Livre blanc en faveur du journalisme européen social et citoyen
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1 
 






 
Livre
blanc
en
faveur
du
journalisme
européen
social
et
citoyen
Mercredi
1er
décembre
2010


 










  • sont

  • confisquée
 par

  • par

  • trois
maîtres
mots
 les

  • européenne
 est

  • pleine
 défense
 d'un
 pluralisme

  • 

reste
 que

  • en
 baisse
  • à
 une

  • citoyens
 et

  • par
 des

  • règne
 dans
 les

  • de
 proximité

  • des

  • le

  • les

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Livre
blanc
en
faveur
du
journalisme

européen
social
et
citoyen

erMercredi
1 
décembre
2010
















1
SOMMAIRE


INTRODUCTION ....................................................................................................................... 3


1.
CRÉER
LES
CONDITIONS
D’UNE
INFORMATION
PLURALISTE,
NÉCESSAIRE
À
UN

VÉRITABLE
DÉBAT
EUROPÉEN ........................................................................................ 5

1.1.
Les
limites
des
sources
traditionnelles
de
l’information
européenne
.....................
5

1.2.
Les
inégalités
d’accès
à
l’information
européenne
....................
7

1.3.
L’industrialisation
de
l’information
et
la
mise
au
banc
de
l’information
politique
.
7

1.4.
Le
service
public
pris
dans
une
double
lutte

pour
son
indépendance
économique


et
son
indépendance
institutionnelle
.........................................................................
8

1.5.
Une
reconnaissance
insuffisante
des
médias
associatifs
..........
9

1.6.
Le
manque
de
vision
à
long
terme
des
aides
financières
européennes
au

journalisme
européen
...............................................................................................
10

2.AGIR
À
LA
RACINE
:
FORMER
POUR
MIEUX
INFORMER
ET
S’INFORMER ............... 11

2.1.
La
formation
des
journalistes
:
de
nombreux
efforts
sont
à
réaliser
.....................
11

2.2.
La
formation
du
citoyen
:
les
trois
défis
de
l’enseignement
de
base
......................
12

3.CONCRÉTISER
L’INFORMATION
EUROPÉENNE:
DES
RELATIONS
NOVATRICES


ENTRE
JOURNALISTES
ET
ONG
EUROPÉENNES ........................................................... 15

3.1.
Pourquoi
les
ONG
européennes
?
.............................................
15

3.2.
Le
rôle
politique
croissant
des
ONG
européennes
..................
15

3.3.
De
nouvelles
relations
entre
journalistes
et
ONG
seraient
intéressantes
pour
les

ONG
.............................................................................................................................
16

3.4.
De
nouvelles
relations
entre
journalistes
et
ONG
seraient
intéressantes
pour
les

journalistes
................................................................................................................
17

4.
NOS
PROPOSITIONS .......... 18

4.1.
Pour
mettre
en
débat
une
information
européenne
pluraliste
..............................
18

4.2.
Pour
agir
à
la
racine
:
investir
dans
la
formation
....................................................
20

4.3.
Créer
des
synergies
avec
les
ong,
pour
une
meilleure
information
du
citoyen
.....
21





2
INTRODUCTION




Paradoxe

Depuis
que
les
élections
européennes
ont
été
instituées,
en
1979,
le
taux
de
participation
à
ce

scrutin
n’a
cessé
de
chuter.
Le
record
d’abstention
a
été
une
nouvelle
fois
battu
en
juin
2009,

quand
seuls
43%
des
citoyens
européens,
29%
pour
les
plus
jeunes
(de
18
à
24
ans),
se
sont

rendus
aux
urnes.

Nous
 voici
 face
 à
 un
 formidable
 paradoxe
 :
 alors
 que
 les
 compétences
 des
 institutions

européennes
ne
cessent
d’augmenter,
influençant
une
part
essentielle
des
législations
nationales

et
donc
de
la
vie
quotidienne
des
cinq
cents
millions
d’Européens,
ces
derniers
marquent,
lors

des
 scrutins
 (l’exercice
 démocratique
 par
 excellence),
 toujours
 plus
 de
 distance
 avec
 leurs

représentants
communautaires.

Il
n’y
a
pas
de
fatalité

Cette
distance
traduit‐elle
pour
autant
un
désintérêt
pour
le
projet
européen
?
Rien
n’est
moins

sûr.

Ne
 serait‐ce
 qu’au
 regard
 de
 la
 forte
 mobilisation
 citoyenne
 observée
 lors
 du
 référendum

français
sur
le
Traité
Constitutionnel
Européen,
en
2005,
où
le
taux
de
participation
a
dépassé

les
69
%.
Le
débat
européen
a
alors
largement
investi
l’espace
public.
Ce
fut
le
cas
aussi
aux

Pays‐Bas
(63.3
%
de
votants).
Ces
exemples
le
montrent,
à
tout
le
moins
:
le
désintérêt
pour

l’Europe
n’est
pas
une
fatalité.


Pourquoi,
s’interrogent
certains,
l’implication
pour
l’Europe
décroît
alors
que
les
données
sur

celle‐ci
circulent
mieux,
grâce,
notamment,
à
Internet
?
Ces
données
sont
abondantes.
Mais
elles

consistent
 essentiellement
 en
 de
 la
 communication
 officielle
 (cette
 communication
 est

nécessaire
mais
pas
suffisante).


L’information
 européenne
 traitée
 avec
 une
 réelle
 plus‐value
 journalistique
 –
 le
 souci
 du

pluralisme,
 de
 l’indépendance
 et
 de
 l’intelligibilité
 –,
 elle,
 est
 plus
 rare.
 Cette
 information

européenne‐là
 est
 aussi
 mal
 partagée.
 Certaines
 catégories
 sont
 sur‐informées,
 tandis
 que

d’autres
sont
sous‐informées.


Par
ailleurs,
l’information
européenne
est
souvent
bien
tardive,
intervenant
le
plus
souvent

lorsque
la
décision
est
déjà
prise.
Obtenir
les
informations
pour
connaître
les
directives
et

règlements
européens
est
devenu
aisé.
Bien
plus
difficile
est
d’obtenir
une
information
avant
la

prise
de
décision
européenne,
qui
permette
aux
citoyens
et
aux
associations
de
faire
valoir
leur

point
de
vue,
de
sorte
qu’ils
soient
davantage
pris
en
compte
par
les
élus,
par
les
décideurs.


Mieux
informer
en
«
amont
»

Sans
une
meilleure
information,
«
en
amont
»
des
décisions,
le
risque
est
grand
que
l’Union

européenne
 soit
 définitivement
 confisquée
 par
 des
 experts
 et
 des
 technocrates…
 et
 que
 la

coupure
s’accentue
encore
avec
les
peuples.
Ce
qui,
faute
de
soutien
suffisant,
condamnerait

l’Union
à
l’échec.
Cela
serait
bien
dommage
car,
plus
que
jamais,
nous
avons
besoin
d’une
Union

politique
européenne
efficace,
fondée
sur
l’entente
des
peuples
(et
entre
les
peuples),
pour

répondre
aux
grands
défis
des
prochaines
années
:
assurer
la
prospérité
sociale
et
économique,

protéger
l’environnement,
coopérer
avec
les
populations
du
Sud…


3
Le
rôle
des
journalistes

Comment
 amener
 plus
 de
 participation
 citoyenne
 au
 plan
 européen?
 Les
 journalistes,
 en

particulier
ceux
qui
travaillent
au
plan
local
et
régional,
qui
sont
donc
les
plus
proches
des
gens,

ont
un
rôle
essentiel
à
jouer.


Aujourd’hui,
 force
 est
 de
 le
 constater,
 l’information
 européenne
 reste
 le
 parent
 pauvre
 de

l’information
produite
par
les
journalistes.
Le
nombre
de
correspondants
européens
à
Bruxelles

est
 en
 chute
 libre.
 En
 parallèle,
 les
 journalistes
 qui
 travaillent
 dans
 les
 pays
 de
 l’Union

européenne
aux
niveaux
national,
régional
et
local,
traitent
très
peu
des
questions
européennes,

le
plus
généralement
perçues
comme
des
matières
relevant
de
la
«
politique
étrangère
».


Des
expériences
innovantes
existent
heureusement,
ici
et
là
dans
l’Union,
à
travers
lesquelles
des

médias
(presse
écrite,
radios,
télévisions,
Internet…)
misent
résolument
et
avec
succès
sur
le

«
journalisme
 européen
 de
 proximité
».
 Mais
 elles
 demeurent
 peu
 connues,
 assez
 isolées.

Nombre
d’entre
elles
sont
de
courte
durée
car
elles
dépendent
de
financements
européens

temporaires.

Toutefois,
ces
expériences
ont
un
grand
mérite
:
elles
montrent
que,
contrairement
à
l’idée

fausse
 qui
 règne
 dans
 les
 rédactions,
 aborder
 l’Europe
 ne
 fait
 pas
 (nécessairement)
 fuir

l’audience.
Au
contraire!
Tout
dépend
de
la
manière
de
faire…


Trois
maîtres
mots

Les
 maîtres
 mots
 d’une
 information
 européenne
 touchant
 réellement
 les
 citoyens
 sont
 le

«
Concret
»,
pour
révéler
les
liens
entre
décisions
européennes
et
vie
quotidienne
locale,

la

«
Pédagogie
»,
pour
favoriser
la
compréhension
du
système
politique
institutionnel
de
l’Union

européenne,
et
enfin
le
«
Débat
»,
pour
montrer
les
enjeux,
mettre
en
lumière
les
termes
du

problème,
susciter
l’engagement
en
connaissance
de
cause.



Les
trois
premières
parties
de
ce
document
se
consacrent
à
l’analyse
de
la
situation
actuelle
de

l’information
européenne,
au
regard
de
ces
trois
défis.


Une
quatrième
et
dernière
partie
se
fonde
sur
cette
analyse
pour
formuler
des
propositions

concrètes,
principalement
destinées
aux
institutions
et
décideurs
politiques
européens.







4
1. CRÉER
LES
CONDITIONS
D’UNE
INFORMATION
PLURALISTE,

NÉCESSAIRE
À
UN
VÉRITABLE
DÉBAT
EUROPÉEN


1.1.
LES
LIMITES
DES
SOURCES
TRADITIONNELLES
DE
L’INFORMATION
EUROPÉENNE

1.1.1.
LA
COMMUNICATION
INSTITUTIONNELLE
EUROPEENNE



Les
principales
institutions
politiques
européennes
fonctionnent
selon
des
réalités
très
diverses.

Elles
misent
sur
la
quantité
d’informations
produites,

parfois
au
détriment
de
la
qualité
et
de
la

pertinence
des
contenus.


Soulignons
également
qu’elles
font
de
la
communication,
ce
qui
est
bien
légitime
et
absolument

nécessaire.
Mais
cette
communication
ne
saurait
se
confondre
avec
un
travail
d’information

journalistique,
adapté
aux
attentes
des
citoyens,
mené
de
manière
indépendante
et
critique
par

des
journalistes
apportant
leur
plus‐value.
Par
ailleurs,
la
communication
fonctionne
selon
des

modes
et
des
règles
très
différentes
selon
chacune
des
institutions.


Le
Parlement
européen
produit
énormément
d’informations
brutes
(le
moindre
débat
y
fait

l’objet
 d’un
 rapport
 publié
 en
 plusieurs
 langues)
 mais
 peine
 à
 les
 communiquer.
 Les

parlementaires,
qui
pourraient
constituer
des
relais
pertinents
entre
les
échelons
européen
et

local,
se
retrouvent
souvent,
du
fait
de
leur
déterritorialisation,
éloignés
de
leurs
électeurs.
Et

leur
passage
souvent
bref
au
Parlement
européen
ne
facilite
pas
non
plus
la
structuration
d’un

dialogue
à
long
terme
avec
les
citoyens.

La
Commission
européenne,
quant
à
elle,
investit
beaucoup
dans
la
communication
qui
s’est

davantage
professionnalisée
ces
dernières
années.
Mais
cette
communication
est
aussi
de
plus

en
plus
formatée,
cadrée,
encadrée,
via
les
porte‐parole
(ils
sont
une
centaine
!)
et
les
unités
de

communication
dans
chaque
Direction
Générale.
La
précédente
commissaire
européenne
en

charge
de
la
communication,
Margot
Wallström,
avait
tenté
quelques
timides
innovations,
pour

rendre
 la
 communication
 plus
 dialoguante,
 plus
 concrète.
 Mais
 ses
 initiatives
 sont,
 pour

l’essentiel,
 restées
 lettre
 morte.
 Son
 successeur,
 la
 commissaire
 Viviane
 Reding,
 avec
 ses

premières
propositions,
semble
refermer
la
porte
entrouverte.
Son

plan
de
communication

va

dans
le
sens
d’un
contrôle
toujours
plus
strict
de
l’expression
des
communicateurs
européens,

comme
 des
 journalistes
 et
 des
 citoyens
 :
 des
 porte‐parole
 soumis
 à
 un
 prompteur,
 une

communication
de
crise
par
sms,
la
«
personnalisation
»
des
relations
presse
des
commissaires,

la
surveillance
continue
des
blogs
et
réseaux
sociaux
pour
«
réfutation
instantanée
»
des
propos

des
internautes…

Le
 Conseil
 de
 l’Union
 européenne,
 l’instance
 représentant
 les
 États
 membres
 (formé
 de

ministres
nationaux),
est
une
institution
à
l’origine
très
opaque,
qui
tend
à
devenir
de
plus
en

plus
transparente.
Mais
cette
transparence
est
toujours
insuffisante
en
particulier
quand
le

Conseil
exerce
sa
fonction
législative.
Certes,
le
Conseil
dispose,
comme
le
Parlement
européen,

d’un
officier
de
presse.
Les
résultats
des
votes
et,
en
cas
de
codécision,
les
délibérations
finales,

sont
 rendus
 publics.
 Toutefois,
 les
 processus
 décisionnels
 en
 amont
 demeurent
 totalement

opaques.
 Évoquer
 le
 Conseil
 nous
 rappelle
 que
 les
 États
 ne
 sont
 pas
 impuissants
 et

«
déconnectés
»
des
politiques
européennes
mais
qu’ils
jouent
un
rôle
de
premier
plan
dans
le

processus
décisionnel.


5





1.1.2. LES
GOUVERNEMENTS
NATIONAUX,
DE
PIÈTRES
AMBASSADEURS


Lorsqu’une
politique
nationale
rencontre
la
désapprobation
de
l’opinion
publique,
la
tentation

est
forte
pour
les
gouvernements
de
rejeter
la
faute
sur
«
Bruxelles
»,
qui
malmènerait
les

citoyens
contre
leur
volonté.


Cette
vision
–
«
la
faute
à
Bruxelles
»
–
est
fausse
et
démobilisatrice.

Fausse
car
l’appellation
«
Bruxelles
»
tend
à
faire
penser
que
chaque
institution
européenne

(Parlement,
Commission,
Conseil)
joue
la
même
partition,
alors
que
chacune
d’entre
elles
a
sa

propre
fonction
et
défend
ses
propres
positions.

Démobilisatrice
car
elle
tend
à
faire
penser
qu’on
ne
peut,
à
partir
des
Etats,
peser
sur
les

décisions
européennes,
alors
même
que
les
gouvernements
nationaux
sont
au
centre
de
la

machine
décisionnelle
européenne.


Cette
vision
tronquée,
«
la
faute
à
Bruxelles
»,
tend
ainsi
à
éloigner
les
citoyens
des
débats

européens.
Elle
est
a‐démocratique.


1.1.3.
DES
CORRESPONDANTS
DE
MOINS
EN
MOINS
NOMBREUX





Les
journalistes
qui
traitent
l’Union
européenne,
sont
traditionnellement
les
correspondants
à

Bruxelles.
Leur
nombre
est
cependant
en
diminution.
Selon
les
chiffres
de
l’Association
de
la

presse
internationale,
ils
étaient
847
en
février
2010,
contre
1300
en
2005.
On
note
toutefois,
fin

2010,
une
légère
remontée
du
nombre
de
correspondants,
qui
atteint
de
nouveau
le
seuil
des

1000.
Est‐ce
une
remontée
durable
ou
simplement
éphémère,
liée
à
la
crise
financière
qui

traverse
l’Union
européenne.
En
dehors
des
correspondants,
très
peu
de
journalistes
travaillant

aux
niveaux
national
et
local
sont
formés
au
fonctionnement
des
institutions
européennes
et
au

traitement
concret
de
l’information
européenne.

Les
correspondants
réalisent
un
travail
précieux,
leurs
sources
d’information
sont
très
riches.
Ils

manquent
toutefois
de
temps
et
leurs
éditeurs
tendent
à
demander
toujours
plus
de
news

rapides
et
moins
d’articles
de
fond.


Les
correspondants
européens
à
Bruxelles
sont
aussi
soumis
à
des
pressions
croissantes,
voire

excessives,
 des
 communicateurs,
 en
 particulier
 de
 la
 Commission
 européenne.
 Exemple
:
 le

«
Midday
Briefing
»,
qui
constitue
un
outil
précieux
et
indispensable,
l’un
des
seuls
lieux
où
les

journalistes
sont
encore
libres
de
poser
les
questions
qu’ils
souhaitent,
sans
limite
de
temps.

Toutefois,
lors
de
ces
briefings
quotidiens,
le
discours
des
porte‐parole
de
la
Commission
est
de

plus
en
plus
formaté
et
contrôlé.


Dans
de
nombreux
cas,
les
correspondants
se
retrouvent
également
isolés
de
leurs
rédactions

nationales
 et
 régionales
 qui
 cloisonnent,
 compartimentent
 l’information
 européenne,
 sans

perméabilité
suffisante
avec
la
dimension
locale.


L’information
 européenne
 est
 alors
 essentiellement
 descendante
 et
 consiste
 davantage
 à

expliquer
les
décisions
européennes
qu’à
susciter
le
débat.


6
1.2.
LES
INÉGALITÉS
D’ACCÈS
À
L’INFORMATION
EUROPÉENNE


Qu’elle
soit
produite
par
les
journalistes,
ou
simplement
diffusée
par
les
institutions
officielles,

une
grande
masse
d’informations
européennes
circule.


Le
problème
est
que
cette
information
touche
très
inégalement
les
citoyens.
Les
centres
des

grandes
métropoles
européennes
et,
en
leur
sein,
les
classes
sociales
privilégiées,
bénéficient

d’un
accès
plus
large
à
l’information
européenne,
comme
à
l’information
politique
en
général,

laissant
en
marge
les
populations
les
plus
pauvres
et
les
territoires
périphériques.
C’est
le
cas
à

Bruxelles
et
Strasbourg,
autant
qu’ailleurs
:
les
quartiers
populaires
situés
à
quelques
kilomètres

seulement
des
institutions
sont
bien
davantage
coupés
de
l’Union
européenne
que
le
centre
de

Londres
ou
Paris.

Ces
inégalités
d’accès
à
l’information
européenne
«
quotidienne
»
renvoient
également
à
des

inégalités
dans
la
connaissance
de
base
des
institutions
européennes
et
des
droits
liés
à
la

citoyenneté
européenne.
Concernant
ce
dernier
aspect,
le
sondage
d’opinions
“Eurobaromètre

standard”
 n°73,
 publié
 au
 mois
 d’août
 2010,
 est
 révélateur.
 Les
 personnes
 ayant
 fait
 peu

d’études,
appartenant
à
une
catégorie
socioprofessionnelle
à
faible
revenu
et
rencontrant
des

difficultés
à
régler
leurs
factures
sont
aussi
celles
qui
ont
le
moins
conscience
de
leurs
droits
en

tant
que
citoyens
européens.



1.3.
L’INDUSTRIALISATION
DE
L’INFORMATION
ET
LA
MISE
AU
BAN
DE
L’INFORMATION

POLITIQUE

1.3.1.
L’ABSENCE
DE
DÉFINITION
CLAIRE
DU
PLURALISME
DES
MÉDIAS


On
distingue
traditionnellement
le
«
pluralisme
externe
»
des
médias,
qui
implique
une
pluralité

des
structures
de
propriété
des
médias,
et
le
«
pluralisme
interne
»,
entendu
comme
pluralisme

de
l’information
délivrée
par
ces
médias.

Le
pluralisme
interne
renvoie,
selon
nous,
à
deux
nécessités:
celle
d’assurer
la
diversité
des

opinions
et
points
de
vue
politiques
dans
les
médias
–
c’est
le
pluralisme
politique
–,
et
celle
de

garantir
dans
ces
mêmes
médias
un
espace
d’expression
aux
différentes
cultures
qui
composent

la
société
–
c’est
le
pluralisme
culturel.

Le
Conseil
de
l’Europe
a
toujours
été
particulièrement
actif
dans
le
domaine
du
pluralisme
des

médias,
toutefois
sans
pouvoir
d’injonction
ou
de
décision.


Dans
le
cadre
de
l’Union
européenne,
les
choses
sont
différentes.
La
nécessité
de
développer
des

groupes
solides
au
niveau
paneuropéen
pour
contrer
le
renforcement
américain
et
japonais

dans
le
secteur
des
médias
a
rendu
plus
difficile
la
pleine
défense
d’un
pluralisme
au
niveau

national.
Ce
sont
donc
les
Etats
eux‐mêmes
qui
ont
légiféré,
avec
de
grandes
disparités.

La
Charte
des
droits
fondamentaux
de
l’Union
européenne
garantit
bien,
dans
son
article
11,
le

pluralisme
des
médias.
Mais
ce
pluralisme
est
avant
tout
conçu
comme
un
pluralisme
externe,

qui
répond
à
l’obsession
d’éviter
les
monopoles
d’État
ou
à
limiter
la
concentration
économique

des
intérêts
privés.


7
Or,
le
pluralisme
externe
ne
suffit
pas
seul
à
garantir
le
pluralisme
interne.
Sur
le
marché
de
la

télévision
généraliste,
par
exemple,
l’expérience
montre
même
que
la
concurrence
engendrée

par
la
pluralité
des
acteurs
a
en
fait
mené
à
une
redondance
des
contenus.

Notons,
en
outre,
qu’aujourd’hui,
les
réglementations
anti‐concentration,
très
différentes
selon

les
 Etats
 membres,
 ne
 semblent
 pas
 à
 même
 de
 garantir
 efficacement
 cette
 pluralité
 de

structures
de
propriété.

La
multiplicité
des
titres
et
supports
de
l’information,
comme
la
segmentation
croissante
des

offres
thématiques,
donnent
l’illusion
du
pluralisme.
Mais
la
concentration
de
la
propriété
des

médias
 entre
 quelques
 mains
 et
 la
 rationalisation
 du
 travail
 liée
 à
 des
 objectifs
 purement

économiques
 conduisent
 à
 une
 homogénéisation
 des
 contenus
 rédactionnels.
 Formatés,

stéréotypés,
ceux‐ci
ne
permettent
pas
la
rencontre
de
la
diversité
des
opinions
politiques
et
des

expressions
culturelles.

1.3.2.
LA
CRISE
FINANCIÈRE
NE
CONNAITPAS
D’EXCEPTION
CULTURELLE


La
crise
financière
internationale
a
des
effets
sur
la
manne
publicitaire
en
baisse.
Les
médias

réduisent
 leurs
 frais,
 ce
 qui
 signifie
 souvent
 une
 réduction
 de
 personnel.
 Les
 journalistes

salariés,
de
moins
en
moins
nombreux,
laissent
place
à
des
journalistes
free‐lance
au
statut

précaire.
La
tentation
est
grande
de
céder
au
«
copier‐coller
»
de
dépêches
d’agence,
de
livrer
en

instantané
des
informations
brutes
sans
les
faire
passer
préalablement
au
prisme
de
l’analyse

critique
et
contradictoire,
et
à
la
remise
dans
le
contexte.
Ce
problème
est
encore
accentué
par
la

multipropriété,
amenant
tous
les
journaux
du
groupe
à
diffuser
le
même
article,
titré
autrement.

Les
médias
sont
considérés
comme
une
industrie
comme
une
autre.
Leur
valeur
d’usage
(le

pluralisme
et
la
formation
de
l’opinion)
entre
alors
en
opposition
avec
leur
valeur
d’échange

(fonction
économique),
laquelle
pèse
bien
plus
lourd
dans
le
rapport
de
force.

En
témoignent
les
propos
bien
connus
de
Patrick
Le
Lay,
président
de
la
chaîne
française
TF1,

parus
dans
le
journal
Le
Monde
en
juillet
2004
:
«
Il
y
a
beaucoup
de
façons
de
parler
de
la

télévision.
Mais
dans
une
perspective
de
business,
soyons
réalistes
:
à
la
base,
le
métier
de

TF1,
c’est
d’aider
Coca‐Cola,
par
exemple,
à
vendre
son
produit.
(…)
Ce
que
nous
vendons

à
Coca‐Cola,
c’est
du
temps
de
cerveau
humain
disponible.
»

Dans
un
tel
contexte,
seuls
un
service
public
fort
et
le
développement
de
médias
associatifs

semblent
à
même
de
rectifier
le
tir.
Ce
qui
est
loin
d’être
le
cas.




1.4.
LE
SERVICE
PUBLIC
PRIS
DANS
UNE
DOUBLE
LUTTE

POUR
SON
INDÉPENDANCE

ÉCONOMIQUE
ET
SON
INDÉPENDANCE
INSTITUTIONNELLE



En
 matière
 de
 financement
 des
 médias
 de
 service
 public,
 les
 réalités
 des
 27
 États

membres sont
 très
 différentes.
 Le
 Protocole
 additionnel
 du
 Traité
 européen
 d’Amsterdam

légitime
 le
 financement
 public
 des
 médias,
 mais
 rappelle
 que
 les
 États
 demeurent
 seuls

compétents
à
définir
les
missions
de
service
public
et
leur
financement,
dans
le
respect
des

règles
européennes
en
matière
d’aides
d’Etat.


Par‐delà
la
diversité
des
situations
de
chaque
Etat,
on
remarque
qu’aujourd’hui,
partout
en

Europe,
la
redevance
fait
débat,
au
sein
des
gouvernements
comme
dans
la
population.

8
Face
à
une
offre
pléthorique
de
programmes
en
libre
accès
sur
Internet
et
à
une
nouvelle

politique
commerciale
des
médias
privés,
d’abonnement
à
la
carte,
où
l’on
ne
paie
que
ce
que

l’on
consomme,
la
philosophie
de
la
redevance
est
de
plus
en
plus
contestée
par
les
Européens.

Un
arrêt
de
la
Cour
européenne
des
droits
de
l’homme
(affaire
Faccio
c.
Italie
)
est
venue

toutefois
réaffirmer
que
la
redevance
était
une
contribution
de
tous
au
service
public
commun,

et
non
une
rétribution
pour
la
réception
d’un
programme
particulier.

Quoi
 qu’il
 en
 soit,
 ces
 contributions
 demeurent
 faibles.
 Si
 les
 médias
 de
 service
 public
 les

complètent
 traditionnellement
 par
 des
 revenus
 issus
 des
 activités
 commerciales
 (publicité,

parrainage,
exploitation
commerciale
d’émissions),
ils
bénéficient
de
plus
en
plus
de
sommes

allouées
par
l’Etat,
provenant
de
l’imposition
des
recettes
des
radiodiffuseurs
et
opérateurs
en

télécommunication.

Cette
évolution
est
certes
un
moyen
pour
les
médias
publics
d’assurer
l’indépendance
de
leurs

contenus,
vis‐à‐vis
des
publicitaires
comme
de
la
loi
de
l’audimat.


En
effet,
la
course
à
l’audimat
a
pu
amener
des
médias
de
service
public
à
suivre
les
médias

privés
dans
leur
chute
qualitative.
Ces
derniers
les
ont
alors
souvent
accusés
de
fausser
la

concurrence.
 Ce
 n’est
 pas
 totalement
 faux
 mais
 il
 faut
 relativiser:
 parmi
 les
 20
 premières

entreprises
médiatiques
européennes,
on
ne
trouve
que
trois
entreprises
publiques
(la
BBC,

l’ARD
et
la
RAI).


Reste
 que
 cette
 évolution
 vers
 un
 financement
 essentiellement
 étatique
 peut,
 à
 l’inverse,

légitimement
 nous
 faire
 craindre
 une
 dépendance
 accrue
 vis‐à‐vis
 des
 gouvernements

nationaux,
d’autant
plus
que
pour
nombre
de
ces
Etats,
la
redevance
n’est
déjà
pas
perçue

directement
par
les
radiodiffuseurs
publics
et
que
la
répartition
«
selon
les
besoins
»
de
chaque

radiodiffuseur,
n’est
pas
non
plus
déterminée
par
un
organe
indépendant.

Dans
ce
contexte,
il
devient
donc
indispensable
de
repenser
les
conditions
de
financement
et
le

contrôle
de
l’indépendance
des
médias
de
service
public.




1.5.
UNE
RECONNAISSANCE
INSUFFISANTE
DES
MÉDIAS
ASSOCIATIFS



Une
résolution
non
législative
du
Parlement
européen,
datée
du
25
septembre
2008,
reconnaît

l’importance
du
rôle
des
médias
associatifs
dans
la
sauvegarde
d’un
pluralisme
d’information
au

sein
de
l’Union
européenne.
Leur
ancrage
local,
leur
responsabilité
vis‐à‐vis
de
la
communauté

qu’ils
servent,
leur
apport
social
et
culturel
les
positionnent,
selon
les
parlementaires,
comme
un

secteur
à
part
entière,
qu’il
convient
de
distinguer
des
médias
commerciaux
et
de
protéger.

Nous
partageons
cette
analyse.
Non
seulement
les
médias
associatifs
permettent
l’émergence
de

voix
dissidentes,
nourrissant
le
débat
politique,
mais
ils
permettent
également
la
représentation,

l’expression
de
minorités
qui
n’ont
habituellement
pas
de
place,
sinon
stéréotypée,
dans
les

grands
médias.

On
assiste
progressivement
à
une
professionnalisation
de
ces
médias
qui
mêlent
habilement

participation
structurelle
des
citoyens
aux
médias
et
garantie
d’une
éthique

journalistique
par
le

recours
à
des
professionnels.


Reste
qu’aujourd’hui,
la
reconnaissance
juridique
des
médias
associatifs
varie
fortement
d’un

Etat
membre
à
l’autre.
Ils
n’ont
généralement
qu’un
accès
restreint
aux
fréquences
hertziennes.

9
Leur
financement
demeure
fragile,
ne
couvrant
pas
toujours
le
coût
(même
moindre
par
rapport

à
la
radiodiffusion)
de
leur
développement
sur
Internet.


Ils
demeurent
aussi
largement
sous‐informés
quant
aux
financements
communautaires
auxquels

ils
pourraient
prétendre
(FEDER,
FSE,
apprentissage
tout
au
long
de
la
vie…).

1.6.
LE
MANQUE
DE
VISION
À
LONG
TERME
DES
AIDES
FINANCIÈRES
EUROPÉENNES
AU

JOURNALISME
EUROPÉEN




La
 Commission
 européenne
 développe
 des
 programmes
 d’aide
 à
 l’exercice
 du
 journalisme

européen,
 en
 accordant
 des
 aides
 financières
 ponctuelles,
 limitées
 dans
 le
 temps,
 à
 des

productions
ou
émissions
européennes.
C’est
une
goutte
d’eau
dans
l’océan.
Les
procédures
sont

très
lourdes,
les
critères
d’éligibilité
discriminent
les
plus
jeunes
initiatives.
Sans
financement

pérenne,
ces
projets
meurent
aussi
vite
qu’ils
naissent.
De
plus,
ce
mode
d’appui
financier
direct,

ponctuel,
 pose
 à
 nouveau
 la
 question
 de
 l’instrumentalisation,
 consciente
 ou
 non,
 des

journalistes.



Les
représentations
de
la
Commission
européenne
dans
les
Etats
tentent
de
plus
en
plus,
dans

leurs
actions
de
soutien
financier
à
l’information
européenne,
de
prendre
en
compte
les
médias

de
proximité,
les
journalistes
travaillant
sur
une
base
locale,
régionale.
Mais
quel
est
l’impact
de

ces
actions?
Malheureusement,
aucune
étude
ne
permet
d’évaluer
dans
chaque
État,
et
à
l’échelle

de
la
Commission,
ces
initiatives
plus
décentrées.


Le
réseau
Europe
Direct,
soutenu
à
plus
long
terme
par
la
Commission,
compte
environ
cinq

cents
 guichets
 d’information
 «
tout
 public
»
 gérés
 par
 des
 organismes
 indépendants
 de
 la

Commission.
Chacun
ayant
ses
réseaux
propres,
cette
organisation
pourrait
diffuser
largement

l’information
européenne.
Cependant,
le
financement
qui
leur
est
alloué
est
minime.
Si
certains

d’entre
eux
mènent
des
actions
pour
les
journalistes
locaux,
celles‐ci
demeurent,
par
manque
de

coordination,
isolées
et
disparates.


Margot
Wallström,
quand
elle
fut
commissaire
européenne
chargée
de
la
communication,
a
tenté

d’impulser
 de
 nouvelles
 approches:
 notamment
 celle
 qui
 consiste
 à
 soutenir
 des
 réseaux

d’échanges
d’information
européenne
gérés
par
les
opérateurs,
les
médias
eux‐mêmes.
Il
s’agit

de
remplacer
ainsi
les
aides
ponctuelles
accordées
directement
aux
journalistes
pour
traiter

d’Europe
et
de
pallier
le
risque
d’effets
éphémères
et
d’instrumentalisation.
Dans
cet
esprit
a
été

soutenu
Euranet,
le
réseau
européen
des
radios
qui,
aujourd’hui,
connaît
un
succès
encore
limité.

Hélas,
les
orientations
intéressantes
prises
par
Margot
Wallström
n’ont
pas
eu
le
temps
de

trouver
une
réelle
application.
Et
un
problème
persiste
:
la
conviction
au
niveau
européen
que
le

fossé
entre
citoyens
et
institutions
est
dû
essentiellement
à
un
déficit
de
communication
(elle

abonde).
Et
non
à
un
déficit
d’information
(elle
manque).
Or,
pour
être
efficaces,
les
mesures

doivent
se
baser
sur
un
bon
diagnostic
de
départ.

Les
programmes
sur
l’Europe
diffusés
dans
l’audiovisuel
sont
souvent
livrés
clé
en
main
par

l’agence
qui
les
produit
pour
le
compte
des
institutions.


Europarl
TV
est
bien
un
canal
d’information
européenne,
mais
développé
en
circuit
interne
et

sur
Internet
uniquement,
son
audience
ne
couvre
qu’un
public
d’initiés.



10