Cours, Chapitre de Philosophie de niveau Terminale
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Quelques réponses sur l'art
Cours, Chapitre en Philosophie (2011) pour Terminale STG Merca.

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Langue Français

Exrait

L'art
introduction :
le mot art est ambigu, il peut renvoyer  la technique, aux beaux-arts, au travail de l' artisan ou  celui de l' artiste.
Dans tous les cas il a le sens d'une production humaine ; quelque chose qui s'ajoute  la nature (Bacon dira : Ç l'homme ajout  la nature È) mais qui ne vise pastraditionnellement parlantl'utilit ou en tout cas qui est sens viser une valeur spcifique qui serait le beau.
La tradition veut donc que l'art ou les arts dsignent une production de la beaut par les oeuvres d'un tre conscient.
Si cette vision de l'art pouvait tre accepte avant les rvolutions contemporaines tels que le cinma, l'art abstrait ou encore le design ... elle ne semble plus pouvoir l'tre depuis les rvolutions lies  l'mergence de la notion moderne de sujet et de subjectivit qui commencent ds la renaissance (dcouverte de l' Amrique, protestantisme, imprimerie, hliocentrisme puis rvolution franaise : en un mot la scularisation) et qui remettent en cause  l' instar des mouvements comme le Pop art ou l'art brute nos conceptions de l'art. Heidegger dira : Ç L'homme et le libre savoir qu'il a de lui-mme et de sa position au sein de l'tant deviennent dsormais le lieu o se dcide la manire de subir, de dterminer et de structurer l'tant. È
On constate par consquent que ce qui fait problme ici tient  la question de savoir si l'activit artistique est une activit  part ou pas, si par exemple les oeuvres d' art ont une valeur propre ou pas ... Il s'agit alors alors de la mise en question des notions lies  l'art comme : le beau, le got, la cration, la contemplation ... La mthode que nous allons suivre consistera  mettre en scne les ides reues et concepts majeurs de la tradition artistique et esthtique et  le remettre en cause factuellement pour en dgager la pertinence et la valeur. Ici il s'agit donc donc de faire de l' esthtique (aisthesis ou sensation /tat affectif de l'homme : discipline qui tudie lesaisthetaou faits de sensibilit lesquels s' opposent auxnoetaou faits d'intelligence selon L'Aestheticade Baumgarten qui invente le mot d' esthtique entre 1750 et 1758).
I Ç La beaut artistique est diffrente de la beaut naturelle È
Le problme est celui du critre de diffrenciation, on dira que la beaut naturelle vient de la parfaite adaptation de la forme d'un tre  ses fonctions et que la
beaut artistique imitant celle naturelle elles ne peuvent se confondre ... pourtant cette distinction est base sur la dichotomie sense tre fonde entre la nature et la culture, production naturelles d'un ct et celles de l'homme de l'autre or aujourd'hui les nouvelles techniques de procration par exemple remettent en cause cette distinction, l'homme fait office de nature. Mieux n'est-il pas lui-mme un tre naturel donc faisant du naturel ? La question se pose ...
Aujourd'hui de nombreux artistes voire beaucoup d'entre nous remettent en cause la sparation entre art et nature (l'art phmre duLand Artdans lequel l' artiste utilise le paysage comme matriau pour crer son oeuvre ce qui fait d'elle un phmre / voir Christo etLe pont neufemball de 1985). On peut mme aller jusqu' dire que n'importe quel objet du monde est susceptible d'tre considr comme beau et qu'il faut tre bien malin pour pouvoir distinguer une motion esthtique d'une qui ne le serait pas. Dubuffet dansPositions anticulturelles (1951) affirme  ce propos : Ç Cette ide que notre monde serait constitu pour la plus grande part d'objets laids et d' endroits laids, tandis que les objets et endroits dous de beaut seraient des plus rares et difficiles  rencontrer, je n'arrive pas  la trouver trs excitante. Il me semble que l' Occident,  perdre cette ide ne ferait pas une grande perte. S'il prenait conscience que n'importe quel objet du monde est apte  constituer pour quiconque une base de fascination et d'illumination, il ferait l une meilleure prise. È
II Ç la beaut artistique est suprieure  la beaut naturelle (mythe de Pygmalion et de l' esthteÈ
Chez les grecs cette ide est fausse puisque l'artiste et artisan font de latechn (l'art et le mtier) : unepraxisqui est reproduction de la nature qui est la seule harmonie donc le seule critre de rfrence ou norme de la beaut dans l'art. Le mythe de Zeuxis illsutre cette ide : faire du beau c'est imiter la beaut naturelle.
"Devant excuter pour les Agrigentins un tableau destin  tre consacr dans le temple de Junon Lacinienne, il examina leur jeunes filles nues, et en choisit cinq, pour peindre dÕaprs elles ce que chacune avait de plus beau. Zeuxis a fait aussi des monochromes en blanc.
Il eut pour contemporains et pour mules Timanths, Androcyde, Eupompe, Parrhasius. Ce dernier, dit-on, offrit le combat  Zeuxis. Celui-ci apporta des raisins peints avec tant de vrit, que des oiseaux vinrent les becqueter; lÕautre apporta un rideau si naturellement reprsent, que Zeuxis,, tout fier de la sentence des oiseaux, demande quÕon tirt enfin le rideau pour faire voir le tableau. Alors, reconnaissant son illusions, il sÕavoua vaincu avec une franchise modeste, attendu que lui nÕavait tromp que des oiseaux, mais que Parrhasius
avait tromp un artiste, qui tait Zeuxis.
On dit encore que Zeuxis peignit plus tard un enfant qui portait des raisins: un oiseau tant venu les becqueter, il se fcha avec la mme ingnuit contre son ouvrage, et dit: ÇJÕai mieux peint les raisins que lÕenfant; car si jÕeusse aussi bien russi pour celui-ci, lÕoiseau aurait d avoir peur.È Il a fait aussi des figures en argile, les seuls ouvrages que Fulvius Nobilior (an de Rome 666) laissa  Ambracie, lorsque de cette ville il transporta les Muses  Rome. On a  Rome, de la main de Zeuxis, une Hlne, dans les portiques de Philippe et, dans le temple de la Concorde, un Marsyas li.È
PLINEL'ANCIEN,Histoires naturelles,Livre XXXV,XXXV,traduit et annot par mile Littr, Paris, d. Dubochet, 1848-1850, tome 2, p.472-473
Platon en dduira que l' artiste n'a pas de talent voire est un imposteur Ç (il) ne produit pas dans leur vrit les choses qu'il produit È Rpublique, livre X, 596e.
L'ide que ce sont les oeuvres d' art seules qui nous apprendraient  goter certaines ralits naturelles est trs tardive et est somme toute le fruit d'un pdantisme qui fait de la culture artistique la seule valable ...Elle se fonde sur l'ide que l'art contemporain n'est plus imitation et sur le kantisme qui voit dans le beau ce qui plat universellement sans concept et n'a rien  voir avec l'motion mais oublie que l'art contemporain refuse toute dichotomie et que la thorie de kant sur l'art est lie  une comprhension particulire et dpasse des facults transcendantales. Rappelons l'ide de Kant dansLa critique du jugement: Ç Le beau est l'objet d'un jugement de got dsintress È (le plaisir n'a rien  voir avec une tendance biologique, l' oeuvre d'art * nous dlivre du dsir.) : discutable lorsqu'on songe au cinma qui n'a pas forcment une fonction cathartique comme le pense Aristote et kant.
III Ç On ne discute pas des gots et des couleurs È
On ne fait que a ! Pourtant au XVIII et avant il n' y avait pas de discussion : la beaut tait norme (la nature et/ou dieu voire le pouvoir en dcident), avec la scularisation on cesse de penser que les hommes auraient un sens spcifique (le got) capable de leur dicter ce qu'il faudrait apprcier. Le sujet devient normatif et sa subjectivit tout autant. Fini le temps o on se posait la question des critres (la querelle des critres) qui consistait  savoir pourquoi on pouvait ne pas tre d'accord sur une ouvre d' art (folie pour les cartsiens comme Boileau, dbilit pour les empiristes ...). Fini le temps o kant pouvait dire Ç le beau est ce qui plat universellement sans concept È  savoir qu'il y a dans le jugement de got
quelque chose d' universel, de ncessaire et cependant irrationnel, d' tranger au concept ...
Le problme c'est que la subjectivit contemporaine tend parfois  la recherche de l'originalit subjective et relative  tout prix, que chacun peut se dcrter artiste et que Zidane devient un artiste au mme titre que Picasso qui lui-mme dans une lettre  G. Pappini affirme : Ç Dans l'art le peuple ne cherche plus consolation et exaltation, mais les raffins, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l' trange, l' original, extravagant, le scandaleux. Et moi-mme, depuis le cubisme et au-del, j'ai content ces matres et ces critiques, avec toutes les bizarreries changeantes qui e sont passes en tte et moins ils les comprenaient, et pus ils m' admiraient.(...) Mais quand je suis seul  seul avec moi-mme, je n'ai pas le courage de me considrer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot (...) je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et puis le mieux qu'il a pu l' imbcilit, la vanit, la cupidit de ses contemporains. È (1952) La faute  qui ?
IV Ç L' artiste est un gnie et se distingue du simple artisan È
Ç A l'origine de l'art potique dans son ensemble, il semble bien causes, toutes deux naturelles. Imiter est en effet, ds leur enfance, naturelle aux hommes et ils se diffrencient des autres animaux en des tres fort enclin  imiter et qu'ils commencent  apprendre par Aristote, Potique (IV me sicle av-jc), IV, 1448 b.
y avoir deux une tendance ce qu'ils sont l' imitation. È
Chez les grecs ou au Moyen ge comme nous l'avons dit l' artiste ne se distingue pas de l' artisan mais cela n'est plus vrai au 19me sicle o la rvolution industrielle renvoie l' artiste au rang de pote maudit hors circuit ... On aura donc  l'poque un tableau dichotomique de ce genre :
production naturelle
production artisanale production industrielle technique oprateur spectateur
production humaine
production artistique production originale invention auteur crateur
L'art contemporain (Magritte, Duchamp et son urinoir renvers baptisFontaine en 1917) renvoie cette classification au muse est refuse toutes ses distinctions.
Le Pop Art entend magnifier l'objet commun emprunt au quotidien (boite de conserve) et il en va de mme de la figure mdiatique (Liz taylor, Monroe ...) agrandi et mises en srie (chez Hockney ou Warhol et Lichtenstein). Le design lui aussi montre qu'un objet fabriqu en srie peut tre un objet artistique bien que n'tant pas un objet d' art et encore (voir le muse des arts mineurs de Ste !). Le mouvement Bauhaus fond en 1919 par Walter Grocius ambitionnait de Ç rtablir l'harmonie entre les diffrentes formes d'art È, le design permettant d' abattre les cloisons entre l'art et l' artisanat (voir fauteuil rouge et et bleu de Rietveld de 1918). La musique dite techno faite par ordinateur va dans le mme sens ... Il faut dire que la notion de gnie est peu conomique puisqu'elle suppose un don (de qui ?) et qu'on peut trs bien dire  l'instar de Nietzsche que le seul don de l' artiste c'est le travail et qu'il peut faire le tri entre le bon et le mauvais parce qu'il se juge lui_mme dans l'immensit de toutes ses productions. Il travaille et ce travaille en travaillant et ce faisant se juge car lui et ses oeuvres ne font qu'un.
V Ç L' oeuvre d'art dlivrerait un message È
Lequel ? La psychanalyse nous dit que l' artiste est un nvropathe qui a trouv une porte de sortie pour ses pulsions (Ç L'artiste est en mme temps un introverti qui frise la nvrose. Anim d' impulsions et de tendances extrmement fortes, il voudrait conqurir honneurs, puissance, richesses, gloire et amour des femmes. Mais les moyens lui manquent (...)C' est pourquoi, comme tout homme insatisfait il se dtourne de la ralit et concentre tout son intrt, et aussi sa libido, sur les dsirs cres par sa vie imaginative È dit Freud dans l'Introduction  la psychanalysede 1916). La sociologie marxiste affirme quant  elle que l' artiste produit en fonction de sa classe sociale et par volont de se distinguer (Bourdieu, laDistinction.). Bourdieu affirme de plus dans Ç Mais qui a cre les crateurs ? dansQuestions de sociologiede 1980 Ç Le sujet de la production artistique et de son produit n'est pas l'artiste mais l'ensemble des agents qui ont partie lie avec l'art, qui sont intresss par l'art (...) producteur d' oeuvres considres comme artistiques, critiques, collectionneurs, intermdiaires, conservateurs, historiens de l' art etc. È L'art nous semble bien plus une entreprise d' expression et d' exposition que de communication ; ce serait plutt une auberge espagnole o l'on ne trouve jamais que ce qu'on y amne. cela n' empche pas que l'on puisse faire de l'art un moyen rvolutionnaire ou de propagande mais encore une fois il n' y a que dlivrance d'un message non verbale soumis  l'interprtation trs large des spectateurs ... En fait ce qui se cache sous cette ide de l' oeuvre messagre est une veille ide concernant le Beau. le Beau donc les oeuvres qui l'incarnent rvlerait quelque chose de plus que la simple ralit, il rvlerait un Ailleurs,
un au-del et cette rvlation rejaillirait sur ceux qui en sont le vhicule (les artistes) et mme leur bnficiaires (les connaisseurs). Ide qui se conoit si le Beau se veut le Bien (Platon) ou le Vrai (Hegel) ou Dieu mais qui nous semble tre simplement une religiosit et une mystique mal places. L'ineffable que montrerait le Beau est pour nous l' impossible de dire le Beau car c'est un concept si plein historiquement qu'il en devient vide de sens et il est bien difficile de dire le rien ...
VI Ç L'art ne servirait  rien È.
C'est vrai mais qu'est-ce qui nous prouve que la valeur d'une chose ou d'un tre tient  son utilit pratique ? A ce compte une fleur ne sert  rien c'est--dire n'a pas lieu d'tre ... On glisse ici vers le paradoxe de ne voir que des choses utiles donc ncessaires exister alors que dans le mme temps nous courrons aprs des futilits, des biens de consommations qui eux ne servent  rien ! Si l'art ne sert  rien alors devenons picuriens et satisfaisons nous du boire manger et dormir, plaisirs naturels et ncessaires (vitaux).
Plus srieusement, nous pouvons concevoir que l'art et ses oeuvres instaurent au mme titre que les concepts scientifiques des Ç ralits È ou si l'on prfre des manires de voir ou ne pas voir le monde, ils Ç amnagent le monde È sans nous le faire forcment ni dcouvrir ni goter. Plus prosaquement, il nous distrait voire peut nous consoler (voir un bon film, couter un morceau de musique, se faire des films !). Ç Nous devons de temps en temps nous reposer de nous-mmes en jetant d'en haut un regard sur nous-mmes, et, avec un loignement artistique en riant sur nous-mmes (...) nous devons dcouvrir le hros et de mme le bouffon qui se cache dans notre passion de connaissance (...) nous avons besoin de tout art insolent ... È (Le Gai Savoir1882, Livre II, apho. 107). Enfin si l'on suit Rosset dans ses Propos sur le cinma de 2001, nous pourrions ajouter Ç (qu')il est plaisant de voir d'un peu plus loin le bonheur dont on est priv que de voir, toujours d'un peu plus loin, le malheur auquel on chappe È. c'est dire que l'art (ici le cinma) est bien une jouissance par procuration.
VII Ç L'art n'est qu'une activit manuelle È
On peut aussi la concevoir comme une activit conceptuelle puisqu'elle permet de faire natre de l' immobile de la mobilit, elle quantifie puisque tout dessin spatialise. Mieux, les oeuvres d' art paritales par exemple, se montrent comme les premires ralisations gomtriques, cela signifie qu'elles supposent dans les deux cas une forte capacit d'abstraction, celle-l mme que nous trouvons en mathmatique par exemple.
Dans un autre registre G. Bataille dans Ç Le berceau de l'humanit : la valle de la Vzre È affirme que l'art est une forme de convocation des animaux sur la paroi, acte magique car acte dnonant la croyance d'une volont dont le pouvoir consisterait en une action  distance. Toutefois cet acte magique appellera d'autres actes  distance, d'autres convocations et rvle le sursaut d' orgueil de l'homme face  une ralit qui ne veut pas se soumettre  sa volont. L'art est ici alors comme le fiat du roi ...Il est aussi le tmoignage Ç d'un temps o les tres humains ne se voulurent de supriorit que sur la mort È. Cette ide peut tre complte par celle qui veut depuis Malraux etLe miroir des limbes, qu'une ouvre a une temporalit diffrente des objets du monde parce qu'elle Ç a un prsent È c'est--dire que sa position n'est pas chronologique, elle est encore quelque sorte dans un prsent continu, le bison sur la paroi de baume Lattrone est bien l dans toute se prsence comme si le geste venait d'tre fait. En ce sens la photographie est peut-tre bien une amlioration de la peinture car elle prsente  la fois le geste et l'tre photographi ... Ceci ne contredit pourtant pas un mouvement comme celui appel L'art cyntique d ont le plus illustre reprsentant est Calder, mouvement qui rejette l'ide que seule l' oeuvre statique puisse tre qualifie d'art. Au contraire, tout rythme saisi dans l'instant fait partie intgrante de l' oeuvre d'art.