La place de la femme chez saint Paul
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  • leçon - matière potentielle : édifiantes et d' exhortations moralisantes
  • exposé - matière potentielle : aujourd' hui
  • cours - matière potentielle : l' histoire de l' église
  • cours - matière potentielle : des derniers siècles
  • exposé
1 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul La place de la femme chez saint Paul Se parler droit dans les yeux de certains problèmes Festival biblique du Montmartre Canadien Pierre-René Côté Faculté de théologie et de sciences religieuses 30 août 2008 1. Paul n'est-il pas misogyne? La seule évocation du nom de Paul provoque un malaise. Suggérer à des fiancés de proclamer à leur mariage Éphésiens 5, 21 «Femmes soyez soumises à vos maris» est perçu comme malveillant! S'il faut ajouter que le mari est le chef de la femme et que le corps de la femme ne lui
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1 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

La place de la femme chez saint Paul

Se parler droit dans les yeux de certains problèmes

Festival biblique du Montmartre Canadien

Pierre-René Côté
Faculté de théologie et de sciences religieuses
30 août 2008



1. Paul n’est-il pas misogyne?

La seule évocation du nom de Paul provoque un malaise. Suggérer à des fiancés de proclamer à
leur mariage Éphésiens 5, 21 «Femmes soyez soumises à vos maris» est perçu comme malveillant! S’il
faut ajouter que le mari est le chef de la femme et que le corps de la femme ne lui appartient pas, mais il
est à son mari (1 Co 7,4) et là… c’est l’arrière grand-mère qui va nous suggérer le mariage civil! C’est un
fait que certaines citations de Paul ont profondément blessé la relation des hommes et des femmes.

Se mettre à l’étude de saint Paul, exige de s’intéresser en priorité à ces textes embarrassants. Ce
que nous croyons être la pensée paulinienne est-il vraiment ce que Paul a voulu dire? C’est aussi ce qu’il
faut faire pour plusieurs autres préjugés; ne claironne-t-on pas aussi que Paul est contre la libération des
esclaves (1 Co 7,21), c’est bien connu; il est aussi pour la soumissions aux autorités politiques, n’a-t-il pas
déclaré que toute autorité venait de Dieu (Rm 13,1)? Aussi bien le dire tout de suite, Paul n’est pas
intéressant. On perd son temps à vouloir se tourner vers ses lettres pour savoir quelque chose d’éclairant
au sujet de la femme; au mieux y trouverait-on l’origine de tous les asservissements de la femme
chrétienne, des manques de considération, du mépris…


2. Relire saint Paul


Vous devinez bien que ce ne sera pas mon propos aujourd’hui. Je confesse que j’ai partagé les
préjugés communs au sujet de saint Paul. Étudiant, je m’intéressais aux études qui distinguaient les
textes authentiques et inauthentiques de Paul. C’était donc un autre auteur, probablement disciple de
Paul et connu des destinataires, dont le nom nous était généralement inconnu, qui avait rédigé ces lettres
où nous trouvions les textes les plus désagréables. D’autres commentateurs, plus pastoraux, s’ingéniaient
à préciser que Paul parlait pour les gens de son époque avec la mentalité de son époque… notre
contexte contemporain nous permettait d’oublier les recommandations de Paul et de ne plus en tenir
compte dans nos relations.
2 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

Je ne peux que vous inviter tous et toutes à relire saint Paul. À neuf! Comme une première fois.
Imposez-vous une lecture continue d’une lettre; je vous suggère même de la lire à voix haute pour bien
faire attention à tous les mots, à toutes les idées. Après l’avoir lu, reposez-vous un peu… puis
réfléchissez! Cet exercice, je l’ai fait lorsque les lettres apostoliques sont tombées dans ma charge de
travail! Allais-je enseigner mes préjugés, sur un auteur que je méprisais sans le connaître? Je m’étais
presque attaché à mon siège pour lire la lettre aux Éphésiens d’un bout à l’autre à haute voix.

Ce fut immédiatement ma conversion! Les propos que je jugeais impertinents venaient à leur
place, sans choquer. Ils ne constituaient pas le sujet principal de la lettre. Plus encore, la lecture complète
du texte m’a fait ressentir une «relation» que je ne soupçonnais pas. Paul parlait avec la fougue d’un
cœur vivant qui a rencontré LE Vivant. Les passages que je craignais davantage pour leur virulence me
semblaient tout à coup pertinents, pire… replacés dans leur contexte, j’avais l’impression qu’on avait fait
dire à Paul (et je l’avais répété moi-aussi) ce qu’il n’avait jamais voulu dire et qu’on n’avait pas compris ce
qu’il disait!


3. Le scandale d’une «haute trahison»!


Depuis une cinquantaine d’années, plusieurs experts se sont penchés sur l’acte de lecture. Une
évidence est vite apparue. Nous lisons un texte avec une culture, une pensée, des préjugés… Nous «pré-
lisons» un texte, en quelque sorte. Nous avons parmi nous des spécialistes fameux de ce type d’analyse.
Paul de Tarse, est éminemment victime de ces difficultés de lectures. C’est vrai pour toute lecture, même
celle d’auteurs contemporains; le défi est simplement plus grand lorsqu’on lit un texte écrit dans un
contexte historique, social, religieux, psychologique qui nous est étranger.

S’il s’agissait d’un phénomène privé, intime à chacun de nous, nous aurions un peu de
compassion pour notre faiblesse et nous pourrions mettre sur pied rapidement des cercles de lecture et
apprendre – ensemble – à rectifier les réflexes pervertis. Mais c’est plus grave, plus profond et beaucoup
plus dérangeant… surtout lorsqu’il s’agit des enseignements de saint Paul et de ce qu’on en a fait dans
l’histoire de l’Église.

Au risque d’anticiper sur les conclusions de mon exposé, je vous dirai que Paul est
essentiellement un évangélisé évangélisateur. Il a été saisi par le Christ, par la révélation du dessein
bienveillant de Dieu, de son amour, de son incarnation, de sa «descension», de sa «kénose». Paul s’est
1 2
fait mère (1 Th 2,5-8) et père (1 Co 4, 14-15) de toute personne intéressée à l’écouter pour l’engendrer

1 1 Th. 2,5-8 : «Jamais mon plus nous n’avons eu un mot de flatterie, vous le savez, ni une arrière pensée de cupidité, Dieu en
7
est témoin; ni recherché la gloire humaine, pas plus chez vous que chez d’autres, alors que nous pouvions, étant apôtres du Christ,
vous faire sentir tout notre poids. Au contraire, nous nous sommes faits tout aimables au milieu de vous. Comme une mère nourrit
ses enfants et les entoure de soins, telle était notre tendresse pour vous que nous aurions voulu vous livrer, en même temps que
l’Évangile de Dieu, notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers.» 3 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

à la plénitude de son humanité. Paul est un libérateur. Il porte un message de libération pour tout être
humain enfermé dans une servitude où que ce soit dans le monde entier! Nous ne pouvons pas retenir
notre indignation, notre colère devant cette trahison de Paul, de sa mission, de son message.

Qu’est-il arrivé pour que, au cours de l’histoire de l’Église, surtout depuis trois siècles, toute
revendication d’autonomie, de liberté apparaisse comme révolutionnaire dans l’Église. Comment les
sujets-individus, les citoyens, les masses ouvrières, les pauvres, les femmes… n’aient jamais pu parler de
respect, de dignité, d’autonomie, de liberté sans voir se dresser parmi leurs ennemis la sainte institution
de l’Église du Christ… son clergé, ses autorités… drapées pourtant de multiples couvertures nobles:
service, vérité, infaillibilité? L’histoire, hélas, porte les cicatrices de ces errements dans tout le monde
chrétien de l’Occident comme de l’Orient, chez les catholiques comme chez les protestants!

En septembre prochain, Radio Galilée, transmettra une série d’émissions sur les enseignements
de saint Paul sur les femmes. Il manquait un titre au projet. C’est l’abbé Denis Veilleux qui l’a trouvé! En
voyant le plan des exposés, la relecture étonnamment libératrice qu’on trouve dans les lettres de Paul, le
titre a surgi dans une exclamation! Le bon, le doux abbé Denis Veilleux a suggéré : «haute trahison»! Le
titre est énorme. Pourtant il est juste.

Nous n’aurions pas fait œuvre de théologie est lançant seulement les énormités que je viens de
vous énoncer, des phrases choquantes. Il faut aussi essayer de comprendre ce qui s’est passé pour
trouver ensuite le chemin de la relecture et entrevoir les chantiers qui s’ouvriront à notre participation au
Règne de Dieu. Qu’est-il donc arrivé à Paul et à ses épîtres pour qu’il soit si mal jugé, mal compris et que
son enseignement libérateur soit devenu instrument d’asservissement?

Nous retiendrons, pour de temps limité de l’exposé d’aujourd’hui, une explication parmi plusieurs.
Depuis cinq siècles, dans le monde «chrétien», nous avons pris pour acquis que nous savions ce qu’était
l’Évangile. Dans un effort de Réforme et de Contre Réforme, nous avons accentué la conformation
intellectuelle et morale à des normes simples au point où évangélisation a pu signifier «moralisation» (et
même «culpabilisation»), évangile : «morale»


4. Le mal profond de la perte de l’Évangile


En transformant l’Évangile en une collection de leçons édifiantes et d’exhortations moralisantes
venues de la Loi d’un Dieu distant, Créateur exigeant et Juge impitoyable, qui regarde avec les yeux de
son Fils en croix les plaisirs du monde comme étourderies et péchés… nous avons profondément trahi

2 15 1 Co 4, 14-15 :…«Ce n’est pas pour vous confondre que j’écris cela ; pour vous avertir comme mes enfants bien-aimés.
Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, que vous n’avez pas plusieurs pères, car c’est moi qui vous ai
engendrés dans le Christ Jésus» 4 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

3
l’Évangile. Nous sommes devenus étrangers au «bienveillant dessein de Dieu» , vaccinés contre l’amour
incommensurable de Dieu et sa puissance de vie, de résurrection, le cas échéant, de rédemption.

En Occident, au cours des derniers siècles, la conscience d’être des «sujets», des «personnes»,
des «individus» a constamment progressé. Le «moi», le «je» a pris de l’importance dans la conception de
soi. En même temps, la soif de «liberté» a été exaspérée aux limites du rejet de toute contrainte, de toute
loi extérieure à soi même. N’a-t-on pas entendu, chez-nous, il n’y a pas si longtemps : «je suis fidèle à
moi-même» comme déclaration d’authenticité suprême? Dans le monde chrétien, il était inévitable que
l’ignorance de la grandeur révélée du sujet, de la «personne» (comme nous disons), comme de sa liberté,
donnée au départ, puis redonnée par la rédemption du Christ… conduise à un recouvrement, une
revendication qui a semblé révolutionnaire et opposée aux contraintes abusives des pouvoirs religieux,
4
politiques, sociaux . Comme sur bien d’autres points, il y avait là, au fond, une revendication de justice et
5de droit naturels .

6
L’expérience spirituelle de l’être humain doit prendre en compte ses différentes dimensions
anthropologiques; elle doit aussi l’insérer dans une «histoire», celle du Peuple de Dieu qui expérimente
une relation particulière avec Dieu dans des faits concrets de l’histoire, interprétés par des hommes et des
femmes de Dieu (des prophètes), dont l’interprétation tient compte des initiatives déjà reconnues de
Dieu : élection, alliance, mission. Les interprétations prophétiques (habituellement incomprises et rejetées
au premier abord) sont à leur tour validées par l’expérience anthropologique et historique. Des critères se
dégagent de l’ensemble de cette expérience de relations entre le Peuple et Dieu : ce qui détermine
l’authenticité de l’expérience religieuse c’est l’expérience dans les faits du respect du droit et de la justice;
c’est le résultat en bonheur humain fait d’autonomie, de liberté, de légitime fierté, de fécondité,
d’harmonie, de paix… et aussi de libération, d’émancipation, de réhabilitation, de responsabilisation.

La révélation – et à plus forte raison l’Évangile – est tout entière orientée vers le bonheur des
hommes : «pour nous et pour notre salut» proclame-t-on dans le Credo, «Jésus Christ a pris chair de la
Vierge Marie et s’est fait homme». Dieu, bon, bienveillant et amoureux désire les êtres humains (chacun
d’eux). Il les désire avec Lui dans l’amour pour toujours (Ép 1,4). Le Créateur a fait l’être humain pour qu’il
vive éternellement heureux de la vie de Dieu en présence de Dieu. Il l’a fait cependant «libre». Chacun
7
choisit son bien suprême, veut être avec Dieu, veut devenir ce qu’il est . Mais ce ne fut pas suffisant pour
8
résister aux séductions trompeuses qui endurcissent le cœur humain et le rendent insensible à l’intention
de Dieu.

Dieu s’est révélé dans l’histoire, en partageant l’expérience humaine quotidienne. Ce qu’il propose
à la multitude des humains, il l’a fait vivre en appelant des individus à le goûter dans une relation
d’Alliance qu’il leur a proposée et qu’il a conclu avec eux pour qu’il le connaissent et le fassent connaître à
l’univers entier. «Le Seigneur vous a pris et vous a fait sortir de cette fournaise pour le fer, l’Égypte, pour
que vous deveniez le peuple de son héritage, comme vous l’êtes encore aujourd’hui» (Dt 4,20). L’Alliance
crée des liens de famille entre Dieu et les siens : «Je me disais : Vous m’appellerez «Mon Père» et vous
ne vous réparerez pas de moi. Mais, comme une femme qui trahit son compagnon, ainsi m’avez-vous

3 Ép 1,9
4 «Ni Dieu, ni maître!» «No God, no pope!»; ces slogans révolutionnaires (et anarchistes) ne sont peut-être que des
expressions d’affranchissement d’un exercice du pouvoir mal éclairé qui était ressenti comme des esclavages.
5
«Ce n’est que lorsque le pathos de la nouveauté est présent et que la nouveauté a rapport à l’idée de liberté que l’on
peut parler de révolution.» Hannah Arendt, On Revolution, New York, 1963 (trad. : Essai sur la Révolution, 1985),
cité par Oliver O’Donovan, art. Révolution, in Dictionnaire critique de la théologie, pp. 1022-1023.
6 De Fiores, Stéfano, art. Spiritualité contemporaine, in Dictionnaire de la vie spirituelle, Cerf, Paris, 2001, pp. 1069-
1070.
7
«Deviens ce que tu es», Saint Augustin; repris par plusieurs philosophes…
8
Ép 4,14; 2 Th 2, 9-12; Hé 3,13. 5 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

trahi, maison d’Israël…» (Jér 3,19-20). On le voit, l’intimité avec Dieu est si grande qu’elle est vécue
comme une relation conjugale, nuptiale : «Mon bien-aimé est à moi et moi je suis à lui» (Ct 2,16).

Paul est au cœur de cette Alliance. «Circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu
de Benjamin, Hébreu, fils d’Hébreux; quant à la Loi, un Pharisien; quant au zèle, un persécuteur de
l’Église; quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable» (Ph 3,5). L’appartenance de
Paul au Peuple de Dieu n’est pas que factuelle, numérique! Il a une vive conscience du don de l’Alliance
9
au point de s’en faire un observant zélé et même un fanatique défenseur.


5. Paul est évangélisé

Quand le Christ se révèle à Paul, c’est un homme connu de Dieu et qui connaît Dieu qui est saisi.
Paul est déjà un «spirituel». Plusieurs fois, dans ses lettres, Paul rappelle l’événement de sa conversion.
«Quand Celui qui dès le sein maternel m’a mis à part et appelé pour que je l’annonce parmi les païens,
aussitôt…» (Ga 1, 15). Parlant de tous les avantages qu’il avait comme «Hébreu fils d’Hébreux», il
déclare : «tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme désavantageux à cause de
la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. À cause de lui j’ai accepté de tout
perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ, et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma
justice à moi, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle qui vient de Dieu et s’appuie
sur la foi; le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui
devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts…» (Ph 3, 7-
11).
L’Évangile est une heureuse information qui change la vie. Une information, pour l’intelligence;
heureuse, parce qu’elle concerne le bonheur; qui change, parce qu’elle saisit l’être tout entier, le
«convertit» en l’arrachant à une voie harassante et stérile de réalisation de soi, de succès de la vie, par sa
propre performance (la «chair»), pour l’ouvrir à un devenir humain réussi selon le plan de Dieu («dans
l’Esprit»), dans une filiation intime avec le Père, filiation voulue depuis «avant la création du monde» (Ép
1,4), filiation qui devient possible dans la configuration au Fils, lui-même «établi héritier de toutes choses»
10 11 12(He 1,2), filiation qui rend héritier de Dieu et institue en partenaire et collaborateur de Dieu . Le
passage de Romains que la Bible de Jérusalem intitule «hymne à l’amour de Dieu» (Rm 8, 31-39)
proclame bien la conviction et la décision irrévocable de jouir du trésor enfin trouvé et la certitude que rien
ne pourra séparer de l’amour de Dieu manifesté «dans le Christ Jésus notre Seigneur».


6. Paul est évangélisateur

Par delà son engagement passionné de Pharisien et de persécuteur de l’Église, Lorsque Jésus
ressuscité l’a saisi, Paul a reconnu de tout son être qu’il avait été mis à part, dès le sein maternel et
appelé à annoncer le Fils de Dieu, le Christ Jésus notre Seigneur parmi les païens (cf.Ga 1,16)… parmi
les Juifs aussi, pourrait-on dire, mais les circonstances rendaient pratiquement impossible ce ministère, la
voie était donc large ouverte vers l’évangélisation des étrangers à l’Alliance. Cette orientation même était
une manifestation de la «conversion» de Paul. D’une conception zélée du Peuple de Dieu comme
privilège ethnique, Paul a converti sa pensée et son zèle pour Dieu en service du Peuple de Dieu formé
de l’humanité entière, réconciliée dans le Sang de son Fils. Le bienveillant dessein de Dieu, sa volonté
salvifique, ses promesses et ses dons, l’incarnation de son Fils, la rédemption par son sang ont une

9 Paul dira lui-même qu’il avait un zèle excessif: Ga 1,14 (voir aussi Rm 10,2)
10 Voir surtout Rm 8,14-17; aussi Ga 3,26-29; 4,1-7…
11
1 Co 3,5-9; Ph 2,17.22.30…
12
Rm 8, 18-27 6 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

portée universelle et réconciliatrice de tout être humain de partout et de tous les temps («hyper pollôn»
pour beaucoup (Marc 14,24) que la liturgie en français traduit par «la multitude»).

Le texte le plus explicite sur son dévouement à l’Évangélisation est probablement 1 Co 9, 16-23.
Le voici en entier; il n’a pas besoin de commentaire.

16
Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une
17
nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile! Si
j’avais l’initiative de cette tâche, j’aurais droit à une récompense; si je ne l’ai pas,
18
c’est une charge qui m’est confiée. Quelle est donc ma récompense? C’est qu’en
annonçant l’Évangile, j’offre gratuitement l’Évangile, sans user du droit que me
confère l’Évangile.

19
Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus
20
grand nombre. Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs; sujet de
la Loi avec les sujets de la Loi – moi, qui ne suis pas sujet de la Loi – afin de gagner
21 Je me suis fait un sans-loi avec les sans-loi, moi qui ne suis les sujets de la Loi.
22
pas sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ – afin de gagner les sans-loi. Je
me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à
23
tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de
13
l’Évangile, afin d’en avoir ma part .»


7. Paul s’adresse à des évangélisés

Les lettres de Paul ne sont pas des dépliants publicitaires pour annoncer l’Évangile; elles se sont
imposées spontanément pour prolonger, compléter, appuyer l’évangélisation des destinataires. Même si
les propos abordés dans les lettres laissent voir de graves problèmes dans les communautés, voire des
péchés, des trahisons de l’Évangile, Paul s’adresse toujours à des croyants, à des évangélisés. Ils ont
connu l’amour de Dieu, ils ont reconnu que Christ avait donné sa vie pour eux en rançon, ils ont accepté
d’être libérés de tout esclavage du mal et d’appartenir au Rédempteur qui les avait acquis. Ils ont voulu
clairement orienter leur vie vers la pleine réalisation de ce que Dieu avait commencé en leur faveur… Ils
sont «en train d’être sauvés» (oi sôzoménoi), 1 Co 1,18; 2 Co 2,15 et 1 Th 1, 11.

L’évangélisation ne préserve pas des épreuves et des tentations. C’est pourquoi même les
sanctifiés ont besoin d’être exhortés à la fidélité, à la persévérance. «Menez seulement une vie digne de
l’Évangile du Christ afin que je constate (…) que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant de
concert et d’un cœur unanime pour la foi de l’Évangile, et nullement effrayés par vos adversaires : c’est là
un présage certain, pour eux de la ruine et pour vous du salut. Et cela vient de Dieu : car c’est par sa
faveur qu’il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui» (Ph
1,27-29).


13 «En avoir ma part» : (voir aussi 1 Co 9,27) Paul se sait «bénéficiaire» de l’Évangile et tient à conserver pour lui-
même le don que Dieu lui a fait; il ne craint pas pour son «salut», mais manifeste qu’il tient au privilège filial de
l’héritage et veut l’exercer. Il se sait donc «partenaire» de Dieu, de son dessein bienveillant et de son Évangile; il
partage ainsi, partiellement, le bonheur de Dieu Sauveur. Il assume la mission qui est la sienne comme partenaire et
collaborateur de Dieu (voir aussi 1 Co 3, 10-15). 7 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

8. Les évangélisés à qui Paul s’adressent sont des évangélisateurs

S’il nous est facile de comprendre que Paul soit un évangélisateur évangélisé, c’est moins
spontanément que nous saisissons que les destinataires des lettres pauliniennes sont des évangélisés
évangélisateurs. C’est un dégât collatéral de notre perte du sens de l’Évangile. Les Chrétiens du Nouveau
Testament, spécialement ceux et celles qui ont accédé, grâce à l’Évangile à une dignité humaine qui leur
avait été limitée ou niée de par leur origine, leur race, leur genre, leur condition économique ou sociale…
jouissaient du bonheur immense de se savoir aimés de Dieu, rachetés par le Christ Jésus au prix de son
sang, libérés de toute servitude et adoptés par Dieu comme ses enfants à qui il partage son héritage.

Ils désirent partager ce bonheur au plus grand nombre de leurs proches et le plus rapidement
possible, en même temps qu’ils explorent leur libération, leur dignité recouvrée, leur appel à l’intimité de
Dieu, leur expérience de la Nouvelle et Éternelle Alliance en Jésus. Ils s’enthousiasment aussi pour la vie
fraternelle de la Communauté des membres du Corps du Christ. Leur bonheur n’est pas égoïste, tous les
païens participent à la même promesse par l’Évangile (Ép 3,6).

Dans cette perspective, personne ne veut créer d’obstacle à l’Évangile du Christ, comme Paul, ils
préfèrent supporter bien des contraintes pour en gagner le plus grand nombre (1 Co 9,12). L’Esprit Saint
a incliné chacun à obéir à l’Évangile, à soumettre tout son être et toute sa vie au Souffle puissant de
14l’Esprit. En soi, leur être renouvelé (l’homme nouveau), raconte l’Évangile et la gloire de Dieu . Même
dans les persécutions et les chaînes, la fidélité à la mission rend «témoignage à l’Évangile de la grâce de
Dieu» (Ac 20,24).

Les communautés pauliniennes auraient bien reçu toutes les exhortations de Pierre dans sa
première épître (1 Pi 1,13-5,11), spécialement, dans le ton de Romain 8,31 ss : «Qui vous ferait du mal, si
vous devenez zélés pour le bien? Heureux d’ailleurs quand vous souffririez pour la justice! N’ayez d’eux
aucune crainte et ne soyez pas troublés. Au contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ,
toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous…» (1
Pi 3,13-15).





9. La section d’Éphésiens 5,21-6,20 mérite une lecture privilégiée!

1.1 Ephésiens 5,21-33 : "Femmes, soyez soumises à vos maris..."

Nous avons ici un des textes de saint Paul les plus difficiles à interpréter à cause de l'impact qu'il
a sur notre sensibilité. Or, quand un texte présente de grandes difficultés, il faut utiliser les grands moyens
pour l'étudier. Nous ferons donc, aujourd'hui, une étude presque exemplaire, c'est-à-dire une analyse
minutieuse de ce texte, comme cela s'impose dans certains cas problématiques.

"Femmes soyez soumises à vos maris…" : voilà un de ces textes dont l'interprétation est souvent
faussée par la projection de sentiments, de passions, d'expériences personnelles et séculaires! Devant
un texte difficile comme celui- là, il faut d'abord décentraliser notre focus du passage difficile, élargir notre

14
«La gloire de Dieu, c’est homme vivant» 8 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

lecture, maîtriser nos passions et lire en entier la lettre aux Éphésiens. Faites-en l'expérience vous-
mêmes et vous constaterez que cette lettre n'est, en aucune manière, centrée sur ce passage-là, et que
ce passage vient se situer, bien à sa place, dans l'ensemble du message de Paul.

1.1.1 Le bienveillant dessein de Dieu

Le pivot, le cœur de la lettre aux Éphésiens, c'est le bienveillant dessein de Dieu : le Père
créateur veut que nous soyons ses fils et ses filles, le Fils nous rachète tous par son sang et récapitule
toutes choses en sa personne, l'Esprit Saint nous a été donné dans l'espérance du salut. La conséquence
qui découle de ce projet d'amour, c'est la réconciliation de toute l'humanité, Juifs et païens, en un seul
peuple. Dans ce plan de salut, Paul est le ministre de cette Bonne Nouvelle, le ministre de cette
constitution du nouveau peuple de Dieu.

1.1.2 L'imitation de Dieu

Après cette proclamation du dessein de salut du Père, suit ce que la Bible de Jérusalem appelle la
parénèse, c'est-à-dire l'exhortation à mener une vie digne de l'appel que l'on a reçu (Ep 4,1). Cette
Bonne Nouvelle, cet Évangile entraîne des implications pratiques pour la vie des chrétiens: puisque nous
devons former le peuple de Dieu, puisque le Corps du Christ continue de grandir par le progrès de
l'Évangile, des engagements concrets dérivent de ce fait, entre autres, l'impératif de la vie fraternelle
éclairée par le mystère du Christ. Les rapports humains en sont complètement transformés, bien qu'ils ne
soient jamais magiquement rénovés. Il revient à chacun et chacune de convertir sa perception de soi-
même et des autres, et de réajuster sans relâche sa relation à Dieu, aux autres, à la Création.



"Je vous exhorte donc... à mener une vie digne de l'appel que vous avez reçu:
en toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec
charité; appliquez-vous à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix.
Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme
de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul
baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et
en tous. Cependant chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine selon
que le Christ a mesuré ses dons... C'est lui encore qui a donné aux uns d'être
apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs
et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la
construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir,
tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de
Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l' âge, qui réalise la
plénitude du Christ... Vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons
de toutes manières vers Celui qui est la Tête, le Christ: dont le Corps tout
entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le
nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa
croissance et se construisant lui-même, dans la charité."

Je vous dis donc et vous adjure dans le Seigneur de ne plus vous conduire
comme le font les païens, avec leur vain jugement et leurs pensées
enténébrées: ils sont devenus étrangers à la vie de Dieu à cause de l'ignorance 9 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

qu'a entraînée chez eux l'endurcissement du cœur, et, leur sens moral une fois
émoussé, ils se sont livrés à la débauche au point de perpétrer avec frénésie
toute sorte d'impureté. Mais vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris le
Christ, si du moins vous l'avez reçu dans une prédication et un enseignement
conformes à la vérité qui est en Jésus, à savoir qu'il vous faut abandonner
votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme, qui va se corrompant
au fil des convoitises décevantes, pour vous renouveler par une transformation
spirituelle de votre jugement et revêtir l'Homme Nouveau, qui a. été créé selon
Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité...

Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de
chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire
bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement,
comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Oui, cherchez à imiter Dieu,
comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l'amour, à l'exemple du
Christ qui vous a aimés et s'est livré pour nous, s'offrant. à Dieu en sacrifice
d'agréable odeur... Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière
dans le Seigneur; conduisez-vous en enfants de lumière; car le fruit de la
lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Discernez ce qui plaît au
Seigneur et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres;
dénoncez-les plutôt." (Ep 4,1-7.11-13.15-24.31-5,2.8-11).

On prend facilement pour acquis ce que Paul enseigne dans ce passage. On saute vite aux conseils
concrets et on oublie qu'aucun de ces conseils n'a de valeur aux yeux de Paul, s'il ne conduit pas à imiter
Dieu et l'obéissance de son Fils. Avant l'application des conseils, il y a la conversion à l'Évangile, sans
lequel les conseils de Paul ne seraient, à nouveau, que des préceptes humains sans valeur, comme ceux
que Paul dénonce en Col 2,16-23.

1.1.3 "Soyez soumis les uns aux autres... "

Commençons d'abord par lire attentivement le tout premier verset de ce texte (v. 21): "Soyez
soumis les uns aux autres. . . " J'attire votre attention sur le mot soumis : hypotassomenoi (au masculin
pluriel), employé ici. Pour la femme, le verbe n'est pas écrit, mais sous-entendu : "Soyez soumis
(masculin pluriel) les uns aux autres, la femme à son mari", et non pas: "Femmes soyez soumises à vos
maris".

La majorité des manuscrits anciens commencent la phrase concernant la femme sans écrire
de verbe principal, ce qui suppose qu'il s'agit d'une application (parmi d'autres, comme dans une
énumération) du verbe exprimé précédemment, à savoir: hypotassomenoi.

Les manuscrits les plus récents ont ajouté soit l'impératif "soyez soumises" (hypotassesthe),
ou le subjonctif "qu'elles soient soumises", après "femmes", ou "aux maris".

La tradition manuscrite la plus ancienne correspond mieux au style succinct des exhortations de saint
Paul. L'addition du verbe plus tardivement peut s'expliquer par le simple désir d'être plus clair. Il pourrait
aussi refléter l'usage déjà ancien de commencer la lecture du texte au verset 22, ce qui supprime le verbe 10 / 19 Festival de la Bible 2008, Pierre-René Côté, saint Paul

15
hypotassomenoi et oblige à écrire un verbe ajusté au sujet "les femmes" . Cette précision importante
permet de saisir l'équilibre du texte : Soyez soumis les uns aux autres (5,21), la femme, à son mari (5,22),
le mari, à sa femme (5,25), les enfants, aux parents (6,1), les esclaves, aux maîtres (6,5).

1.2 Ephésiens 6,1-20 : pas seulement les femmes

1.2.1 Enfants et esclaves

Une observation superficielle de ce passage permet de constater que les femmes ne sont pas
les seules à recevoir de Paul un conseil particulier: "Enfants, obéissez (hypakouete) à vos parents..." (Ep
6, l); "Esclaves, obéissez (hypakouete) à vos maîtres..." (Ep 6,5). Il importe de faire la liste de toutes les
personnes qui sont invitées à conformer leur comportement à l'exemple du Christ.
1) Les uns aux autres: 5,21
2) Les femmes avec les maris: 5,22
3) Les maris avec les femmes: 5,25

4) Les enfants avec les parents: 6,1
5) Les parents avec les enfants: 6,4

6) Les esclaves avec les maîtres : 6,5
7) Les maîtres avec les esclaves: 6,9

8) Éphésiens contre adversaires de chair et de sang: 6,12
9) Éphésiens contre les esprits du mal: 6,12

10) Éphésiens avec les saints: 6,18
11) Éphésiens avec Paul: 6,19

Lorsqu'on voit ce tableau, le verset 21 apparaît sans vis-à-vis, alors que la pensée de Paul
s'exprime partout de façon binaire. Il apparaît donc que le verset 21 sert de titre, d'énoncé général à tous
les conseils qui suivent. Les relations maris-femmes, parents-enfants, maîtres-esclaves, reçoivent toutes
un traitement équivalent: à chacun son conseil. Quant aux numéros 8 et 9 de la liste, ils s'adressent à
tous les Éphésiens qui subissent les tracasseries de leurs ennemis (religieux, sociaux ou politiques). Paul
identifie les véritables ennemis: ce ne sont pas ceux que leurs yeux peuvent identifier... ces adversaires
visibles sont régis par "les esprits du mal qui habitent les espaces célestes" (voir la note b de la BJ (c de
la BJn) ou p de la TOB). Autrement dit, leur ennemi, c'est le péché qu'ils doivent combattre et non pas les
pécheurs. Les numéros 10 et 11 visent l'ajustement du comportement des Éphésiens avec les autres
chrétiens: prière d'intercession pour que l'Évangile soit annoncé (6,19).

1.2.2 Les triades

Ce genre d'exhortation à la soumission (ou à l'obéissance) ne s'adresse jamais à une seule
catégorie de personnes. C'est habituellement une triade: les femmes, les esclaves et les citoyens (Tt

15 Voir Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek Testament, London, United Bible Societies, 1971, pp.
608-609.

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