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L'impact de l'économie numérique

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  • exposé - matière potentielle : des motifs
1er trimestre 2011 • 107 ENTREPRISE L'impact de l'économie numérique PhiliPPe leMoine Président du comité économie numérique du Medef, benoît lavigne Direction recherche innovation et nouvelles technologies (Medef), Michal Zajac Direction des études (Medef) La croissance de demain repose sur le développement de l'économie numérique. Tout le monde est d'accord avec cette assertion, mais celle-ci mérite un diagnostic plus précis pour ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises.
  • relatif surinvestissement des pays européens dans les secteurs traditionnels
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ENTREPRISE
L’impact de
l’économie numérique
PhiliPPe leMoine
Président du comité économie numérique du Medef,
benoît lavigne
Direction recherche innovation et nouvelles technologies (Medef),
Michal Zajac
Direction des études (Medef)
La croissance de demain repose sur le développement de l’économie numérique. Tout
le monde est d’accord avec cette assertion, mais celle-ci mérite un diagnostic plus
précis pour ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises.
es pouvoirs publics ont érigé l’économie numérique en priorité nationale.
Mais pourquoi l’ont-ils fait ? Lorsqu’on lit l’exposé des motifs des différents
plans d’action gouvernementaux qui se sont succédé sur ce sujet depuis L quelques années, se trouve en bonne place un argumentaire sur le poids
du numérique dans les gains de productivité de tous les secteurs économiques et
sur son rôle majeur dans la croissance. Il est ainsi souvent indiqué que le numérique
contribuerait en France au quart de la croissance du PIB et que plus de la moitié de
l’écart de croissance entre la France et les États-Unis dans la décennie 1995-2005
proviendrait d’un écart d’investissement dans les technologies d’information et de
communication.
er1 trimestre 2011 107•
5-Repères.indd 107 02/12/10 11:10entrePrise
Ce constat, le Medef le connaît bien puisqu’il a contribué à le faire connaître, à tra-
vers ses publications. Mais, outre le fait que ces estimations macroéconomiques sont
aujourd’hui datées, il faut aller plus loin dans la connaissance des chiffres pour iden-
tifier les conclusions pour l’action que les pouvoirs publics doivent tirer de ce constat.
Sinon, il se produit systématiquement le même tour de passe-passe, qu’il s’agisse des
publications administratives françaises ou européennes. En effet, après avoir argu-
menté sur les phénomènes économiques de productivité et de croissance, les pro-
grammes d’action publics se concentrent sur des sujets d’action qui n’ont rien à voir :
en général, les plans visant l’équipement du grand public en ordinateurs et en liaisons
à très haut débit ainsi qu’un certain nombre d’enjeux
applicatifs dans le domaine de l’éducation, de la santé et
Le numérique de la culture. Il s’y ajoute parfois des mesures sur les
contribuerait jeux électroniques, sur les transports ou sur l’environne-
au quart de
ment. À la rigueur, quelques moyens sont consacrés à la croissance
du PIB en France. l’évangélisation informatique de l’artisanat et des très
Mais rien petites entreprises. Mais sur l’enjeu de l’entreprise infor-
n’est dit sur
matisée, il n’y a généralement rien ou presque rien.l’enjeu
de l’entreprise
informatisée. Cette rupture de logique entre un argumentaire général
fondé sur la productivité et des catalogues d’action qui
s’intéressent peu à l’entreprise provient en grande partie
d’un défaut de connaissance. Comme beaucoup d’innovations technologiques dont
on parle concernant le grand public, il y a un tropisme facile à comprendre qui est
de s’intéresser à cette partie apparente de l’iceberg. Pourtant, un moment de trans-
formation important accompagne l’informatisation des entreprises et de l’économie :
c’est le fait de piloter en mouvement qui devrait être une priorité nationale.
Si nous voulons diffuser les technologies de l’information dans l’économie, nous
devons au préalable disposer d’une vision objective de la situation du numérique,
à commencer par son périmètre. Ce diagnostic est primordial pour cibler, mesurer,
évaluer les politiques publiques dans ce domaine.
Or, s’il existe une profusion de données sur les technologies de l’information et de
la communication (TIC), il est difficile d’en extraire les éléments permettant d’ap-
précier leur impact réel.
108 Sociétal n°71•
5-Repères.indd 108 02/12/10 11:10L’impact de l’économie numérique
Usage des TIC, augmentation de la productivité
et opportunités de marchés pour les entreprises
Les contours de l’économie numérique sont flous pour la plupart des gens. Cette
expression couvre des réalités très différentes. D’autant que cette dénomination a
évolué selon les années : technologies de l’information et de la communication, nou-
velles technologies, NTIC, économie électronique, nouvelle économie…
Dans le cadre de la statistique publique, on constate un premier raccourci : l’écono-
mie numérique est assimilée aux TIC, et en particulier aux secteurs producteurs. Le
secteur des TIC regroupe, selon l’OCDE et l’Insee, les entreprises qui produisent
des biens et services supportant le processus de numérisation de l’économie, c’est-à-
dire la transformation des informations utilisées ou fournies en informations numé-
riques. (Informatique, télécommunications, électronique.)
Cette assimilation n’est pas sans incidence sur la mesure de l’impact du numérique
sur la croissance. Car l’économie numérique ne se limite pas à un secteur d’activité
en particulier. On devrait plutôt parler de « numérique
dans l’économie » pour qualifier l’ensemble des secteurs L’économie
numérique qui s’appuient sur les TIC, producteurs et utilisateurs.
recouvre les
Technologies de
De plus, certains secteurs ne recouvrent pas simple- l’information
ment des activités qui utilisent les nouvelles technolo- et de la
communication gies dans le seul but d’accroître leur productivité. Ainsi,
(TIC), les secteurs
dans l’inconscient collectif, le commerce électronique, qui les utilisent
les services en ligne sont des acteurs centraux de l’éco- et ceux qui ne
pourraient pas nomie numérique. Et pourtant ces acteurs (Google par
exister sans ces exemple) ne sont pas systématiquement comptabilisés
technologies.
dans les secteurs TIC.
Pour prendre en compte cette réalité multiple, nous proposons de distinguer trois
catégories d’acteurs :
• L e secteur TIC au sens de l’OCDE (matériel et composants électroniques,
télécommunications, services informatiques et logiciels…).
• Les secteurs utilisateurs de TIC, qui utilisent ces technologies et gagnent en
productivité grâce à elles mais dont l’activité préexiste à l’émergence des TIC
(banques, tourisme, automobile…).
er1 trimestre 2011 109•
5-Repères.indd 109 02/12/10 11:10entrePrise
Si la démonstration de la contribution des TIC à la croissance n’est plus à faire, il
subsiste de nombreuses interrogations sur le poids de l’économie numérique et sur
les politiques publiques capables de développer son potentiel. Deux éléments en
particulier sont à préciser : l’impact réel du secteur TIC, la mesure de la création de
valeur ajoutée due au TIC dans les autres secteurs, et ce, à l’échelle nationale et à
l’échelle de l’entreprise.
La contribution du secteur producteur de TIC :
prendre en compte la multiplicité des canaux
Le secteur des TIC comprend les entreprises de l’industrie, des services et du com-
merce de gros exerçant leur activité dans les domaines de l’informatique, des télé-
communications et de l’électronique. C’est un secteur totalisant en France près de
800 000 emplois, dégageant un chiffre d’affaires de 190 milliards d’euros en 2005 et
réalisant 6,2 % de la valeur ajoutée marchande.
Pour mesurer Mais ces indicateurs, aussi impressionnants soient-ils,
la contribution
se limitent à un constat statique, au poids direct du des TIC à la
croissance, il faut secteur TIC, et ne reflètent pas l’interaction de ce der-
prendre en compte nier avec le reste de l’économie. Or, si l’on considère par
les multiples
exemple la part du secteur TIC dans la R&D nationale, domaines qu’elles
on comprend son rôle moteur dans la compétitivité des remodèlent.
pays développés.
114 Sociétal n°71•
5-Repères.indd 114 02/12/10 11:10entrePrise
• Les activités dont l’existence est liée à l’émergence des TIC (services en ligne,
jeux vidéo, E-commerce…).
Ce schéma n’a qu’une vocation pédagogique. Son objectif est de mettre en lumière
certaines interrogations sur le périmètre de l’économie numérique. Par exemple,
dans quelle catégorie se situent des acteurs impliqués dans plusieurs activités comme
Google ou Microsoft ?
Secteurs Utilisateurs des TIC
Pas de croissance sans numérique
Contenu numérique
Pas d’existence sans numérique
Secteurs Producteurs (délimitation OCDE, INSEE)
Pas de numérique sans infrastructure
Agriculture
Transport
E-commerce
Automobile
Matériel, composants Distribution
Services Logiciels et services Jeux vidéos
en ligne informatiques
Télécommunications
Banque Santé
Musique en ligne
Tourisme
110 Sociétal n°71•
5-Repères.indd 110 02/12/10 11:10L’impact de l’économie numérique
Les méthodes classiques de mesure
de la contribution du numérique à la croissance
Depuis le milieu des années 1990, les États-Unis ont vu le rythme de leurs gains de
productivité doubler, alors même que la croissance de la productivité en Europe a été
amputée de moitié, en particulier dans les pays d’Europe continentale (France,
Allemagne, Italie et Espagne). La plupart des analystes s’accordent pour expliquer
cette divergence entre les deux continents par un relatif surinvestissement des pays
européens dans les secteurs traditionnels, au détriment de ceux à forte productivité.
Il ne fait maintenant plus de doute que les nouvelles
technologies ont joué un rôle majeur dans ce différen-
Depuis le milieu tiel de croissance (Bart van Ark and Robert Inklaar,
des années 90,
2005). les nouvelles
technologies
ont joué un rôle La contribution globale des TIC à la croissance est
majeur dans le
issue de la méthode de la décomposition comptable différentiel de
de la croissance. C’est cette méthode qui a notamment croissance entre
les Etats-Unis permis de comparer les différentiels de croissance entre
et l’Europe.l’Europe et les États-Unis et d’en imputer une large
part aux TIC.
La difficulté réside dans la mesure précise de la contribution de l’économie numé-
rique. Selon la méthode de la décomposition comptable, les TIC améliorent la pro-
ductivité à travers trois mécanismes :
• M1 – La contribution des secteurs producteurs de TIC : les secteurs produc-
teurs de TIC connaissent des gains rapides de productivité globale des facteurs
(PGF), grâce au progrès technique rapide dans la production de biens et de
services TIC.
• M2 – L’utilisation des TIC par tous les secteurs :
M2a – Les investissements en TIC dans l’ensemble des secteurs, qui entraînent
une augmentation de l’intensité capitalistique, c’est-à-dire le stock de capital
par heure travaillée.
M2b – Les gains d’efficacité (PGF) réalisés par l’ensemble de l’économie grâce
aux TIC.
Aujourd’hui, la mesure du rôle des TIC se limite souvent aux deux premiers élé-
ments : les gains de productivité du secteur TIC et l’investissement en TIC des
er1 trimestre 2011 111•
5-Repères.indd 111 02/12/10 11:10entrePrise
autres secteurs. En revanche, cette méthode ne permet pas de mesurer la contribu-
tion des TIC à l’amélioration de l’efficacité dans les secteurs utilisateurs (i.e. la PGF).
En effet, il n’est pas possible de mesurer dans la PGF ce qui relève des TIC parmi les
autres facteurs de productivité (management, flexibilité du marché, innovation…).
L’analyse macroéconomique a donc tendance à sous-estimer l’impact des TIC.
En d’autres termes, cette méthode ne permet pas de distinguer entre deux entre-
prises qui investissent autant dans leur parc informatique, mais dont l’une utilise son
matériel pour améliorer sa compétitivité et l’autre laisse ses ordinateurs éteints dans
un hangar !
DÉCOMPOSITION COMPTABLE DE LA CROISSANCE :
LA LOGIQUE GÉNÉRALE
CROISSANCE
PRODUCTIVITE HEURES
DU TRAVAIL TRAVAILLEES
P H
INTENSITE PGF
CAPITALISTIQUEPGF= P-K
K
PGF dans les PGF dans les Intensité K en Intensité K en
secteurs TIC autres secteurs capital TIC capital non TICM1 M2b M2a
0.4 0.4 0.6 0.4
PRODUCTIVITE DUE AUX TIC
Lecture : Entre 1995 et 2000, la croissance de la productivité du travail dans l’UE a été de 1,8 % par an (dont 0,4
au titre de la PGF dans les secteurs TIC, 0,4 pour la PGF dans les autres secteurs, 0,6 d’investissements en TIC et
0,4 d’investissements non TIC).
112 Sociétal n°71•
5-Repères.indd 112 02/12/10 11:10L’impact de l’économie numérique
LE SECTEUR TIC SOUS ESTIMÉ
CROISSANCE
PRODUCTIVITE DU TRAVAIL HEURES TRAVAILLEES
P H
La contribution du PGF INTENSITE CAPITALISTIQUE
secteur TIC ne se
PGF= P-K K limite pas à la PGF
dans ce secteur.
Pour mesurer la
contribution exacte PGF dans les PGF dans les Intensité K en Intensité K en
du secteur TIC, il secteurs TIC autres secteurs capital TIC capital non TIC
faut ajouter la
contribution de ce 0.4 0.4 0.6 0.4
secteur en intensité
capitalistique et en
heures travaillées
PRODUCTIVITE DUE AUX TIC
L’IMPACT DES TIC SUR LA PGF DES SECTEURS UTILISATEURS
N’EST PAS PRIS EN COMPTE
CROISSANCE
PRODUCTIVITE DU TRAVAIL HEURES TRAVAILLEES
P H
PGF INTENSITE CAPITALISTIQUE On peut
raisonnablement PGF= P-K K
penser qu'une part
de la PGF des
secteurs
utilisateurs est due
PGF dans les PGF dans les Intensité K en Intensité K en aux gains
secteurs TIC autres secteurs capital TIC capital non TIC d’efficacité
apporté s par les 0.4 0.4 0.6 0.4
TIC dans les
entreprises.
PRODUCTIVITE DUE AUX TIC
er1 trimestre 2011 113•
5-Repères.indd 113 02/12/10 11:10L’impact de l’économie numérique
PART DU SECTEUR TIC DANS LA R&D
Irlande 70,2
Finlande 64,3
55,1Corée
Canada 38,5
Pays-Bas 36,3
Etats-Unis 35,5
Japon 34,4
Suède 32,8
31,5Danemark
France 30,6
Norvège 28,3
Australie 26,8
Royaume-Uni 24,2
Italie 22,5
22,4Belgique
21,8Espagne
21,7Allemagne Dépense R&D dans l'industrie TIC
14,4République Tchèque Dépense R&D dasn les secteurs TIC
12,1Pologne
%0 10 20 30 40 50 60 70 80
Source OCDE
Le graphique ci-aprés, consacré au pourcentage des
citations liées aux TIC dans les brevets est encore
L’innovation
plus frappant : l’innovation numérique alimente la numérique
dynamique d’innovation dans tous les autres sec- alimente
l’innovation dans teurs. On voit là le potentiel formidable que recèlent
tous les autres
les TIC, en particulier pour les pays proches de la secteurs.
frontière technologique, qui misent justement sur la
recherche et l’innovation pour doper leur croissance.
er1 trimestre 2011 115•
5-Repères.indd 115 02/12/10 11:10Luxembourg
Slovaquie
Turquie
Portugal
République tchèque
Pologne
Italie
Mexique
Union européenne
Grèce
Espagne
Autriche
Belgique
Suisse
Allemagne
Nouvelle-Zelande
Danemark
Hongrie
France
Norvège
Australie
OCDE
Canada
Islande
Suède
Etats-Unis
Irlande
Japon
Pays-Bas
Corée
Finlande
entrePrise
POURCENTAGE DES CITATIONS LIÉES AUX TIC
DANS LES BREVETS
50 %
Part des citations liées aux TIC dans toutes les citations
45 % enregistrées à l'Oce Européen des Brevets (en%)
40 %
35 %
30 %
1985-89 2000-05
25 %
20 %
15 %
10 %
5 %
0 %
Source : Spiezia (2008)
La contribution des TIC dans
le reste de l’économie : l’importance
des actifs immatériels complémentaires
Dans les années 1990, la France investissait, proportionnellement à son PIB, deux
fois moins dans le matériel informatique que les États-Unis, en partie en raison d’un
probable surinvestissement outre-Atlantique, et n’a toujours pas rattrapé son retard,
comme la plupart de ses homologues européens.
Dans la seconde moitié des années 1990, les TIC constituaient l’élément principal
de la différence de croissance entre les États-Unis et l’Europe. Mais, entre 2000
et 2004, les causes du différentiel se sont déplacées vers la PGF. En effet, celle-ci
explique 50 % de la croissance de la productivité aux États-Unis sur la période, alors
qu’en Europe sa contribution a été quasiment nulle.
116 Sociétal n°71•
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