Vincent Beckers parle de lecture artistique

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Vincent Beckers est guide touristique.
Durant sa formation, il a pris des notes de cours.
Dont il a fait la synthèse.
Qu'il partage volontiers.
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Publié le 03 février 2015
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Langue Français
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Vincent Beckerscours de Culture artistique Approche pour une lecture des œuvres d’art
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inspiré par Philippe Delaite IFAPME  Liège 2014
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Notes du cours : culture artistique Approches pour une lecture des œuvres d’artnote : les passages encadrés sont extraits du syllabus transmis par le Pr. Delaitte.  Objectifs annoncés : 1.répondre aux questions que l’on se pose lorsqu’on parle des œuvres d’art 2. s’outiller pour aborder la présentation / lecture des œuvrespour le public «Vivaldi n’a pas créé pour devenir une musique d’attente téléphonique». P.Delaitte Préliminaires à la lecture ou les écueils pour guide L’œuvre d’art suscite la passion, mais il n’en faut pas perdre la raison pour autant.Dans son présent personnel, faire la balance entre la passion personnelle et ce que l’on raconte. L’œuvre d’art n’est pas que la transcription d’un sujet. Souvent, on parle uniquement du sujet traité, en oubliant le support. ex. le martyr de St. Lambert : parler du saint,de son martyr. En oubliant qu’il s’agit avant tout d’une peinture.Le propos doit porter sur l’œuvre et pas uniquement sur le sujet.
L’œuvre d’art n’est pas qu’un document historique
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L’œuvre d’art n’est pas qu’une prouesse technique. Au niveaudes aspects techniques, les aborder, c’est bien, mais sans s’attarder inutilement. ex. Qui se sentira concerné par le fait qu’il s’agit d’une œuvre en fonte de cire perdue? La qualité d’une œuvre ne dépend ni du temps qu’il a été nécessaire pour la réaliser, ni de la maîtrise, ni de la patience de son auteur, encore moins des moyens déployés pour sa création. L’œuvre d’art n’est pas qu’une marchandise.La Joconde vaut X millions … Estce cela qui fait qu’elle a de la valeur?
Quand Vincent va au Louvre, voilà la photo qu’il prend devant la Joconde …
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Méthode d’approche d’une œuvre d’artInventaire préiconographique Observer. Conjurer l’habitude de ce siècle qui consiste à aller à l’essentiel.Bien regarder partout. Procéder à l’inventairede ce qu’on voit.Prendre son temps ! Procéder comme quelqu’un qui n’a aucune culture: n’employer que des noms communs, pas de noms propres. Dans cette étape, on décrit ce qu’on voit. Oublier le titre, l’auteur, le support, la technique. Avoir un regard neutre et oublier son bagage culturel. ex. Ce n’est pas un Christ, c’est un homme cloué sur une croix.Identification Identification n’est pas interprétation.Mettre en lien ce qu’on a vu (l’inventaire) avec notre culture, nos connaissances, nos références. Nourrir cette phase avec des textes, des documents, des cartes, des photos, des rechercher sur le Net. Se mettre en quête de sources utiles. On peut par exemple, faire des références à la vie de l’auteur, ce qu’il dit de son œuvre, s’intéresser à ses sources d’inspiration.Interprétation Mettre en relief les visions de l’artiste et les nôtres.Lien titre de l’œuvre et sujet.Soulever les questions : via les questions et/ou un conditionnel présent.
ndlr: ce que j’appelle: voir une œuvre avec le regard des gens de l’époque.
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Exemple: La Chute d’Icare, de Breughel.
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Inventaire préiconographique Ce que je vois, ce n’est pas la chute d’Icare! Je vois un laboureur, un paysage, la mer, un bateau, …Je vois un pêcheur, un troupeau, une ville, une île, un lever ou coucherde soleil …Identification Le titre exact de l’œuvre est: Paysage avec chute d’Icare.Breughel s’est inspiré du texte d’Ovide (Métamorphoses). Où retrouveton des traces de ce texte dans l’œuvre? Interprétation Quel sens donner au fait qu’Icare est à peine visible? Dans le texte d’Ovide, on parle de soleil auzénith… estce vraiment le cas ici ? pourquoi ? quel sens donner à la chose ? Pourquoi personne ne s’occupe du noyé? Quel lien y atilentre le titre de l’œuvre et ce qu’on voit?
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Le Christ au jardin des Oliviers
ème Mantegna15
ème Grecofin 16
ème Gauguinfin 19 Où trouveton la lignequi monte ? A gauche. Notre culture et notre éducation font qu’on lit les imagesde gauche à droite. Dans la construction des tableaux, ceci est toujours pris en compte. Le début de l’histoire à gauche, la fin à droite.Dans les trois cas, la troupe arrive de droite. Le Christ regarde à gauche.
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La question du titre Le titre est une invention contemporaine ! Dans le passé, on ne donnait pas de titre à l’œuvre. On la désignait sur base de son sujet. ex. la Vierge, la mère de Jésus, Notre Dame et non Seden Sempiense. ème Le titre n’apparaît qu’au 18 , à l’occasion de l’exposition des œuvres.L’identification de l’œuvre et le sujet de l’œuvre sont nécessaires pour les catalogues.C’est dans les salons et autres lieux de réception (Louvre), dont la mission était de révéler à la cour un éventail des meilleures œuvres du moment, que l’identification de l’œuvre s’est avérée nécessaire.Le titre est déjà une interprétation de l’image et induit une lecture de celleci. Parcours d’une œuvredans le temps. ème Florence, 1516 , un commanditaire va chez Raphaël et lui commande une madone. L’œuvre réalisée arrive chez son propriétaire.Elle devient la madone de Raphaël, le tableau de l’oncle Duchmol (commanditaire), le tableau sur la commode, …Temps. Le tableau arrive dans un musée. Le conservateur dispose de plusieurs œuvres similaires : même sujet et/ou même auteur.Du coup, la madone de Raphaël devient insuffisant pour l’identifier.On doit lui attribuer un détail pour la distinguer. Parfois, ce sera le nom du premier propriétaire, parfois un détail de l’œuvre, ou encore le nom du premier propriétaire de l’œuvre.
Madone au chardonneret
Madone à la prairie
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GiorgioneOrage Qui sont ces personnages ? A qui ou quoi fontils référence ? A défaut de savoir, on prend un détail de l’œuvre …Et voilà l’Orage.C’est la coutumeet le : par défaut  qui ontattribué ce titre à l’œuvre.Actuellement, les spécialistes s’interrogent toujours sur le sujet du tableau.
ManetDéjeuner sur l’herbe1863, à l’exposition au Salon des Refusés, l’œuvre s’intitule« le : bain ». En 1867, il devient « le déjeuner sur l’herbe». Le titre peut changer dans le temps. Par la volonté des conservateurs, des spécialistes … ou même des artistes, comme ce fut le cas ici.
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MonetImpressions soleil levant Le titre premier, donné par Monet : « Impressions. » L’auteur le modifia ensuite en : « Impressions soleil levant. » Le regard sur le sujet n’est pas le même. Le rôle du point orange devient central.
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Monet choisit d’abord « Argenteuil » pour cetteœuvre.Ensuite, il passa à « Les barques d’Argenteuil », « Bords de Seine à Argenteuil ». Actuellement, on l’appelle: « Le Pont d’Argenteuil ». Pour les impressionnistes ème (19 ) le titre ne revêt aucune importance. C’est une manière de désigner le sujet. Sans plus. Pour eux, il s’agit de pouvoir repérer une de leurs toiles dans une exposition. Sans plus.
GauguinLa pertedu pucelage
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ème A l’inverse, les symbolistes, au 19, attacheront une grandeimportance au titre. Pour eux, derrière le voile de l’apparence du monde visible se cache une autre réalité, mystérieuse, secrète. Le titre contribue à en révéler la présence. Ici, « la demoiselle élue » de Rossetti. Pour le symboliste, l’œuvre est constituée de l’image peinte ET des mots du titre.Imposs ible de toucher au titrepuisqu’il éclaire ou aide à la compréhension de l’œuvre. L’un ne va pas sans l’autre.
KopfMemories Sept fois lemêmepersonnagedans un décor flou. Le lien avec letitre devient le sens.
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GauguinD’oùvenonsnous ? que sommesnous ? où allonsnous ? Œuvre réalisée à un moment où, souffrant, l’artiste pensait qu’il allait mourir dans les heures suivantes. Ici aussi, le titre est indissociable de l’œuvre. Et seule une connaissance des circonstances de lacréation (en lien avec la vie de l’auteur) peut lui procurer un relief qu’il n’aurait pas sans celleci. MagritteTrahison des images Il est important de toujours être attentif à ne pas confondre le titre et le texte qui figure sur l’œuvre et ce,afin d’éviter l’effet de … trahison des images
MagritteClé des songes Le mot est différent de l’image.
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La question du genre La notion de genre sert à désigner le type de sujet traité dans l’œuvre.Le genre n’est pas un style (impressionnisme, …). Le genre, c’est paysage, nature morte, portrait, …Cette notion est apparue dans l’Antiquité. Elle a disparu au MoyenAge, période durant laquelle les œuvres d’inspiration uniquement religieuse ne permettaient guère de variation de genre. ème Jusqu’à la seconde moitié du 19 , face à un tableau, on cherchait l’histoire cachée; on appréciait l’œuvreau sujet raconté, et le prestige que ça avait.  La question était : «Qu’estce que ça raconte ? » Le «Déjeuner sur l’herbe » de Manetchoquait à l’époque, car le sujet était scandaleux. On parlerait de partouze aujourd’hui. Actuellement, la question est plutôt : «Qu’estce que ça représente ? » Notre perception n’est plus de raconter une histoire, mais de monter quelque chose. ème Au 17 , apparaît la première mention des genres et les premiers classements. L’académie française de peinture est fondée; il s’agit d’un lieu de réflexion et non de production. A ce momentlà, les académiciens ont observé que le public avait un goût pour les scènes de la vie quotidienne. Ils ne trouvent pas cela opportun: ce n’est pas noble.Pour eux, la référence à l’histoire (« h» minuscule) les scènes d’histoire, raconter une histoire, c’est que est important et qui a de la valeur.C.Q.F.D. : ce type de scènes est mieux jugé que celles de la vie quotidienne. Pourquoi ? Car on attribue à la peinture, un rôle d’éducateur. Il y a plus d’exemplarité dans l’histoire (historique, religieuse, mythologique, …) que dans les scènes de la vie de tous les jours. Cette référence / importance à l’histoire est le signe de la prépondérance du texte sur l’image.Les peintres ne sont considérés que comme des manuels; l’image est subordonnée au texte. Dans les scènes d’histoire, il y a un préconçu qu’on peut «faire de tout ». Tandis que celui qui est spécialisé en natures mortes, p.e., ce n’est pas le cas.ème ème Fin 18 , début 19, la scène d’histoire est celle qui peut apporter prestige au peintre, par rapport au bête portraitiste. Dans les salons, on reçoit des médailles. Etce qui peut rapporter des médailles, c’est la scène d’histoire! ème Ce qui fait dire à Wirz, peintre wallon du 19 : «La peinture d’histoire pour la gloire, les portraits pour la soupe. » ème Au 19, la peinture d’histoire adroite aux plus grands formats. On va carrément dans la taille humaine, le 1/1. Cette peinture n’a donc pas de vocation domestique … impossible de mettre chez soi du 4 mètres sur 8 ! Par contre, nous sommes face à une vocation collective : musées, palais, hôtels de ville.
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