergents de cette nature, c'est assez faramineux d'imaginer ce qui est
en train de se passer sur le plan mondial, cette consommation d'énergie qui va forcément
avoir beaucoup d'influence.
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1. La prise en compte des critères extra-financiers

Pour revenir à mon métier d'actionnaire, il y a deux choses, l'énergie, les productions de
gaz à effet de serre, les probabilités de taxation carbone d'une manière ou d'une autre, le sujet
a été décalé, on peut le regretter ou pas, je pense qu'on cumule pas mal de problèmes en ce
moment avec la crise économique, et que c'est peut-être pas idiot de le reculer un peu, mais il
faudra y passer, soit le marché mettra un prix sur l'énergie, beaucoup plus élevé
qu'aujourd'hui, soit des taxations arriveront, en tout cas la probabilité que ça impacte
absolument tous les business est extrêmement forte. Donc mon point d'entrée est celui là, et
j'ai cheminé et découvert que, si j'étais actionnaire, et c'est ce que je cherche à être, un
actionnaire à moyen long terme, à cinq ou dix ans, il y avait des problématiques qui
dépassaient le reporting d'EBITDA (Earnings before interest, taxes, depreciation and
amortization) du semestre, qui est un très bon indicateur, mais qui ne suffit plus à comprendre
ce qui est en train de se passer, c'est-à-dire que le reporting financier du P&L (Profit and Loss
Statement) annuel et l'évolution de la marge brute, tout ça est très important , mais pour ce qui
va se passer dans les trois, cinq ou dix ans qui viennent, ça ne vous donne aucune indication,
aucune indication du moral des troupes, parce que vous pouvez faire de la croissance
d'EBITDA et de la décroissance de moral des collaborateurs, sachant qu'à un moment donné,
il y aura un problème. L'exemple le plus criant et le plus horrible est celui de France Telecom,
où des gens sautent par la fenêtre, sachant que dans beaucoup d'entreprises, le mal-être au
travail est gigantesque, et qui dit mal-être au travail, dit mauvaise productivité, donc c'est pas
bon pour le business etc.

Le développement durable, une nécessité économique
Vous verrez dans ma présentation que vous aurez un peu de mal à savoir si je suis sincère,
cynique, motivé par l'argent, idéaliste, etc. Et en fait je n'en sais rien. Je pense qu'être
totalement idéaliste et vouloir être dans l'économie est à peu près totalement impossible. Ne
pas avoir une dose de cynisme me semblerait être non professionnel. Tous les environnements
sont compétitifs aujourd'hui, donc vous avez besoin d'un peu de malice. Votre sincérité, ou
votre vision absolument positive du monde de demain, elle n'existe pas, parce que je ne crois
pas au grand soir du développement durable, où une baguette magique arrivera et résoudra
tous nos problèmes. La technologie ne va pas nous sauver non plus de tous les problèmes que
l'on a à résoudre, donc c'est une espèce de consensus, ou d'approche hybride des choses, qui
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va faire qu'on va construire le monde de demain, et la bonne nouvelle, c'est que je considère
qu'on est déjà en train de le construire. Donc vous ne me trouverez probablement pas très
pessimiste, et même plutôt optimiste, parce que je constate qu'il y a une problématique qui
n'est pas que franco-française, mais bien un phénomène qui est complètement mondial, et
qu'au même instant aux quatre coins du monde il y a des gens qui sont en train de penser de la
même façon, et je vous l'illustrerai un peu dans ma practice qui est celle d'un investisseur et
actionnaire au capital de PME.
Si vous êtes actionnaires courts, tous ces sujets là, on s'en moque, on fait du blé, on prend
des bonus en fin d'année, et si je suis dans une logique d'être actionnaire dans une entreprise à
cinq ou dix ans, je dois m'interroger, au-delà de l'EBITDA, sur ce qui va se passer demain.
Par rapport à cela, je n'ai pas eu la chance d'avoir fait un master de développement durable
comme vous à HEC, donc ma culture de développement durable, je l'ai faite sur le terrain, en
regardant un peu ce qui se passait dans les boîtes du CAC 40, où il se passe des choses assez
incroyables. Passez un peu de temps à regarder les actions développement durables dans les
sociétés du CAC 40, grosso modo la moitié peut être considérée comme du greenwashing
obligatoire lié à l'évolution de la législation, la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise),
Le Grenelle, etc. Mais l'autre moitié, ce sont des vraies conduites de changement, sachant que
faire de la conduite de changement dans une organisation de dix personnes, c'est quelque
chose, mais si vous avez dix-mille ou cent-mille collaborateurs, faire de la conduite de
changement sur des sujets aussi majeurs, c'est un vrai gros chantier sur une période très
longue. J'ai la chance par exemple d'avoir beaucoup échangé avec le directeur développement
durable d'un groupe comme PPR (Pinault Printemps Redoute), ou de partager un peu de
temps avec Patrice Bonnifet, le directeur développement durable du groupe Bouygues, et tous
ces gens là vous disent : «On est rentrés un peu à reculons, sous la contrainte sur tous ces
sujets-là, et la première année on était très fiers d'avoir mis en place des systèmes de
photocopies recto-verso, ce qui est un premier évènement majeur dans la prise de conscience
du développement durable dans les entreprises, et une fois qu'on a fait ça et le président a dit :
« Camarades, on va sauver le monde ! » » Derrière, c'est très compliqué parce qu'il faut
arriver à le mettre en œuvre, et on y reviendra, ça sera l'objet de ma troisième partie.
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Environnement, social, et gouvernance
Je travaille dans un univers qui est aux confins du monde de l'argent et du monde de
l'entreprise. Je pense que vous voyez à peu près ce qu'est un fond d'investissement : c'est une
tirelire qui est assemblée pour adresser des opérations d'investissement, le plus souvent
majoritaires, mais on peut être minoritaire aussi, dans des entreprises de taille extrêmement
différentes, et un peu comme au football, il y a des fonds d'investissement qui jouent en
nationale 2, et d'autres qui jouent en nationale, en ligue 1 et en Champions League, je veux
parler de la taille des entreprises, et donc en face de chaque catégorie d'entreprises, il y a des
fonds qui font plutôt des start-up, d'autres qui font des petites boîtes, d'autres qui font des
moyennes boîtes, des grosses boîtes et des très grosses boîtes, vous avez des gens qui se sont
spécialisés sur chacun des sujets.
Mon positionnement est un positionnement sur des PME France, d'une valeur d'entreprise à
moins de cent millions d'euros, donc on est dans la PME qu'on va encore qualifier « à taille
humaine », avec des équipes de direction de cinq à dix personnes, et un nombre de
collaborateurs qui est très variable, en fonction des métiers. En moyenne ce sont des chiffres
d'affaire entre cinquante et cent millions d'euros, donc on est vraiment dans la PME, et c'est
une partie de mon métier. L'autre partie de mon métier, c'est de manager de l'argent qui m'est
confié par des investisseurs institutionnels. Je vous ai dit, le CAC 40 se met en résonance et
progresse sur le sujet, et le monde financier se met aussi en résonance sur le sujet, avec un
certain nombre d'évolutions et de prise de conscience autre que le profit à court terme. Tout
cela est très bien, mais il y a aussi les mandants qui sont les gens qui vont confier des capitaux
à toutes ses institutions, et il faut bien voir en fait que tout est lié, on n'a pas d'un côté les
gentils et de l'autre côté les méchants. Le monde de l'entreprise est cerné par au moins trois
grandes forces, une force qui est la force réglementaire, les gouvernements, les lois, une force
qui est composée des humains qui sont à la fois des consommateurs, des salariés, des
électeurs, et qui ont un impact sur l'entreprise et sur les pouvoirs publics, et puis vous avez le
monde des finances, qui est composé de fonds de pension, de banques, qui sont propriétaires
ou qui financent l'économie, et qui sont eux-mêmes de plus en plus régulés par les pouvoirs
publics, qui sont eux-mêmes sous la pression de leurs assurés et de leurs mandants qui leur
confient les capitaux. Globalement tout le système est en train de dire : « Il faut que ça
continue , on n'a pas envie de retourner à l'âge de pierre, on veut de la croissance, on veut des
produits sains, et on veut qu'il y ait un peu de discipline et que tous les paramètres soient un
peu mieux maîtrisés et un peu plus propres. » Alors ça prend des proportions plus ou moins
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importantes, si je suis consommateur et que je suis fana de bio, il va me falloir du bio partout
chez Carrefour, si je suis un épargnant, il va me falloir donner de la sécurité sur mon épargne,
en me garantissant que vous n'allez pas investir chez un vilain pétrolier, et si je m'appelle le
gouvernement, je vais inventer le Grenelle, et fabriquer des lois, le Grenelle 2, etc.

La place de l'extra-financier dans l'entreprise
L'entreprise, au milieu de tout ça, est sous une pression gigantesque, et donc sur une remise
en cause : « Oui tu as le droit de continuer, et tu dois continuer ton business de moules-frites,
ou ton business de coiffure, mais il va falloir aller au-delà de ta première fonction », parce que
historiquement une entreprise, elle a une seule fonction, et je caricature, un peu, c'est de faire
plus de profit pour les actionnaires en tout cas dans les dernières années c'est quand même là-
dessus qu'on a poussé au maximum, et donc les parties prenantes, en dehors des actionnaires,
ont été, on va dire, négligées, ignorées, et aujourd'hui il y a le réveil des parties prenantes,
c'est-à-dire que l'actionnaire n'est plus la seule partie prenante du système. On le voit bien, par
exemple avec BP, compte-tenu de ce qui s'est passé l'été dernier dans le golfe du Mexique :
vous avez une énorme catastrophe écologique, et donc un « merdier » économique qui se
forme. Je ne sais pas si vous l'avez en tête, mais la baisse de la capitalisation boursière de BP,
c'est 5 à 10% de la baisse de capitalisation de la bourse de Londres. Où sont les fonds de
pension de tous les retraités d'Angleterre ? Très capitalisés chez BP. Vous voyez les risques
qui peuvent se fabriquer si l'entreprise au milieu de tout ça se met à être défaillante, se met à
être sortie du système par des consommateurs qui vont commencer à décider un certain
nombre de choses, ou par une législation qui va taper très fort, etc.
L'entreprise au centre de tout ça a des actionnaires et moi je me retrouve en position
d'actionnaire, et je suis en position d'actionnaire majoritaire, je vous rappelle que mon métier
consiste à acheter une société cent, et de la revendre deux cent ou trois cent dans cinq ou dix
ans. J'ai donc une première responsabilité, c'est de m'assurer que dans les cinq ou dix ans qui
viennent, je ne vais pas me prendre un truc en pleine figure, et j'ai besoin d'aller apprécier les
risques, donc je vais envoyer des experts comptables pour faire des multiplications, des
soustractions et vérifier que les additions sont justes, et généralement c'est juste, c'est audité,
et un certain nombre de vos congénères vont aller travailler dans le monde de l'audit vérifier
que les comptes sont justes, modulo les problèmes de passifs sociaux et environnementaux qui
sont aujourd'hui absolument invisibles, non réellement quantifiés et qui peuvent avoir des
impacts gigantesques sur le P&L des sociétés et sur la valeur des entreprises.

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