Corrigé bac S 2014 Pondichéry philo sujet 1

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Une œuvre d'art peut-elle être immorale ? Une œuvre d'art est une production matérielle qui vise le beau, que l'on puisse depuis Platon la définir comme une copie de la réalité ou comme « ce qui rend visible l'invisible » (Paul Klee), c'est-à-dire comme une création. En ce sens, l'oeuvre d'art n'a pas de valeur morale, ne concerne pas le bien ni les jugements que nous pouvons formuler pour répondre à la question kantienne « que dois-je faire ? » Cependant, certaines œuvres sont censurées ou interdites parce qu’elles sont susceptibles de heurter la morale des spectateurs, elles sont rejetées sous prétextes qu'elles contiennent des idées contraires à la morale. Qu'est-ce que l'on juge comme étant immoral dans l'oeuvre? Juge-t-on son contenu ou bien juge-t-on le fait même d'être une production artistique ? Le problème est le lien entre jugement moral et jugement esthétique car le premier concerne nos actions, jugées bonnes ou mauvaises au sens universel (pour tous les hommes), alors que le second est une affaire de goût, parfois subjectif car faisant référence à nos sensations, notre sensibilité et notre imagination. S’il s’agit bien de jugement, qu'est-ce qui est jugé dans l'oeuvre d'art, son contenu ou sa nature spécifique de représentation de la réalité, de création même d'une réalité ?

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Publié le 14 avril 2014
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Langue Français
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Une œuvre d'art peut-elle être immorale ?
Une œuvre d'art est une production matérielle qui vise le beau, que l'on puisse depuis Platon la définir comme une copie de la réalité ou comme « ce qui rend visible l'invisible » (Paul Klee), c'est-à-dire comme une création. En ce sens, l'oeuvre d'art n'a pas de valeur morale, ne concerne pas le bien ni les jugements que nous pouvons formuler pour répondre à la question kantienne « que dois-je faire ? » Cependant, certaines œuvres sont censurées ou interdites parce qu’elles sont susceptibles de heurter la morale des spectateurs, elles sont rejetées sous prétextes qu'elles contiennent des idées contraires à la morale. Qu'est-ce que l'on juge comme étant immoral dans l'oeuvre? Juge-t-on son contenu ou bien juge-t-on le fait même d'être une production artistique ? Le problème est le lien entre jugement moral et jugement esthétique car le premier concerne nos actions, jugées bonnes ou mauvaises au sens universel (pour tous les hommes), alors que le second est une affaire de goût, parfois subjectif car faisant référence à nos sensations, notre sensibilité et notre imagination. S’il s’agit bien de jugement, qu'est-ce qui est jugé dans l'oeuvre d'art, son contenu ou sa nature spécifique de représentation de la réalité, de création même d'une réalité ? Afin de comprendre dans quelle mesure l'art et la morale appartiennent à deux domaines distincts, il faudra se demander dans un premier temps si une œuvre d'art peut être immorale dans son contenu ou sa démarche puis s'interroger sur le la moralité du jugement de goût universel, pour enfin examiner le caractère amoral de l'oeuvre d'art.
Plan possible
I.Qu'est-cequiestimmoraldansl'oeuvre? 1. Condamnation de l'art Pour Platon, les artistes sont des charlatans, ils ne font que des copies de la vérité et de la réalité Le reproche d'immoralité trouve son fondement dans l'accusation Platonicienne du contenu représenté comme du geste des artistes. Ils nous font croire, sous prétexte qu'ils sont « inspirés » en une réalité qui n'existe pas. Ils n'ont pas leur place dans la cité car ce sont eux qui apporteraient « les plus grands maux ». D'autre part Platon reproche aux artistes de faire en sorte que leur public se complaise à la contemplation d'oeuvres qui ne sont que des illusions, à rester prisonniers des images et faux-semblant offerts à leur sensibilité. 2. Les contenus censurés De nombreuses œuvres n'ont pas été montrées, ni diffusées, ni publiées parce que leurs contenus sont considérés comme pervers. A partir du XVII° siècle, à ce que l'on nomme par exemple « la peinture historique » qui retrace les grandes actions, les vies des saints ou des héros s'oppose « la peinture de genre ».«Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux ! » .Cette pensée de Pascal montre un tournant dans l'histoire de l'art car non seulement on n'admire point des contenus triviaux, des scènes du quotidien qui peuvent être immorales, (les scènes d'auberge par exemple), mais on n'admire point non plus la ressemblance, la manière dont le peintre « rend » ces sujets. Il y a donc comme une double accusation de vanité de la peinture, et si nous ajoutons un dernier sens, ce serait les tableaux étant eux-mêmes nommés des vanités, représentant le caractère temporel et vain de l'existence. On peut dans l'histoire de la peinture (le Salon des Refusésavec Cézanne et Manet, le tableaul'Origine du mondede Courbet) comme de la littérature (Mme Bovary) ou du cinéma (Les sentiers de la gloirede S. Kubrick) trouver de nombreux exemples de censures. Ces œuvres sont aussi bien censurées pour leur contenu que pour la manière dont la réalité est représentée par l'artiste et il faut alors se demander « qu'est-ce qui est immoral ? »
3. Morale et politique : l'art totalitaire Un cas particulier de jugement des œuvres au regard de leur immoralité est l'art totalitaire. On sait par exemple que pour le régime nazi, l'art moderne a été interdit et appelé « art dégénéré » au profit d'un art officiel et héroïque. Contre un art original et inspiré, le régime nazi va encourager une représentation conforme à l’idéologie, neutre, massive et qui relève d’un instrument de propagande beaucoup plus que de la création. L’art dégénéré quant à lui est accusé d’immoralisme au sens d'une dégénérescence mentale allant jusqu’à l'obscénité et la folie. De même le pouvoir de Staline met fin aux créations d’avant-garde au nom du réalisme politique qui seul représenterait la vérité et la grandeur du peuple soviétique.
II. La moralité du jugement de goût 1. L'oeuvre n'est pas moralisatrice Il faut rappeler que le but de l'oeuvre d'art n'est pas la morale, mais le plaisir ; la valeur qui est en jeu dans une ouvre n'est pas le bien, mais le beau. Ainsi toute censure qui prétend supprimer certaines œuvres ou qui impose aux publics certaines images représentatives de valeurs morales considère que la fonction de l'art est de transmettre un message moralisateur. Tout se passe comme si un pouvoir (politique ou religieux) face à un public incapable de juger, de penser les notions de bien et de mal pouvait contrôler la morale et soumettre le public à une morale officielle. N'est-ce pas oublier que toute œuvre d'art est le fruit de l'imagination, est une fiction et non une copie de ce qui se passe en morale : des actions, des conduites, des comportements ? 2. L'universalité du jugement chez Kant Pour Kant le jugement de goût de type « c'est beau » se distingue du jugement de connaissance comme du jugement moral. L'oeuvre d'art est indépendante de nos pratiques et n'a pas plus pour but d'édifier le public que de donner des règles pratiques.L'oeuvre d'art est désintéressée, mais comment alors juger de la présence de ce sens non moral ? Kant explique que le beau, comme le bien moral, ne sont liés à aucun intérêt et cependant si le principe de la moralité est connaissable par un concept universel, l'appréciation du beau vaut universellement mais sans concept. 3. La finalité sans fin L'oeuvre d'art est désintéressée, mais comme tout produit proprement humain elle a une finalité, sans pour autant que l'on puisse déterminer cette fin. Ce qui a été créé dans l'oeuvre n'a pas un but utilitaire ni moral. Par exemple une peinture religieuse est censée transmettre un message, mais ce qu’il y a d'esthétique en elle, ce qui nous touche, reste étranger à cette intention religieuse (au point que l'Eglise a condamné certains tableaux, certains chants ou statues de crainte que le fidèle ne soit pas sensible au message moral, à la leçon mais à la beauté de l'oeuvre). III. Le caractère amoral de l'oeuvre d'art 1. Le beau symbole du bien Pour Kant, l'oeuvre n'est pas la ressemblance parfaite entre la réalité et sa représentation, l'oeuvre n'est pas une copie du réel mais une relation symbolique s'instaure entre le beau et le bien. Le beau ne symbolise le bien moral que par le biais d'un libre jeu des facultés de l'esprit. C'est d'une manière inconnue et indirecte que le beau se rattache par analogie à l'intelligible, c’est-à-dire aux Idées qui ne sont pas connues directement par la sensibilité. Comme dans le processus de création, Kant explique
cet accès aux valeurs morales comme étant indémontrable objectivement. 2. L'art n'est pas une imitation du bien Nous désignons souvent les belles choses par des termes moraux (une bonne action dans un tableau épique,) ou jugeons les comportements des artistes (la folie de tel ou tel peintre) lorsque notre conception traditionnelle de l'art renvoie au mimétisme (imitation de la nature). Cependant si on considère l'art moderne non figuratif, il semble être la confirmation des analyses de Kant : un art dépourvu de tout but et de tout concept, un art qui ne concerne pas la morale et pourtant qui n'est pas dépourvu de tout humanisme par sa finalité intrinsèque. 3. La valeur de l'oeuvre d'art Là où la loi morale unifie les intérêts égoïstes en les dépassant, l’oeuvre d’art unifie le divers sensible pour conduire à l’intelligible par une possibilité subjective. Il ne s’agit donc pas d’isoler le contenu de l'oeuvre pour la juger moralement, ce qui la réduirait à n’être qu’un simple discours moralisateur ou critiquable. Ce serait d’ailleurs réduire la morale elle-même à un ensemble de règles que l'on devrait appliquer, c’est-à-dire une morale hétéronome refusant de faire de l’homme un être libre et autonome (qui se donne lui-même ses propres règles). Comme la morale qui existe pour elle-même, l'oeuvre est à elle-même sa propre fin et rien ne saurait la rendre meilleure. Florence Begel