Fiche de visite: l'Opéra de Charles Garnier

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Musée d’Orsay Service culturel texte : A. Toutghalian L’Opéra de Charles Garnier graphisme et impression : Musée d’Orsay, Paris 1999 • Présentation • Objectifs • Parcours • Préparation et prolongements de la visite • Repères chronologiques • La visite : liste des œuvres • Bibliographie symétrie, chaque groupe doit comporter trois1. Éclectisme et rigueurRepères chronologiques La visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation figures, dont un génie à la place centrale.architecturale Carpeaux ne se plie pas à ces directives, trop • Thierry Beauvert et Michel Parouty, Les Temples En 1860, la construction d’un nouvel Opéra est contraignantes pour lui. Garnier le laisse libre, ne1. Construction de l’Opéra Sculptures de Jean-Baptiste de l’Opéra, Gallimard, collection “Découvertes”, décidée par Napoléon III car la précédente salle, Jeune architecte de trente-cinq ans encore voulant pas, dit-il, “priver la France d’un chef-Carpeaux Paris 1990 située rue Le Peletier et construite à titre inconnu, Charles Garnier remporte en 1861 le d’œuvre”. Le groupe représentant La Danse, qui1860 : concours pour le nouvel Opéra • Bruno Foucart (introduction) et Martine Kahane provisoire en 1820, est trop exiguë.

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Publié le 04 septembre 2013
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Langue Français
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Musée d’Orsay
Service culturel
texte : A. Toutghalian L’Opéra de Charles Garnier
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1999
• Présentation
• Objectifs
• Parcours
• Préparation et prolongements de la visite
• Repères chronologiques
• La visite : liste des œuvres
• Bibliographie
symétrie, chaque groupe doit comporter trois1. Éclectisme et rigueurRepères chronologiques La visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation
figures, dont un génie à la place centrale.architecturale
Carpeaux ne se plie pas à ces directives, trop
• Thierry Beauvert et Michel Parouty, Les Temples En 1860, la construction d’un nouvel Opéra est
contraignantes pour lui. Garnier le laisse libre, ne1. Construction de l’Opéra Sculptures de Jean-Baptiste de l’Opéra, Gallimard, collection “Découvertes”, décidée par Napoléon III car la précédente salle, Jeune architecte de trente-cinq ans encore
voulant pas, dit-il, “priver la France d’un chef-Carpeaux Paris 1990 située rue Le Peletier et construite à titre inconnu, Charles Garnier remporte en 1861 le d’œuvre”. Le groupe représentant La Danse, qui1860 : concours pour le nouvel Opéra • Bruno Foucart (introduction) et Martine Kahane provisoire en 1820, est trop exiguë. Bâtiment concours pour le nouvel Opéra, malgré la
en 1869 a fait scandale par son audace, tant par la1861 : 171 candidats remettent leurs plans, Œuvres principales : (notices), L’Opéra de Paris, CNC, collection “Photo emblématique du second Empire, l’Opéra conçu présence de 171 candidats, parmi lesquels Viollet- composition mouvementée que par le sujet - uneGarnier est retenu à l’unanimité • La Danse, pierre, 1863-1869 ; plâtre Poche”, Paris, 1985 par Charles Garnier est destiné à la représentation le-Duc, déjà célèbre, dont le projet a les faveurs de
ronde de femmes nues, bacchantes ivres de plaisir1862 : assèchement de la nappe d’eau souterraine demi-grandeur, 1868 ; esquisses, 1865-1868 • Claude Jeancolas, Carpeaux, Edita, Paris, 1987 de spectacles lyriques ou chorégraphiques. l’Impératrice. L’architecture proposée par Garnier tournoyant autour du génie de la danse - estet pose de la première pierre Œuvres complémentaires : • Martine Kahane et Thierry Beauvert, L’Opéra de L’architecte se déplace dans toute l’Europe pour s’inspire de différentes tendances du passé, qu’il
demeuré cependant le plus vivant et le plus1863 : commande du groupe sculpté La Danse à • portraits sculptés, nombreux bustes de Paris-Palais Garnier, Adam Biro, Paris, 1987 étudier les proportions des salles de spectacles et va réinterpréter en les associant. Ce mélange des célèbre.Carpeaux personnages contemporains dont Charles Garnier, (photographies de Jacques Moatti) réaliser une construction dont l’acoustique est genres - l’éclectisme - et l’ornementation
1867 : achèvement de la façade de l’Opéra pour Eugénie Fiocre (célèbre danseuse de l’Opéra)... • Henri Loyrette, Degas, RMN/Gallimard, exceptionnelle. Créé pour recevoir une société exubérante sont caractéristiques de l’art du
l’ouverture de l’Exposition Universelle • plâtres demi-grandeur de deux hauts-reliefs collection “Découvertes”, Paris, 1989 élégante, l’Opéra est aussi un salon mondain. second Empire. Ce style inédit, dont le caractère 3. Architecture et urbanisme
1869 : dévoilement de La Danse, scandale de la destinés à décorer la façade du Louvre : Flore, La • Laure de Margerie, Carpeaux, RMN/Gallimard, L’Empereur souhaite un cadre luxueux, digne du foisonnant semble confus alors qu’il est
tache d’encre France impériale protégeant l’Agriculture et les régime et de ses fêtes. Dans cette perspective, le savamment pensé par Garnier, a donné lieu à un L’un des problèmes majeurs que se pose Charles
1870 : déclaration de guerre, arrêt des travaux Sciences • Pierre Pougnaud, Théâtre, quatre siècles projet architectural accorde une grande échange verbal demeuré célèbre. L’Impératrice, Garnier est l’insertion du nouvel édifice public au
1873 : incendie de la salle de la rue Le Peletier, • nombreuses esquisses en plâtre, terre crue et d’architecture et d’histoire, Le Moniteur, Paris, importance aux espaces dévolus au public. C’est mécontente que son protégé, Viollet-le-Duc, n’ait milieu d’ilôts haussmanniens aux formes
nécessité de terminer le chantier terre cuite (vitrines) 1980 une conception nouvelle, qui confirme que le pas été choisi, commente ainsi les plans : “Qu’est- géométriques. La monotonie du tissu urbain
1875 : achèvement des travaux et inauguration par • Roland Schaer, La Danse, Carnet Parcours du spectacle ne se déroule pas seulement sur la ce que c’est que ce style-là ? ... Ce n’est pas un découle des règles établies par le baron
Mac-Mahon, en présence du Lord-Maire de Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1986 scène. Théophile Gautier considère cet édifice, style ! ... Ce n’est ni du grec, ni du Louis XVI, pas Haussmann, codifiant la hauteur et l’alignement
Londres Architecture : l’Opéra et le Paris avant même son achèvement, comme la future même du Louis XV ...!” et Charles Garnier de des immeubles, les proportions des façades, le
d’Haussmann “cathédrale mondaine de la civilisation”. répondre “Non, ces styles-là ont fait leur temps... nombre d’étages, la répartition et les dimensionsCatalogues d’expositions C’est du Napoléon III ! et vous vous plaignez !”. des fenêtres, des balcons... Garnier, par la masse2. Modifications apportées
Maquettes : Le parti-pris architectural de Garnier s’appuie sur imposante du bâtiment et l’exubérance du décorau bâtiment • Jean Sutherland Boggs, Henri Loyrette, Michael• coupe longitudinale de l’Opéra un plan symétrique, développé de part et d’autre surchargé, crée un effet de contraste dans cet
Pantazzi, Gary Tinterow, Degas, Paris, 1988• vue aérienne du quartier de l’Opéra d’un axe longitudinal. Il veut rendre sensible pour environnement uniforme, valorisant l’Opéra
1962 : commande à Chagall d’un nouveau plafond • Martine Kahane, L’ouverture du Nouvel Opéra,• structure de la scène et machinerie de l’Opéra le passant la succession des espaces, dont chacun comme forme singulière.
pour l’Opéra, qui masquera celui réalisé par Dossiers du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1986• sculptures d’éléments décoratifs du bâtiment correspond à une fonction bien précise. Il y La construction du nouvel Opéra n’est pas
Lenepveu, sans rendre cette installationLe foyer de la danse, Dossiers• affiches, dessins, aquarelles... parvient par l’articulation des masses, dont les seulement une création architecturale originale,
irréversible. du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1988• maquettes de décors d’opéra, en volume volumes extérieurs reflètent les espaces elle s’inscrit dans le plan général d’urbanisation
1964 : mise en place d’une copie de La Danse, • Laure de Margerie, La Danse de Carpeaux,• maquettes d’immeubles haussmanniens intérieurs. Cette correspondance est de Paris défini par Napoléon III et mis en œuvre
commandée à Paul Belmondo, devant la façade du Dossiers du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1989Peintures : particulièrement visible au niveau des toitures, en par Haussmann. Celui-ci cherche à créer un
bâtiment, et dépôt du groupe sculpté original au • Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880 ; Vue coupoles ou en pignons, selon qu’elles couvrent la nouveau pôle dans la capitale, favorisant
Louvre ; puis déplacement de l’œuvre au musée générale de Paris, prise de l’Observatoire, en ballon, salle, la scène, la rotonde de l’Empereur, celle des l’extension d’un quartier d’affaires proche du
d’Orsay, en 1986. 1855 abonnés... centre et des gares. Dans ce but, il décide
l’ouverture d’une avenue reliant l’Opéra au
Louvre (l’avenue de l’Opéra), chantier3. Salles de spectacles à Paris Peintures, pastels et sculptures : 2. Architecture et décor considérable qui entraîne d’importantesprésentant des opéras les danseuses d’Edgar Degas démolitions. Ce projet est inclus dans la campagne
Charles Garnier ne se contente pas de concevoir de percement de nombreux axes de circulation
1793-1820 : salle Louvois, rue de Richelieu l’architecture, il supervise l’ensemble duPeintures : qui vont structurer Paris : l’axe nord/sud que
1820-1873 : salle de la rue Le Peletier programme iconographique, pour la décoration• L’orchestre de l’Opéra, 1869 tracent les boulevards de Strasbourg, Sébastopol et
1875-1989 : Opéra-Garnier (réservé aux spectacles extérieure et intérieure : peinture, sculpture,• Le foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Saint-Michel, l’axe est/ouest matérialisé par la rue
de danse depuis 1989, exclusivité sujette à mosaïque, stuc..., renouant ainsi avec la traditionPeletier, 1872 de Rivoli, les nombreuses avenues rayonnant à
exceptions depuis 1996) qui considère l’architecture comme la mère de• La classe de danse, 1873-1876 partir de l’Arc de Triomphe de la place de
depuis 1989 : Opéra-Bastille tous les arts. Il préconise des sujets mythologiques• Répétition d’un ballet sur scène, 1874 l’Étoile...
- par exemple Apollon couronnant la Danse et la• Danseuses montant un escalier, vers 1886-1890 Par ailleurs, Napoléon III est encore sous le choc
Musique est le groupe qui domine le bâtiment - ou• Danseuses bleues, vers 1893 de l’attentat d’Orsini - premier attentat à la
d’inspiration contemporaine : personnalités de sonPastels : bombe - perpétué contre lui en 1858, alors qu’il se
entourage, artisans qui participent au chantier...• L’Étoile, 1876-1877 rendait à l’Opéra de la rue Le Peletier. L’attentat
Sur la façade, l’iconographie rend hommage à de• Danseuse au bouquet, saluant, 1877 faillit réussir, notamment à cause du réseau de
grands musiciens - Mozart, Beethoven, Halévy,• Danseuses, vers 1884-1885 rues étroites enserrant le bâtiment. Cet événement
Rossini, Meyerbeer - et à deux librettistes - Scribe• Deux danseuses au repos, vers 1910 marqua d’autant plus l’opinion que l’Opéra de la
et Quinault.Sculptures : rue Le Peletier avait remplacé celui de la rue
Garnier passe de nombreuses commandes à ses• Danseuse, grande arabesque Louvois, fermé en 1820 après l’attentat, réussi
anciens camarades des Beaux-Arts, et à Carpeaux,• Danseuse, position de quatrième devant sur la celui-ci, contre le duc de Berry. L’avenue de
ancien ami de la “ Petite École “ : peintures dujambe gauche l’Opéra est conçue de manière à donner aux
grand foyer à Baudry, décor du plafond de la salle• Danseuse mettant son bas souverains un accès direct depuis leur résidence
à Lenepveu, sculptures de la façade à différents• Danseuse regardant la plante de son pied droit des Tuileries ; elle est suffisamment vaste pour
artistes. Les quatre groupes sculptés sont confiés• Petite danseuse de quatorze ans éliminer tout risque d’encombrement qui pourrait
respectivement à Carpeaux (La Danse), Guillaume• Étude de nu pour la petite danseuse de quatorze favoriser une nouvelle tentative d’attentat. Par
(La Musique instrumentale), Perraud (Le Drameans ailleurs, une entrée protégée est aménagée : une
lyrique) et Jouffroy (L’Harmonie). Un schéma
double rampe d’accès conduit directement la
rigoureux est prévu par Garnier : fondé sur la voiture de l’Empereur jusqu’à l’entrée de laPeintures : les spectateurs
• Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, 1874
• Pierre Bonnard : La Loge, 1908
fiche de visiterotonde qui mène à sa loge d’avant-scène. 3. L’Opéra : vie et animation 2. Architecture et décors d’opérasObjectifs Parcours Préparation
Cependant, l’avenue de l’Opéra, commencée après du lieu
la construction du bâtiment, est terminée et prolongementsL’étude de ce bâtiment permet d’évoquer laCe sujet de visite permet, à partir du thème de Étant donné la disposition des œuvres dans le
seulement en 1879 et l’Empereur n’aura jamais eu pluridisciplinarité des collections du musée, oùl’opéra, de relier trois disciplines artistiques musée, le parcours est plus pertinent en• décrire tous les types de spectacles donnés à de la visitel’occasion de l’emprunter. une place particulière a été accordée àmajeures : architecture, sculpture et peinture, en commençant au rez-de-chaussée par la sculpturel’OpéraLes travaux durent quinze ans, de 1860 à 1875 ; les l’architecture. Cet art complexe est difficile àétudiant l’œuvre de trois grands artistes de la La Danse de Carpeaux, décor monumental de la• définir la composition du public mondain de
vicissitudes de l’Opéra, symbole des fastes du e présenter si ce n’est en évoquant le travail deseconde moitié du XIX siècle : Garnier, Carpeaux façade de l’Opéra, avant d’étudier les deux 1. Visites à l’extérieurl’Opérasecond Empire, étant étroitement liées à l’actualité l’architecte par des plans, projets ou dessins. Pouret Degas. maquettes du bâtiment : sa coupe longitudinale,• rappeler le rituel social qui préside à l’entrée et à
politique. Bien que la façade soit inaugurée en rendre cette discipline plus compréhensible, desdepuis l’entrée jusqu’aux services administratifs, Salles de spectacles :la répartition du public à l’Opéra, parterre, loges,1867, au moment de l’Exposition universelle, et le maquettes de l’Opéra et du quartier environnantet son insertion dans le quartier (maquette visible • l’Opéra-Garnierpremier balcon, amphithéâtre (poulailler)...
groupe de Carpeaux : La Danse, dévoilé en 1869, 1. L’Opéra : architecture ont été commandées à Richard Peduzzi qui les asous verre), où l’on distingue nettement l’avenue • le Théâtre du Châtelet• évoquer les diverses fonctions du lieu et lesle bâtiment reste encore inachevé en 1870, lorsque mises en scène de manière permanente, sur fondet insertion dans le quartier qui conduit à l’Opéra et les constructions qui • le Théâtre des Champs-Elyséescorps de métiers qui y travaillent
l’Empire s’effondre. Cette construction coûteuse, de nuit étoilée, élément de rêverie et hommagel’entourent, immeubles, grands magasins.... • la Salle Favart
témoin d’une période détestée, est alors aux décors d’opéras. Dans des niches vitrées• observer un plan d’architecture Ensuite, au niveau supérieur, l’œuvre d’Edgar • l’Opéra BastilleCes objectifs peuvent facilement être mis en
interrompue et même remise en question. L’Opéra
e spécialement aménagées, des maquettes de• étudier les principes architecturaux de Charles Degas, peintures, sculptures et pastels, permetrapport avec les programmes d’histoire de 4 et deva être longtemps victime de cet amalgame avec décors, en volume, sont présentées par roulement.ndeGarnier d’évoquer le monde des ballets, avant de conclure, Sculptures de Carpeaux dans Paris :2 : “Découverte d’un aspect de la vie sociale
le régime impérial et son achèvement, en 1875, est Ce sont les maquettes d’origine, créées par les• nommer les différentes parties du bâtiment au niveau médian, avec la toile de Pierre Bonnard • hauts-reliefs sur le pavillon de Flore du Louvre(plus particulièrement de la bourgeoisie),la conséquence directe de l’incendie qui, deux ans décorateurs de l’Opéra, modèles à partir desquels• expliquer les termes d’architecture qui désignent La Loge. • la fontaine de l’Observatoireculturelle et artistique sous le second Empire et le
plus tôt, ravage la salle de la rue Le Peletier, on réalisait les toiles peintes des décors, seulela façade et son décor début de la troisième République”.rendant cette fois urgente et indispensable etechnique utilisée au XIX siècle, dans tous les• comprendre l’insertion de l’Opéra dans son Le musée de la Musique :
l’inauguration du nouvel édifice. 1. Sculpture théâtres. Dans cet espace consacré au thème dequartier, en évoquant le baron Haussmann • maquettes de salles de théâtre ou d’Opéras, enD’autre part, il est possible d’envisager pour les
l’opéra, des accrochages renouvelés de dessins,ère• décrire les transformations de Paris sous le particulier celui de la rue Le Peletierélèves de 1 un “groupement thématique” en
Au cours de cette visite, la sculpture peut être affiches, projets de costumes ou de décors, ainsisecond Empire4. Les danseuses de Degas Français sur “L’Opéra à travers la littérature”, ou
traitée comme un art à part entière, mais que des petites expositions, complètent et“Les rapports de la littérature avec les autres
également en fonction du bâtiment, dont elle est 2. Littérature et Opérae diversifient le propos.L’œuvre d’Edgar Degas permet tout modes d’expression artistique au XIX siècle”.2. L’Opéra : décor sculpté et peint indissociable puisque “soumise à l’architecture”.eCette visite est possible avec des élèves de la 6 àparticulièrement d’évoquer la poésie des ballets
Sculpture-architecture, elle prend la forme de Honoré de Balzac :
ainsi que le travail assidu des danseuses. Grand la Terminale. 3. Peinture• expliquer la notion de sculpture soumise à haut-relief monumental plaqué contre la façade • La Peau de chagrin (1831)
amateur de musique et de danse, Degas fréquente
l’architecture mais s’en détachant nettement : La Danse de • Le Père Goriot (1835)
régulièrement l’Opéra, surtout celui de la rue Le Le thème de la danse, particulièrement présent• définir les termes de ronde-bosse, haut-relief, Carpeaux. Sculpture-décor, elle apparaît comme • Illusions perdues (1836, 1839, 1843)
Peletier, que l’on retrouve dans de nombreuses dans l’œuvre de Degas, permet d’étudier sesbas-relief bas-relief - tels les médaillons figurant des Gustave Flaubert : Madame Bovary (1856)
toiles ou pastels. Il affectionne les coulisses, les peintures, ses pastels et d’évoquer aussi son travail• mettre en valeur le dynamisme du groupe musiciens, aux volumes faiblement marqués - ou Guy de Maupassant : Fort comme la mort (1889)
séances de répétitions sur scène ou dans le foyer de sculpteur. Parallèlement aux scènes qu’il asculpté de Carpeaux La Danse sous forme de compositions inscrites dans des Gaston Leroux : Le Fantôme de l’Opéra (1910)
de la danse, sujets qui l’intéressent davantage que représentées : répétitions, exercices à la barre,• comparer la recherche du mouvement dans frontons semi-circulaires ; on identifie également Marcel Proust : Le Côté de Guermantes (1920-1921)
la représentation du spectacle. Il privilégie le danseuses au repos..., on peut observer commentl’œuvre de Carpeaux et le statisme de la sculpture des rondes-bosses, sculptures autonomes dont on Paul Valéry : Monsieur Teste (1929)
“dressage” du corps et étudie inlassablement les d’autres peintres s’inspirent de l’attitude du publicacadémique peut faire le tour, certaines d’entre elles
exercices préparatoires, souvent harassants, des à l’Opéra, avec deux tableaux montrant des• ébaucher un catalogue des sujets mythologiques, surplombant diverses parties de l’édifice.
danseuses et leurs différentes postures et attitudes spectateurs dans leur loge, l’un d’Eva Gonzalès,allégoriques, historiques ou d’inspiration
après l’effort. peint en 1874 et l’autre de Pierre Bonnard, réalisécontemporaine dont s’inspire le programme
Sources d’inspiration pour de nombreux artistes, en 1908.sculpté et peint
les spectacles mais aussi les spectateurs vont
• observer les différents matériaux du sculpteur et
servir de prétexte pour mettre en scène des
étudier les techniques correspondantes
cadrages inédits ou des éclairages insolites :
• sensibiliser aux problèmes posés par le transport
danseuses sur scène, en coulisse, fosse
des œuvres d’art, leur conservation et les effets
d’orchestre, spectateurs dans leur loge...
destructeurs de la pollutionrotonde qui mène à sa loge d’avant-scène. 3. L’Opéra : vie et animation 2. Architecture et décors d’opérasObjectifs Parcours Préparation
Cependant, l’avenue de l’Opéra, commencée après du lieu
la construction du bâtiment, est terminée et prolongementsL’étude de ce bâtiment permet d’évoquer laCe sujet de visite permet, à partir du thème de Étant donné la disposition des œuvres dans le
seulement en 1879 et l’Empereur n’aura jamais eu pluridisciplinarité des collections du musée, oùl’opéra, de relier trois disciplines artistiques musée, le parcours est plus pertinent en• décrire tous les types de spectacles donnés à de la visitel’occasion de l’emprunter. une place particulière a été accordée àmajeures : architecture, sculpture et peinture, en commençant au rez-de-chaussée par la sculpturel’OpéraLes travaux durent quinze ans, de 1860 à 1875 ; les l’architecture. Cet art complexe est difficile àétudiant l’œuvre de trois grands artistes de la La Danse de Carpeaux, décor monumental de la• définir la composition du public mondain de
vicissitudes de l’Opéra, symbole des fastes du e présenter si ce n’est en évoquant le travail deseconde moitié du XIX siècle : Garnier, Carpeaux façade de l’Opéra, avant d’étudier les deux 1. Visites à l’extérieurl’Opérasecond Empire, étant étroitement liées à l’actualité l’architecte par des plans, projets ou dessins. Pouret Degas. maquettes du bâtiment : sa coupe longitudinale,• rappeler le rituel social qui préside à l’entrée et à
politique. Bien que la façade soit inaugurée en rendre cette discipline plus compréhensible, desdepuis l’entrée jusqu’aux services administratifs, Salles de spectacles :la répartition du public à l’Opéra, parterre, loges,1867, au moment de l’Exposition universelle, et le maquettes de l’Opéra et du quartier environnantet son insertion dans le quartier (maquette visible • l’Opéra-Garnierpremier balcon, amphithéâtre (poulailler)...
groupe de Carpeaux : La Danse, dévoilé en 1869, 1. L’Opéra : architecture ont été commandées à Richard Peduzzi qui les asous verre), où l’on distingue nettement l’avenue • le Théâtre du Châtelet• évoquer les diverses fonctions du lieu et lesle bâtiment reste encore inachevé en 1870, lorsque mises en scène de manière permanente, sur fondet insertion dans le quartier qui conduit à l’Opéra et les constructions qui • le Théâtre des Champs-Elyséescorps de métiers qui y travaillent
l’Empire s’effondre. Cette construction coûteuse, de nuit étoilée, élément de rêverie et hommagel’entourent, immeubles, grands magasins.... • la Salle Favart
témoin d’une période détestée, est alors aux décors d’opéras. Dans des niches vitrées• observer un plan d’architecture Ensuite, au niveau supérieur, l’œuvre d’Edgar • l’Opéra BastilleCes objectifs peuvent facilement être mis en
interrompue et même remise en question. L’Opéra
e spécialement aménagées, des maquettes de• étudier les principes architecturaux de Charles Degas, peintures, sculptures et pastels, permetrapport avec les programmes d’histoire de 4 et deva être longtemps victime de cet amalgame avec décors, en volume, sont présentées par roulement.ndeGarnier d’évoquer le monde des ballets, avant de conclure, Sculptures de Carpeaux dans Paris :2 : “Découverte d’un aspect de la vie sociale
le régime impérial et son achèvement, en 1875, est Ce sont les maquettes d’origine, créées par les• nommer les différentes parties du bâtiment au niveau médian, avec la toile de Pierre Bonnard • hauts-reliefs sur le pavillon de Flore du Louvre(plus particulièrement de la bourgeoisie),la conséquence directe de l’incendie qui, deux ans décorateurs de l’Opéra, modèles à partir desquels• expliquer les termes d’architecture qui désignent La Loge. • la fontaine de l’Observatoireculturelle et artistique sous le second Empire et le
plus tôt, ravage la salle de la rue Le Peletier, on réalisait les toiles peintes des décors, seulela façade et son décor début de la troisième République”.rendant cette fois urgente et indispensable etechnique utilisée au XIX siècle, dans tous les• comprendre l’insertion de l’Opéra dans son Le musée de la Musique :
l’inauguration du nouvel édifice. 1. Sculpture théâtres. Dans cet espace consacré au thème dequartier, en évoquant le baron Haussmann • maquettes de salles de théâtre ou d’Opéras, enD’autre part, il est possible d’envisager pour les
l’opéra, des accrochages renouvelés de dessins,ère• décrire les transformations de Paris sous le particulier celui de la rue Le Peletierélèves de 1 un “groupement thématique” en
Au cours de cette visite, la sculpture peut être affiches, projets de costumes ou de décors, ainsisecond Empire4. Les danseuses de Degas Français sur “L’Opéra à travers la littérature”, ou
traitée comme un art à part entière, mais que des petites expositions, complètent et“Les rapports de la littérature avec les autres
également en fonction du bâtiment, dont elle est 2. Littérature et Opérae diversifient le propos.L’œuvre d’Edgar Degas permet tout modes d’expression artistique au XIX siècle”.2. L’Opéra : décor sculpté et peint indissociable puisque “soumise à l’architecture”.eCette visite est possible avec des élèves de la 6 àparticulièrement d’évoquer la poésie des ballets
Sculpture-architecture, elle prend la forme de Honoré de Balzac :
ainsi que le travail assidu des danseuses. Grand la Terminale. 3. Peinture• expliquer la notion de sculpture soumise à haut-relief monumental plaqué contre la façade • La Peau de chagrin (1831)
amateur de musique et de danse, Degas fréquente
l’architecture mais s’en détachant nettement : La Danse de • Le Père Goriot (1835)
régulièrement l’Opéra, surtout celui de la rue Le Le thème de la danse, particulièrement présent• définir les termes de ronde-bosse, haut-relief, Carpeaux. Sculpture-décor, elle apparaît comme • Illusions perdues (1836, 1839, 1843)
Peletier, que l’on retrouve dans de nombreuses dans l’œuvre de Degas, permet d’étudier sesbas-relief bas-relief - tels les médaillons figurant des Gustave Flaubert : Madame Bovary (1856)
toiles ou pastels. Il affectionne les coulisses, les peintures, ses pastels et d’évoquer aussi son travail• mettre en valeur le dynamisme du groupe musiciens, aux volumes faiblement marqués - ou Guy de Maupassant : Fort comme la mort (1889)
séances de répétitions sur scène ou dans le foyer de sculpteur. Parallèlement aux scènes qu’il asculpté de Carpeaux La Danse sous forme de compositions inscrites dans des Gaston Leroux : Le Fantôme de l’Opéra (1910)
de la danse, sujets qui l’intéressent davantage que représentées : répétitions, exercices à la barre,• comparer la recherche du mouvement dans frontons semi-circulaires ; on identifie également Marcel Proust : Le Côté de Guermantes (1920-1921)
la représentation du spectacle. Il privilégie le danseuses au repos..., on peut observer commentl’œuvre de Carpeaux et le statisme de la sculpture des rondes-bosses, sculptures autonomes dont on Paul Valéry : Monsieur Teste (1929)
“dressage” du corps et étudie inlassablement les d’autres peintres s’inspirent de l’attitude du publicacadémique peut faire le tour, certaines d’entre elles
exercices préparatoires, souvent harassants, des à l’Opéra, avec deux tableaux montrant des• ébaucher un catalogue des sujets mythologiques, surplombant diverses parties de l’édifice.
danseuses et leurs différentes postures et attitudes spectateurs dans leur loge, l’un d’Eva Gonzalès,allégoriques, historiques ou d’inspiration
après l’effort. peint en 1874 et l’autre de Pierre Bonnard, réalisécontemporaine dont s’inspire le programme
Sources d’inspiration pour de nombreux artistes, en 1908.sculpté et peint
les spectacles mais aussi les spectateurs vont
• observer les différents matériaux du sculpteur et
servir de prétexte pour mettre en scène des
étudier les techniques correspondantes
cadrages inédits ou des éclairages insolites :
• sensibiliser aux problèmes posés par le transport
danseuses sur scène, en coulisse, fosse
des œuvres d’art, leur conservation et les effets
d’orchestre, spectateurs dans leur loge...
destructeurs de la pollutionMusée d’Orsay
Service culturel
texte : A. Toutghalian L’Opéra de Charles Garnier
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1999
• Présentation
• Objectifs
• Parcours
• Préparation et prolongements de la visite
• Repères chronologiques
• La visite : liste des œuvres
• Bibliographie
symétrie, chaque groupe doit comporter trois1. Éclectisme et rigueurRepères chronologiques La visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation
figures, dont un génie à la place centrale.architecturale
Carpeaux ne se plie pas à ces directives, trop
• Thierry Beauvert et Michel Parouty, Les Temples En 1860, la construction d’un nouvel Opéra est
contraignantes pour lui. Garnier le laisse libre, ne1. Construction de l’Opéra Sculptures de Jean-Baptiste de l’Opéra, Gallimard, collection “Découvertes”, décidée par Napoléon III car la précédente salle, Jeune architecte de trente-cinq ans encore
voulant pas, dit-il, “priver la France d’un chef-Carpeaux Paris 1990 située rue Le Peletier et construite à titre inconnu, Charles Garnier remporte en 1861 le d’œuvre”. Le groupe représentant La Danse, qui1860 : concours pour le nouvel Opéra • Bruno Foucart (introduction) et Martine Kahane provisoire en 1820, est trop exiguë. Bâtiment concours pour le nouvel Opéra, malgré la
en 1869 a fait scandale par son audace, tant par la1861 : 171 candidats remettent leurs plans, Œuvres principales : (notices), L’Opéra de Paris, CNC, collection “Photo emblématique du second Empire, l’Opéra conçu présence de 171 candidats, parmi lesquels Viollet- composition mouvementée que par le sujet - uneGarnier est retenu à l’unanimité • La Danse, pierre, 1863-1869 ; plâtre Poche”, Paris, 1985 par Charles Garnier est destiné à la représentation le-Duc, déjà célèbre, dont le projet a les faveurs de
ronde de femmes nues, bacchantes ivres de plaisir1862 : assèchement de la nappe d’eau souterraine demi-grandeur, 1868 ; esquisses, 1865-1868 • Claude Jeancolas, Carpeaux, Edita, Paris, 1987 de spectacles lyriques ou chorégraphiques. l’Impératrice. L’architecture proposée par Garnier tournoyant autour du génie de la danse - estet pose de la première pierre Œuvres complémentaires : • Martine Kahane et Thierry Beauvert, L’Opéra de L’architecte se déplace dans toute l’Europe pour s’inspire de différentes tendances du passé, qu’il
demeuré cependant le plus vivant et le plus1863 : commande du groupe sculpté La Danse à • portraits sculptés, nombreux bustes de Paris-Palais Garnier, Adam Biro, Paris, 1987 étudier les proportions des salles de spectacles et va réinterpréter en les associant. Ce mélange des célèbre.Carpeaux personnages contemporains dont Charles Garnier, (photographies de Jacques Moatti) réaliser une construction dont l’acoustique est genres - l’éclectisme - et l’ornementation
1867 : achèvement de la façade de l’Opéra pour Eugénie Fiocre (célèbre danseuse de l’Opéra)... • Henri Loyrette, Degas, RMN/Gallimard, exceptionnelle. Créé pour recevoir une société exubérante sont caractéristiques de l’art du
l’ouverture de l’Exposition Universelle • plâtres demi-grandeur de deux hauts-reliefs collection “Découvertes”, Paris, 1989 élégante, l’Opéra est aussi un salon mondain. second Empire. Ce style inédit, dont le caractère 3. Architecture et urbanisme
1869 : dévoilement de La Danse, scandale de la destinés à décorer la façade du Louvre : Flore, La • Laure de Margerie, Carpeaux, RMN/Gallimard, L’Empereur souhaite un cadre luxueux, digne du foisonnant semble confus alors qu’il est
tache d’encre France impériale protégeant l’Agriculture et les régime et de ses fêtes. Dans cette perspective, le savamment pensé par Garnier, a donné lieu à un L’un des problèmes majeurs que se pose Charles
1870 : déclaration de guerre, arrêt des travaux Sciences • Pierre Pougnaud, Théâtre, quatre siècles projet architectural accorde une grande échange verbal demeuré célèbre. L’Impératrice, Garnier est l’insertion du nouvel édifice public au
1873 : incendie de la salle de la rue Le Peletier, • nombreuses esquisses en plâtre, terre crue et d’architecture et d’histoire, Le Moniteur, Paris, importance aux espaces dévolus au public. C’est mécontente que son protégé, Viollet-le-Duc, n’ait milieu d’ilôts haussmanniens aux formes
nécessité de terminer le chantier terre cuite (vitrines) 1980 une conception nouvelle, qui confirme que le pas été choisi, commente ainsi les plans : “Qu’est- géométriques. La monotonie du tissu urbain
1875 : achèvement des travaux et inauguration par • Roland Schaer, La Danse, Carnet Parcours du spectacle ne se déroule pas seulement sur la ce que c’est que ce style-là ? ... Ce n’est pas un découle des règles établies par le baron
Mac-Mahon, en présence du Lord-Maire de Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1986 scène. Théophile Gautier considère cet édifice, style ! ... Ce n’est ni du grec, ni du Louis XVI, pas Haussmann, codifiant la hauteur et l’alignement
Londres Architecture : l’Opéra et le Paris avant même son achèvement, comme la future même du Louis XV ...!” et Charles Garnier de des immeubles, les proportions des façades, le
d’Haussmann “cathédrale mondaine de la civilisation”. répondre “Non, ces styles-là ont fait leur temps... nombre d’étages, la répartition et les dimensionsCatalogues d’expositions C’est du Napoléon III ! et vous vous plaignez !”. des fenêtres, des balcons... Garnier, par la masse2. Modifications apportées
Maquettes : Le parti-pris architectural de Garnier s’appuie sur imposante du bâtiment et l’exubérance du décorau bâtiment • Jean Sutherland Boggs, Henri Loyrette, Michael• coupe longitudinale de l’Opéra un plan symétrique, développé de part et d’autre surchargé, crée un effet de contraste dans cet
Pantazzi, Gary Tinterow, Degas, Paris, 1988• vue aérienne du quartier de l’Opéra d’un axe longitudinal. Il veut rendre sensible pour environnement uniforme, valorisant l’Opéra
1962 : commande à Chagall d’un nouveau plafond • Martine Kahane, L’ouverture du Nouvel Opéra,• structure de la scène et machinerie de l’Opéra le passant la succession des espaces, dont chacun comme forme singulière.
pour l’Opéra, qui masquera celui réalisé par Dossiers du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1986• sculptures d’éléments décoratifs du bâtiment correspond à une fonction bien précise. Il y La construction du nouvel Opéra n’est pas
Lenepveu, sans rendre cette installationLe foyer de la danse, Dossiers• affiches, dessins, aquarelles... parvient par l’articulation des masses, dont les seulement une création architecturale originale,
irréversible. du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1988• maquettes de décors d’opéra, en volume volumes extérieurs reflètent les espaces elle s’inscrit dans le plan général d’urbanisation
1964 : mise en place d’une copie de La Danse, • Laure de Margerie, La Danse de Carpeaux,• maquettes d’immeubles haussmanniens intérieurs. Cette correspondance est de Paris défini par Napoléon III et mis en œuvre
commandée à Paul Belmondo, devant la façade du Dossiers du Musée d’Orsay, RMN, Paris, 1989Peintures : particulièrement visible au niveau des toitures, en par Haussmann. Celui-ci cherche à créer un
bâtiment, et dépôt du groupe sculpté original au • Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880 ; Vue coupoles ou en pignons, selon qu’elles couvrent la nouveau pôle dans la capitale, favorisant
Louvre ; puis déplacement de l’œuvre au musée générale de Paris, prise de l’Observatoire, en ballon, salle, la scène, la rotonde de l’Empereur, celle des l’extension d’un quartier d’affaires proche du
d’Orsay, en 1986. 1855 abonnés... centre et des gares. Dans ce but, il décide
l’ouverture d’une avenue reliant l’Opéra au
Louvre (l’avenue de l’Opéra), chantier3. Salles de spectacles à Paris Peintures, pastels et sculptures : 2. Architecture et décor considérable qui entraîne d’importantesprésentant des opéras les danseuses d’Edgar Degas démolitions. Ce projet est inclus dans la campagne
Charles Garnier ne se contente pas de concevoir de percement de nombreux axes de circulation
1793-1820 : salle Louvois, rue de Richelieu l’architecture, il supervise l’ensemble duPeintures : qui vont structurer Paris : l’axe nord/sud que
1820-1873 : salle de la rue Le Peletier programme iconographique, pour la décoration• L’orchestre de l’Opéra, 1869 tracent les boulevards de Strasbourg, Sébastopol et
1875-1989 : Opéra-Garnier (réservé aux spectacles extérieure et intérieure : peinture, sculpture,• Le foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Saint-Michel, l’axe est/ouest matérialisé par la rue
de danse depuis 1989, exclusivité sujette à mosaïque, stuc..., renouant ainsi avec la traditionPeletier, 1872 de Rivoli, les nombreuses avenues rayonnant à
exceptions depuis 1996) qui considère l’architecture comme la mère de• La classe de danse, 1873-1876 partir de l’Arc de Triomphe de la place de
depuis 1989 : Opéra-Bastille tous les arts. Il préconise des sujets mythologiques• Répétition d’un ballet sur scène, 1874 l’Étoile...
- par exemple Apollon couronnant la Danse et la• Danseuses montant un escalier, vers 1886-1890 Par ailleurs, Napoléon III est encore sous le choc
Musique est le groupe qui domine le bâtiment - ou• Danseuses bleues, vers 1893 de l’attentat d’Orsini - premier attentat à la
d’inspiration contemporaine : personnalités de sonPastels : bombe - perpétué contre lui en 1858, alors qu’il se
entourage, artisans qui participent au chantier...• L’Étoile, 1876-1877 rendait à l’Opéra de la rue Le Peletier. L’attentat
Sur la façade, l’iconographie rend hommage à de• Danseuse au bouquet, saluant, 1877 faillit réussir, notamment à cause du réseau de
grands musiciens - Mozart, Beethoven, Halévy,• Danseuses, vers 1884-1885 rues étroites enserrant le bâtiment. Cet événement
Rossini, Meyerbeer - et à deux librettistes - Scribe• Deux danseuses au repos, vers 1910 marqua d’autant plus l’opinion que l’Opéra de la
et Quinault.Sculptures : rue Le Peletier avait remplacé celui de la rue
Garnier passe de nombreuses commandes à ses• Danseuse, grande arabesque Louvois, fermé en 1820 après l’attentat, réussi
anciens camarades des Beaux-Arts, et à Carpeaux,• Danseuse, position de quatrième devant sur la celui-ci, contre le duc de Berry. L’avenue de
ancien ami de la “ Petite École “ : peintures dujambe gauche l’Opéra est conçue de manière à donner aux
grand foyer à Baudry, décor du plafond de la salle• Danseuse mettant son bas souverains un accès direct depuis leur résidence
à Lenepveu, sculptures de la façade à différents• Danseuse regardant la plante de son pied droit des Tuileries ; elle est suffisamment vaste pour
artistes. Les quatre groupes sculptés sont confiés• Petite danseuse de quatorze ans éliminer tout risque d’encombrement qui pourrait
respectivement à Carpeaux (La Danse), Guillaume• Étude de nu pour la petite danseuse de quatorze favoriser une nouvelle tentative d’attentat. Par
(La Musique instrumentale), Perraud (Le Drameans ailleurs, une entrée protégée est aménagée : une
lyrique) et Jouffroy (L’Harmonie). Un schéma
double rampe d’accès conduit directement la
rigoureux est prévu par Garnier : fondé sur la voiture de l’Empereur jusqu’à l’entrée de laPeintures : les spectateurs
• Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, 1874
• Pierre Bonnard : La Loge, 1908
fiche de visiteMusée d’Orsay
Service culturel
texte : A. Toutghalian L’Opéra de Charles Garnier
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1999
• La visite : les œuvres
11. Edgar Degas : Danseuses bleues, vers 1893, 13. Edgar Degas : L’Étoile, 1876-77, pastel par une copie réalisée par Paul Belmondo etLa Danse de Carpeaux
huile sur toile Localisation : niveau supérieur, salle 37 l’œuvre de Carpeaux est déposée au Louvre, avantet la façade de l’Opéra
Localisation : niveau supérieur, salle 31 d’entrer en 1986 au musée d’Orsay.
Sans doute le plus célèbre des pastels de Degas,
Sur cette toile réalisée vingt ans plus tard, ce ne L’Étoile est définie dès 1897 comme “la grâce et la La confrontation entre les trois groupes
2. Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, 1868,
sont plus les mouvements précis des exercices à la poésie même” par l’essayiste Daniel Halévy, ami commentés ci-dessous : la sculpture originale en plâtre demi-grandeur
barre ou le repos après l’effort qui sont mis en du peintre. Degas emploie fréquemment des pierre, celle en plâtre, et la réduction visible sur la
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,
scène. Dans l’ambiance vaporeuse et diffuse des cadrages et des points de vue qui décentrent le ou maquette, permet de suivre les étapes du travail à droite
coulisses, les quatre danseuses aux tutus d’un bleu les personnages principaux, s’inspirant de l’art du du sculpteur, de comparer leurs dimensions, les
turquoise intense - tonalité qui irradie tout Japon qui commence à se répandre en Occident. Ce groupe sculpté, de taille plus petite, est lematériaux employés et leurs fonctions respectives.
l’espace du tableau - semblent représenter une Ici, le vide audacieux du premier plan renforce la même que le précédent mais dans un matériauIl faut mentionner les difficultés du travail sur
même danseuse dans quatre postures différentes, sensation du mouvement. En équilibre sur sa différent. Après la réalisation de dessins, esquissesplace pour une œuvre de cette importance ;
chacune préoccupée seulement par elle-même. Le jambe droite, la danseuse termine son arabesque et maquettes, allant jusqu’à mettre en scène unCarpeaux avait fait construire une baraque contre
fait qu’elles soient vêtues de la même couleur, tout en s’avançant vers le public, les bras grand nombre de personnages avant de sela façade de l’Opéra.
en étant très proches, accentue l’effet de gracieusement levés pour accompagner son geste. restreindre à neuf figures, Carpeaux conçoit son
superposition entremêlant les corps ou les visages. La tête est rejetée en arrière, laissant le visage œuvre définitive sous la forme de ce plâtre. Le1. Jean-Baptiste Carpeaux :
Au-delà de l’espace des coulisses, au second plan, dans la pénombre. Seul le cou, dans le groupe monumental a des dimensions imposantes,La Danse, 1863-1869, pierre d’Échaillon
on aperçoit deux danseuses sur la scène, taches prolongement de la ligne lumineuse du corps, est adaptées aux proportions du bâtiment ; le plâtre,11 Localisation : rez de chaussée, allée centrale,
jaunes au centre du tableau. Les préoccupations violemment éclairé par les feux de la rampe. Le davantage à échelle humaine est plus émouvant,à gauche
du peintre s’orientent vers l’abstraction, en tutu brillant et nacré est rehaussé de fleurs de tant par sa taille, inférieure de moitié, que par le
En 1863, Charles Garnier (1825-1898) commandetravaillant davantage les effets de lumière, de couleurs vives, bouquet rappelant celui qui matériau friable où l’on sent la main du sculpteur.
quatre groupes sculptés pour décorer la façade de
couleur et de matière. À droite un élément de couronne les cheveux de la ballerine. Nous avons Parmi les nombreuses techniques permettant de 1
l’Opéra. Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) estdécor vu à l’envers évoque un cadrage une vision en plongée, comme depuis les loges réaliser une sculpture, Carpeaux utilise ici le
chargé d’illustrer le thème de la danse. Les trois
photographique, art qui a passionné Degas. situées à l’avant-scène et occupées par certains modelage : il procède par ajouts successifs de
autres sculpteurs doivent représenter la musique,abonnés. Au fond, entre les décors traités de matière - de la terre - sur une armature de fil de
Par les baies vitrées, on peut observer l’Opéra et l’harmonie et le drame. Garnier demande que
manière simplifiée, presque abstraite, on distingue fer servant de squelette à la sculpture. Le modèle
ses toits aux formes diverses, dominés par le chaque groupe comporte trois figures dont unles tutus et les chaussons des danseuses qui à demi-grandeur est ensuite moulé en plâtre alors
groupe sculpté d’Aimé Millet Apollon couronnant génie à la place centrale, comme pour le groupe
attendent leur tour pour passer en scène, ainsi que la pierre a été exécutée par des praticiens :
la Danse et la Musique. qui domine le bâtiment, Apollon couronnant laqu’une figure masculine en costume noir, insolite à partir d’une mise au point faite sur le modèle,
On reconnaît également sur la façade du pavillon Danse et la Musique. Au lieu de se plier à ce
et inattendue, peut-être celle du protecteur de la ceux-ci en agrandissent le format pour obtenir les
de Flore du Louvre les hauts-reliefs de Carpeaux. schéma imposé, Carpeaux , de 1863 à 1866,danseuse. Cette toile allie avec élégance la rigueur dimensions finales en taillant directement la
multiplie les esquisses et les maquettes ; sa
du travail de la danseuse et la magie de sa pierre, sous le contrôle de Carpeaux. Ce groupe
12. Edgar Degas : Petite danseuse de quatorze ans, préoccupation essentielle est de restituer le
présence sur la scène. est un haut-relief, sculpture en volume dont la
1881, bronze mouvement. Il construit sa sculpture en figurant partie arrière est plane, car prévue pour s’appuyer
Localisation : niveau supérieur, salle 31, vitrine 12 une ronde, thème récurrent dans son œuvre. Au
contre la façade. On peut s’attarder sur la manièreUn regard distancé centre, le génie de la danse, à la sihouette et auLe menton relevé et les yeux mi-clos, la petite dont la composition relie les personnages, ainsi
visage androgynes, domine le groupe de femmes
danseuse, raidie par l’effort, se tient les bras que sur les moyens employés pour rendre le
14. Pierre Bonnard : La Loge, 1908, huile sur toile aux formes pleines qui l’encerclent.rejetés en arrière, mains croisées dans le dos. mouvement et pour exprimer la gaieté.
Le dynamisme qui anime l’ensemble provient d’unLocalisation : niveau médian, salle 72L’œuvre originale réalisée en cire par Degas est la L’expression des visages : regard, sourire,
double mouvement : vertical - le génie bondissant,seule sculpture qui fut montrée de son vivant, en inclinaison de la tête, et celle des corps : postureConstruit sur des tonalités rouges qui dramatisent
les bras levés, brandissant un tambourin - ete1881, à la 6 Exposition impressionniste. Elle fut en déséquilibre sur une pointe de pied,la scène, ce tableau de commande représente les
circulaire - la farandole des danseuses. Elles sontviolemment critiquée, pour son réalisme jugé mouvement du buste... varient d’une danseuse àfrères Bernheim, marchands de Bonnard (1867-
en équilibre instable sur la pointe des pieds ; les
excessif et pour l’expression de “bestiale l’autre.1947), en compagnie de leurs épouses, dans leur
obliques que dessinent les cuisses et les jambeseffronterie” du petit rat que l’on trouvait plus loge à l’Opéra. La grande liberté de la composition 2À voir aussi :accentuent la sensation de mobilité du groupe.
proche de la “fille-singe” que de la sylphide. Son et le cadrage audacieux qui coupe l’homme Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, esquisses enTombé à terre dans la bousculade, un amour agitecorps durci par les exercices est vêtu d’un corsage debout au centre à hauteur des yeux - ce qui, plâtreune marotte (attribut symbolique de la folie, sous
et d’un tutu en tissu et de chaussons de satin, la dit-on, déplut à l’intéressé - montre la distance que Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,la forme d’un sceptre surmonté d’une tête coifféechevelure est une perruque nattée, ornée d’un Bonnard prend avec ses modèles, même pour un vitrine sur la droited’un capuchon à grelots) tandis qu’au fond à droite
ruban en satin également. Cette juxtaposition portrait mondain. Contrairement aux deux
se dissimule un satyre grimaçant. Garnier estd’éléments réels à la cire a contribué à rendre la femmes, les deux hommes sont traités comme des
13 3. La Danse sur la maquette de la coupe“émerveillé par cette composition si vivante” alors
petite danseuse terriblement présente. Le bronze ombres, l’un est tronqué, l’autre relégué au fond. longitudinale de l’Opéra de Parisque le public est scandalisé lorsqu’elle est dévoiléeprésenté ici a été fondu vers 1930, il a été patiné La pénombre rouge sombre du premier plan Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéraen 1869. La Danse est traitée “d’ignoble saturnale”
de façon à retrouver les couleurs d’origine. s’oppose aux tons orangés acides de l’arrière-plan,
évoquant “l’enseigne d’un mauvais lieu”. LeL’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans, Le groupe sculpté de Carpeaux est reconnaissablece qui donne une profondeur à l’espace tout en
réalisme du modelé des chairs, la présence de
subjugué par cette œuvre, tout en admettant sur la partie droite de la façade dont une moitiéinsistant sur la sensation de vase clos, d’univers
femmes nues, en train de danser librement, et nonqu’elle pouvait provoquer une sensation de seulement est visible sur la maquette. Lesfeutré assourdi par les tentures de velours. de danseuses idéalisées, figures de composition
malaise, affirmait “M. Degas a culbuté les changements d’échelle, lorsque l’on étudieL’attitude guindée des personnages, qui révèle un
irréelles et évanescentes, suscitent de violentestraditions de la sculpture comme il a depuis successivement la pierre originale, le plâtre demi-“ennui discipliné” à peine déguisé, provoque le critiques. L’indignation est telle qu’une bouteille
longtemps secoué les conventions de la peinture”. grandeur et cette reproduction miniaturiséeregard ironique du peintre sur les mondanités et
d’encre est fracassée contre la hanche de la figureDegas commença à pratiquer la sculpture dès modifient notre perception. Ce n’est plus unleur rituel pesant et conventionnel. de gauche et l’enlèvement du groupe est demandé.
1860. Il considérait les figurines qu’il modelait en groupe monumental, qui nous domine et nous
Un autre sculpteur réalise une œuvre decire comme des exercices destinés à donner écrase, mais un élément de petites dimensions
remplacement, mais la guerre de 1870 retarde
davantage de précision et de vie à ses tableaux. intégré dans un ensemble.
l’exécution de ce projet, définitivement abandonnéOn retrouve dans ses autres sculptures une de ses La façade toute entière est ornée de sculptures qui
cinq ans plus tard. En 1964, la pollution attaquant
préoccupations majeures : l’étude de la sont “soumises à l’architecture”. Garnier envisage
la pierre du groupe original, celui-ci est remplacédécomposition du mouvement. le décor sculpté sous deux formes : la sculpture-
14 3
11. Edgar Degas : Danseuses bleues, vers 1893, huile sur toile, 1. Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, 1863-1869, pierre d’Échaillon,
85 x 75,5 cm 420 x 298 x 145 cm
12.Petite danseuse de quatorze ans, 1881, bronze, 2., 1868, plâtre demi-grandeur,
98 x 35,2 x 24,5 cm (sans le socle) 232 x 148 x 115 cm
13. Edgar Degas : L’Étoile, 1876-1877, pastel, 60 x 44 cm 3. La Danse sur la maquette de la coupe longitudinale
14. Pierre Bonnard : La Loge, 1908, huile sur toile, 91 x 120 cm de l’Opéra de Paris
fiche de visitearchitecture, qui a un rôle dans l’édifice, comme danseuses. On y retrouve la même inclinaison de Navlet (1819-1886) est surtout connu comme 9. Edgar Degas : Le foyer de la danse à l’Opéra de
les quatre groupes se détachant de la façade, sol que sur la scène - mais inversée - ceci afin peintre de panoramas, telle la Vue générale de la rue Le Peletier, 1872, huile sur toile
hauts-reliefs situés de part et d’autre des arcades qu’elles puissent y travailler dans les mêmes Paris, prise de l’Observatoire, en ballon, 1855. Localisation : niveau supérieur, salle 31
et la sculpture-décor, qui remplit et anime la conditions que lors des représentations. C’est aussi
De son vivant déjà Degas fut surnommé le
surface du bâtiment, bas-reliefs sous forme de un salon pour la société privilégiée des abonnés, 7. Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, vers 1874,
“peintre des danseuses” et il l’est resté pour la
médaillons, frontons semi-circulaires... Il est seuls à y avoir leurs entrées. À l’arrière, sont huile sur toile
postérité. Dès les années 1870, elles lui inspirent
intéressant d’observer dans les frontons semi- rejetés discrètement les locaux administratifs, Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,
d’innombrables dessins, toiles et pastels, et ce
circulaires les postures des figures qui doivent dont l’architecture est plus simple, voire même à gauche
jusqu’à la fin de sa vie. Il s’intéresse davantage à
s’intégrer dans cette forme en demi-lune : femmes sévère.
Le thème de la salle de spectacle et plus leurs postures pendant les leçons ou les
assises, les jambes allongées. D’autres figures La lyre, attribut d’Apollon et symbole de la
particulièrement celui de la loge, lieu des répétitions qu’aux représentations sur scène. La
dominent la toiture, sous forme cette fois de musique et de la poésie, est omniprésente dans
échanges mondains, est fréquent chez les leçon est ici solennisée par le décor imposant de la
rondes-bosses, sculptures autonomes dont on tout l’édifice. 4 impressionnistes qui s’intéressent aux sujets salle de la rue Le Peletier dont le grand miroir
pourrait faire le tour. Cette profusion du décor
appartenant à leur époque. Élève d’Édouard s’inscrit dans une niche encadrée de piliers en 7brouille la vision et tend à estomper les structures 5. Vue aérienne du quartier de l’Opéra :
Manet, Eva Gonzalès (1849-1883) emploie les marbre. La ballerine de profil est attentive au
orthogonales de l’édifice. maquette sous verre
mêmes effets de contraste que lui, opposant geste du maître de ballet, Louis Mérante, mais il
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra
violemment les masses sombres et claires, comme est difficile de déterminer si elle va commencer sa
Cette maquette montre bien comment l’Opéra, dans la célèbre Olympia dont on retrouve ici un variation ou si elle vient de l’achever. Sa silhouetteCorrespondance entre volumes
architecture privilégiant courbes et décors détail : l’éblouissant bouquet posé à gauche, sur le se détache sur le mur devant une porteextérieurs et espaces intérieurs
sculptés, se détache dans un environnement bord de la loge, contre la passementerie qui entrebaillée qui donne une sensation de
constitué de lignes droites. Elle restitue à l’échelle retient le rideau. Le couple représenté se détache profondeur à la scène. Cet effet est accentué par la
bis4. et 4 . Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris,
d’un centième l’état des lieux en 1914. Elle permet nettement sur le fond sombre de la loge. La jeune lumière du jour filtrant depuis la fenêtre que l’on
maquette
de comprendre les difficultés que rencontra femme, vue de face, occupe la place centrale. Elle devine dans l’encadrement de la porte. À gauche,
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra
Garnier pour intégrer ce bâtiment parmi un porte une toilette élégante, une rose semblable à trois danseuses font leurs exercices à la barre,
Garnier a pensé la construction du bâtiment ensemble de maisons austères, aux façades celle qui orne sa robe éclaire sa chevelure. Dans tandis que sur la droite un groupe compact est
comme un musicien écrit un opéra, en soignant identiques, alignées dans un quartier incluant sa main gauche, appuyée sur le rebord de velours rassemblé autour du maître de ballet. La danseuse
particulièrement l’ouverture. Dès son arrivée, le banques et grands magasins. On distingue très rouge de la loge, on reconnaît une lorgnette. À assise est en position de détente, son corps se
public traverse des lieux conçus pour le mettre en nettement la large percée de l’avenue de l’Opéra, droite, son compagnon, en habit, vu de trois quart, relâche. Les tonalités ocres et ors qui dominent le
condition avant le spectacle. Cette orchestration ligne droite qui rejoint le Louvre. le visage de profil, est tourné vers elle mais ne tableau sont ponctuées de taches blanches et
bis4de l’espace prépare aussi l’entrée du spectateur De la comparaison entre la coupe longitudinale et semble pas la voir. Chacun d’eux paraît absent à la grises rehaussées par quelques touches de
dans la salle, comme celle d’un acteur. cette vue en surplomb du bâtiment, il ressort que présence de l’autre et même indifférent au vermillon : l’éventail sur la chaise au premier
À l’extérieur, le chatoiement des ors et des chaque espace intérieur a une couverture spectacle auquel ils assistent pourtant ensemble. plan, le nœud largement étalé dans le dos de la
marbres colorés révèle le goût de l’époque pour la distincte. La configuration des espaces est lisible danseuse de droite, la ligne de la barre qui suit le
8polychromie. Le temps et la pollution ont de l’extérieur comme le voulait Garnier : toit en mur et la signature du peintre, en bas à gauche.
Le ballet à l’Opéra malheureusement délavé les tonalités de la terrasse pour les vestibules d’accueil et le hall
façade ; sa restauration, dont l’achèvement est d’entrée, vaste coupole au-dessus de la salle, toit 10. Edgar Degas : La classe de danse, 1873-1876,
8. Edgar Degas : L’orchestre de l’Opéra, 1869, huileprévue pour l’an 2000, est en cours. À l’intérieur, pignon couvrant la scène, toitures surbaissées huile sur toile
sur toileon retrouve l’abondance et la diversité d’une pour les locaux administratifs. Tous les éléments Localisation : niveau supérieur, salle 30
Localisation : niveau supérieur, salle 30décoration luxueuse. de l’architecture s’ordonnent autour d’un axe de
C’est la première fois que Degas consacre une
Les différents espaces correspondent à des symétrie longitudinal. De part et d’autre de la Pensé au départ comme un portrait du joueur de toile de si grand format à un groupe de
fonctions bien précises : l’arrivée du public, la coupole centrale, on identifie les deux coupoles, basson qui est au premier plan - Désiré Dihau, un danseuses ; il mettra deux ans à la terminer. De
représentation du spectacle, les parties réservées plus petites, qui surmontent les rotondes : celle de ami d’Edgar Degas (1834-1917), qui introduisit nombreux indices révèlent qu’il s’agit de la fin de
au personnel. Le hall d’entrée, au plafond l’Empereur, précédée d’une double pente douce celui-ci à l’opéra - le tableau est devenu ensuite le
5 la leçon. Les élèves sont épuisées, elles s’étirent,
relativement bas, précède le grand escalier, dont prévue pour une voiture attelée et celle réservée portrait de groupe d’une partie de l’orchestre. se contorsionnent pour se gratter le dos, rajustent
le volume, par contraste, paraît d’autant plus haut aux abonnés, qui leur donne accès au foyer des Cependant les musiciens ne sont pas à leur place leur toilette ou leur coiffure, peu attentives au
et vaste. Orné de balcons sur plusieurs niveaux, il danseuses. On reconnaît, au sommet du bâtiment, habituelle, ce qui met en valeur Dihau. C’est une professeur qui reste imperturbable. La salle de
représente le morceau de bravoure de Garnier. Apollon qui soulève à deux mains sa lyre. des premières manifestations de l’intérêt que 9répétition est vue selon une perspective accélérée,
Situé juste au-dessus du hall, le grand foyer aux Degas porte au monde de l’opéra. L’opposition effet obtenu par la disproportion entre les
plafonds peints est abondamment pourvu de 6. Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880, huile entre ombre et lumière ainsi que l’audace de la danseuses du premier plan et celles du fond. Les
miroirs encadrés de colonnes cannelées. C’est là sur toile composition mettent l’accent sur les visages des lignes de fuite de la corniche, des murs et du
que l’on se retrouve pendant l’entracte, moment Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra, musiciens, traités en fonction de leur individualité plancher accentuent l’effet de profondeur. Selon
privilégié pour parader, saluer les personnes de à gauche et des gestes spécifiques correspondant à leur Paul Valéry, “Degas est l’un des rares peintres qui
connaissance et exhiber sa toilette. Le grand foyer instrument. Dans cette toile, les danseusesTraitée de manière académique et réaliste, cette aient donné au sol son importance. Il a des
communique avec une loggia à double colonnade, apparaissent pour la première fois dans l’œuvre detoile aux couleurs froides donne un reflet fidèle de planchers admirables”. L’encadrement de la porte
autre lieu de déambulation qui ouvre sur la place Degas, simples taches de couleur à l’arrière-plan,la cage du grand escalier, régulièrement scandée ouvrant sur la pièce contigüe, éclairée par la
et l’avenue de l’Opéra. dans la lumière violente de la scène, éclairées ende balcons et montre le mouvement ascendant des lumière du jour, évite la sensation de
La salle, somptueux écrin rouge et or, est traitée contreplongée par les feux de la rampe et faisantspectateurs. Décrite avec précision, l’architecture confinement. Le vide sur la droite met en valeur la
comme un théâtre à l’italienne. L’acoustique en contraste avec la pénombre de la fosseintérieure est mise en valeur : espace aux vastes silhouette de profil du vieux maître de ballet :
est exceptionnelle, Garnier a voyagé dans toute d’orchestre. Les ballerines, au contraire desproportions, dont le décor surchargé va servir Jules Perrot. La farandole de tutus en gaze
l’Europe pour étudier celle des meilleures salles musiciens dont les visages sont décrits avec soin,d’écrin aux amateurs de musique, dès leur 6 blanche se détachant sur le mur verdâtre souligné
de spectacle. Au-dessus et au-dessous du plancher sont anonymes, identifiables par leurs tutusarrivée. Garnier l’imaginait ainsi : “À chaque par les marbrures des piliers est rehaussée par les
de la scène, qui est en pente pour ménager les colorés et brillants. La crosse du violoncelleétage, les spectateurs accoudés aux balcons nœuds de couleur vive des ceintures et le rose
effets de perspective, des machineries complexes semble étrangement faire irruption sur la scène,garnissent les murs et les rendent pour ainsi dire brillant des chaussons de satin.
ont été prévues pour manœuvrer les décors. au milieu des danseuses.vivants, pendant que d’autres montent ou
Le foyer de la danse, somptueusement décoré, est
descendent et ajoutent encore à la vie”. Victor
un lieu de répétition ou de repos pour les
10
4. Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris : le bâtiment, 7. Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, vers 1874, huile sur toile,
maquette de Richard Peduzzi, 1986 98 x 130 cm
bis4 . Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris : la salle, 8. Edgar Degas : L’orchestre de l’Opéra, 1869, huile sur toile, 56,5 x 40 cm
5. Vue aérienne du quartier de l’Opéra, 9.Le foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier,
maquettes de Richard Peduzzi, 1986 1872, huile sur toile, 32 x 46 cm
6. Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880, huile sur toile, 10. Edgar Degas : La classe de danse, 1873-1876, huile sur toile,
131 x 196 cm 85 x 75 cmarchitecture, qui a un rôle dans l’édifice, comme danseuses. On y retrouve la même inclinaison de Navlet (1819-1886) est surtout connu comme 9. Edgar Degas : Le foyer de la danse à l’Opéra de
les quatre groupes se détachant de la façade, sol que sur la scène - mais inversée - ceci afin peintre de panoramas, telle la Vue générale de la rue Le Peletier, 1872, huile sur toile
hauts-reliefs situés de part et d’autre des arcades qu’elles puissent y travailler dans les mêmes Paris, prise de l’Observatoire, en ballon, 1855. Localisation : niveau supérieur, salle 31
et la sculpture-décor, qui remplit et anime la conditions que lors des représentations. C’est aussi
De son vivant déjà Degas fut surnommé le
surface du bâtiment, bas-reliefs sous forme de un salon pour la société privilégiée des abonnés, 7. Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, vers 1874,
“peintre des danseuses” et il l’est resté pour la
médaillons, frontons semi-circulaires... Il est seuls à y avoir leurs entrées. À l’arrière, sont huile sur toile
postérité. Dès les années 1870, elles lui inspirent
intéressant d’observer dans les frontons semi- rejetés discrètement les locaux administratifs, Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,
d’innombrables dessins, toiles et pastels, et ce
circulaires les postures des figures qui doivent dont l’architecture est plus simple, voire même à gauche
jusqu’à la fin de sa vie. Il s’intéresse davantage à
s’intégrer dans cette forme en demi-lune : femmes sévère.
Le thème de la salle de spectacle et plus leurs postures pendant les leçons ou les
assises, les jambes allongées. D’autres figures La lyre, attribut d’Apollon et symbole de la
particulièrement celui de la loge, lieu des répétitions qu’aux représentations sur scène. La
dominent la toiture, sous forme cette fois de musique et de la poésie, est omniprésente dans
échanges mondains, est fréquent chez les leçon est ici solennisée par le décor imposant de la
rondes-bosses, sculptures autonomes dont on tout l’édifice. 4 impressionnistes qui s’intéressent aux sujets salle de la rue Le Peletier dont le grand miroir
pourrait faire le tour. Cette profusion du décor
appartenant à leur époque. Élève d’Édouard s’inscrit dans une niche encadrée de piliers en 7brouille la vision et tend à estomper les structures 5. Vue aérienne du quartier de l’Opéra :
Manet, Eva Gonzalès (1849-1883) emploie les marbre. La ballerine de profil est attentive au
orthogonales de l’édifice. maquette sous verre
mêmes effets de contraste que lui, opposant geste du maître de ballet, Louis Mérante, mais il
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra
violemment les masses sombres et claires, comme est difficile de déterminer si elle va commencer sa
Cette maquette montre bien comment l’Opéra, dans la célèbre Olympia dont on retrouve ici un variation ou si elle vient de l’achever. Sa silhouetteCorrespondance entre volumes
architecture privilégiant courbes et décors détail : l’éblouissant bouquet posé à gauche, sur le se détache sur le mur devant une porteextérieurs et espaces intérieurs
sculptés, se détache dans un environnement bord de la loge, contre la passementerie qui entrebaillée qui donne une sensation de
constitué de lignes droites. Elle restitue à l’échelle retient le rideau. Le couple représenté se détache profondeur à la scène. Cet effet est accentué par la
bis4. et 4 . Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris,
d’un centième l’état des lieux en 1914. Elle permet nettement sur le fond sombre de la loge. La jeune lumière du jour filtrant depuis la fenêtre que l’on
maquette
de comprendre les difficultés que rencontra femme, vue de face, occupe la place centrale. Elle devine dans l’encadrement de la porte. À gauche,
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra
Garnier pour intégrer ce bâtiment parmi un porte une toilette élégante, une rose semblable à trois danseuses font leurs exercices à la barre,
Garnier a pensé la construction du bâtiment ensemble de maisons austères, aux façades celle qui orne sa robe éclaire sa chevelure. Dans tandis que sur la droite un groupe compact est
comme un musicien écrit un opéra, en soignant identiques, alignées dans un quartier incluant sa main gauche, appuyée sur le rebord de velours rassemblé autour du maître de ballet. La danseuse
particulièrement l’ouverture. Dès son arrivée, le banques et grands magasins. On distingue très rouge de la loge, on reconnaît une lorgnette. À assise est en position de détente, son corps se
public traverse des lieux conçus pour le mettre en nettement la large percée de l’avenue de l’Opéra, droite, son compagnon, en habit, vu de trois quart, relâche. Les tonalités ocres et ors qui dominent le
condition avant le spectacle. Cette orchestration ligne droite qui rejoint le Louvre. le visage de profil, est tourné vers elle mais ne tableau sont ponctuées de taches blanches et
bis4de l’espace prépare aussi l’entrée du spectateur De la comparaison entre la coupe longitudinale et semble pas la voir. Chacun d’eux paraît absent à la grises rehaussées par quelques touches de
dans la salle, comme celle d’un acteur. cette vue en surplomb du bâtiment, il ressort que présence de l’autre et même indifférent au vermillon : l’éventail sur la chaise au premier
À l’extérieur, le chatoiement des ors et des chaque espace intérieur a une couverture spectacle auquel ils assistent pourtant ensemble. plan, le nœud largement étalé dans le dos de la
marbres colorés révèle le goût de l’époque pour la distincte. La configuration des espaces est lisible danseuse de droite, la ligne de la barre qui suit le
8polychromie. Le temps et la pollution ont de l’extérieur comme le voulait Garnier : toit en mur et la signature du peintre, en bas à gauche.
Le ballet à l’Opéra malheureusement délavé les tonalités de la terrasse pour les vestibules d’accueil et le hall
façade ; sa restauration, dont l’achèvement est d’entrée, vaste coupole au-dessus de la salle, toit 10. Edgar Degas : La classe de danse, 1873-1876,
8. Edgar Degas : L’orchestre de l’Opéra, 1869, huileprévue pour l’an 2000, est en cours. À l’intérieur, pignon couvrant la scène, toitures surbaissées huile sur toile
sur toileon retrouve l’abondance et la diversité d’une pour les locaux administratifs. Tous les éléments Localisation : niveau supérieur, salle 30
Localisation : niveau supérieur, salle 30décoration luxueuse. de l’architecture s’ordonnent autour d’un axe de
C’est la première fois que Degas consacre une
Les différents espaces correspondent à des symétrie longitudinal. De part et d’autre de la Pensé au départ comme un portrait du joueur de toile de si grand format à un groupe de
fonctions bien précises : l’arrivée du public, la coupole centrale, on identifie les deux coupoles, basson qui est au premier plan - Désiré Dihau, un danseuses ; il mettra deux ans à la terminer. De
représentation du spectacle, les parties réservées plus petites, qui surmontent les rotondes : celle de ami d’Edgar Degas (1834-1917), qui introduisit nombreux indices révèlent qu’il s’agit de la fin de
au personnel. Le hall d’entrée, au plafond l’Empereur, précédée d’une double pente douce celui-ci à l’opéra - le tableau est devenu ensuite le
5 la leçon. Les élèves sont épuisées, elles s’étirent,
relativement bas, précède le grand escalier, dont prévue pour une voiture attelée et celle réservée portrait de groupe d’une partie de l’orchestre. se contorsionnent pour se gratter le dos, rajustent
le volume, par contraste, paraît d’autant plus haut aux abonnés, qui leur donne accès au foyer des Cependant les musiciens ne sont pas à leur place leur toilette ou leur coiffure, peu attentives au
et vaste. Orné de balcons sur plusieurs niveaux, il danseuses. On reconnaît, au sommet du bâtiment, habituelle, ce qui met en valeur Dihau. C’est une professeur qui reste imperturbable. La salle de
représente le morceau de bravoure de Garnier. Apollon qui soulève à deux mains sa lyre. des premières manifestations de l’intérêt que 9répétition est vue selon une perspective accélérée,
Situé juste au-dessus du hall, le grand foyer aux Degas porte au monde de l’opéra. L’opposition effet obtenu par la disproportion entre les
plafonds peints est abondamment pourvu de 6. Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880, huile entre ombre et lumière ainsi que l’audace de la danseuses du premier plan et celles du fond. Les
miroirs encadrés de colonnes cannelées. C’est là sur toile composition mettent l’accent sur les visages des lignes de fuite de la corniche, des murs et du
que l’on se retrouve pendant l’entracte, moment Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra, musiciens, traités en fonction de leur individualité plancher accentuent l’effet de profondeur. Selon
privilégié pour parader, saluer les personnes de à gauche et des gestes spécifiques correspondant à leur Paul Valéry, “Degas est l’un des rares peintres qui
connaissance et exhiber sa toilette. Le grand foyer instrument. Dans cette toile, les danseusesTraitée de manière académique et réaliste, cette aient donné au sol son importance. Il a des
communique avec une loggia à double colonnade, apparaissent pour la première fois dans l’œuvre detoile aux couleurs froides donne un reflet fidèle de planchers admirables”. L’encadrement de la porte
autre lieu de déambulation qui ouvre sur la place Degas, simples taches de couleur à l’arrière-plan,la cage du grand escalier, régulièrement scandée ouvrant sur la pièce contigüe, éclairée par la
et l’avenue de l’Opéra. dans la lumière violente de la scène, éclairées ende balcons et montre le mouvement ascendant des lumière du jour, évite la sensation de
La salle, somptueux écrin rouge et or, est traitée contreplongée par les feux de la rampe et faisantspectateurs. Décrite avec précision, l’architecture confinement. Le vide sur la droite met en valeur la
comme un théâtre à l’italienne. L’acoustique en contraste avec la pénombre de la fosseintérieure est mise en valeur : espace aux vastes silhouette de profil du vieux maître de ballet :
est exceptionnelle, Garnier a voyagé dans toute d’orchestre. Les ballerines, au contraire desproportions, dont le décor surchargé va servir Jules Perrot. La farandole de tutus en gaze
l’Europe pour étudier celle des meilleures salles musiciens dont les visages sont décrits avec soin,d’écrin aux amateurs de musique, dès leur 6 blanche se détachant sur le mur verdâtre souligné
de spectacle. Au-dessus et au-dessous du plancher sont anonymes, identifiables par leurs tutusarrivée. Garnier l’imaginait ainsi : “À chaque par les marbrures des piliers est rehaussée par les
de la scène, qui est en pente pour ménager les colorés et brillants. La crosse du violoncelleétage, les spectateurs accoudés aux balcons nœuds de couleur vive des ceintures et le rose
effets de perspective, des machineries complexes semble étrangement faire irruption sur la scène,garnissent les murs et les rendent pour ainsi dire brillant des chaussons de satin.
ont été prévues pour manœuvrer les décors. au milieu des danseuses.vivants, pendant que d’autres montent ou
Le foyer de la danse, somptueusement décoré, est
descendent et ajoutent encore à la vie”. Victor
un lieu de répétition ou de repos pour les
10
4. Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris : le bâtiment, 7. Eva Gonzalès : Une loge aux Italiens, vers 1874, huile sur toile,
maquette de Richard Peduzzi, 1986 98 x 130 cm
bis4 . Coupe longitudinale de l’Opéra de Paris : la salle, 8. Edgar Degas : L’orchestre de l’Opéra, 1869, huile sur toile, 56,5 x 40 cm
5. Vue aérienne du quartier de l’Opéra, 9.Le foyer de la danse à l’Opéra de la rue Le Peletier,
maquettes de Richard Peduzzi, 1986 1872, huile sur toile, 32 x 46 cm
6. Victor Navlet : L’Escalier de l’Opéra, 1880, huile sur toile, 10. Edgar Degas : La classe de danse, 1873-1876, huile sur toile,
131 x 196 cm 85 x 75 cmMusée d’Orsay
Service culturel
texte : A. Toutghalian L’Opéra de Charles Garnier
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1999
• La visite : les œuvres
11. Edgar Degas : Danseuses bleues, vers 1893, 13. Edgar Degas : L’Étoile, 1876-77, pastel par une copie réalisée par Paul Belmondo etLa Danse de Carpeaux
huile sur toile Localisation : niveau supérieur, salle 37 l’œuvre de Carpeaux est déposée au Louvre, avantet la façade de l’Opéra
Localisation : niveau supérieur, salle 31 d’entrer en 1986 au musée d’Orsay.
Sans doute le plus célèbre des pastels de Degas,
Sur cette toile réalisée vingt ans plus tard, ce ne L’Étoile est définie dès 1897 comme “la grâce et la La confrontation entre les trois groupes
2. Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, 1868,
sont plus les mouvements précis des exercices à la poésie même” par l’essayiste Daniel Halévy, ami commentés ci-dessous : la sculpture originale en plâtre demi-grandeur
barre ou le repos après l’effort qui sont mis en du peintre. Degas emploie fréquemment des pierre, celle en plâtre, et la réduction visible sur la
Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,
scène. Dans l’ambiance vaporeuse et diffuse des cadrages et des points de vue qui décentrent le ou maquette, permet de suivre les étapes du travail à droite
coulisses, les quatre danseuses aux tutus d’un bleu les personnages principaux, s’inspirant de l’art du du sculpteur, de comparer leurs dimensions, les
turquoise intense - tonalité qui irradie tout Japon qui commence à se répandre en Occident. Ce groupe sculpté, de taille plus petite, est lematériaux employés et leurs fonctions respectives.
l’espace du tableau - semblent représenter une Ici, le vide audacieux du premier plan renforce la même que le précédent mais dans un matériauIl faut mentionner les difficultés du travail sur
même danseuse dans quatre postures différentes, sensation du mouvement. En équilibre sur sa différent. Après la réalisation de dessins, esquissesplace pour une œuvre de cette importance ;
chacune préoccupée seulement par elle-même. Le jambe droite, la danseuse termine son arabesque et maquettes, allant jusqu’à mettre en scène unCarpeaux avait fait construire une baraque contre
fait qu’elles soient vêtues de la même couleur, tout en s’avançant vers le public, les bras grand nombre de personnages avant de sela façade de l’Opéra.
en étant très proches, accentue l’effet de gracieusement levés pour accompagner son geste. restreindre à neuf figures, Carpeaux conçoit son
superposition entremêlant les corps ou les visages. La tête est rejetée en arrière, laissant le visage œuvre définitive sous la forme de ce plâtre. Le1. Jean-Baptiste Carpeaux :
Au-delà de l’espace des coulisses, au second plan, dans la pénombre. Seul le cou, dans le groupe monumental a des dimensions imposantes,La Danse, 1863-1869, pierre d’Échaillon
on aperçoit deux danseuses sur la scène, taches prolongement de la ligne lumineuse du corps, est adaptées aux proportions du bâtiment ; le plâtre,11 Localisation : rez de chaussée, allée centrale,
jaunes au centre du tableau. Les préoccupations violemment éclairé par les feux de la rampe. Le davantage à échelle humaine est plus émouvant,à gauche
du peintre s’orientent vers l’abstraction, en tutu brillant et nacré est rehaussé de fleurs de tant par sa taille, inférieure de moitié, que par le
En 1863, Charles Garnier (1825-1898) commandetravaillant davantage les effets de lumière, de couleurs vives, bouquet rappelant celui qui matériau friable où l’on sent la main du sculpteur.
quatre groupes sculptés pour décorer la façade de
couleur et de matière. À droite un élément de couronne les cheveux de la ballerine. Nous avons Parmi les nombreuses techniques permettant de 1
l’Opéra. Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) estdécor vu à l’envers évoque un cadrage une vision en plongée, comme depuis les loges réaliser une sculpture, Carpeaux utilise ici le
chargé d’illustrer le thème de la danse. Les trois
photographique, art qui a passionné Degas. situées à l’avant-scène et occupées par certains modelage : il procède par ajouts successifs de
autres sculpteurs doivent représenter la musique,abonnés. Au fond, entre les décors traités de matière - de la terre - sur une armature de fil de
Par les baies vitrées, on peut observer l’Opéra et l’harmonie et le drame. Garnier demande que
manière simplifiée, presque abstraite, on distingue fer servant de squelette à la sculpture. Le modèle
ses toits aux formes diverses, dominés par le chaque groupe comporte trois figures dont unles tutus et les chaussons des danseuses qui à demi-grandeur est ensuite moulé en plâtre alors
groupe sculpté d’Aimé Millet Apollon couronnant génie à la place centrale, comme pour le groupe
attendent leur tour pour passer en scène, ainsi que la pierre a été exécutée par des praticiens :
la Danse et la Musique. qui domine le bâtiment, Apollon couronnant laqu’une figure masculine en costume noir, insolite à partir d’une mise au point faite sur le modèle,
On reconnaît également sur la façade du pavillon Danse et la Musique. Au lieu de se plier à ce
et inattendue, peut-être celle du protecteur de la ceux-ci en agrandissent le format pour obtenir les
de Flore du Louvre les hauts-reliefs de Carpeaux. schéma imposé, Carpeaux , de 1863 à 1866,danseuse. Cette toile allie avec élégance la rigueur dimensions finales en taillant directement la
multiplie les esquisses et les maquettes ; sa
du travail de la danseuse et la magie de sa pierre, sous le contrôle de Carpeaux. Ce groupe
12. Edgar Degas : Petite danseuse de quatorze ans, préoccupation essentielle est de restituer le
présence sur la scène. est un haut-relief, sculpture en volume dont la
1881, bronze mouvement. Il construit sa sculpture en figurant partie arrière est plane, car prévue pour s’appuyer
Localisation : niveau supérieur, salle 31, vitrine 12 une ronde, thème récurrent dans son œuvre. Au
contre la façade. On peut s’attarder sur la manièreUn regard distancé centre, le génie de la danse, à la sihouette et auLe menton relevé et les yeux mi-clos, la petite dont la composition relie les personnages, ainsi
visage androgynes, domine le groupe de femmes
danseuse, raidie par l’effort, se tient les bras que sur les moyens employés pour rendre le
14. Pierre Bonnard : La Loge, 1908, huile sur toile aux formes pleines qui l’encerclent.rejetés en arrière, mains croisées dans le dos. mouvement et pour exprimer la gaieté.
Le dynamisme qui anime l’ensemble provient d’unLocalisation : niveau médian, salle 72L’œuvre originale réalisée en cire par Degas est la L’expression des visages : regard, sourire,
double mouvement : vertical - le génie bondissant,seule sculpture qui fut montrée de son vivant, en inclinaison de la tête, et celle des corps : postureConstruit sur des tonalités rouges qui dramatisent
les bras levés, brandissant un tambourin - ete1881, à la 6 Exposition impressionniste. Elle fut en déséquilibre sur une pointe de pied,la scène, ce tableau de commande représente les
circulaire - la farandole des danseuses. Elles sontviolemment critiquée, pour son réalisme jugé mouvement du buste... varient d’une danseuse àfrères Bernheim, marchands de Bonnard (1867-
en équilibre instable sur la pointe des pieds ; les
excessif et pour l’expression de “bestiale l’autre.1947), en compagnie de leurs épouses, dans leur
obliques que dessinent les cuisses et les jambeseffronterie” du petit rat que l’on trouvait plus loge à l’Opéra. La grande liberté de la composition 2À voir aussi :accentuent la sensation de mobilité du groupe.
proche de la “fille-singe” que de la sylphide. Son et le cadrage audacieux qui coupe l’homme Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, esquisses enTombé à terre dans la bousculade, un amour agitecorps durci par les exercices est vêtu d’un corsage debout au centre à hauteur des yeux - ce qui, plâtreune marotte (attribut symbolique de la folie, sous
et d’un tutu en tissu et de chaussons de satin, la dit-on, déplut à l’intéressé - montre la distance que Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéra,la forme d’un sceptre surmonté d’une tête coifféechevelure est une perruque nattée, ornée d’un Bonnard prend avec ses modèles, même pour un vitrine sur la droited’un capuchon à grelots) tandis qu’au fond à droite
ruban en satin également. Cette juxtaposition portrait mondain. Contrairement aux deux
se dissimule un satyre grimaçant. Garnier estd’éléments réels à la cire a contribué à rendre la femmes, les deux hommes sont traités comme des
13 3. La Danse sur la maquette de la coupe“émerveillé par cette composition si vivante” alors
petite danseuse terriblement présente. Le bronze ombres, l’un est tronqué, l’autre relégué au fond. longitudinale de l’Opéra de Parisque le public est scandalisé lorsqu’elle est dévoiléeprésenté ici a été fondu vers 1930, il a été patiné La pénombre rouge sombre du premier plan Localisation : rez de chaussée, salle de l’Opéraen 1869. La Danse est traitée “d’ignoble saturnale”
de façon à retrouver les couleurs d’origine. s’oppose aux tons orangés acides de l’arrière-plan,
évoquant “l’enseigne d’un mauvais lieu”. LeL’écrivain et critique d’art Joris-Karl Huysmans, Le groupe sculpté de Carpeaux est reconnaissablece qui donne une profondeur à l’espace tout en
réalisme du modelé des chairs, la présence de
subjugué par cette œuvre, tout en admettant sur la partie droite de la façade dont une moitiéinsistant sur la sensation de vase clos, d’univers
femmes nues, en train de danser librement, et nonqu’elle pouvait provoquer une sensation de seulement est visible sur la maquette. Lesfeutré assourdi par les tentures de velours. de danseuses idéalisées, figures de composition
malaise, affirmait “M. Degas a culbuté les changements d’échelle, lorsque l’on étudieL’attitude guindée des personnages, qui révèle un
irréelles et évanescentes, suscitent de violentestraditions de la sculpture comme il a depuis successivement la pierre originale, le plâtre demi-“ennui discipliné” à peine déguisé, provoque le critiques. L’indignation est telle qu’une bouteille
longtemps secoué les conventions de la peinture”. grandeur et cette reproduction miniaturiséeregard ironique du peintre sur les mondanités et
d’encre est fracassée contre la hanche de la figureDegas commença à pratiquer la sculpture dès modifient notre perception. Ce n’est plus unleur rituel pesant et conventionnel. de gauche et l’enlèvement du groupe est demandé.
1860. Il considérait les figurines qu’il modelait en groupe monumental, qui nous domine et nous
Un autre sculpteur réalise une œuvre decire comme des exercices destinés à donner écrase, mais un élément de petites dimensions
remplacement, mais la guerre de 1870 retarde
davantage de précision et de vie à ses tableaux. intégré dans un ensemble.
l’exécution de ce projet, définitivement abandonnéOn retrouve dans ses autres sculptures une de ses La façade toute entière est ornée de sculptures qui
cinq ans plus tard. En 1964, la pollution attaquant
préoccupations majeures : l’étude de la sont “soumises à l’architecture”. Garnier envisage
la pierre du groupe original, celui-ci est remplacédécomposition du mouvement. le décor sculpté sous deux formes : la sculpture-
14 3
11. Edgar Degas : Danseuses bleues, vers 1893, huile sur toile, 1. Jean-Baptiste Carpeaux : La Danse, 1863-1869, pierre d’Échaillon,
85 x 75,5 cm 420 x 298 x 145 cm
12.Petite danseuse de quatorze ans, 1881, bronze, 2., 1868, plâtre demi-grandeur,
98 x 35,2 x 24,5 cm (sans le socle) 232 x 148 x 115 cm
13. Edgar Degas : L’Étoile, 1876-1877, pastel, 60 x 44 cm 3. La Danse sur la maquette de la coupe longitudinale
14. Pierre Bonnard : La Loge, 1908, huile sur toile, 91 x 120 cm de l’Opéra de Paris
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