Escale à Buenos Aires

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« J’enfile mes écouteurs et laisse mon esprit voyager au rythme de Could you be loved de Bob Marley. Dans la torpeur qui m’envahit, j’entends le ronronnement monotone de la voix de mon prof, M. Desombres : “Cette peinture d’une délicatesse infinie nous dévoile tout le romantisme lyrique, bien qu’atypique, d’un peintre, qui, des années 1876 à 1879, sans doute, avait le cœur et les pensées tournés vers la volonté de retranscrire des émotions palpitantes…” Je me réveille quatre heures après. Le chef de cabine annonce le début de la descente de notre avion vers l’aéroport de Buenos Aires où il est 11 heures du matin et où la température est de 27 degrés. »
La suite des aventures de Jade au rythme du tango argentin. Entre la naissance des jumeaux, un mystérieux vol de tableau et les retrouvailles avec Gaspard… le cœur de Jade n’a pas fini de palpiter !


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Publié le 28 juillet 2015
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EAN13 9782728920860
Langue Français
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À mon « petit Bobby » pour la vie, devenu mon mari depuis juillet !

Merci mon Alexandre pour ta patience et ta constance à mes côtés :
sans toi, ni moi ni Jade ne serions aussi confiantes.

À mes familles Quiniou et Prot pour leur amour sans faille et leur soutien.

Aux potes, pour ne pas faire de jaloux.

À la Providence, qui ne m’abandonne jamais.

Et aux lecteurs du tome 1, "Manille, embarquement immédiat" pour leur enthousiasme et leurs mots touchants à mon intention.

MERCI.

Hasta luego Paris !

20 décembre, dans l’avion

– Mademoiselle, un coca, un café ?

L’hôtesse de l’air me tire d’un profond sommeil. Je me suis paisiblement endormie sur un polycopié…

Je me frotte les yeux pour me réveiller. Décidément, ce vieux professeur d’histoire de l’art, M. Desombres, me poursuit même dans mes rêves. C’est le pire enseignant du monde. C’est dommage, car la matière aurait été intéressante mais lui, c’est un somnifère incarné !

– Un coca, un cafè o agua, Señora ?

– Ah si, gracias ! Heu… yes ! Enfin, oui ! Heu… Un coca, s’il vous plaît.

– Voilà !

Je récupère la canette maladroitement puis, comme à mon habitude, l’engloutis d’une traite. J’adore quand ça me pique les yeux et me décape le gosier.

Je suis dans l’avion.

 

J’en aurai fait des trajets aériens en deux ans ! Cette fois, je pars de l’autre côté du globe. Adieu l’Asie, au revoir la France et bonjour l’Amérique du sud ! Je vais retrouver ma petite famille en voie d’agrandissement à Buenos Aires, en Argentine, pour un mois. Muy bien !

L’Argentine est un pays extraordinaire, somptueux, grandiose. Il fait presque dix fois la France en superficie. Il se trouve à côté du Brésil, de la Bolivie, du Chili, du ­Paraguay… Des noms qui font rêver ! On y parle espagnol. C’était ma seconde langue au collège et je la maîtrise assez bien. Il y a des montagnes, des glaciers, des lacs, des immenses prairies où le peuple des gauchos – ces gardiens de troupeaux de la pampa sud-américaine – dressent leurs chevaux. Et bien sûr il y a Ushuaïa ! Sur les forums Internet, les voyageurs racontent à grand renfort de photographies qu’au détour d’une colline, d’une rivière ou d’un simple virage, le paysage change complètement, que l’on semble passer d’un monde à un autre. Je suis assez impatiente de découvrir tout ça ! Est-il possible que cela soit plus beau que les Philippines ?

 

Les Philippines…

Gaspard…

Je secoue la tête pour le chasser de mes pensées. Interdiction de ruminer ! Il est loin et je m’en éloigne encore plus aujourd’hui. Je vais penser à… Hum…

Je suis pressée de goûter la viande de bœuf argentin ! C’est la meilleure au monde, m’a dit Bon Pap’. Quand il était étudiant, il a vécu six mois à Córdoba, au nord de l’Argentine.

Avant que je parte, Mouna m’a cuisiné un plat d’après une recette que Bon Pap’ lui avait apprise. C’est à base de farce de viande hachée ou de poulet, de fromage, de raisins, d’olives, d’oignons, de mozzarella. Le tout assaisonné de poivre, paprika, basilic et cumin. Mmm…

Dans cinq jours, c’est Noël. J’ai hâte d’y être ! Il était inenvisageable pour moi de ne pas passer le réveillon en famille. Cela fait déjà quatre mois que nous ne nous sommes pas vus, et les parents et Toto me manquent cruellement. Maman doit être énorme. Elle doit accoucher de jumeaux dans trois semaines. Quelle nouvelle quand on a appris ça en juin ! Maman était déjà enceinte de presque deux mois ! L’annonce de ce bébé avait été surprenante mais quand le docteur a dit qu’il y en avait deux…

Cela fait déjà 6 mois que je suis rentrée des Philippines, où nous avons vécu avec ma famille pendant un an. Une année extraordinaire et surprenante dont je ne me suis pas encore remise. J’habite à Paris, où j’étudie l’histoire de l’art à la fac. Je pense à Manille tous les jours, malgré les copains que j’ai rencontrés ce semestre, les retrouvailles avec Mouna, Bon Pap’, les amis d’enfance, la vie estudiantine, l’indépendance familiale et un peu financière et tout et tout… Debjani, Divine, Jun et tous ceux des Philippines me manquent énormément. Et mon Antoy… Et Maria Mae… Et puis Gaspard…

 

Je ravale ma salive. Nouvelle envie de m’émouvoir niaisement… STOP ! Je suis dans l’avion pour l’Argentine et ça, c’est vraiment extra ! « Viva las vacaciones ! », comme ils disent là-bas.

Je suis trop contente de les retrouver. Thomas est entré au lycée français de Buenos Aires. Je n’ai pas eu beaucoup de nouvelles depuis septembre, juste quelques e-mails laconiques en réponse aux miens. Mais il va me raconter tout ça de vive voix.

Je suis reconnaissante envers mes parents de m’avoir permis de faire mes études supérieures à Paris. Ils savaient que j’en rêvais… J’en rêvais, oui… Avant Manille, je ne rêvais que de la vie parisienne. Le fait est que c’est exaltant mais… Il semble que tout a changé en moi, alors que rien n’a changé dans la capitale. Ça a été perturbant au début. Et finalement, je me suis sentie très seule à Paris. Après toutes les aventures vécues à Manille – l’enlèvement, le gang, la trahison de notre chauffeur Boong, la fusillade… –, notre famille s’est soudée dans l’épreuve. Aujourd’hui, même si je ne l’avoue pas franchement, je ne suis pas sûre d’être parfaitement à ma place dans la capitale. Certes, cela me permet de voir régulièrement mes grands-parents, de vivre l’aventure étudiante en autonomie. Mais la famille, c’est si important. Je n’ai pensé qu’à une chose ces derniers temps : repartir, et les retrouver. Et, c’est le cas aujourd’hui ! Buenos Aires me réserve sûrement de belles surprises pour les trois semaines à venir. Et je compte bien en profiter au maximum.

 

Tous mes partiels sont passés. Je n’aurai les résultats qu’à la mi-janvier et d’ici là : no stress & just enjoy !, comme dirait l’ami Jun.

J’ai tellement cravaché… Je sens encore l’odeur de Beaubourg, cette bibliothèque calme et silencieuse, où l’on n’entend que les stylos qui grattent le papier et les pages de livres qui se tournent. Il m’est arrivé de me sentir comme ces têtes de classe qui ne vivent que pour leurs résultats scolaires, concentrées, sérieuses et organisées. Une fois, j’ai même refusé d’aller à la soirée de ma copine Charlotte. Moi qui adore sortir en général… Elle organisait une grande fête pour célébrer la fin des partiels. Au programme : apéro dans un bar du 4e arrondissement, table de restaurant réservée dans la nouvelle steakhouse inspirée de celles qui existent à New York et grosse soirée déguisée dans la gigantesque maison de Charlotte à Levallois. Avec piscine chauffée ! Mais j’avais encore deux partiels importants à passer et je n’ai participé qu’à l’apéro. Tant de sérieux de ma part, c’était bizarre. J’ai choisi cette année l’option « Conservation, restauration des biens culturels » – que je pourrai prendre en majeur pour mon master – et celle intitulée « De la Renaissance au XXe siècle ». Et les partiels avaient lieu à l’oral. Alors ça n’était vraiment pas sérieux de partir guincher à l’autre bout de Paris pour finir épuisée à 7 heures du mat’. J’ai un peu grandi certainement… « Il faut assumer tes choix si tu veux avancer vite, ma chérie » m’a dit Mouna. Pas facile, mais je l’ai fait assez naturellement. Bref, j’ai eu un boulot monstre mais passionnant. J’ai appris beaucoup de choses durant ces quatre mois et j’adore sentir que j’en sais de plus en plus : je comprends les sources d’inspiration de tel ou tel artiste, selon l’époque, le contexte politique… et je crois que rien n’est anodin.

Grâce à un prof de l’École du Louvre, je suis actuellement en stage, chaque vendredi, à la police judiciaire de Paris. J’assiste la personne en charge de rédiger les comptes-rendus de vols d’objets d’art en France et dans le monde. Je suis et répertorie les événements artistiques organisés autour de la peinture, je participe à des vernissages et j’écume les musées dédiés aux peintres classiques… Ce que je préfère, c’est rédiger les profils des voleurs receleurs les plus recherchés et assister aux ventes aux enchères. J’y ai rencontré un commissaire-priseur, un vieux copain que maman fréquentait à l’époque où elle travaillait encore, c’est-à-dire avant d’attendre Toto. Il est drôle et très cultivé. Par bonheur, il s’est pris d’amitié pour moi. Il m’emmène à des ventes qu’il dirige au mythique hôtel Drouot. C’est un monsieur aussi atypique que sympathique, d’une cinquantaine d’années, et tout droit sorti des romans de Mary Higgins Clark. Avec ses longs cheveux grisonnants et bouclés et ses lunettes rondes, on dirait Einstein ! Il sait plein de choses, connaît toutes les actualités du marché, possède une connaissance pointue de l’art et témoigne d’une véritable passion des objets et d’un certain sens de la mise en scène quand il s’agit d’animer les ventes. Un coup de marteau et… « Adjugé pour 100 000 euros ! »

En toute confiance, je lui raconte des anecdotes et lui m’apprend quelques astuces du métier. Il me répète combien le milieu de l’art est fermé voire complètement bouché. Comme pour me prévenir que seuls les meilleurs tirent leur épingle du jeu. Il me dit par exemple : « L’art c’est passionnant mais il y a peu de postes. Il faut avoir un réseau, s’en servir à bon escient et ne pas avoir peur de casser les codes pour avancer. » J’ai bien noté, Jean-Marc, fais-moi confiance ! Surtout que lui, les codes, il les casse ! Plus jeune, il était enquêteur pour le compte de la P.J., où je travaille. Il coursait les contrebandiers avec fougue. Il s’est passionné pour ça et c’est naturellement qu’il a évolué vers une carrière de commissaire-priseur en complétant ses cinq années de droit avec une licence d’histoire de l’art obtenue à l’École du Louvre, où est dispensée une formation qui fait autorité dans ce domaine. Puis il a passé une myriade d’examens et de concours jusqu’à obtenir enfin le statut très convoité de commissaire-priseur judiciaire. Cela lui permet de mener les ventes des biens saisis par les auto­rités, d’effectuer des expertises pour les tribunaux ou de participer aux liquidations judiciaires. Il reste cependant très proche de la police, avec qui il collabore lors d’enquêtes importantes. Le boulot de mes rêves, quoi ! Jean-Marc, c’est comme mon mentor, et d’ailleurs, il me l’a dit : « Jade, si tu veux, je serai ton coach car je sens que tu as le potentiel ! ». Il ne m’en fallait pas plus pour jubiler.

Bref, je veux faire comme lui. Je veux mettre toutes les chances de mon côté pour figurer parmi les meilleurs et marcher dans ses pas. En multipliant les options et les cours – dont ceux du soir à l’École du Louvre – et en ajoutant le stage à la P.J. et la fonction d’assistante de Jean-Marc, j’espère bien y arriver ! Je suis un peu comme sa secrétaire, parce que J.-M., c’est un génie de l’informatique et de la culture mais pour répondre au téléphone et trier ses papiers, c’est un ours !

Avec lui, je plonge dans de vieilles enquêtes oubliées du grand public. Il travaille sur des dossiers internationaux, il voyage souvent pour des affaires dont il ne peut pas trop parler… Tout ce mystère me fascine ! Parfois, il ressemble à un détective privé des années cinquante tant il est méfiant avec tout ce qui paraît simple. Il est l’un des meilleurs experts de son domaine selon mam’ et c’est encore plus gri­sant de savoir qu’il a ses propres méthodes, pas toujours validées par ses supérieurs. Il m’a raconté qu’une fois, alors qu’il n’était encore qu’officier de police, il avait piégé un grand bandit d’art en se faisant passer pour un collectionneur ayant en sa possession l’une des plus belles toiles de je ne sais plus quel artiste connu. Une histoire montée de toutes pièces ! Il allait de grands dîners en soirées très privées, parlant de sa trouvaille et de l’ampleur de sa col­lection – fausses preuves à l’appui – à qui voulait l’entendre. Il s’était créé un personnage prétentieux, hautain et bavard, se targuant d’une richesse fictive. Il avait infiltré un réseau, s’était inventé des relations familiales princières avec de faux papiers et s’était fait des amis dans le milieu bourgeois, parmi « ceux qui ragotent de tout », comme il dit. Le but était, bien sûr, que l’info fuite dans les milieux des contrebandiers, que leur désir de récupérer ce faux butin s’intensifie. Jean-Marc avait attendu des mois, jour et nuit, que le plus apte à passer à l’action tombe dans le piège : ça avait été un certain Carlo Mendez. Jean-Marc l’avait pris en flag’ six mois après, en train de forcer le coffre-fort de la maison huppée de l’île Saint-Germain qu’il avait réquisitionnée et faussement habitée pour les besoins de l’enquête. Évidemment, il avait travaillé presque seul et avait omis de raconter certains détails à la police pour qu’elle le laisse régler cette enquête comme il l’entendait. Une vraie tête brûlée, ce J.-M. ! Cela lui avait valu une mise à pied assez sévère, qui avait eu pour effet de le faire réfléchir à sa carrière de commissaire-priseur. Mais il avait aussi reçu la Légion d’honneur pour avoir démantelé un sacré réseau de voleurs !

Avec toutes ces activités, j’avoue ne pas avoir eu le temps de me faire de vrais amis ici… Je sors de temps en temps avec les étudiants de la fac mais je n’entretiens pas des relations très solides avec eux. Je sors juste pour me changer les idées. Car, dans le fond, je souhaite avant tout me concentrer sur mon avenir. Mes vrais amis le comprennent et me soutiennent. Ce qui compte, c’est maintenant et demain, pas hier, n’est-ce pas ? Je veux devenir commis­saire-priseur ou au moins travailler dans le milieu de l’art et j’y arriverai !

C’est fou comme les tableaux de maîtres valent cher ! Des millions pour certains ! Pas étonnant qu’il y ait des vols… En même temps, qui achèterait La Joconde ? Alors pourquoi vouloir la voler ? Ça me semble absurde. À la P.J. de Paris, en participant au profilage des voleurs et des membres de leurs réseaux, j’ai découvert plein d’histoires et approfondi parfois celles dont Jean-Marc m’a parlé. Il y aurait matière à écrire une collection de romans policiers ! Avec ma supérieure, je refais les fiches identitaires de ces voleurs (une sorte de biographie). Je me souviens, par exemple, d’un vol aux États-Unis : deux jeunes, je crois, avaient dérobé une toile de Manet chez une milliardaire de Chicago. Un autre vol en Afrique du Sud m’avait laissée perplexe : trois toiles de plusieurs millions subtilisées en plein jour dans un musée surveillé, sans que personne s’en aperçoive ! Les toiles ont été retrouvées trois semaines après, dans la cave d’un restaurant. Le voleur, lui, s’était volatilisé… Quand le patron du restaurant a découvert les tableaux, il a cru qu’il était riche pour toujours et a entamé une procédure pour vendre son fonds de commerce. Il a été bien déçu d’apprendre qu’il ne toucherait rien et il est retourné à ses fourneaux, le pauvre ! Chaque année, des œuvres signées de la main de peintres très cotés disparais­sent. De nombreuses toiles toutes plus uniques les unes que les autres attisent la convoitise des bandits et des collec­tionneurs fous. Il y a deux ans, au musée d’Art moderne de Paris, cinq tableaux d’un montant de plus de 100 millions d’euros ont été volés. Des toiles signées Picasso, Matisse, Modigliani, Léger et Braque, qui n’ont toujours pas été retrouvées. La police continue d’enquêter… Les journaux en avaient beaucoup parlé à l’époque, puis l’histoire a peu à peu été oubliée, sauf par des spécialistes comme Jean-Marc, qui vibrent au rythme des enquêtes parallèles. J’ai dû faire une revue de presse à ce sujet, c’était bluffant.

Pour m’aider dans mes fiches, je contacte parfois des P.J. à l’étranger, en anglais, pour leur demander des informations actualisées, des dates ou des lieux de naissance par exemple… Je fouille sur Internet et dresse ces notes pour faire le point et avoir toutes les infos à disposition. Tout ceci, dans le but d’alimenter et de compléter les enquêtes policières en cours ou à venir. Je n’imaginais pas à quel point le marché de l’art était véreux…

BRRRRR !

 

L’avion se met à trembler et ça me rappelle des sou­venirs… J’ai eu tellement la frousse dans l’avion qui nous emmenait à Manille l’an dernier ! Devant la violence des secousses, tout le monde s’était mis à prier. Et puis j’étais tellement triste de quitter la France à ce moment-là… Aujourd’hui, c’est plutôt un plaisir.

– Mesdames et messieurs, Ladies and gentlemen, señoras y señores, merci d’attacher vos ceintures de sécurité nous allons traverser une zone de turbulences. Please fasten your safety belts. Por favor, abróchense los cinturones de seguridad…

C’est reparti ! Je ne peux m’empêcher de penser à ma rencontre avec Debjani, ma voisine dans l’avion pour Manille. Elle m’avait impressionnée par son calme et sa quiétude alors que des secousses nous faisaient valdinguer en tous sens comme aujourd’hui. C’est marrant mais là, je n’ai pas vraiment peur. Je me sens paisible. Je ferme les yeux et je respire profondément. Environ cinq minutes s’écoulent pendant lesquelles nous sommes soumis à des vibrations assez violentes. Mais je ne panique pas et l’avion retrouve bientôt son calme. C’est fini et je n’ai pas perdu confiance !

Je prends le petit carnet sur lequel j’ai pris l’habitude d’écrire mes réflexions depuis mon séjour à Manille et je note :

Dans l’avion Paris-Buenos Aires : Je me sens bien plus forte maintenant ! Il vaut mieux traverser les épreuves avec patience et foi. Les épreuves de la vie sont comme les zones de turbulences, ça passe mieux si on ne se laisse pas aller à imaginer le pire. Comme quand j’ai pardonné à Amélie et à Henri de ne m’avoir rien dit de leur relation amoureuse…

Amélie sort avec Henri, qui était amoureux de moi avant que je ne parte à Manille. Enfin… je croyais qu’il l’était ! Quand j’ai compris la raison de leur comportement distant, je ne l’ai pas très bien pris. Ça a été très tendu entre nous pendant un moment. Puis, j’ai réfléchi : après tout, Henri et moi ça n’a jamais vraiment été autre chose qu’une belle amitié. Et puis, il ne m’appartenait pas… J’ai réalisé que si je réagissais mal, c’était juste parce que mon ego était touché. Du coup, j’ai pardonné. Mais j’ai quand même pris mes distances avec eux. Je ne leur en veux pas, mais j’ai besoin de vivre ma vie à moi et eux, la leur… Alors on ne se voit plus trop. Et c’est étrange, mais ça ne me manque pas plus que ça.

Surtout que mon cœur à moi s’est déjà naturellement détourné d’Henri depuis… Je ne sais même plus depuis quand ! J’ai mis un petit couvercle sur mes sentiments ces derniers temps pour ne pas mollir. Si je repense à tout ça, à la lettre de Gaspard je… Oups ! STOP ! Sujet tabou.

Music !

J’enfile mes écouteurs et laisse mon esprit voyager au rythme de Could you be loved de Bob Marley.

Dans la torpeur qui m’envahit, j’entends le ronronnement monotone de la voix de mon prof, M. Desombres : « Cette peinture d’une délicatesse infinie nous dévoile tout le romantisme lyrique, bien qu’atypique, d’un peintre, qui, des années 1876 à 1879, sans doute, avait le cœur et les pensées tournés vers la volonté de retranscrire des émotions palpitantes… »