Fiche de visite: Zola et les peintres, peinture et critique d'art, de la proximité à la distance

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Musée d’Orsay Service culturel texte : F. Sorbier Zola et les peintres graphisme et impression : Musée d’Orsay 1993 Peinture et critique d’art : de la proximité à la distance Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite, la visite : liste des œuvres, bibliographie reconnaissance officielle). D’autres scandalesLa visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation suivront à chaque présentation d’une nouvelle oeuvre importante Olympia (1865), Le Fifre (1866), • Alexandre Cabanel : Naissance de Vénus, 1863 • E. Zola, Ecrits sur l’art, Gallimard, collection Tel, Le Vapeur de Folkestone (1869) ou Un bar aux1. Emile Zola (1840-1902), critique• Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865 1991 Folies-Bergère (1882).Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 • E. Zola, , Garnier-Flammarion, d’art L’oeuvre de Manet reste singulière etLe Fifre, 1866 1970 indépendante, elle ne fait pas école, ne suscite pasPortrait d’Emile Zola, 1868 • E. Zola, Le bon combat, Hermann, 1974 Lorsque Emile Zola commence à s’intéresser à la de disciples directs, ne génère aucun mouvement • Henri Fantin-Latour : Un Atelier aux Batignolles,Pour Manet (anthologie), Complexe, peinture de Manet en 1866, il n’est encore qu’un ni aucun groupe. D’ailleurs, Manet garde ses 1870 1989 jeune critique d’art débutant ; un journaliste distances vis-à-vis de la jeune génération des • Frédéric Bazille : L’Atelier de la rue Condamine, • E. Zola, L’œuvre, Garnier-Flammarion, n°278, polémique, pas un écrivain.

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Publié le 04 septembre 2013
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Langue Français
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Musée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier Zola et les peintres
graphisme et impression :
Musée d’Orsay 1993
Peinture et critique d’art :
de la proximité à la distance
Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite,
la visite : liste des œuvres, bibliographie
reconnaissance officielle). D’autres scandalesLa visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation
suivront à chaque présentation d’une nouvelle
oeuvre importante Olympia (1865), Le Fifre (1866),
• Alexandre Cabanel : Naissance de Vénus, 1863 • E. Zola, Ecrits sur l’art, Gallimard, collection Tel,
Le Vapeur de Folkestone (1869) ou Un bar aux1. Emile Zola (1840-1902), critique• Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865 1991
Folies-Bergère (1882).Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 • E. Zola, , Garnier-Flammarion, d’art
L’oeuvre de Manet reste singulière etLe Fifre, 1866 1970
indépendante, elle ne fait pas école, ne suscite pasPortrait d’Emile Zola, 1868 • E. Zola, Le bon combat, Hermann, 1974 Lorsque Emile Zola commence à s’intéresser à la
de disciples directs, ne génère aucun mouvement
• Henri Fantin-Latour : Un Atelier aux Batignolles,Pour Manet (anthologie), Complexe, peinture de Manet en 1866, il n’est encore qu’un
ni aucun groupe. D’ailleurs, Manet garde ses
1870 1989 jeune critique d’art débutant ; un journaliste
distances vis-à-vis de la jeune génération des
• Frédéric Bazille : L’Atelier de la rue Condamine, • E. Zola, L’œuvre, Garnier-Flammarion, n°278, polémique, pas un écrivain. Manet à ce moment
peintres impressionnistes, déclinant souvent leurs
1870 1974 est déjà un peintre confirmé, au faîte de sa
propositions de l’associer à leur groupe et à leurs
• Claude Monet : Jardins en fleurs, 1866 • Manet, catalogue d’exposition, RMN, 1983 carrière sinon de sa gloire et qu’un poète et
expositions.L’Hôtel des Roches noires, • Collectif, Regards d’écrivains au Musée d’Orsay, critique d’art célèbre, Charles Baudelaire, a déjà
Pourtant il n’est guère de tableau postérieur qui
Trouville, 1870 RMN, 1992 défendu. D’une certaine manière, mais sur des
ne lui soit redevable d’une partie au moins deFemmes au jardin, 1866 • J.P. Leduc-Adine, Une visite avec Emile Zola, bases tout autres, Zola prend le relais du poète qui
l’esthétique qu’il a développée. Manet est-il le
• Claude Monet : Grosse mer à Etretat, 1868 Carnet parcours du Musée d’Orsay, RMN, 1988 meurt en 1867 après avoir fait à Manet cette
dernier des classiques, ou le premier desLes Coquelicots, 1873 • P. Daix, L’aveuglement devant la peinture, déclaration ambiguë : “Vous n’êtes que le premier
modernes ?La rue Montorgueil, 1878 Gallimard, 1971 dans la décrépitude de votre art”.
• Auguste Renoir : Torse, effet de soleil, 1875 • G. Picon, 1863, naissance de la peinture moderne, Zola, en prenant appui sur l’oeuvre du peintre,
• Gustave Caillebotte : Les Raboteurs de parquet, Skira, 1974 pose les principes de ce qui deviendra sa doctrine
1875 naturaliste en peinture, basée sur la croyance en
• Edgar Degas : Les Repasseuses, 1884 une réalité immédiate, une confiance dans les
• Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 choses mêmes du monde qui nous entoure et dans
• Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, la faculté de les représenter (de les rendre) telles
1895 quelles, sans parti pris moral ni social, sans
• Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877 altération, sans “déformation”. L’individualité de
• Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874 l’artiste, sa vision personnelle et ses choix sont les
• Alfred Stevens : Ce qu’on appelle le vagabondage, conditions nécessaires pour qu’adviennent dans
1855 l’oeuvre la vérité et la beauté. L’humain est par
• Edouard Detaille : Le Rêve, 1888 rapport à la réalité extérieure l’élément variable,
• Alfred Roll : Manda Lamétrie, fermière, 1887 le facteur de renouvellement constant.
Mais cette doctrine, que Zola n’applique pas de la
Ces œuvres sont toutes explicitement évoquées ou
même manière selon qu’il s’agit de critique
commentées dans les romans ou écrits critiques
picturale ou de littérature, va progressivement
d’Emile Zola.
faire écran à sa claivoyance sur l’évolution de la
peinture moderne jusqu’à l’aveugler totalement
face aux courants novateurs de la fin du siècle.
Ainsi s’explique l’attitude de Zola - et son
évolution - à l’égard des peintres, ses
contemporains.
Alors que Zola soutient les débuts de
l’impressionnisme dès 1868, appréciant le plein
air et la peinture claire, les sujets choisis dans le
réel observable le plus proche, “le premier coin de
forêt venu”, il délaisse à partir de 1879 ses
engagements, écoeuré par des toiles bigarrées qui
lui paraissent avoir cédé à la facilité, et finit par se
replier sur des artistes aux parti-pris tempérés de
compromis et de concessions, des peintres de la
demi-mesure, tels Jules Bastien-Lepage, Léon
Bonnat, Henri Gervex ou Edouard Detaille.
2. Edouard Manet (1832-1883)
Edouard Manet est considéré comme le peintre de
la rupture avec la peinture officielle “académique”
(rupture déjà amorcée avec Gustave Courbet), et
l’initiateur de la “modernité” en art. 1863 est une
date charnière : c’est l’année du Salon des Refusés
instauré par Napoléon III, où Manet présente Le
déjeuner sur l’herbe, objet d’un vif scandale, au
grand désarroi du peintre qui n’entend que se
mesurer à la grande tradition issue de la
Renaissance en la renouvelant (et ce faisant,
s’ouvrir l’accès aux cimaises du Salon, gage de
fiche de visitesensibles, la foi dans l’enregistrement des choses 7. Rendre justice au détachement progressif de tout bonnement décrit, en plus d’un endroit, dans Ce que Zola appelle, c’est la possibilité d’unObjectifs Préparation
“telles quelles”, le parti pris de franchise dans la mes pages, quelques-uns de vos tableaux.” regard pur, sur une peinture forcément “pure”Zola pour les développements de
représentation d’une vérité brute, débarrassée de l’impressionnisme en soulignant la prédominance Analyser la rhétorique stylistique très codifiée elle aussi.et prolongement1. Etudier comment Zola, certes épris de justice et
l’histoire et du récit ; tandis que la littérature se régissant les descriptions qui, ici ou là, semblentau Salon dans les années 1880 d’une peintureenclin à la polémique (l’affaire Dreyfus le de la visiteréserve la tâche de décrire les groupes humains facile dont les principes “impressionnistes” inspirées de tableaux impressionnistes : 2. Après la visiteprouvera une nouvelle fois, en 1898), fait du
ou les individus d’un point de vue social, selon une métaphores visuelles, tactiles ou olfactives, styledégénèrent souvent en procédés systématiques,procès de Manet le sien, dans les années 1865-68, • Approche littéraire :méthode d’analyse documentaire adaptée des suscitant une nouvelle forme d’ académisme. indirect, recours systématique au passé simple .pour affirmer son refus des normes officielles Niveau collège - Constater que Zola, en dépit de sa volonté de nesciences expérimentales, mais néanmoins nourrie • Approche plastique :Evoquer la pratique croissante par Zola de ladevenues stériles, des conventions académiques considérer les tableaux que comme de pursd’une volonté de dénonciation des injustices et des photographie qui a pu influencer son goût - Aborder, à travers la notion de “tache”usées, de la prédominance du sujet toujours 1. Avant la visite ensembles formels, plastiques, n’a de cesse dedrames humains. développée par Zola, la question de l’autonomieprononcé pour une précision “objective”, à traversd’inspiration littéraire, mythologique ou redonner du sens à l’image, par les mots, enune figuration très définie, ancrée dans les croissante des éléments plastiques par rapport au•Approche littéraire :historique, de la peinture édifiante, au profit de privilégiant notamment une approche sociale.5. Montrer comment le naturalisme peut conduire motif, la constitution progressive du tableauapparences sensibles. - Expliquer qu’un écrivain n’est pas forcémentl’observation directe d’un morceau de réalité, Olympia : “Une fille que vous rencontrez sur lesau formalisme : le peintre n’a de comptes à rendre comme objet pictural spécifique délaissantqu’un auteur de romans ; que l’intérêt prononcétraité par masses de valeurs claires et lumineuses, trottoirs et qui serre ses maigres épaules dans unqu’à la peinture, qui devient un champ autonome, l’imitation.de Zola pour la peinture va l’amener à seavec simplicité et justesse, sans s’encombrer mince châle de laine déteinte” (in Edouard Manet,indépendant de la littérature, de la narration. Le Une “histoire” de la tache comme vecteur d’uneconsacrer de manière approfondie à la critiqued’idées (on dirait aujourd’hui de “message”). étude biographique et critique, 1867).sujet n’est qu’un prétexte à peindre, le tableau ne certaine modernité peut ainsi être menée jusqu’àd’art .Mais la défense courageuse et sincère de Manet - Rapports texte-image : toutes les approches, tousse justifiant que par ses qualités purement l’avènement du “tachisme” dans les années 1950.- Souligner la fonction de la critique d’art, sarelève aussi d’une stratégie visant à s’intégrer les commentaires sont légitimes à condition deplastiques : lignes, formes, couleurs, contrastes. • Approche historique :mission quasiment pédagogique : guider le goûtdans la sphère parisienne de la création artistique, situer clairement le point de vue d’où l’on parle, saDémarche saine et salutaire, mais qui peut - Souligner l’intérêt porté aux sujets modernes liésdu public au lieu de s’en faire seulement l’écho,de bénéficier de la célébrité du peintre contesté relativité. Du visuel au discours, il peut y avoir desconduire à la vacuité de l’art pour l’art : “Une tête à la vie urbaine en particulier ; mais insister sur leen affirmant ses propres convictions, en prenantpour asseoir sa propre notoriété au sein du champ transcriptions, il ne saurait y avoir de traductions.posée contre un mur n’est plus qu’une tache plus fait que l’art n’est pas le miroir de la société, leposition.culturel de l’époque et amorcer ainsi sa future Peindre n’est pas l’équivalent de “dépeindre”, niou moins blanche sur un fond plus ou moins gris.” reflet conforme de l’histoire d’une époque, mais•Approche plastique :carrière littéraire. écrire celui de “décrire”.(in Edouard Manet, étude biographique et critique, une interprétation (par l’écran d’un- Etudier la technique de Manet : le rejet de la
- Comprendre que la création picturale et la1867) ; “... cette délicieuse silhouette de femme en “tempérament”).perspective, la simplification des plans, les valeurs2. Analyser les caractéristiques des oeuvres de création littéraire sont des processus complexeschemise qui fait, dans le fond, une adorable tache contrastées, la lumière souvent frontale quiManet par rapport à la peinture de son temps : qui relèvent moins d’un programme etblanche au milieu des feuilles vertes” (in Edouard “écrase” les volumes en supprimant le modelé ; et• rejet des règles normatives et conventionnelles Niveau lycée d’intentions prédéfinies que d’une expérienceManet, étude biographique et critique, 1867, à celle, très différente, des impressionnistes : lede l’enseignement officiel, mais prise en compte spécifique de confrontation d’une part avec lespropos du Déjeuner sur l’herbe). Le sens devient choix d’une palette éclaircie, la dissolution desde la grande tradition par des citations 1. Avant la visite formes, d’autres part avec les mots.alors le domaine réservé et exclusif de la lignes de contour au profit d’une multiplication detransposées dans la vie moderne. S’il en était autrement, les idées de romans et delittérature, du discours, conséquence perverse de petites touches, ce qui ne signifie pas forcément la • Approche littéraire :• suppression de l’illusion au profit d’une peinture tableaux suffiraient.l’autonomie de la peinture. division des couleurs en teintes “pures”. - Présenter la critique d’art en tant que genreplate et sans modelé, aux contrastes accusés, où la • Approche plastique :
- Pourquoi un peintre qui prend pour sujet son littéraire spécifique dont le principe repare surreprésentation fonctionne sur une organisation - Le “tempérament” : un artiste peut-il à la fois6. Percevoir l’orientation doctrinaire rapidement environnement de tous les jours dans ce qu’il a de l’exercice du jugement de goût ; ses plus célèbresnon homogène des signes picturaux minimums de représenter fidèlement le monde et, ce faisant,prise par la conception qu’a Zola du Naturalisme, plus banal et de plus ordinaire peut-il être aussi figures : D. Diderot, T. Gautier, C. Baudelaire, E.la profondeur, une abréviation de la lumière et exprimer librement sa personnalité ?ce qui le conduit : intéressant qu’un peintre qui fait appel à son Goncourt, E. Zola, J.K. Huysmans, G. Apollinaire,des volumes, sans se raccorder à une unité qui Quels changements cela implique-t-il dans la• à dédaigner Manet dès le Salon de 1879 (Lettres imagination, à son désir de conformer le réel à un tous romanciers ou poètes.garantirait cohérence et transparence de l’image, conception de la réalité sensible ?de Paris. Nouvelles artistiques et littéraires) : “Sa idéal de beauté ? Expliquer comment l’autonomie Analyser ce qui distingue la critique d’art deà la manière d’une “fenêtre ouverte sur le - Un cheval orange, un arbre bleu, les eaux rougeslongue lutte contre l’incompréhension du public de la forme par rapport au sujet implique le l’histoire de l’art comme de l’esthétique.monde”, d’une fiction. et les cieux verts, tout cela manifeste l’autonomies’explique par la difficulté qu’il rencontre dans pouvoir de transmutation du regard créateur (cf. - Mettre en relief l’écart existant entre théorie, créatrice du peintre, son indépendance vis-à-visl’éxécution, je veux dire que sa main n’égale pas Gustave Flaubert, “Ecrire bien le médiocre”). analyse critique et création, chez un même auteur.3. Constater que Zola trouve dans l’œuvre de de la réalité extérieure ; pourquoi cela choquait-ilson oeil. Il n’a pas su se constituer une technique ; Comparer deux tableaux ; par exemple : Sur le plan littéraire, la méthode de ZolaManet ce qui vérifie sa théorie : Zola et le public de l’époque ?il est resté l’écolier enthousiaste qui voit toujours Alexandre Cabanel, La Naissance de Vénus (1863) romancier n’est pas toujours conforme aux• l’abandon du beau idéal et de l’imagination, de - Une autre approche de la modernité : la questiondistinctement ce qui se passe dans la nature mais et Edouard Manet, Olympia (1863). principes théoriques qu’il a établis.l’histoire et de la mythologie au profit de la vie de la citation dans les tableaux de Manet, de laqui n’est pas assuré de pouvoir rendre ses • Approche historique : La théorie du roman naturaliste, que Zola formulemoderne, quotidienne, libérée des canons d’une référence à des tableaux classiques vidés de leurimpressions de façon complète et définitive. C’est - Présenter les valeurs et les normes officielles du entre 1877 et 1880 repose sur une transpositionharmonie factice. signification littéraire et utilisés comme simplespourquoi, lorsqu’il se met en route, on ne sait goût pendant le Second Empire, et les moyens mis dans le champ de la création littéraire des• le refus de la hiérarchie des genres, de la schèmes formels, structures préexistantes.jamais comment il arrivera au terme, ni même s’il en oeuvre pour les diffuser, du Salon aux gravures méthodes expérimentales propres aux sciences deségrégation entre portrait, nu, paysage, nature L’histoire de l’art n’est plus un domaine sacré ety arrivera seulement. Il agit au jugé”. populaires. la nature (par exemple la vérificationmorte, des conventions d’école, des règles intouchable, modèle suprême à imiter, mais elle• à rejeter Monet : “Celui-ci paraît épuisé par la d’hypothèses par l’intermédiaire d’expériences) ;normatives au bénéfice d’une perception directe devient un matériau disponible pour des jeux deproduction hâtive, il se contente d’à peu près ; il 2. Après la visite mais l’exigence documentaire liée à ladu réel : “Il s’est donc mis courageusement en mise en abyme, d’assemblages et den’étudie pas la nature avec la passion des vrais dénonciation des problèmes sociaux soulevés parface d’un sujet, il a vu ce sujet par larges taches, détournements inédits (cf. P. Picasso, A. Jacquet,• Approche littéraire :créateurs” (ibid. 1879), “Monet a trop cédé à sa l’urbanisation et l’industrialisation de la société estpar oppositions vigoureuses, et il a peint chaque L. Rivers, A. Warhol...).- Faire rédiger quelques lignes de commentairefacilité de production. Bien des ébauches sont préservée.chose telle qu’il la voyait.” (in Mon Salon, 1866). sur un tableau, d’un point de vue critique. Montrersorties de son atelier, dans des heures difficiles, et • Approche plastique :“... il aura compris, tout naïvement, un beau que la critique d’art peut, dans certains cas, êtrecela ne vaut rien, cela pousse un peintre sur la - Zola pense qu’une peinture est donnée dès samatin, qu’il lui restait à essayer de voir la nature un genre littéraire spécifique.pente de la pacotille” (in Le Naturalisme au Salon, conception, qu’ensuite le travail n’est qu’affairetelle qu’elle est, sans la regarder dans les oeuvres - Confronter Le déjeuner sur l’herbe de Manet à la1880). d’éxécution ; il dit aussi qu’une peinture ne vautet dans les opinions des autres.” (in Edouard description du tableau de Claude Lantier dans• puis tout l’impressionnisme et le post- que par ses qualités plastiques. Comment peut-onManet, étude biographique et critique, 1867). L’oeuvre, intitulé “Plein air”. Faire sentirimpressionnisme dont les paysages violets, les concilier ces deux points de vue ?
l’ambiguité de rapprochements trop littérauxarbres rouges et les chevaux oranges l’effraient, - Souligner le fait que les éléments purement4. Définir l’esthétique et l’idéologie entre l’évocation subjective des mots et lapour finalement donner la préférence, dans son plastiques ont toujours été présents dans ladu naturalisme : hormis la prédilection pour les présence spécifique de la peinture.dernier texte consacré à la peinture, en 1896 (et peinture classique, mais qu’ils étaient plus ou“petites gens”, les “sans grade” de la société, les Le récit “imagé” : Zola déclare en 1877 à Degas, àjustement intitulé Peinture), à des artistes très moins occultés par l’illusion mimétique quicritères de définition sont assez différents : à la propos des repasseuses et blanchisseuses de sonsages et convenables qui, eux au moins, savent présidait à la fonction de représentation du réel,peinture revient l’imitation de la nature roman L’assommoir qui vient d’être publié : “J’aifinir un tableau, “réaliser leurs sensations”. au discours.directement observée, la fidélité aux apparencessensibles, la foi dans l’enregistrement des choses 7. Rendre justice au détachement progressif de tout bonnement décrit, en plus d’un endroit, dans Ce que Zola appelle, c’est la possibilité d’unObjectifs Préparation
“telles quelles”, le parti pris de franchise dans la mes pages, quelques-uns de vos tableaux.” regard pur, sur une peinture forcément “pure”Zola pour les développements de
représentation d’une vérité brute, débarrassée de l’impressionnisme en soulignant la prédominance Analyser la rhétorique stylistique très codifiée elle aussi.et prolongement1. Etudier comment Zola, certes épris de justice et
l’histoire et du récit ; tandis que la littérature se régissant les descriptions qui, ici ou là, semblentau Salon dans les années 1880 d’une peintureenclin à la polémique (l’affaire Dreyfus le de la visiteréserve la tâche de décrire les groupes humains facile dont les principes “impressionnistes” inspirées de tableaux impressionnistes : 2. Après la visiteprouvera une nouvelle fois, en 1898), fait du
ou les individus d’un point de vue social, selon une métaphores visuelles, tactiles ou olfactives, styledégénèrent souvent en procédés systématiques,procès de Manet le sien, dans les années 1865-68, • Approche littéraire :méthode d’analyse documentaire adaptée des suscitant une nouvelle forme d’ académisme. indirect, recours systématique au passé simple .pour affirmer son refus des normes officielles Niveau collège - Constater que Zola, en dépit de sa volonté de nesciences expérimentales, mais néanmoins nourrie • Approche plastique :Evoquer la pratique croissante par Zola de ladevenues stériles, des conventions académiques considérer les tableaux que comme de pursd’une volonté de dénonciation des injustices et des photographie qui a pu influencer son goût - Aborder, à travers la notion de “tache”usées, de la prédominance du sujet toujours 1. Avant la visite ensembles formels, plastiques, n’a de cesse dedrames humains. développée par Zola, la question de l’autonomieprononcé pour une précision “objective”, à traversd’inspiration littéraire, mythologique ou redonner du sens à l’image, par les mots, enune figuration très définie, ancrée dans les croissante des éléments plastiques par rapport au•Approche littéraire :historique, de la peinture édifiante, au profit de privilégiant notamment une approche sociale.5. Montrer comment le naturalisme peut conduire motif, la constitution progressive du tableauapparences sensibles. - Expliquer qu’un écrivain n’est pas forcémentl’observation directe d’un morceau de réalité, Olympia : “Une fille que vous rencontrez sur lesau formalisme : le peintre n’a de comptes à rendre comme objet pictural spécifique délaissantqu’un auteur de romans ; que l’intérêt prononcétraité par masses de valeurs claires et lumineuses, trottoirs et qui serre ses maigres épaules dans unqu’à la peinture, qui devient un champ autonome, l’imitation.de Zola pour la peinture va l’amener à seavec simplicité et justesse, sans s’encombrer mince châle de laine déteinte” (in Edouard Manet,indépendant de la littérature, de la narration. Le Une “histoire” de la tache comme vecteur d’uneconsacrer de manière approfondie à la critiqued’idées (on dirait aujourd’hui de “message”). étude biographique et critique, 1867).sujet n’est qu’un prétexte à peindre, le tableau ne certaine modernité peut ainsi être menée jusqu’àd’art .Mais la défense courageuse et sincère de Manet - Rapports texte-image : toutes les approches, tousse justifiant que par ses qualités purement l’avènement du “tachisme” dans les années 1950.- Souligner la fonction de la critique d’art, sarelève aussi d’une stratégie visant à s’intégrer les commentaires sont légitimes à condition deplastiques : lignes, formes, couleurs, contrastes. • Approche historique :mission quasiment pédagogique : guider le goûtdans la sphère parisienne de la création artistique, situer clairement le point de vue d’où l’on parle, saDémarche saine et salutaire, mais qui peut - Souligner l’intérêt porté aux sujets modernes liésdu public au lieu de s’en faire seulement l’écho,de bénéficier de la célébrité du peintre contesté relativité. Du visuel au discours, il peut y avoir desconduire à la vacuité de l’art pour l’art : “Une tête à la vie urbaine en particulier ; mais insister sur leen affirmant ses propres convictions, en prenantpour asseoir sa propre notoriété au sein du champ transcriptions, il ne saurait y avoir de traductions.posée contre un mur n’est plus qu’une tache plus fait que l’art n’est pas le miroir de la société, leposition.culturel de l’époque et amorcer ainsi sa future Peindre n’est pas l’équivalent de “dépeindre”, niou moins blanche sur un fond plus ou moins gris.” reflet conforme de l’histoire d’une époque, mais•Approche plastique :carrière littéraire. écrire celui de “décrire”.(in Edouard Manet, étude biographique et critique, une interprétation (par l’écran d’un- Etudier la technique de Manet : le rejet de la
- Comprendre que la création picturale et la1867) ; “... cette délicieuse silhouette de femme en “tempérament”).perspective, la simplification des plans, les valeurs2. Analyser les caractéristiques des oeuvres de création littéraire sont des processus complexeschemise qui fait, dans le fond, une adorable tache contrastées, la lumière souvent frontale quiManet par rapport à la peinture de son temps : qui relèvent moins d’un programme etblanche au milieu des feuilles vertes” (in Edouard “écrase” les volumes en supprimant le modelé ; et• rejet des règles normatives et conventionnelles Niveau lycée d’intentions prédéfinies que d’une expérienceManet, étude biographique et critique, 1867, à celle, très différente, des impressionnistes : lede l’enseignement officiel, mais prise en compte spécifique de confrontation d’une part avec lespropos du Déjeuner sur l’herbe). Le sens devient choix d’une palette éclaircie, la dissolution desde la grande tradition par des citations 1. Avant la visite formes, d’autres part avec les mots.alors le domaine réservé et exclusif de la lignes de contour au profit d’une multiplication detransposées dans la vie moderne. S’il en était autrement, les idées de romans et delittérature, du discours, conséquence perverse de petites touches, ce qui ne signifie pas forcément la • Approche littéraire :• suppression de l’illusion au profit d’une peinture tableaux suffiraient.l’autonomie de la peinture. division des couleurs en teintes “pures”. - Présenter la critique d’art en tant que genreplate et sans modelé, aux contrastes accusés, où la • Approche plastique :
- Pourquoi un peintre qui prend pour sujet son littéraire spécifique dont le principe repare surreprésentation fonctionne sur une organisation - Le “tempérament” : un artiste peut-il à la fois6. Percevoir l’orientation doctrinaire rapidement environnement de tous les jours dans ce qu’il a de l’exercice du jugement de goût ; ses plus célèbresnon homogène des signes picturaux minimums de représenter fidèlement le monde et, ce faisant,prise par la conception qu’a Zola du Naturalisme, plus banal et de plus ordinaire peut-il être aussi figures : D. Diderot, T. Gautier, C. Baudelaire, E.la profondeur, une abréviation de la lumière et exprimer librement sa personnalité ?ce qui le conduit : intéressant qu’un peintre qui fait appel à son Goncourt, E. Zola, J.K. Huysmans, G. Apollinaire,des volumes, sans se raccorder à une unité qui Quels changements cela implique-t-il dans la• à dédaigner Manet dès le Salon de 1879 (Lettres imagination, à son désir de conformer le réel à un tous romanciers ou poètes.garantirait cohérence et transparence de l’image, conception de la réalité sensible ?de Paris. Nouvelles artistiques et littéraires) : “Sa idéal de beauté ? Expliquer comment l’autonomie Analyser ce qui distingue la critique d’art deà la manière d’une “fenêtre ouverte sur le - Un cheval orange, un arbre bleu, les eaux rougeslongue lutte contre l’incompréhension du public de la forme par rapport au sujet implique le l’histoire de l’art comme de l’esthétique.monde”, d’une fiction. et les cieux verts, tout cela manifeste l’autonomies’explique par la difficulté qu’il rencontre dans pouvoir de transmutation du regard créateur (cf. - Mettre en relief l’écart existant entre théorie, créatrice du peintre, son indépendance vis-à-visl’éxécution, je veux dire que sa main n’égale pas Gustave Flaubert, “Ecrire bien le médiocre”). analyse critique et création, chez un même auteur.3. Constater que Zola trouve dans l’œuvre de de la réalité extérieure ; pourquoi cela choquait-ilson oeil. Il n’a pas su se constituer une technique ; Comparer deux tableaux ; par exemple : Sur le plan littéraire, la méthode de ZolaManet ce qui vérifie sa théorie : Zola et le public de l’époque ?il est resté l’écolier enthousiaste qui voit toujours Alexandre Cabanel, La Naissance de Vénus (1863) romancier n’est pas toujours conforme aux• l’abandon du beau idéal et de l’imagination, de - Une autre approche de la modernité : la questiondistinctement ce qui se passe dans la nature mais et Edouard Manet, Olympia (1863). principes théoriques qu’il a établis.l’histoire et de la mythologie au profit de la vie de la citation dans les tableaux de Manet, de laqui n’est pas assuré de pouvoir rendre ses • Approche historique : La théorie du roman naturaliste, que Zola formulemoderne, quotidienne, libérée des canons d’une référence à des tableaux classiques vidés de leurimpressions de façon complète et définitive. C’est - Présenter les valeurs et les normes officielles du entre 1877 et 1880 repose sur une transpositionharmonie factice. signification littéraire et utilisés comme simplespourquoi, lorsqu’il se met en route, on ne sait goût pendant le Second Empire, et les moyens mis dans le champ de la création littéraire des• le refus de la hiérarchie des genres, de la schèmes formels, structures préexistantes.jamais comment il arrivera au terme, ni même s’il en oeuvre pour les diffuser, du Salon aux gravures méthodes expérimentales propres aux sciences deségrégation entre portrait, nu, paysage, nature L’histoire de l’art n’est plus un domaine sacré ety arrivera seulement. Il agit au jugé”. populaires. la nature (par exemple la vérificationmorte, des conventions d’école, des règles intouchable, modèle suprême à imiter, mais elle• à rejeter Monet : “Celui-ci paraît épuisé par la d’hypothèses par l’intermédiaire d’expériences) ;normatives au bénéfice d’une perception directe devient un matériau disponible pour des jeux deproduction hâtive, il se contente d’à peu près ; il 2. Après la visite mais l’exigence documentaire liée à ladu réel : “Il s’est donc mis courageusement en mise en abyme, d’assemblages et den’étudie pas la nature avec la passion des vrais dénonciation des problèmes sociaux soulevés parface d’un sujet, il a vu ce sujet par larges taches, détournements inédits (cf. P. Picasso, A. Jacquet,• Approche littéraire :créateurs” (ibid. 1879), “Monet a trop cédé à sa l’urbanisation et l’industrialisation de la société estpar oppositions vigoureuses, et il a peint chaque L. Rivers, A. Warhol...).- Faire rédiger quelques lignes de commentairefacilité de production. Bien des ébauches sont préservée.chose telle qu’il la voyait.” (in Mon Salon, 1866). sur un tableau, d’un point de vue critique. Montrersorties de son atelier, dans des heures difficiles, et • Approche plastique :“... il aura compris, tout naïvement, un beau que la critique d’art peut, dans certains cas, êtrecela ne vaut rien, cela pousse un peintre sur la - Zola pense qu’une peinture est donnée dès samatin, qu’il lui restait à essayer de voir la nature un genre littéraire spécifique.pente de la pacotille” (in Le Naturalisme au Salon, conception, qu’ensuite le travail n’est qu’affairetelle qu’elle est, sans la regarder dans les oeuvres - Confronter Le déjeuner sur l’herbe de Manet à la1880). d’éxécution ; il dit aussi qu’une peinture ne vautet dans les opinions des autres.” (in Edouard description du tableau de Claude Lantier dans• puis tout l’impressionnisme et le post- que par ses qualités plastiques. Comment peut-onManet, étude biographique et critique, 1867). L’oeuvre, intitulé “Plein air”. Faire sentirimpressionnisme dont les paysages violets, les concilier ces deux points de vue ?
l’ambiguité de rapprochements trop littérauxarbres rouges et les chevaux oranges l’effraient, - Souligner le fait que les éléments purement4. Définir l’esthétique et l’idéologie entre l’évocation subjective des mots et lapour finalement donner la préférence, dans son plastiques ont toujours été présents dans ladu naturalisme : hormis la prédilection pour les présence spécifique de la peinture.dernier texte consacré à la peinture, en 1896 (et peinture classique, mais qu’ils étaient plus ou“petites gens”, les “sans grade” de la société, les Le récit “imagé” : Zola déclare en 1877 à Degas, àjustement intitulé Peinture), à des artistes très moins occultés par l’illusion mimétique quicritères de définition sont assez différents : à la propos des repasseuses et blanchisseuses de sonsages et convenables qui, eux au moins, savent présidait à la fonction de représentation du réel,peinture revient l’imitation de la nature roman L’assommoir qui vient d’être publié : “J’aifinir un tableau, “réaliser leurs sensations”. au discours.directement observée, la fidélité aux apparencesMusée d’Orsay
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texte : F. Sorbier Zola et les peintres
graphisme et impression :
Musée d’Orsay 1993
Peinture et critique d’art :
de la proximité à la distance
Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite,
la visite : liste des œuvres, bibliographie
reconnaissance officielle). D’autres scandalesLa visite : liste des œuvres Bibliographie Présentation
suivront à chaque présentation d’une nouvelle
oeuvre importante Olympia (1865), Le Fifre (1866),
• Alexandre Cabanel : Naissance de Vénus, 1863 • E. Zola, Ecrits sur l’art, Gallimard, collection Tel,
Le Vapeur de Folkestone (1869) ou Un bar aux1. Emile Zola (1840-1902), critique• Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865 1991
Folies-Bergère (1882).Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 • E. Zola, , Garnier-Flammarion, d’art
L’oeuvre de Manet reste singulière etLe Fifre, 1866 1970
indépendante, elle ne fait pas école, ne suscite pasPortrait d’Emile Zola, 1868 • E. Zola, Le bon combat, Hermann, 1974 Lorsque Emile Zola commence à s’intéresser à la
de disciples directs, ne génère aucun mouvement
• Henri Fantin-Latour : Un Atelier aux Batignolles,Pour Manet (anthologie), Complexe, peinture de Manet en 1866, il n’est encore qu’un
ni aucun groupe. D’ailleurs, Manet garde ses
1870 1989 jeune critique d’art débutant ; un journaliste
distances vis-à-vis de la jeune génération des
• Frédéric Bazille : L’Atelier de la rue Condamine, • E. Zola, L’œuvre, Garnier-Flammarion, n°278, polémique, pas un écrivain. Manet à ce moment
peintres impressionnistes, déclinant souvent leurs
1870 1974 est déjà un peintre confirmé, au faîte de sa
propositions de l’associer à leur groupe et à leurs
• Claude Monet : Jardins en fleurs, 1866 • Manet, catalogue d’exposition, RMN, 1983 carrière sinon de sa gloire et qu’un poète et
expositions.L’Hôtel des Roches noires, • Collectif, Regards d’écrivains au Musée d’Orsay, critique d’art célèbre, Charles Baudelaire, a déjà
Pourtant il n’est guère de tableau postérieur qui
Trouville, 1870 RMN, 1992 défendu. D’une certaine manière, mais sur des
ne lui soit redevable d’une partie au moins deFemmes au jardin, 1866 • J.P. Leduc-Adine, Une visite avec Emile Zola, bases tout autres, Zola prend le relais du poète qui
l’esthétique qu’il a développée. Manet est-il le
• Claude Monet : Grosse mer à Etretat, 1868 Carnet parcours du Musée d’Orsay, RMN, 1988 meurt en 1867 après avoir fait à Manet cette
dernier des classiques, ou le premier desLes Coquelicots, 1873 • P. Daix, L’aveuglement devant la peinture, déclaration ambiguë : “Vous n’êtes que le premier
modernes ?La rue Montorgueil, 1878 Gallimard, 1971 dans la décrépitude de votre art”.
• Auguste Renoir : Torse, effet de soleil, 1875 • G. Picon, 1863, naissance de la peinture moderne, Zola, en prenant appui sur l’oeuvre du peintre,
• Gustave Caillebotte : Les Raboteurs de parquet, Skira, 1974 pose les principes de ce qui deviendra sa doctrine
1875 naturaliste en peinture, basée sur la croyance en
• Edgar Degas : Les Repasseuses, 1884 une réalité immédiate, une confiance dans les
• Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 choses mêmes du monde qui nous entoure et dans
• Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, la faculté de les représenter (de les rendre) telles
1895 quelles, sans parti pris moral ni social, sans
• Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877 altération, sans “déformation”. L’individualité de
• Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874 l’artiste, sa vision personnelle et ses choix sont les
• Alfred Stevens : Ce qu’on appelle le vagabondage, conditions nécessaires pour qu’adviennent dans
1855 l’oeuvre la vérité et la beauté. L’humain est par
• Edouard Detaille : Le Rêve, 1888 rapport à la réalité extérieure l’élément variable,
• Alfred Roll : Manda Lamétrie, fermière, 1887 le facteur de renouvellement constant.
Mais cette doctrine, que Zola n’applique pas de la
Ces œuvres sont toutes explicitement évoquées ou
même manière selon qu’il s’agit de critique
commentées dans les romans ou écrits critiques
picturale ou de littérature, va progressivement
d’Emile Zola.
faire écran à sa claivoyance sur l’évolution de la
peinture moderne jusqu’à l’aveugler totalement
face aux courants novateurs de la fin du siècle.
Ainsi s’explique l’attitude de Zola - et son
évolution - à l’égard des peintres, ses
contemporains.
Alors que Zola soutient les débuts de
l’impressionnisme dès 1868, appréciant le plein
air et la peinture claire, les sujets choisis dans le
réel observable le plus proche, “le premier coin de
forêt venu”, il délaisse à partir de 1879 ses
engagements, écoeuré par des toiles bigarrées qui
lui paraissent avoir cédé à la facilité, et finit par se
replier sur des artistes aux parti-pris tempérés de
compromis et de concessions, des peintres de la
demi-mesure, tels Jules Bastien-Lepage, Léon
Bonnat, Henri Gervex ou Edouard Detaille.
2. Edouard Manet (1832-1883)
Edouard Manet est considéré comme le peintre de
la rupture avec la peinture officielle “académique”
(rupture déjà amorcée avec Gustave Courbet), et
l’initiateur de la “modernité” en art. 1863 est une
date charnière : c’est l’année du Salon des Refusés
instauré par Napoléon III, où Manet présente Le
déjeuner sur l’herbe, objet d’un vif scandale, au
grand désarroi du peintre qui n’entend que se
mesurer à la grande tradition issue de la
Renaissance en la renouvelant (et ce faisant,
s’ouvrir l’accès aux cimaises du Salon, gage de
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La visite : les œuvres
avec son métier adroit de bon élève. Mais je dois delà de ces constats approximatifs, dans le4. Le “recul” de Zola 1. Zola défend Manet
m’arrêter aussi à M. Gervex, qui est dans le même traitement des surfaces, des contours, de la
cas” (Le Naturalisme au Salon, 1880). lumière, de l’anatomie, des textures et de l’espace.• Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 • Alexandre Cabanel : La naissance de Vénus, 1863
ème Il convient de remarquer enfin que le jeu de• Vincent Van Gogh : Chaumes de Cordeville à Localisation : 3 salle à droite de la nef, avant
• Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874 citations mises en abyme (comme dans le PortraitAuvers s/Oise, 1890 Couture.
Localisation : niveau médian, salle “Naturalisme”. de Zola), les références, nombreuses et connues, y• Paul Gauguin : Arearea, 1892
Exemple archétypal de ce que Zola déclare haïr, compris aux conventions de la photographie• Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, “[Mme Pasca] est superbe, énergique, et qui constitue le goût de la bourgeoisie du érotique clandestine, situent Olympia bien loin1895
triomphante. Il faut dire que Bonnat n’est pas à Second Empire, fortement teinté d’érotisme d’une simple reproduction directe de la premièreLocalisation : niveau supérieur, galerie des classer parmi les peintres de chic. [...] ce qu’il coquin ou grivois qui se dissimule sous un venue.hauteurs.
convient de louer sans réserve, c’est ce bras droit, travestissement tant sémantique (éveil d’une
ce bras nu qui tombe si noblement et donne tantEn 1896, dans son bref article Peinture, Zola déesse, guirlande d’amours, corps flottant, lyrisme • Edouard Manet : Le fifre, 1866
de caractère à toute la figure ; il est fait de main de èrerevient sur son engouement pour les taches de ambigu de la chevelure et de l’écume), que Localisation : 1 salle à gauche de la nef après 1maître. A part cela, certains détails sontcouleur : “Pouvais-je prévoir l’abus effroyable plastique (chair nacrée, lumière diffuse et Courbet.
9remarquables, la bague, l’agrafe de la ceinture,qu’on se mettrait à faire de la tache ? Au salon, il diaphane, lignes harmonieuses, facture lisse et
rendue avec tant de vérité qu’on pourrait s’y Refusé par le jury du Salon et péjorativementn’y a plus que des taches, un portrait n’est plus veloutée).
tromper et les prendre pour réelles. Enfin la qualifié d’image d’Epinal, ce tableau est élu parqu’une tache”. “Prenez une Vénus antique, un corps de femme
facture de la chaise est admirable, inimitable. Zola dans l’article qu’il écrit pour L’EvénementPour Zola, l’artiste doit certes être un interprète quelconque dessiné d’après les règles sacrées et,
Bonnat n’est pas de ceux que j’aime, mais je cette même année 1866 comme étant celui qu’ildu réel, mais le charme et la densité des tableaux légèrement, avec une houppe, maquillez ce corps
conviens volontiers qu’aucun des peintres préfère, pour son vigoureux relief, qui “crève leproviennent toujours d’une description précise. de fard et de poudre de riz ; vous aurez l’idéal de
d’aujourd’hui ne sait rendre une figure avec tant mur” : “... J’ai dit plus haut que le talent de M.Au moment où le tempérament l’emporte sur la M. Cabanel. Cet heureux artiste a résolu le
de force” (Salon de 1875). Manet était fait de justesse et de simplicité, mefidélité aux apparences conçues comme une difficile problème de rester sérieux et de plaire...
“Nous avons vu, par les exemples de MM. Bonnat, souvenant surtout de l’impression que m’a laisséecommune mesure, Zola recule d’effroi devant des Dès lors, la foule est conquise. Les femmes se
Henner et Vollon, que tout artiste de talent cette toile. Je ne crois pas qu’il soit possibletons qu’il trouve exagérés : “Oh ! Les dames qui pâment et les hommes gardent une attitude
s’appuie aujourd’hui sur l’observation et l’analyse ; d’obtenir un effet plus puissant avec des moyensont une joue bleue, sous la lune, et l’autre joue respectueuse. La déesse, noyée dans un fleuve de
c’est grâce à ces messieurs que le naturalisme, moins compliqués. Le tempérament de M. Manetvermillon, sous la lampe ! Oh ! Les arbres bleus, lait, a l’air d’une délicieuse lorette, non pas en
balbutiant encore il est vrai, entrera sans doute est un tempérament sec, emportant. Il arrêteles eaux rouges et les ciels verts ! C’est affreux, chair et et en os - cela serait indécent - mais en
prochainement à l’Institut” (Le Naturalisme au vivement ses figures, il ne recule pas devant lesaffreux !” Les paysages violets, les chevaux une sorte de pâte d’amande blanche et rose” (in
Salon). brusqueries de la nature, il rend dans leur vigueuroranges, tout cela qui pourtant manifeste on ne Nos peintres au Champ-de-Mars, 1867). 2les différents objets se détachant les uns sur lespeut plus nettement l’autonomie plastique de la
• Alfred Stevens : Ce qu’on appelle le vagabondage, autres. Tout son être le porte à voir par taches, parpeinture, l’effare à présent. • Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865
1855 ère morceaux simples et énergiques.”De son ami d’enfance Cézanne, il écrit, toujours Localisation : 1 salle à gauche de la nef après
Localisation : contre-allée à gauche de la nef, Il s’étendra de nouveau longuement sur ce tableauen 1896 : “On s’avise seulement aujourd’hui de Courbet.10
après Courbet. l’année suivante, dans son étude biographique etdécouvrir les parties géniales de ce peintre
Ce qui a choqué le public avant tout, c’est le sujet : critique d’Edouard Manet, reprenant les mêmesavorté”.
• Edouard Detaille : Le rêve, 1888 une simple femme nue, sans grâce, dans une idées et les mêmes termes de simplicité, deSix années plus tôt, le peintre d’Aix avait déclaré
position inélégante ; et qui défie le spectateur d’un• Alfred Roll : Manda Lamétrie, fermière, 1887 justesse, de vrai.de façon prémonitoire : “Le mal que Proudhon a
Localisation : niveau médian, salle “Naturalisme”. regard direct, franc mais indifférent : un portraitfait à Courbet, Zola me l’aurait fait”.
dénudé. Qui plus est une prostituée dans l’intimité • Edouard Manet : Le déjeuner sur l’herbe, 1863La rupture est consommée. “Alfred Stevens a également conquis la maîtrise èretaboue d’une maison close, que ne transfigure Localisation : niveau supérieur, 1 salle.Zola finit par ne plus voir dans la peinture que ce par sa sincérité si fine et si juste ; Detaille, d’une aucune référence à l’Antiquité ou à l’Orient qui laqui cadre avec les présupposés naturalistes, précision et d’une netteté admirables ; Roll aux “La femme nue n’est là que pour fournir à l’artistemettrait à distance en sublimant son indigneinsensible à une évolution qu’il n’avait pas prévue vastes ambitions, le peintre ensoleillé des foules et l’occasion de peindre un peu de chair” (invénalité, son impureté. Quant à la référenceet qui heurte ses conceptions. Lucide, il avait noté
des espaces. Je nomme ceux-ci, j’en devrais Edouard Manet, étude biographique et critique,dérivée à la Vénus d’Urbino de Titien, elle neen 1866 : “J’ai ma petite théorie, comme un autre, nommer d’autres, car jamais peut-être on n’a fait 1867).concerne que le motif et la structure du tableau,et comme un autre je crois que ma théorie est la
de tentatives plus méritoires dans tous les sens” Dès ses premiers textes, Zola pense moins “enentièrement transposés dans l’époque où Manetseule vraie”. (Peinture, 1896). peintre” qu’il ne tente déjà de faire coïncider lesréalise son tableau. “Un modèle qu’EdouardTrente ans plus tard, il éprouve le besoin de se
toiles dont il parle avec les prémisses de saManet a tranquillement copié tel qu’il était” écritjustifier : “J’étais alors ivre de jeunesse, ivre de la 11 théorie. “Il faut essayer de voir la nature telleZola également en 1867 (in Edouard Manet, étudevérité et de l’intensité dans l’art, ivre du besoin
qu’elle est, sans regarder dans les oeuvres et lesbiographique et critique).d’affirmer mes croyances à coups de massue.” opinions des autres. [Manet] fit effort pour oublierZola entreprend de justifier le tableau en faisantPar dépit, il se rabat un temps sur des peintres
tout ce qu’il avait étudié dans les musées ; il tâchaabstraction de ce qu’il représente au profit d’unesoucieux du fini soigné et précis, avant de cesser de ne plus se rappeler les oeuvres peintes qu’ilanalyse exclusivement plastique, d’ailleurs assezdéfinitivement d’écrire sur la peinture, n’ayant
avait regardées” (ibid. 1867). Manet cherchepeu poussée : “Il vous fallait une femme nue, etjamais trouvé, et pour cause, le Michel-Ange du pourtant ici surtout à se mesurer au Concertvous avez choisi Olympia, la première venue ; ilèmeXIX siècle.
champêtre de Giorgione et Titien et au Jugementvous fallait des taches claires et lumineuses et
de Pâris de l’atelier de Raphaël (Marc-Antoniovous avez mis un bouquet ; il vous fallait des• Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877
Raimondi).taches noires, et vous avez placé dans un coin uneLocalisation : niveau médian, salle “Naturalisme”.
négresse et un chat. Qu’est-ce que tout cela veut
“Il a été porté par son tempérament, et le plein air dire ? Vous ne le savez guère, ni moi non plus”
a fait le reste. Sa supériorité sur les peintres (ibid. 1867).
impressionnistes se résume dans ceci, qu’il sait Ainsi se trouve désamorcée toute la charge
réaliser ses impressions” (Salon de 1879). “Je me sulfureuse du tableau au bénéfice d’un jeu de
suis étendu sur M. Bastien-Lepage, parce qu’il est, taches qui trahit l’impuissance de Zola à penser 3
pour moi, le type du transfuge de l’Ecole des réellement “en peintre”, comme il le souhaitait,
beaux-arts revenant à l’étude sincère de la nature, car la recherche picturale de Manet va bien au-
12
9. Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 1. Alexandre Cabanel : Naissance de Vénus, 1863
10. Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, 1895 2. Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865
11. Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877 3. Edouard Manet : Le Fifre, 1866
12. Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874
fiche de visiteNotons enfin que les peintres pour qui les portes paysage s’ouvre sur un regret : “Hélas ! notre2. Zola dans la société des peintres 3. Zola et l’impressionnisme
du Salon restaient closes organisaient des école de paysage n’est guère florissante non plus à
expositions de leurs oeuvres dans leur atelier l’heure actuelle. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas• Edouard Manet : Portrait d’Emile Zola, 1868 • Claude Monet : Jardin en fleurs, 1866
ère même, contribuant ainsi à en développer l’aspect de maître, il n’y a que des élèves [...]” et seLocalisation : 1 salle à gauche de la nef aprèsLa pie, 1868-69
“art vivant”. referme sur le même regret : “[...] que surgisse leCourbet.L’hôtel des Roches noires,
génie, et ce sera alors le début d’un âge nouveauTrouville, 1870
Ce portrait entre dans la stratégie de ème dans l’art.” Entre les deux, il s’attarde sur PaulLocalisation : 2 salle à gauche de la nef après
reconnaissance mutuelle développée par Manet et Huet, Paul Flandrin, de Curzon, Pelouze etCourbet.
Zola à l’intention du public. Guillemet mais ne cite aucun nom du groupe
Deux ans auparavant, Zola a pris parti pour Manet Zola défend dans les premiers tableaux impressionniste. Que s’est-il passé ?
en publiant une brochure combattant les critiques impressionnistes le parti pris de l’observation Zola n’avait justifié les ombres colorées et les
virulentes qui pleuvent sur le peintre dont les directe du beau naturel le plus immédiat, du plein reflets indiqués par des taches que dans la mesure
tableaux choquent l’opinion. En remerciement, air et d’une peinture claire libérée des clairs- où, selon lui, cela se rencontre effectivement dans
Manet représente Zola à sa table de travail obscurs sophistiqués, l’accent porté sur l’analyse la nature. Le critère restait la réalité, le référent
(l’équivalent de l’atelier pour le peintre) avec tous des sensations. Dans Mon Salon (1868), il observé pour lui-même ; il estime à présent que
les accessoires de la fonction d’écrivain : livres, multiplie les éloges, notamment au sein du les peintres prennent des libertés excessives, sans
brochures, plume, encrier. chapitre consacré aux “Actualistes” : voir que l’intérêt s’est déplacé vers les sensations
Au niveau supérieur, dans un cadre sur le mur, “Parmi ces peintres [qui aiment leur temps, les optiques davantage que vers les objets perçus.
figurent des images en reproduction qui sujets modernes], au premier rang, je citerai Selon lui, ils se contentent d’esquisses
définissent le domaine propre du peintre, bien Claude Monet. Celui-là a sucé le lait de notre âge, approximatives, s’arrêtent en chemin par
séparé de celui de l’écrivain : une estampe celui-là a grandi et grandira encore dans impuissance à finir une oeuvre.
japonaise représentant un lutteur de sumo (qui l’adoration de ce qui l’entoure. Il aime les horizons Lorsqu’il s’en explique à l’occasion du Salon de
renvoie au paravent), une gravure d’après le de nos villes, les taches grises et blanches que font 1879, dans Nouvelles artistiques et littéraires, ce
tableau de Vélasquez Los Borrachos (à mettre en les maisons sur le ciel clair...”. n’est pas sans sévérité, notamment pour Monet 6
relation avec le livre de Charles Blanc que Zola “Sur le sable jaune des allées les plates-bandes se dont il avait fait pourtant le héros du groupe :
tient dans sa main, dont un chapitre est détachent, piquées par le rouge vif des géraniums, “Tous les peintres impressionnistes pèchent par
4précisément consacré au peintre espagnol) et une par le blanc mat des chrysanthèmes.” insuffisance technique. [Monet] paraît épuisé par
photographie en noir-et-blanc d’Olympia (qui, une production hâtive ; il se contente
elle, renvoie à la brochure bleue derrière la • Claude Monet : Femmes au jardin, 1866 d’à-peu-près ; il n’étudie pas la nature avec la
plume). Localisation : contre-allée à gauche de la nef, passion des vrais créateurs. Tous ces artistes-là
Telles sont les sources de Manet : le réalisme après Courbet. sont trop facilement satisfaits.” En 1880, dans Le
èmeespagnol du XVII siècle, l’estampe japonaise et Naturalisme au Salon, Zola se fait encore plus
“Le soleil tombait droit sur les jupes d’uneson espace mis à plat, ses contours délimités, ses inflexible : “M. Monet a trop cédé à sa facilité de
blancheur éclatante; l’ombre tiède d’un arbrecouleurs sans modelés, les fonds souvent neutres, production. Bien des ébauches sont sorties de son
découpait sur les allées, sur les robes ensoleillées,la prépondérance des noirs, le cadrage atelier dans des heures difficiles, et cela ne vaut
une grande nappe grise. Rien de plus étrangefragmentaire, sources qui sont à la base de la rien, cela pousse un peintre sur la pente de la
comme effet. Il faut aimer singulièrement soncomposition par Manet de ce portrait de Zola. pacotille.”
temps pour oser un pareil tour de force, des En 1896 enfin, dans son dernier article intitulé
étoffes coupées en deux par l’ombre et le soleil”• Henri Fantin-Latour : Un atelier aux Batignolles, Peinture, c’est “la colère” : “Eh quoi ! vraiment,
(ibid. 1868).1870 c’est pour ça que je me suis battu ? C’est pour
èreLocalisation : 1 salle à gauche côté Seine après cette peinture claire, ces taches, pour ces reflets,
• Claude Monet : Grosse mer à Etretat, 1868 7Courbet. pour cette décomposition de la lumière ? Seigneur,
èreLocalisation : galerie des hauteurs, 1 salle
étais-je fou ? Mais c’est très laid, cela me faitèmeManet est assis devant le chevalet, Zola est le 3 (Moreau-Nélaton). horreur”.
personnage debout en partant de la gauche.
On notera que, tout au long de ces textes,“Il est un des seuls peintres qui sachent peindre
l’écrivain se garde bien de faire référence à desl’eau, sans transparence niaise, sans reflets• Frédéric Bazille : L’atelier rue de la Condamine,
tableaux précis.menteurs. Chez lui, l’eau est vivante, profonde,1870
vraie surtout. [...] Elle a des teintes blafardes etèmeLocalisation : 2 salle à gauche de la nef après
ternes qui s’illuminent de clartés aiguës. Ce n’estCourbet.
point l’eau factice, cristalline et pure, des peintres
Manet contemple le tableau de Bazille, Zola est à de marine en chambre, [...] c’est la grande eau
gauche, appuyé sur la rampe d’escalier. livide de l’énorme océan qui se vautre en secouant
Ces deux tableaux dans lesquels Zola figure sont son écume salie” (ibid. 1868).
en quelque sorte des manifestes de l’engagement
du jeune écrivain auprès des artistes, qu’il connaît • Auguste Renoir : Torse, effet de soleil, 1875
bien puisqu’il a accès à l’intimité du lieu où • Claude Monet : Les Coquelicots, 1873
s’élaborent les oeuvres, accès généralementLes dindons, 1877
réservé à une poignée d’amis peintres, deLa rue Montorgueil, 1878
ère èmeconfrères. Localisation : galerie des hauteurs, 1 , 3 et
5 ème4 salles.En outre, sa présence au stade de la création
manifeste la communauté d’intérêts qui lie
Dix ans plus tard, l’enthousiasme de Zola s’estpeintres et écrivains, et légitime son activité de
éteint. Dans : “L’école française de peinture àcritique qui prend position au moment de la
l’exposition de 1878”, il passe quasiment sousgenèse même des oeuvres : Zola fait partie du
silence l’impressionnisme. Son chapitre sur lesérail, c’est un initié.
8
4. Edouard Manet : Portrait d’Emile Zola, 1868 6. Claude Monet : Femmes au jardin, 1866
5. Henri Fantin-Latour : Un Atelier aux Batignolles, 1870 7. Claude Monet : Les Coquelicots, 1873
8. Claude Monet : La rue Montorgueil, 1878Notons enfin que les peintres pour qui les portes paysage s’ouvre sur un regret : “Hélas ! notre2. Zola dans la société des peintres 3. Zola et l’impressionnisme
du Salon restaient closes organisaient des école de paysage n’est guère florissante non plus à
expositions de leurs oeuvres dans leur atelier l’heure actuelle. Comme je l’ai déjà dit, il n’y a pas• Edouard Manet : Portrait d’Emile Zola, 1868 • Claude Monet : Jardin en fleurs, 1866
ère même, contribuant ainsi à en développer l’aspect de maître, il n’y a que des élèves [...]” et seLocalisation : 1 salle à gauche de la nef aprèsLa pie, 1868-69
“art vivant”. referme sur le même regret : “[...] que surgisse leCourbet.L’hôtel des Roches noires,
génie, et ce sera alors le début d’un âge nouveauTrouville, 1870
Ce portrait entre dans la stratégie de ème dans l’art.” Entre les deux, il s’attarde sur PaulLocalisation : 2 salle à gauche de la nef après
reconnaissance mutuelle développée par Manet et Huet, Paul Flandrin, de Curzon, Pelouze etCourbet.
Zola à l’intention du public. Guillemet mais ne cite aucun nom du groupe
Deux ans auparavant, Zola a pris parti pour Manet Zola défend dans les premiers tableaux impressionniste. Que s’est-il passé ?
en publiant une brochure combattant les critiques impressionnistes le parti pris de l’observation Zola n’avait justifié les ombres colorées et les
virulentes qui pleuvent sur le peintre dont les directe du beau naturel le plus immédiat, du plein reflets indiqués par des taches que dans la mesure
tableaux choquent l’opinion. En remerciement, air et d’une peinture claire libérée des clairs- où, selon lui, cela se rencontre effectivement dans
Manet représente Zola à sa table de travail obscurs sophistiqués, l’accent porté sur l’analyse la nature. Le critère restait la réalité, le référent
(l’équivalent de l’atelier pour le peintre) avec tous des sensations. Dans Mon Salon (1868), il observé pour lui-même ; il estime à présent que
les accessoires de la fonction d’écrivain : livres, multiplie les éloges, notamment au sein du les peintres prennent des libertés excessives, sans
brochures, plume, encrier. chapitre consacré aux “Actualistes” : voir que l’intérêt s’est déplacé vers les sensations
Au niveau supérieur, dans un cadre sur le mur, “Parmi ces peintres [qui aiment leur temps, les optiques davantage que vers les objets perçus.
figurent des images en reproduction qui sujets modernes], au premier rang, je citerai Selon lui, ils se contentent d’esquisses
définissent le domaine propre du peintre, bien Claude Monet. Celui-là a sucé le lait de notre âge, approximatives, s’arrêtent en chemin par
séparé de celui de l’écrivain : une estampe celui-là a grandi et grandira encore dans impuissance à finir une oeuvre.
japonaise représentant un lutteur de sumo (qui l’adoration de ce qui l’entoure. Il aime les horizons Lorsqu’il s’en explique à l’occasion du Salon de
renvoie au paravent), une gravure d’après le de nos villes, les taches grises et blanches que font 1879, dans Nouvelles artistiques et littéraires, ce
tableau de Vélasquez Los Borrachos (à mettre en les maisons sur le ciel clair...”. n’est pas sans sévérité, notamment pour Monet 6
relation avec le livre de Charles Blanc que Zola “Sur le sable jaune des allées les plates-bandes se dont il avait fait pourtant le héros du groupe :
tient dans sa main, dont un chapitre est détachent, piquées par le rouge vif des géraniums, “Tous les peintres impressionnistes pèchent par
4précisément consacré au peintre espagnol) et une par le blanc mat des chrysanthèmes.” insuffisance technique. [Monet] paraît épuisé par
photographie en noir-et-blanc d’Olympia (qui, une production hâtive ; il se contente
elle, renvoie à la brochure bleue derrière la • Claude Monet : Femmes au jardin, 1866 d’à-peu-près ; il n’étudie pas la nature avec la
plume). Localisation : contre-allée à gauche de la nef, passion des vrais créateurs. Tous ces artistes-là
Telles sont les sources de Manet : le réalisme après Courbet. sont trop facilement satisfaits.” En 1880, dans Le
èmeespagnol du XVII siècle, l’estampe japonaise et Naturalisme au Salon, Zola se fait encore plus
“Le soleil tombait droit sur les jupes d’uneson espace mis à plat, ses contours délimités, ses inflexible : “M. Monet a trop cédé à sa facilité de
blancheur éclatante; l’ombre tiède d’un arbrecouleurs sans modelés, les fonds souvent neutres, production. Bien des ébauches sont sorties de son
découpait sur les allées, sur les robes ensoleillées,la prépondérance des noirs, le cadrage atelier dans des heures difficiles, et cela ne vaut
une grande nappe grise. Rien de plus étrangefragmentaire, sources qui sont à la base de la rien, cela pousse un peintre sur la pente de la
comme effet. Il faut aimer singulièrement soncomposition par Manet de ce portrait de Zola. pacotille.”
temps pour oser un pareil tour de force, des En 1896 enfin, dans son dernier article intitulé
étoffes coupées en deux par l’ombre et le soleil”• Henri Fantin-Latour : Un atelier aux Batignolles, Peinture, c’est “la colère” : “Eh quoi ! vraiment,
(ibid. 1868).1870 c’est pour ça que je me suis battu ? C’est pour
èreLocalisation : 1 salle à gauche côté Seine après cette peinture claire, ces taches, pour ces reflets,
• Claude Monet : Grosse mer à Etretat, 1868 7Courbet. pour cette décomposition de la lumière ? Seigneur,
èreLocalisation : galerie des hauteurs, 1 salle
étais-je fou ? Mais c’est très laid, cela me faitèmeManet est assis devant le chevalet, Zola est le 3 (Moreau-Nélaton). horreur”.
personnage debout en partant de la gauche.
On notera que, tout au long de ces textes,“Il est un des seuls peintres qui sachent peindre
l’écrivain se garde bien de faire référence à desl’eau, sans transparence niaise, sans reflets• Frédéric Bazille : L’atelier rue de la Condamine,
tableaux précis.menteurs. Chez lui, l’eau est vivante, profonde,1870
vraie surtout. [...] Elle a des teintes blafardes etèmeLocalisation : 2 salle à gauche de la nef après
ternes qui s’illuminent de clartés aiguës. Ce n’estCourbet.
point l’eau factice, cristalline et pure, des peintres
Manet contemple le tableau de Bazille, Zola est à de marine en chambre, [...] c’est la grande eau
gauche, appuyé sur la rampe d’escalier. livide de l’énorme océan qui se vautre en secouant
Ces deux tableaux dans lesquels Zola figure sont son écume salie” (ibid. 1868).
en quelque sorte des manifestes de l’engagement
du jeune écrivain auprès des artistes, qu’il connaît • Auguste Renoir : Torse, effet de soleil, 1875
bien puisqu’il a accès à l’intimité du lieu où • Claude Monet : Les Coquelicots, 1873
s’élaborent les oeuvres, accès généralementLes dindons, 1877
réservé à une poignée d’amis peintres, deLa rue Montorgueil, 1878
ère èmeconfrères. Localisation : galerie des hauteurs, 1 , 3 et
5 ème4 salles.En outre, sa présence au stade de la création
manifeste la communauté d’intérêts qui lie
Dix ans plus tard, l’enthousiasme de Zola s’estpeintres et écrivains, et légitime son activité de
éteint. Dans : “L’école française de peinture àcritique qui prend position au moment de la
l’exposition de 1878”, il passe quasiment sousgenèse même des oeuvres : Zola fait partie du
silence l’impressionnisme. Son chapitre sur lesérail, c’est un initié.
8
4. Edouard Manet : Portrait d’Emile Zola, 1868 6. Claude Monet : Femmes au jardin, 1866
5. Henri Fantin-Latour : Un Atelier aux Batignolles, 1870 7. Claude Monet : Les Coquelicots, 1873
8. Claude Monet : La rue Montorgueil, 1878Musée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier Zola et les peintres
graphisme et impression :
Musée d’Orsay 1993
Peinture et critique d’art :
de la proximité à la distance
La visite : les œuvres
avec son métier adroit de bon élève. Mais je dois delà de ces constats approximatifs, dans le4. Le “recul” de Zola 1. Zola défend Manet
m’arrêter aussi à M. Gervex, qui est dans le même traitement des surfaces, des contours, de la
cas” (Le Naturalisme au Salon, 1880). lumière, de l’anatomie, des textures et de l’espace.• Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 • Alexandre Cabanel : La naissance de Vénus, 1863
ème Il convient de remarquer enfin que le jeu de• Vincent Van Gogh : Chaumes de Cordeville à Localisation : 3 salle à droite de la nef, avant
• Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874 citations mises en abyme (comme dans le PortraitAuvers s/Oise, 1890 Couture.
Localisation : niveau médian, salle “Naturalisme”. de Zola), les références, nombreuses et connues, y• Paul Gauguin : Arearea, 1892
Exemple archétypal de ce que Zola déclare haïr, compris aux conventions de la photographie• Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, “[Mme Pasca] est superbe, énergique, et qui constitue le goût de la bourgeoisie du érotique clandestine, situent Olympia bien loin1895
triomphante. Il faut dire que Bonnat n’est pas à Second Empire, fortement teinté d’érotisme d’une simple reproduction directe de la premièreLocalisation : niveau supérieur, galerie des classer parmi les peintres de chic. [...] ce qu’il coquin ou grivois qui se dissimule sous un venue.hauteurs.
convient de louer sans réserve, c’est ce bras droit, travestissement tant sémantique (éveil d’une
ce bras nu qui tombe si noblement et donne tantEn 1896, dans son bref article Peinture, Zola déesse, guirlande d’amours, corps flottant, lyrisme • Edouard Manet : Le fifre, 1866
de caractère à toute la figure ; il est fait de main de èrerevient sur son engouement pour les taches de ambigu de la chevelure et de l’écume), que Localisation : 1 salle à gauche de la nef après 1maître. A part cela, certains détails sontcouleur : “Pouvais-je prévoir l’abus effroyable plastique (chair nacrée, lumière diffuse et Courbet.
9remarquables, la bague, l’agrafe de la ceinture,qu’on se mettrait à faire de la tache ? Au salon, il diaphane, lignes harmonieuses, facture lisse et
rendue avec tant de vérité qu’on pourrait s’y Refusé par le jury du Salon et péjorativementn’y a plus que des taches, un portrait n’est plus veloutée).
tromper et les prendre pour réelles. Enfin la qualifié d’image d’Epinal, ce tableau est élu parqu’une tache”. “Prenez une Vénus antique, un corps de femme
facture de la chaise est admirable, inimitable. Zola dans l’article qu’il écrit pour L’EvénementPour Zola, l’artiste doit certes être un interprète quelconque dessiné d’après les règles sacrées et,
Bonnat n’est pas de ceux que j’aime, mais je cette même année 1866 comme étant celui qu’ildu réel, mais le charme et la densité des tableaux légèrement, avec une houppe, maquillez ce corps
conviens volontiers qu’aucun des peintres préfère, pour son vigoureux relief, qui “crève leproviennent toujours d’une description précise. de fard et de poudre de riz ; vous aurez l’idéal de
d’aujourd’hui ne sait rendre une figure avec tant mur” : “... J’ai dit plus haut que le talent de M.Au moment où le tempérament l’emporte sur la M. Cabanel. Cet heureux artiste a résolu le
de force” (Salon de 1875). Manet était fait de justesse et de simplicité, mefidélité aux apparences conçues comme une difficile problème de rester sérieux et de plaire...
“Nous avons vu, par les exemples de MM. Bonnat, souvenant surtout de l’impression que m’a laisséecommune mesure, Zola recule d’effroi devant des Dès lors, la foule est conquise. Les femmes se
Henner et Vollon, que tout artiste de talent cette toile. Je ne crois pas qu’il soit possibletons qu’il trouve exagérés : “Oh ! Les dames qui pâment et les hommes gardent une attitude
s’appuie aujourd’hui sur l’observation et l’analyse ; d’obtenir un effet plus puissant avec des moyensont une joue bleue, sous la lune, et l’autre joue respectueuse. La déesse, noyée dans un fleuve de
c’est grâce à ces messieurs que le naturalisme, moins compliqués. Le tempérament de M. Manetvermillon, sous la lampe ! Oh ! Les arbres bleus, lait, a l’air d’une délicieuse lorette, non pas en
balbutiant encore il est vrai, entrera sans doute est un tempérament sec, emportant. Il arrêteles eaux rouges et les ciels verts ! C’est affreux, chair et et en os - cela serait indécent - mais en
prochainement à l’Institut” (Le Naturalisme au vivement ses figures, il ne recule pas devant lesaffreux !” Les paysages violets, les chevaux une sorte de pâte d’amande blanche et rose” (in
Salon). brusqueries de la nature, il rend dans leur vigueuroranges, tout cela qui pourtant manifeste on ne Nos peintres au Champ-de-Mars, 1867). 2les différents objets se détachant les uns sur lespeut plus nettement l’autonomie plastique de la
• Alfred Stevens : Ce qu’on appelle le vagabondage, autres. Tout son être le porte à voir par taches, parpeinture, l’effare à présent. • Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865
1855 ère morceaux simples et énergiques.”De son ami d’enfance Cézanne, il écrit, toujours Localisation : 1 salle à gauche de la nef après
Localisation : contre-allée à gauche de la nef, Il s’étendra de nouveau longuement sur ce tableauen 1896 : “On s’avise seulement aujourd’hui de Courbet.10
après Courbet. l’année suivante, dans son étude biographique etdécouvrir les parties géniales de ce peintre
Ce qui a choqué le public avant tout, c’est le sujet : critique d’Edouard Manet, reprenant les mêmesavorté”.
• Edouard Detaille : Le rêve, 1888 une simple femme nue, sans grâce, dans une idées et les mêmes termes de simplicité, deSix années plus tôt, le peintre d’Aix avait déclaré
position inélégante ; et qui défie le spectateur d’un• Alfred Roll : Manda Lamétrie, fermière, 1887 justesse, de vrai.de façon prémonitoire : “Le mal que Proudhon a
Localisation : niveau médian, salle “Naturalisme”. regard direct, franc mais indifférent : un portraitfait à Courbet, Zola me l’aurait fait”.
dénudé. Qui plus est une prostituée dans l’intimité • Edouard Manet : Le déjeuner sur l’herbe, 1863La rupture est consommée. “Alfred Stevens a également conquis la maîtrise èretaboue d’une maison close, que ne transfigure Localisation : niveau supérieur, 1 salle.Zola finit par ne plus voir dans la peinture que ce par sa sincérité si fine et si juste ; Detaille, d’une aucune référence à l’Antiquité ou à l’Orient qui laqui cadre avec les présupposés naturalistes, précision et d’une netteté admirables ; Roll aux “La femme nue n’est là que pour fournir à l’artistemettrait à distance en sublimant son indigneinsensible à une évolution qu’il n’avait pas prévue vastes ambitions, le peintre ensoleillé des foules et l’occasion de peindre un peu de chair” (invénalité, son impureté. Quant à la référenceet qui heurte ses conceptions. Lucide, il avait noté
des espaces. Je nomme ceux-ci, j’en devrais Edouard Manet, étude biographique et critique,dérivée à la Vénus d’Urbino de Titien, elle neen 1866 : “J’ai ma petite théorie, comme un autre, nommer d’autres, car jamais peut-être on n’a fait 1867).concerne que le motif et la structure du tableau,et comme un autre je crois que ma théorie est la
de tentatives plus méritoires dans tous les sens” Dès ses premiers textes, Zola pense moins “enentièrement transposés dans l’époque où Manetseule vraie”. (Peinture, 1896). peintre” qu’il ne tente déjà de faire coïncider lesréalise son tableau. “Un modèle qu’EdouardTrente ans plus tard, il éprouve le besoin de se
toiles dont il parle avec les prémisses de saManet a tranquillement copié tel qu’il était” écritjustifier : “J’étais alors ivre de jeunesse, ivre de la 11 théorie. “Il faut essayer de voir la nature telleZola également en 1867 (in Edouard Manet, étudevérité et de l’intensité dans l’art, ivre du besoin
qu’elle est, sans regarder dans les oeuvres et lesbiographique et critique).d’affirmer mes croyances à coups de massue.” opinions des autres. [Manet] fit effort pour oublierZola entreprend de justifier le tableau en faisantPar dépit, il se rabat un temps sur des peintres
tout ce qu’il avait étudié dans les musées ; il tâchaabstraction de ce qu’il représente au profit d’unesoucieux du fini soigné et précis, avant de cesser de ne plus se rappeler les oeuvres peintes qu’ilanalyse exclusivement plastique, d’ailleurs assezdéfinitivement d’écrire sur la peinture, n’ayant
avait regardées” (ibid. 1867). Manet cherchepeu poussée : “Il vous fallait une femme nue, etjamais trouvé, et pour cause, le Michel-Ange du pourtant ici surtout à se mesurer au Concertvous avez choisi Olympia, la première venue ; ilèmeXIX siècle.
champêtre de Giorgione et Titien et au Jugementvous fallait des taches claires et lumineuses et
de Pâris de l’atelier de Raphaël (Marc-Antoniovous avez mis un bouquet ; il vous fallait des• Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877
Raimondi).taches noires, et vous avez placé dans un coin uneLocalisation : niveau médian, salle “Naturalisme”.
négresse et un chat. Qu’est-ce que tout cela veut
“Il a été porté par son tempérament, et le plein air dire ? Vous ne le savez guère, ni moi non plus”
a fait le reste. Sa supériorité sur les peintres (ibid. 1867).
impressionnistes se résume dans ceci, qu’il sait Ainsi se trouve désamorcée toute la charge
réaliser ses impressions” (Salon de 1879). “Je me sulfureuse du tableau au bénéfice d’un jeu de
suis étendu sur M. Bastien-Lepage, parce qu’il est, taches qui trahit l’impuissance de Zola à penser 3
pour moi, le type du transfuge de l’Ecole des réellement “en peintre”, comme il le souhaitait,
beaux-arts revenant à l’étude sincère de la nature, car la recherche picturale de Manet va bien au-
12
9. Paul Cézanne : Baigneurs, 1890-92 1. Alexandre Cabanel : Naissance de Vénus, 1863
10. Maurice Denis : Taches de soleil sur la terrasse, 1895 2. Edouard Manet : Olympia, Salon de 1865
11. Jules Bastien-Lepage : Les Foins, 1877 3. Edouard Manet : Le Fifre, 1866
12. Léon Bonnat : Madame Pasca, 1874
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