Université Marc Bloch Strasbourg U F R des Lettres

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8
Université Marc Bloch, Strasbourg 2 U.F.R. des Lettres E.A. 1339 LiLPa – Linguistique, Langues et Parole Les constructions infinitives régies par un verbe de perception Thèse pour le doctorat en SCIENCES DU LANGAGE présentée par Fabrice MARSAC sous la direction de MM. les Professeurs Jean-Christophe PELLAT et Martin RIEGEL Novembre 2006 Membres du jury : Sylvianne RÉMI-GIRAUD, Professeur à l'Université Lumière de Lyon Georges KLEIBER, Professeur à l'Université Marc Bloch de Strasbourg Claude MULLER, Professeur à l'Université Michel de Montaigne de Bordeaux Jean-Christophe PELLAT, Professeur à l'Université Marc Bloch de Strasbourg Martin RIEGEL, Professeur émérite à l'Université Marc Bloch de Strasbourg Michael SCHECKER, Professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau

  • analyse sémantico-logique

  • proposition infinitive

  • infinitif en emploi verbal

  • arguments en faveur de l'hypothèse crpi

  • verbe de perception

  • principes fondamentaux de la recherche en linguistique


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Publié le 01 novembre 2006
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Langue Français
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Université Marc loch Strasbourg 2
U.F.. des Lettres



E.A. 1339 LiL
a – Linuistique, Lanues et
arole







Les onstr
tions infinitives
rgies ar
n vere de eretion






Thse pour le doctorat en SCIENCES DU LANGAGE



présentée par Fabrice MASAC


sous la direction de


MM. les rofesseurs Jean-Christophe ELLAT et Marti n IEGEL



Novembre 2006



Membres du jury :

Sylvianne RÉMI-GIRAUD,
rofesseur à l’Université Lumire de Lyon
Geores KLEIBER,
rofesseur à l’Université Marc Bloch de Strasbour
Claude MULLER,
rofesseur à l’Université Michel de Montaine de Bordeaux
Jean-Christophe
ELLAT,
rofesseur à l’Université Marc Bloch de Strasbour
Martin RIEGEL,
rofesseur émérite à l’Université Marc Bloch de Strasbour
Michael SCHECKER,
rofesseur à l’Université de Fribour-en-Brisau REMERCIEMENTS




Nos remerciements vont tout d’abord à MM. les Professeurs Jean-Christophe PELLAT
et Martin RIEGEL, qui nous ont fait l’honneur de diriger notre travail et ont toujours su être
bienveillants à notre égard. Nous leur témoignons notre gratitude et les remercions de nous avoir
conservé leur confiance pendant ces années de collaboration. Nous sommes fier d’avoir travaillé
sous leur direction et avons grandement apprécié leur patience, leur disponibilité, la qualité de
leur encadrement et la fréquence des conseils scientifiques qu’il nous ont donnés, ainsi que les
nombreux encouragements qu’ils nous ont adressés. Puissent-ils recevoir nos plus vifs
remerciements pour nous avoir inculqué les principes fondamentaux de la recherche en
linguistique.


Nous tenons à assurer de notre profonde reconnaissance M. le Professeur Georges
KLEIBER, qui nous a suggéré diverses références bibliographiques en les accompagnant de ses
précieux enseignements. Les entrevues qu’il nous a accordées nous ont toujours ouvert des
perspectives. Qu’il soit sincèrement remercié aujourd’hui pour le temps qu’il nous a consacré
hier. À travers lui, nous remercions également les membres de l’équipe SCOLIA pour leur
énergie dynamisante.


Nous remercions vivement Mme le Professeur Sylvianne RÉMI-GIRAUD et M. le
Professeur Claude MULLER d’avoir accepté la double (et sans doute lourde) charge d’évaluer ce
travail et d’en être les rapporteurs. Nos remerciements les plus sincères vont également à M. le
Professeur Michael SCHECKER.


Nos remerciements, également, à Rudolph SOCK pour son soutien moral de tous les
moments, ses conseils et ses encouragements précieux. Nous lui savons gré de nous avoir
transmis cette énergie bienfaisante. À travers lui, c’est toute son équipe que nous remercions
pour son accueil et sa générosité.


Enfin, un grand merci à mon père, Robert, à Marianne, Dominique, Pierre, Fabrice et
Roland, nos courageux relecteurs, qui ont accepté la charge laborieuse de traquer les coquilles.
SOMMAIE




Introduction 1


I. LA OOSITION ININITIE : ÉTAT DE LA QUESTION

1. Analyse de la grammaire traditionnelle -----------------------------------------------------------7

1.1. Les étiquettes : les choix successifs de 1961 à nos jours 8
1.2. Les verbes introducteurs 10
1.3. Le sujet de l’infinitif 12
1.4. Forme et position des compléments d’objet cliticisés de l’infinitif 18
1.5. Nature et fonction de la proposition subordonnée infinitive 21
1.6. Quelques tests syntaxiques pour identifier une proposition subordonnée infinitive 21
1.7. La proposition subordonnée infinitive : un infinitif en emploi verbal 23
1.8. Bilan d’étape 24

2. Élargissement du concept de proposition infinitive -------------------------------------------- 27

2.1. Variations de contraintes portant sur le sujet interprétatif de l’infinitif 28
2.2. Variations de contraintes portant sur l’infinitif 38

3. Mise en cause de la proposition infinitive ------------------------------------------------------130

3.1. La proposition infinitive n’est pas une proposition 130
3.2. La proposition infinitive est un type particulier de prédication seconde 137
3.3. Les verbes de perception régissent deux compléments directs 141


II. LES ININITIES DE COMTE ENDU DE ECETION : ES UNE
ANALYSE SYNTAXIQUE EN TEMES DE SCISSION ACTANCIELLE

4. Analyse sémantico-logique et cognitive des ICP ----------------------------------------------149

4.1. Les ICP constituent une unité logique 150
4.2. V ne sélectionne pas SN2 157
4.3. SN2 n’est pas l’objet de perception de V 162

5. Spécificités cognitives, sémantiques et syntaxiques de la structure que P par rapport
à l’ICP ----------------------------------------------------------------------------------------------168

5.1. Perception indirecte ou épistémique 170
5.2. Arguments en faveur de l’hypothèse CRPI 173
5.3. Proposition finie (PF) ou proposition non finie (PNF) : une question de
souscatégorisation 180

6. Vers une solution en syntaxe ---------------------------------------------------------------------188


6.1. L’hypothèse de la double complémentation 189
6.2. L’hypothèse prédicat de l’objet 193
6.3. Les ICP : (syn)thèse 206


Conclusion 213


%ibliographie 217
Corpus 225
Index des auteurs 239
Index des notions 201

Introduction




Nous avons choisi d’étudier les constructions infinitives régies par un verbe de
perception telles que Jean n’a pas vu la voiture venir. et J’entends siffler le train. Elles
s’instancient dans les structures phrastiques complexes SN1 V SN2 Vinf, où SN1 et SN2
symbolisent respectivement le groupe nominal sujet du verbe de perception et celui qui lui est
postposé. Ce dernier peut également l’être au verbe à l’infinitif, dont la tradition grammaticale
considère qu’il est le sujet, la séquence SN2 Vinf constituant à ses yeux le modèle accompli de
ce qu’il est convenu d’appeler la « proposition infinitive ». Cette construction partage avec
d’autres la caractéristique de deux éléments réunis en une séquence prédicative dépendant d’un
verbe recteur. Il s’agit des infinitifs compléments directs ou indirects dont le sujet sous-entendu
est contrôlé par l’autre complément du verbe recteur (Paul a persuadé Jean de partir. Paul a
suggéré à Jean de partir.), des complétives en que (Jean a vu que la voiture venait.), des
relatives prédicatives dont l’antécédent est l’objet d’un verbe de perception (La voiture, Jean l’a
vue qui sortait du garage.), des attributs de l’objet complétifs (Jean a trouvé ton livre
intéressant.) et des attributs de l’objet dits « à élargissement de l’objet » ou « amalgamés » (Les
spectateurs l’ont vue nue.).

D’un point de vue formel, plusieurs caractéristiques distinctives définissent les
constructions infinitives régies par un verbe de perception. D’une part, l’infinitif n’est ni
prépositionnel (*J’ai entendu la voisine à/de/par/pour chanter sous la douche.) ni introduit par
de ou à complémenteurs comme dans les constructions infinitives à contrôle ; il ne commute pas
avec que P (*J’ai entendu la voisine qu’elle chantait sous la douche.) et peut parfois précéder
SN2 (J’ai entendu chanter la voisine sous la douche). D’autre part, SN2 se cliticise sur V à la
manière d’un complément d’objet direct (Les étudiants, je les entends parler dans le couloir. Des
étudiants, j’en entends (quelques-uns/plusieurs) parler dans le couloir.) et peut parfois être
supprimé (J’entends parler dans le couloir.).

À nos yeux, l’intérêt de ces constructions infinitives réside dans le paradoxe sur lequel
bute leur analyse et qui justifie qu’on les (ré)examine de plus près. D’un côté, l’analyse
syntaxique indique que le sujet interprétatif de l’infinitif fonctionne comme le complément
d’objet direct du verbe recteur, l’infinitif occupant du coup dans la complémentation de ce verbe
une position non prévue par son schéma actanciel. D’un autre côté, l’analyse sémantico-logique
montre que la construction infinitive forme une unité argumentale propositionnelle. Ainsi, la
séquence SN2 Vinf ne présente pas au niveau syntaxique l’unité qui est la sienne au niveau
interprétatif. D’où la question qui guidera notre travail : SN2 est-il vraiment le complément
d’objet direct de V ?

Jusqu’à aujourd’hui, au moins quatre grandes théories syntaxiques ont accordé un statut
actanciel et fonctionnel différent à l’infinitif des constructions infinitives régies par un verbe de
perception. La grammaire générative transformationnelle et la grammaire distributionnelle
transformationnelle l’ont considéré comme le résultat fonctionnellement inexploitable de la
1réduction d’une complétive. En syntaxe non transformationnelle, la solution la plus répandue
consiste à analyser l’infinitif comme un deuxième complément (d’objet) direct de V. Les deux
autres solutions, plus isolées, font de l’infinitif respectivement un prédicat du complément

1 Cf. notamment MOIGNET (1973), BRESNAN (1982), LE GOFFIC (1994), MULLER (2000) et MEL’ČUK
(2003).
1
2 3d’objet direct de V et une apposition à ce complément . Ainsi, quel que soit le cadre théorique
choisi, la même idée revient : au niveau syntaxique de l’analyse, il y a plus d’un actant dans la
complémentation du verbe recteur.

Notre objectif principal est de proposer une analyse syntaxique des constructions
infinitives régies par un verbe de perception qui puisse s’articuler avec leurs propriétés
sémantico-logiques et cognitives. Dans cette perspective, l’hypothèse que nous allons défendre
est que les verbes de perception régissant ces constructions sont, malgré les apparences, des
4verbes monocomplétifs directs. Pour ce faire, nous tâcherons de démontrer que la discontinuité
morphosyntaxique de la séquence SN2 Vinf n’engage pas sa constituance. Chemin faisant, nous
serons amené à nous poser la question suivante : si la séquence SN2 Vinf constitue dans son
entier l’actant complétif (direct) de V, pourquoi est-ce seulement SN2 qui occupe la fonction de
complément d’objet direct liée à ce statut ?

Notre travail sur les constructions infinitives régies par un verbe de perception s’articule
en deux mouvements :

La première partie (I.) est consacrée à un état de la question sur la notion de proposition
infinitive. Partant de l’analyse traditionnelle prototypique (1.), nous voyons comment d’autres
cadres théoriques modifient l’extension de la notion et les conséquences qui s’ensuivent (2.),
avant de passer en revue les principales raisons qui ont amené certains auteurs à remettre en
cause la notion même de proposition infinitive (3.). L’objectif de ce parcours est multiple.
D’abord, il s’agit naturellement de laisser la parole aux principaux auteurs qui se sont déjà
exprimés sur le sujet ; ensuite, de relever dans cette littérature les spécificités morphosyntaxiques
et distributionnelles susceptibles de distinguer les constructions infinitives régies par un verbe de
perception des nombreux autres types de constructions infinitives ; enfin, au fur et à mesure de la
présentation, de nous positionner nous-même vis-à-vis des analyses effectuées dans les différents
cadres théoriques envisagés et de faire apparaître, chemin faisant, les points problématiques non
résolus qui légitiment notre contribution.

Dans la deuxième partie (II.), nous tâchons, dans une démarche essentiellement
comparative, de cerner au mieux les spécificités sémantiques, cognitives et syntaxiques des
structures SN1 V SN2 Vinf en les confrontant successivement aux relatives prédicatives perception
(4.), à la complétive que P (5.) et aux prédicats de l’objet complétifs et amalgamés (6.). Cette
deuxième étape a trois objectifs : l’approche cognitive devra montrer que les constructions
infinitives régies par un verbe de perception n’engagent pas le même type de perception que les
relatives prédicatives (4.3.) ou que la structure que P (5.1., 5.2.) ; l’approche sémantique devra
montrer qu’elles constituent l’argument final de V (4.1., 4.2.) mais qu’elles ne bénéficient pas du
degré d’autonomie caractéristique des structures prédicatives à complémenteur (5.3.1.) ; enfin,
l’approche syntaxique devra montrer que la discontinuité formelle de la séquence SN2 Vinf n’est
pas liée à la constituance mais à la sous-catégorisation (5.3.2.), ce qui nous permettra de proposer
une nouvelle analyse en termes de scission actancielle (6.3.6.).

Les exemples que nous utilisons sont de deux types : ceux numérotés entre parenthèses
sont construits ou empruntés ; ceux entre crochets sont issus d’un corpus essentiellement

2 Cf. en particulier GUIMIER (1999).
3 Nous n’avons trouvé cette analyse que chez WILMET (1998).
4 Cette hypothèse a notamment été amorcée par BALLY (1950), TESNIÈRE (1953, 1965) et WAGNER &
PINCHON (1962), qui relevaient la disjonction et l’autonomie morphosyntaxique des deux segments SN2 et
Vinf, mais passaient outre en considérant l’infinitive dans son entier comme le complément du verbe de
perception.
2
5constitué à partir de six romans d’Amélie Nothomb et d’exemples d’Internet. Dans la première
partie, nous n’utilisons que des exemples construits ou empruntés. Dans la deuxième, la majorité
des exemples provient du corpus.

5 Les combustibles (1994), Attentat (1997), Mercure (1998), Stupeur et tremblements (1999), Cosmétique de
l’ennemi (2001), Robert des noms propres (2002).
3