ECRIRE UN CONTE MERVEILLEUX EN SIXIEME
69 pages
Français

ECRIRE UN CONTE MERVEILLEUX EN SIXIEME

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IUFM de Caen Année 2000-2001 Lettres Modernes ECRIRE UN CONTE MERVEILLEUX EN SIXIEME Anne-Lise JOUAUX Mémoire professionnel dirigé par Claudine CADOT
  • points théoriques
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Langue Français

IUFM de Caen Année 2000-2001
Lettres Modernes









ECRIRE UN CONTE MERVEILLEUX
EN SIXIEME












Anne-Lise JOUAUX






Mémoire professionnel dirigé par
Claudine CADOT SOMMAISOMMAISOMMAISOMMAIRRRREEEE


Introduction

I. La théorie : définitions et problèmes posés

A. Qu’est-ce qu’un conte merveilleux ?
A.1. Définition
A.2. L’origine orale du conte
A.3. Le côté intemporel du conte
A.4. Les personnages
a. L’analyse de Propp
b. Le schéma actantiel de Greimas
c. Où trouver l’originalité ?
d. Caractériser et faire évoluer les personnages
A.5. La structure et l’intrigue
a. La structure du conte
b. Les étapes du schéma narratif dans le conte
A.6. Le merveilleux et le pacte de lecture
A.7. La narration et la focalisation
A.8. La narration impersonnelle
A.9. La fonction du conte
a. La fonction éthique et initiatique
b. La fonction culturelle et sociale

B. Le conte en classe de sixième
B.1. Les instructions officielles
B.2. Un genre pédagogique
a. Du côté des compétences à acquérir
b. L’interprétation psychanalytique de Bettelheim

C. Problèmes sous-jacents à l’écriture d’un conte
C.1. L’imagination débordante ou déficiente
C.2. Le problème du destinataire et de la réception
C.3. Ecrire, relire, réécrire
a. Le problème de la relecture
b. Le brouillon : lieu de perfectionnement de l’écriture


II. Application didactique et pédagogique

A. Place de la séquence dans le projet annuel

B. Objectifs retenus

C. Elaboration d’une séquence didactique
C.1. Définition
C.2. L’innutrition comme source d’inspiration C.3. La consigne
C.4. Plan de la séquence
C.5. Description des séances et du matériel didactique élaboré

D. Problèmes soulevés lors de l’élaboration de cette séquence
D.1. Le problème des contraintes
D.2. Le déclencheur
D.3. L’auto-correction de la langue
D.4. Le rythme de travail différent des élèves
D.5. me de la séquence

E. Comment évaluer ?
E.1. Evaluations préconisées par les Instructions Officielles
E.2. Evaluation diagnostique
E.3. Evaluation formative
E.4. Evaluation sommative


III. Analyse et critique

A. Problèmes rencontrés en classe au cours de cette séquence
A.1. Bilan général
A.2. La différence entre le fantastique et le merveilleux
A.3. La pédagogie différenciée et le travail du professeur

B. La recherche des idées : avantages et inconvénients de la fiche-élève
B.1. Inconvénients
B.2. Avantages
B.3. Remédiation

C. Les brouillons
C.1. Efficacité pour améliorer le contenu ?
C.2. Efficacité pour corriger la langue ?

D. Les productions

E. Comment évaluer la validité de la séquence ?
E.1. Un questionnaire aux élèves
E.2. L’évaluation des productions
E.3. La comparaison avec les production écrites antérieures

F. Propositions d’amélioration
F.1. La démarche d’ensemble
F.2. L’organisation du travail
F.3. L’évaluation
F.4. Le travail sur logiciel informatique

Conclusion

Annexes











INTRODUCTION Au collège, l’expression écrite n’est un exercice facile ni pour l’élève ni pour le
professeur débutant. Je l’ai rapidement constaté avec ma classe de sixième.

Tout d’abord, j’ai pris conscience dès le premier sujet proposé en septembre que cet
exercice n’est que très peu pratiqué à l’école primaire et que, par conséquent, les élèves n’ont,
à ce stade, pas beaucoup d’acquis en expression écrite.
D’autre part, par manque d’expérience et de pratique, j’ai éprouvé des difficultés à
faire écrire ces élèves. Sur quel sujet leur plaît-il d’écrire ? Quelles consignes et quelles
contraintes leur donner ? Quels outils leur apporter ? Comment évaluer ? Je n’avais pas non
plus conscience qu’ils avaient besoin bien souvent d’un « déclencheur » d’écriture. Je me suis
donc sentie tout à fait désemparée et incompétente dans ce domaine, n’ayant, en outre, aucune
expérience personnelle d’écriture fictive, excepté les rédactions au collège. En conséquence
de quoi, j’ai proposé au mois d’octobre un sujet d’écriture sur un texte poétique qui n’a pas du
tout plu à mes élèves – probablement à cause des contraintes qui visaient à atteindre certains
critères formels de poésie (les rimes notamment) mais en omettant l’essence même du
poétique. Cette erreur de ma part a momentanément fâché certains de mes élèves avec
l’écriture, avec la fameuse « rédaction ». Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. D’une part,
ils se sont représenté la rédaction comme un exercice gratuit imposé selon le bon-vouloir du
professeur – et je les ai peut-être entraînés à ce moment à penser ainsi. D’autre part, pourtant
contents bien souvent de leur production, ils ont été déçus par les mauvaises notes qui se
fondent sur des critères d’évaluation bien précis. Bilan à la fin du mois d’octobre : un
professeur désarmé et des élèves démotivés face à ce type d’exercice.
Les énormes difficultés de mes élèves en expression écrite et l’importante
hétérogénéité sont aussi et surtout les deux raisons qui m’ont incitée à travailler sur ce sujet :
en effet, combien est grand l’écart entre un « surdoué » et deux élèves qui ne maîtrisent ni la
lecture ni la compréhension écrite !
Comment puis-je donc faire progresser chaque élève de cette classe hétérogène en
expression écrite et comment donner à chacun le plaisir d’écrire ?
Ce mémoire est le fruit d’une réflexion sur ce sujet. Il vise à envisager des solutions
pour faire progresser chaque élève de la classe, pour les motiver et pour leur donner le goût
d’écrire. J’ai choisi plus particulièrement l’écriture d’un conte merveilleux dans la mesure où
c’est un genre très prisé en sixième, recommandé par les Instructions Officielles pour sa
richesse pédagogique et didactique et susceptible de plaire à des élèves encore tout jeunes.
Après m’être documentée sur le conte merveilleux et sur les problèmes que peut poser
l’écriture d’un conte, je me suis intéressée à des pratiques déjà expérimentées pour, à mon
tour, mettre en place une pratique qui m’a semblé appropriée à ma classe. La troisième partie
de mon mémoire permet enfin d’analyser cette pratique, les résultats obtenus par les élèves et
la validité de ce travail.



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LA THEORIE : :::

Définitions et problèmes posés Avant tout, pour pallier à la difficulté que j’ai rencontrée à faire écrire mes élèves,
s’est imposé à moi le besoin de me documenter sur des points théoriques. Après avoir
développé les caractéristiques du conte merveilleux, je montrerai quelle place tient le conte en
classe de sixième. Enfin seront abordés les problèmes que peut poser l’écriture d’un conte.


A. Qu’est-ce qu’un conte merveilleux ?

A.1. Définition

Le conte est un genre narratif qui n’est pas facile à définir clairement. En effet quels
points communs entre les contes que l’on lit aux enfants, les contes fantastiques de
Maupassant ou les contes philosophiques de Voltaire ? Mieux qu’un genre clairement codé, il
faut plutôt parler de différentes tendances.
1Pourtant certains critères peuvent concourir à le définir . En effet, c’est un texte en
prose qui raconte des histoires, des aventures humaines sous forme de récit. En cela, il se
différencie du mythe qui, lui, raconte les hauts faits des dieux et des demi-dieux. D’autre part,
le conte est un récit d’origine populaire à transmission orale : il est en cela aussi différent du
mythe d’origine sacrée. Son but est d’instruire tout en distrayant les parents comme les
enfants. De surcroît, c’est un récit qui fait intervenir des pouvoirs surnaturels et qui tend donc
vers le fantastique ou le merveilleux (par exemple, les animaux peuvent y parler…). Enfin,
par le biais des situations et des personnages comme les monstres ou les fées, il exprime les
peurs et les désirs des hommes.
2Aarne-Thomson a proposé une typologie des contes communément admise . Elle
distingue les contes proprement dits, à savoir les contes merveilleux et réalistes (contes de
Grimm, Perrault, Gripari…), les contes d’animaux (par exemple, Les trois petits cochons), les
contes facétieux composés de propos grivois ou satiriques (notamment La betterave de
Grimm), les contes énumératifs dans lesquels une formule est inlassablement répétée. Pour
compléter cette typologie, il faudrait ajouter les contes étiologiques qui expliquent l’origine de
certains phénomènes (par exemple Le gosier de la baleine de Kipling) et les contes
parodiques (comme La fée du robinet de Gripari qui s’inspire des Fées de Perrault). J’ai

1 J’écris des contes et des nouvelles, L. Timbal-Duclaux, p.16.
2 Typologie de Aarne-Thomson reprise dans la NRP, sept 1997, p.17. choisi de privilégier pour mon travail les contes merveilleux dont les caractéristiques vont être
davantage détaillées dans la suite de cette partie.

A.2. L’origine orale du conte

A l’origine, le conte participait d’une culture vivante que l’on transmettait de bouche à
oreille comme les chansons. Des écrivains comme Perrault ont transcrit les contes qu’ils ont
entendu raconter. C’est avec ces transcriptions qu’est né le conte en temps que genre littéraire.
Il est donc intéressant de se souvenir de cette origine orale et d’en faire prendre
conscience aux élèves. Les contes écrits portent parfois des marques d’oralité qui ont le mérite
de rappeler cette origine et qu’il faut souligner : par exemple, le narrateur s’exprime parfois à
la première personne et s’adresse à l’auditeur-lecteur. Il semble de même nécessaire de
travailler la mise en voix des contes ou la manière de les raconter sans support écrit. La
séquence mise en place dans la deuxième partie de ce mémoire essaiera de tenir compte de
ces remarques.

A.3. Le côté intemporel du conte

La formule initiale, l’époque et les lieux font du conte merveilleux un récit intemporel.
En effet, pour ce qui est de la formule initiale (de type « il était une fois » ou un équivalent),
elle « nous débraye du monde actuel pour nous plonger chacun dans un autre monde, un
3monde imaginaire » . Cette formule magique place d’emblée le lecteur dans un autre monde
qui n’est situé ni dans le temps ni dans l’espace. Les indications de lieux et de temps vont
dans le même sens : elles sont imprécises (une forêt, un château, une chaumière… ; il y a bien
longtemps, jadis…).
Tous ces éléments concourent à l’intemporalité : le conte n’a pas un seul sens, il a des
sens différents selon l’âge, l’époque, le continent et les préoccupations du lecteur. En cela, les
contes du Moyen Age ont encore une valeur pour les lecteurs d’aujourd’hui.

A.4. Les personnages

Après avoir évoqué les théories des deux structuralistes Propp et Greimas sur les
personnages, nous nous attarderons sur la manière de caractériser et nommer ces derniers.


3 J’écris des nouvelles et des contes, p.22. a. L’analyse de Propp
Dans la Morphologie des contes, Propp, et Greimas à sa suite, refuse le concept
classique de « personnage », c’est-à-dire de personne fictive, et le remplace par un terme plus
abstrait, celui d’ « actant ». Un actant représente toute force agissante dans le récit, c’est-à-
dire susceptible de modifier son cours. Ainsi, le structuraliste admet comme actant non
seulement les personnages traditionnels, mais encore toutes les réalités qui participent à
l’action : institutions, groupes sociaux, sentiments, valeurs, objets.
4Dans les contes russes qu’il analyse, Propp distingue sept actants ou « fonctions ». Le
héros est le personnage souvent sympathique auquel s’identifie naturellement le lecteur. Il
rencontre par hasard au début du récit un autre personnage à qui il rend service : c’est le
« donateur » qui, pour le remercier, lui remet un objet magique qui l’aidera dans son
entreprise. L’ « agresseur » (l’adversaire) est le personnage antipathique par excellence qui
est normalement vaincu par le héros à la fin de l’histoire. Ensuite, Propp rassemble deux
personnages qui, en fait, n’en font qu’un quant à la structure du récit selon lui : la princesse
et son père. Le père (roi, maître, prince, chef…) représente l’ordre social menacé par le
méchant, et la princesse est souvent la future récompense sociale du héros qui, en l’épousant,
devient prince. Le « mandateur » est celui qui « envoie » le héros dans sa quête du méchant,
déclenchant ainsi l’histoire. Enfin, le faux héros est un rival du héros. Selon Propp, au début,
on peut croire qu’il est le vrai héros, mais à la fin, son imposture ou son insignifiance est
démasquée (il n’est pas indispensable). Les autres personnages sont accessoires dans la
structure du récit.

b ) Le schéma actantiel de Greimas
Greimas, dans La Sémantique structurale, simplifie le système actantiel mis en
évidence par Propp. Il définit un « schéma actantiel » applicable non seulement au héros, mais
encore aux autres personnages principaux de tous les récits, notamment du conte.
Le sujet (ou héros) est celui qui désire un objet. L’objet (ou « princesse ») est
représenté par celui qui est l’objet du désir du sujet. Le sujet est poussé par un destinateur
(ou mandateur), l’actant qui a le pouvoir de susciter le désir de l’objet (ou pas). Le sujet est
poussé dans la direction d’un autre actant, le destinataire (ou bénéficiaire), qui a le pouvoir
de recevoir cet objet (ou de le refuser). D’autre part, le sujet est aidé par l’adjuvant (ou
auxiliaire) qui le seconde dans sa tâche pour acquérir l’objet. Mais il est contrarié dans ses

4 Morphologie du conte, chapitre 6, p.96-97.