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L'AUTRE AMERIQUE

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  • redaction - matière potentielle : du dossier
D O S S I E R P É D A G O G I Q U E A V E C L E S OU T I E N D E L A F ON D A T I O N J U L I U S B A ER [ C O N T R E ] C U L T U R E / C H Karlheinz Weinberger, Zurich, 1962 M U S E E D E L ' E L Y S E E T + 4 1 21 31 6 9 9 11 U N M U S E E P O U R L A P H O T O G R A
  • travail dans le monde de l'art contemporain
  • signe de soumission aux hiérarchies sociales
  • famille au musée
  • photographies de police documentant des acci- dents de circulation dans le canton de nidwald
  • relations de soumission au pouvoir politique
  • histoire de la contre-culture avec la bohème
  • critique du signe identitaire
  • photographie
  • photographies
  • culture
  • cultures

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DOSSIER PÉDAGOGIQUE
AVEC LE SOUTIEN DE LA FONDATION JULIUS BAER
[CONTRE] CULTURE/CH



Karlheinz Weinberger, Zurich, 1962

MUSEE DE L’ELYSEE T + 41 21 316 99 11
UN MUSEE POUR LA PHOTOGRAPHIE F + 41 21 316 99 12
18, AVENUE DE L’ELYSEE INFO@ELYSEE.CH
CH–1006 LAUSANNE WWW.ELYSEE.CH


TABLE DES MATIÈRES




INFORMATIONS PRATIQUES 3

SPÉCIAL ENFANTS 4

[CONTRE] CULTURE/CH 5

CULTURE ET COMPORTEMENT 8

HUMOUR, IRONIE, DECALAGE 14

CRITIQUE DU SIGNE IDENTITAIRE 17

PROPOSITIONS D'ACTIVITES PEDAGOGIQUES 21














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INFORMATIONS PRATIQUES


Heures d’ouverture Le Musée de l’Elysée est ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h, ainsi
que les jours fériés

Adresse 18, avenue de l’Elysée, 1014 Lausanne
T + 41 21 316 99 11
F + 41 21 316 99 12
E info@elysee.chwww.elysee.ch

Transports bus n°4 et n°8, Montchoisi / Musée Olympique ; n°2, Croix-d’Ouchy ; n° 25,
Elysée. Métro M2, Délices.

Visites L’entrée au musée est gratuite pour les élèves et leur enseignant/e.
Ce dernier bénéficie de la gratuité s’il souhaite préparer sa visite.

Ce dossier est téléchargeable sur www.elysee.ch, rubrique médiation cultu-
relle.

Des visites commentées – en français, allemand ou anglais – sont propo-
sées aux groupes (maximum 25 personnes).
La visite est facturée CHF 60.- (au lieu de 85.-) pour les écoles. Prière de
s’inscrire à l'accueil 10 jours à l’avance, par téléphone au 021 316 99 11 ou
par e-mail à l’adresse radu.stern@vd.ch

Visites Guidées Dimanche 11 décembre 16 h
Visite guidée par Eva Ruffini

Dimanche 18 décembre 16 h
Visite guidée par un guide du musée

Dimanche 8 janvier 16 h
Visite guidée par un guide du musée

Dimanche 15 janvier 16 h
Visite guidée par un guide du musée

Dimanche 29 janvier 16 h
Visite guidée par un guide du musée

Conférences


Dimanche 22 janvier, Salle Lumière, 16 h
Cycle "Histoire de la photographie en 10 leçons"
La photographie documentaire par Radu Stern





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SPÉCIAL ENFANTS


En famille au musée Pendant que les parents visitent l'exposition, les enfants la découvrent à
travers des propositions ludiques.


Dimanche 8 janvier 16 h
Dimanche 15 janvier 16 h
Dimanche 29.janvier 16 h



Inscriptions et contact
Radu Stern
021 316 99 11
radu.stern@vd.ch


Rédaction du dossier : Radu Stern, responsable des programmes éducatifs






















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[CONTRE] CULTURE/CH
Même si certains auteurs ont voulu commencer l'histoire de la contre-culture avec la bohème ou,
1encore plus loin dans le temps, avec les cyniques de l'antiquité grecque ou avec Abraham , le terme
2
de "contre-culture" n'apparaît pas avant les années 1960. En effet, le concept est étroitement lié
aux événements qui ont secoué profondément la société américaine de cette décennie : la marche
pour les droits civiques des Noirs, l'abandon de la ségrégation raciale, les beatniks, les bikers, qui
parcouraient la mythique Route 66 sur leurs Harley-Davidson, la révolte des étudiants américains,
l'opposition à la guerre du Vietnam, le flower-power, les hippies, ou le festival de Woodstock. Né
aux États-Unis, le mouvement se propage dans toute la société occidentale et au- delà : les jeunes
écoutent partout de la musique folk, les Beatles ou les Rolling Stones, s'habillent en blue jeans, le
nouvel uniforme et célèbrent la libération sexuelle grâce à la pilule anticonceptionnelle. Certains
expérimentent plus ou moins ouvertement des substances illicites. D'autres tentent de vivre des ex-
périences de vie communautaire, qui vont se révéler éphémères. Des tabous tombent. On assiste à
l'outing des homosexuels et au triomphe du féminisme. Partout, on rejette la culture du papa, ses
valeurs ringardes, ses règles obsolètes et ses codes vestimentaires, qui paraissent caducs. On aban-
donne la cravate, perçue comme un signe de soumission aux hiérarchies sociales.
Le rejet dépasse de loin l'habituel conflit intergénérationnel. L'anticonformisme se répand. On re-
cherche un autre style de vie. C'est le temps des cheveux longs pour les garçons et de la minijupe
pour les filles. Le refus de la culture dominante se transforme parfois en contestation violente,
comme pendant Mai 68 en France. Le moment est très propice aux utopies : sous les pavés, la plage
! L'autorité des "vieux", qu'ils soient parents, enseignants, ou supérieurs hiérarchiques est forte-
ment remise en question.
Naturellement, la Suisse n'a pas pu rester à l'écart de ces bouleversements majeurs. Déjà au temps
de la grande messe de la culture officielle que se voulait l'Exposition nationale de 1964, l'édifice
commençait à se fissurer et les signes d'une autre culture, anti-autoritaire, opposée à celle officielle,

1 Ken Hoffman; Dan Joy, Counterculture through the Ages: From Abraham to Acid House, New York:
Villard, 2004
2 Theodore Roszak, The Making of a Counter Culture: reflection on the technocratic society and its youthful opposi-
tion, Garden City: Doubleday, 1969
5

devenaient de plus en plus présents. Les films d'Henry Brandt, les résultats censurés de l'enquête
Gulliver, les écrits de Friedrich Durrenmatt et Max Frisch égratignent les valeurs de l'helvétitude tra-
ditionnelle. Une culture alternative se développe dans tous les domaines et investit les lieux les plus
divers : on fait de la musique et du théâtre dans d'anciens bâtiments industriels désaffectés, on ex-
pose dans des squats et autres lieux improvisés, on écoute les radios locales. Le monopole de la
culture officielle est attaqué de toute part.
Dans les années 1970, la contestation prend une tournure plus politique. Très influent dans l'espace
culturel francophone, Pierre Bourdieu décrit la culture officielle comme un instrument utilisé par la
classe dominante pour perpétuer sa domination. Dans sa vision, la culture officielle n'est rien d'autre
qu'un outil qui assure la reproduction sociale par la distinction entre ceux qui maîtrisent les codes et
3les masses populaires. En suivant un maître à penser comme Bourdieu, certains tentent de délégiti-
mer la culture officielle en insistant sur ses relations de soumission au pouvoir politique, la décrivent
comme réactionnaire et essaient de promouvoir une culture populaire en tant que contre-culture,
capable, d'après eux, de changer la société.
La vision post-moderne, caractéristique des années 1980, change la donne. Dans cette perspective,
les anciennes oppositions passé/présent, tradition/modernité, ou contre-culture/culture officielle s'es-
tompent. Pour le relativisme post-moderne, il n'y a plus de hiérarchie : tout est culture, sans distinc-
tion ! Tout est permis, ou presque ! Par conséquent, plus d'opposition possible ! Les créations criti-
ques ont quasiment autant de chances d'être subventionnées que les autres officielles, prouvant la
capacité de récupération de la société de consommation, déjà décrite par Herbert Marcuse dans les
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années 1960 . L'art contestataire se vend bien ! Dans un climat de permissivité générale, la subver-
sion directe du système devient presque impossible et les artistes critiques doivent adopter des stra-
tégies décalées. L'exposition, conçue par les commissaires Daniel Girardin et Sam Stourdzé, est une
évocation du thème de la contre-culture en Suisse dans la photographie et la vidéo, de la fin des
années 1950 à nos jours.

3 Pierre Bourdieu, La Distinction, Paris : Ed. de Minuit, 1979
4 Herbert Marcuse, One-dimensional Man: Studies in the ideology of the advanced industrial society, Boston: Beacon
Press, 1968
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CULTURE ET COMPORTEMENT
Une des formes les plus visibles de la contre-culture émergeante a été la recherche de styles de vie
alternatifs, avec leurs propres codes vestimentaires et de comportement. En Suisse, les premiers ont
été les Zurichois.
Karlheinz Weinberger
Manutentionnaire à l'usine Siemens-Albiss à Zu-
rich, Karlheinz Weinberger n'a jamais eu de
formation de photographe. Ce qui ne l'a pas em-
pêché de produire une oeuvre d'un intérêt consi-
dérable. Après avoir photographié pour le maga-
zine gay Der Kreis sous le pseudonyme de Jim,
Weinberger rencontre en 1958 Jimmy Oechslin,
un des Verlausten (Pouilleux) de Zurich. Grâce à
lui, il pénètre l'univers fermé d'une bande de
jeunes rebelles fascinés par la contre-culture amé-
ricaine en train de naître. Pour se démarquer et
montrer leur opposition aux normes et conven-
tions sociales, ces Halbstark (mi-forts), comme les
appelaient les Zurichois, avaient adopté un style
Karlheinz Weinberger, Zurich, 1962
vestimentaire singulier qui affirmait leur appartenance à la bande : bottes, blue jeans, dont la bra-
guette zippée était remplacée par des boulons ou des chaînes, boucles de ceinture hypertrophiées
avec l'effigie de leur idole Elvis Presley, dont le nom s'étalait parfois en toutes lettres sur leurs panta-
lons, fers à cheval accrochés à la taille, des casques militaires et des vestes en denim. Ces accessoires
étaient différents de ce que portaient leurs modèles américains. L'apparition des Halbstark dans les
rues de la ville était très choquante pour les Bürgers zurichois, tirés à quatre épingles.
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Imitant les Hell's Angels, la célèbre bande de bikers californiens, les Halbstark se déplaçaient en mo-
to. Sans jamais faire vraiment partie de la bande, dont bien des membres étaient de mauvais gar-
çons, Weinberger va les suivre pendant des années. En les photographiant chez lui ou lors de leurs
sorties, il fait des portraits et des photographies de groupe.
Pendant longtemps, ces images n'étaient connues que de quelques collectionneurs avertis, jusqu'à
5
leur publication en volume en 2000. A la suite de leur diffusion, elles ont fortement influencé d'au-
tres artistes, comme le photographe Steven Meisel dans sa campagne de publicité pour les jeans
Versace ou le styliste Martin Margiella, qui a dessiné des boucles de ceinture géantes, directement
inspirées de celles des Hell's Angels suisses
Yann Gross
Dans la période actuelle, qui tolère pratiquement presque
tout style vestimentaire et qui récupère les écarts afin de
les proposer en tant que nouvelles modes, une démarche
comme celle des Halbstark n'est plus possible. Pour faire
voir cette évolution, le travail de Karlheinz Weinberger
est contrasté avec celui de Yann Gross qui, pendant un
voyage en mobylette en Valais, a découvert une commu-
nauté étrange, folle de musique country et de rodéos.
Férus d'Amérique, endroit dont ils rêvent, mais où ils
n'ont jamais mis les pieds, ils ont recréé une petite "Amé-
Yann Gross, Lion des montagnes, Bramois, 2005
rique" à eux dans la vallée du Rhône. Leur rêve n'est pas l'American Dream, le rêve américain habi-
tuel de la success story dans le pays de toutes les possibilités, mais le rêve suranné d'une Amérique
imaginaire, façonnée par les westerns d'Hollywood. Habillés en cow-boys et en Indiens, ces person-

5 Karlheinz Weinberger, Photos, 1954-1995, Zurich : Andreas Zust Verlag, 2000


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nes se réfugient dans un passé virtuel qui ressemble plus à un Far West de pacotille qu'à la réalité de
l'époque des pionniers. Perçus de l'extérieur, ils semblent déguisés, ils n'ont rien d'authentique. Leur
démarche n'est pas une vraie contestation, tenant davantage d'un déni de réalité collectif que d'une
véritable dimension politique.
Artistique
Arnold Odermatt
Arnold Odermatt, Stanstad, 1952
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En 2001, le grand curateur Harald Szeemann prend le monde de l'art par surprise en exposant à la
ème 49 Biennale de Venise les images d'Arnold Odermatt, ancrant pleinement son travail dans le
monde de l'art contemporain. Jusque-là, ces photographies avaient été relativement peu montrées
par le fils du photographe, Urs Odermatt, qui les avait découvertes au début des années 1990. A
Venise, le succès est immédiat. C'est la consécration ! L'ancien boulanger devenu photographe de
police se métamorphose instantanément en une star mondiale, comparée ouvertement à Eugène
Atget. Sa série Carambolages est désormais célèbre et, sans doute, une référence pour le style do-
cumentaire. Le statut de ces images, initialement photographies de police documentant des acci-
dents de circulation dans le canton de Nidwald, change. Après avoir été exposées à Venise, ses ima-
ges sont considérées comme des œuvres d'art à part entière, nonobstant l'absence de l'intention
artistique de la part de leur auteur. A part les Carambolages, Odermatt avait photographié ses col-
lègues dans leur action quotidienne et fait des images de sa famille. L'histoire d'Odermatt, "l'artiste
malgré lui", et de ses photographies devenues œuvre, d'ailleurs avec des qualités formelles éviden-
tes, est emblématique pour l'évolution de la pensée artistique et la perméabilité des frontières entre
les catégories qui caractérisent la période post-moderne.
Politiques
Luc Chessex
Influencé par la série d'articles "Ouragan sur le sucre", publiés en juin 1960 par Jean-Paul Sartre
dans France-Soir, qui faisaient l'apologie du régime castriste, le jeune photographe Luc Chessex
quitte l'ennuyeuse Lausanne en 1961 pour arriver à Cuba, qui paraît alors être le centre de la révolu-
tion mondiale. A l'époque, après les révélations sur les méfaits du stalinisme, La Havane et non plus
Moscou incarnait pour beaucoup d'intellectuels l'espoir de la révolution. Je suis arrivé à La Havane
avec une poignée de dollars et de grandes illusions, racontera Chessex plus tard. Je croyais alors
qu'on pouvait changer le monde même avec un appareil de photo. Protégé par le grand écrivain
cubain Alejo Carpentier, Luc Chessex devient un des grands photographes du régime et saisit l'oc-
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