Jésus

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"- Vous savez qui était cet homme ? demandai-je à ceux qui marchaient avec moi.
- Qui ? me répondit un vieil homme assis sur un âne.
- L'homme que Johan a baptisé en dernier.
- Celui-là vient de chez nous, c'est le fils du charpentier de Nazareth. Il s'appelle Yeshua. Je me retournai pour le regarder une dernière fois et je vis qu'il se dirigeait dans la direction opposée, vers le désert. Je ne pensais pas que j'allais bientôt avoir de ses nouvelles".

Sur la terre d'Israël, des sectes annoncent la venue imminente d'un Sauveur, les pauvres réclament justice et ceux qui veulent libérer le pays de la domination romaine sont prêts à prendre les armes...

Tous attendent le Messie. En ce temps-là, Ariguel, un jeune disciple de Johan le Baptiste, rencontre Yeshua. Bouleversé par ses paroles, il se met bientôt à suivre le rabbi de Nazareth. Ariguel entame alors un voyage qui le conduira à découvrir le sombre passé de son père, l'injustice de la mort, la force de l'amour et de l'amitié, et l'avènement du Royaume des cieux...

Idéal pour les 10 ans et plus.


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Publié le 25 novembre 2011
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EAN13 9782728916245
Langue Français
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Un remerciement tout spécial au Père Bruno Pennacchini, professeur et bibliste, infatigable spécialiste d’Israël et de sa langue.

Merci à Lodovico.

Merci à mes parents.

Merci à mes enfants qui m’apprennent chaque jour comment poser des questions, et comment chercher à y répondre.

Merci à Antonio, mon premier lecteur, qui a vu cette fois dans mon cœur le désir d’écrire avant même de l’avoir exprimé.

Si quelqu’un te dit qu’il a cherché

et qu’il n’a pas trouvé, ne le crois pas.

Si quelqu’un te dit qu’il n’a pas cherché

et qu’il a trouvé, ne le crois pas.

Si quelqu’un te dit qu’il a cherché

et qu’il a trouvé, tu peux le croire.

Guémara, Méguila, 6b

PREMIÈRE PARTIE

I

J’étais là quand les envoyés des pharisiens s’approchèrent de Johan et l’interrogèrent devant tout le monde.

Nous étions sur les rives du Jourdain. Il était tard mais les gens venus des villages voisins voulaient encore entendre parler Johan, fils de Zacharie, prêtre de la classe d’Abia, et ils demandaient à être baptisés. Certains d’entre eux étaient plongés dans l’eau jusqu’à la taille et ils attendaient que Johan leur adresse une parole, les asperge d’eau. C’était là le signe de leur teshua, de leur retour à Dieu.

J’avais déjà reçu le baptême de Johan. J’ai été l’un des premiers à le suivre.

J’ai toujours été à la recherche d’une route qui me mènerait à Dieu. Nos maîtres disent qu’il y a autant de portes pour aller à Dieu que de lettres dans la Torah et que chacun a sa propre porte. Aussi je me suis mis à chercher la mienne.

Je l’ai d’abord cherchée parmi les Esséniens, ceux qui vivent dans des grottes près de la mer Morte. Les Esséniens vivent ensemble, en communauté, ils partagent leurs biens. Ils ont un maître qui leur enseigne l’Écriture. Ils subviennent à leurs propres besoins en travaillant dans leur ferme. Ils prient, prennent des bains rituels et observent la Torah de manière stricte. Ils sont séparés du monde. Ils disent que ce sont eux le véritable Israël et, à chaque instant qui passe sur la terre, ils guettent la venue du mashiach, le messie, celui qu’on attend.

Je suis allé leur rendre visite avec mon père. Nous leur apportions des pièces d’étoffe et quelques autres objets et mon père les interrogeait. Ils disaient qu’ils se préparaient. Selon eux le messie devait venir bientôt, très vite, et il allait rétablir toute justice. Mon père était très ému en écoutant ces paroles. Dans son cœur, il désirait être le contemporain du messie. Un jour, tandis que nous retournions à la maison, je lui ai demandé :

« Père, pourquoi désires-tu tant être là au moment où le messie viendra ?

– Ariguel, mon fils, parce qu’il est écrit que miséricorde et vérité se rencontreront, justice et paix s’embrasseront, la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice”. »

Mon père voulait voir arriver l’heure du messie plus que toute autre chose.

Certains parlaient de cette heure comme d’un moment terrible. Mon père, lui, sentait qu’elle allait sortir les pauvres de leur misère, délivrer les prisonniers et notre terre de la main des dominateurs romains, guérir ceux qui souffrent, comme son fils, mon frère, aveugle de naissance.

Mais l’année dernière mon père est mort et le messie n’est pas arrivé. Les impôts sont devenus de plus en plus lourds et la souffrance du peuple a augmenté. Mon frère Orphar a continué à demander l’aumône à la porte de Jéricho et personne ne l’a guéri. Aussi, me suis-je dit, c’est moi qui irai à la rencontre du messie. Même si je ne suis qu’un jeune garçon, c’est déjà la troisième année que je suis devenu bar-mitzvah, fils de la Loi.

Un jour, j’ai dit au revoir à ma mère et je me suis dirigé vers les grottes des Esséniens, décidé à rester parmi eux. Mais avant que je n’y arrive, je suis tombé sur Johan. Il portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture autour des reins. Il était maigre, avec le visage creusé et des yeux très vifs.

Un groupe de personnes venues des villages voisins était allé le chercher et tout le monde attendait qu’il parle. Je m’arrêtai moi aussi. D’autres gens arrivaient et il s’est mis à marcher à grands pas, de long en large, comme un lion agité. Puis il a élevé la voix et il a dit : « Je suis la voix qui crie dans le désert. Préparez les chemins du Seigneur, redressez ses sentiers. Voilà déjà que la hache est placée à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de fruit sera taillé et jeté au feu. Convertissez-vous, le Royaume des cieux est proche ! »

La hache, le feu. Tout le monde craignait ses paroles. Ce qu’il disait était dur mais il m’a tout de suite conquis. Je devins disciple de Johan et je suis resté auprès de lui pendant un certain temps.

J’avais vendu le peu de choses que je possédais. Il vivait d’une manière austère, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. J’allais au village, je lui apportais à boire, quelquefois du pain. Sa prédication devenait de plus en plus forte. Je décelais dans ses paroles une urgence qui me tenait éveillé et prêt.

Les gens qui se réunissaient autour de lui étaient chaque jour plus nombreux. Cela ne semblait pourtant pas l’intéresser, il ne recherchait pas leur faveur et plaçait chacun devant ses propres erreurs. Il appelait aussi à la conversion ceux qui croyaient être déjà sauvés, comme les pharisiens, fidèles à la Torah et à la loi orale. Ceux-ci ne se mêlent pas aux autres gens et ne touchent pas les impurs ; ils paient la dîme, offrent des sacrifices et se lavent jusqu’au coude avant de prendre n’importe quelle nourriture. Une fois, Johan traita un petit groupe d’entre eux de « race de vipères ». Cela provoqua une vraie pagaille dont certains se souviennent encore. Quelques-uns pourtant furent touchés dans leur cœur et voulurent recevoir le baptême. D’autres retournèrent à Jérusalem et racontèrent ce qui s’était passé.

Voilà pourquoi ce jour-là certains envoyés des pharisiens se présentèrent pour demander des comptes. J’étais là quand ils revinrent interroger Johan, dans le but de le discréditer aux yeux de la foule. Tandis qu’il parlait, l’un d’eux prit la parole et dit : « Et toi, pourquoi baptises-tu, puisque tu as dit que tu n’es pas le prophète Élie, et encore moins le messie ? » Un long murmure s’ensuivit. Les ennemis de Johan ricanaient déjà. Un coup pareil, devant tout le monde, allait lui retirer toute autorité. Les gens qui étaient en train d’enlever leurs manteaux pour entrer dans le Jourdain s’arrêtèrent pour écouter sa réponse. Ceux qui étaient en train de se rhabiller restèrent sans tuniques et sans souliers. Alors Johan prit de l’eau dans ses mains et la laissa couler entre ses doigts puis retourner au fleuve. Il fit cela plusieurs fois. Enfin il sortit de l’eau et se dirigea vers celui qui l’avait interrogé. « Moi, je baptise dans l’eau, tu le vois, dit Johan, mais parmi vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. Quelqu’un dont je ne suis même pas digne de dénouer la lanière de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit et dans le feu. »

Voilà quelles furent les paroles de Johan. Beaucoup ne le comprirent pas. D’autres comprirent seulement que Johan parlait de quelqu’un qui devait venir.

Je sentis qu’enfin le messie était si proche qu’il était déjà parmi nous.

II

« Quel est ton nom ? » me demanda un jour Johan.

Je lui avais apporté à boire en venant de mon village. Il était seul. Il me prit la petite outre des mains et me fit signe de m’asseoir. Je m’installai comme lui : les épaules contre la pierre et les jambes croisées. Par moments le chamzin, le vent d’est, soulevait tellement de poussière qu’on en avait le souffle coupé. Alors on se couvrait le nez et la bouche avec un pan de notre manteau. Le soleil était très chaud, mais les yeux de Johan étaient animés et réveillés. Cela faisait maintenant un certain temps que je le suivais et il me permettait quelquefois de l’approcher, mais nous ne nous étions jamais parlé. Il semblait garder son souffle et ses paroles pour s’adresser à la foule. Il parlait comme s’il était saisi par quelqu’un. Quand je l’écoutais, il me faisait penser à un poisson pris à l’hameçon, ou plutôt, un poisson saisi au harpon dans une eau transparente.

« Je viens de Jéricho, je m’appelle Ariguel. »

Johan me rendit l’outre, s’essuya les lèvres et prit une petite canne à la main.

« C’est un nom important, dit-il en me regardant.

– C’est mon père qui l’a choisi. À cause des derniers temps, les temps du messie. Cela a quelque chose à voir avec le tressage, le tissu. Tissu de Dieu. Il me semble me rappeler que c’est le nom d’un ange qui fait preuve de miséricorde…

– Un nom qu’on invoque pour remettre de l’ordre, pour que l’harmonie revienne parmi ceux qui sont oubliés, les opprimés…, dit-il en traçant une ligne sur le sable avec la pointe de sa canne.

– ... les sans-abri, les réfugiés. Oui, c’est ce que disait mon père, ai-je continué.

– Souviens-toi que Dieu tisse aussi quand la trame est obscure à nos yeux, dit Johan en traçant d’autres lignes minces qui s’entrecroisaient. Puis le tressage se resserrera, il dévoilera bientôt chaque nœud et nous fera voir son dessin. Ton père était un homme droit.

– Il voulait voir le messie.

– C’est toi qui le verras. Tu te souviens de David, notre roi ? Eh bien il voulait construire une demeure pour Dieu mais il ne l’a pas fait. C’est son fils Salomon qui a construit le Temple de Jérusalem.

Johan se leva.

– Viens, allons jusqu’au fleuve, j’entends les gens qui se rapprochent. »

Je n’avais encore rien entendu mais, en marchant, petit à petit, j’entendis grandir le brouhaha. Ce jour-là, encore, les gens étaient venus des villages alentour, et quelques-uns des villes un peu plus grandes. Ils se rassemblaient sur la berge du fleuve pour attendre Johan. Le ciel s’était couvert de nuages et cela apportait un peu de fraîcheur.

J’avais déjà reçu le baptême, mais comme d’habitude je voulais rester pour écouter ses paroles. Aussi, tandis qu’il pénétrait dans l’eau, je m’assis un peu à distance, avec d’autres qui comme moi le suivaient depuis un moment.

Les gens s’approchaient pour se faire baptiser et tous demandaient : « Que devons-nous faire ? » et Johan répondait : « Que celui qui a deux tuniques en donne une à qui n’en a pas, que celui qui a à manger en fasse autant. »

Ce jour-là, se frayant un chemin parmi la végétation qui poussait sur la berge, arrivèrent deux soldats.

Les gens se turent et leurs regards s’assombrirent. Même s’ils faisaient partie de la garnison du lieu, les soldats n’étaient certainement pas une présence appréciée au milieu du peuple et depuis quelque temps on disait que Johan allait bientôt avoir des problèmes. Il y en avait qui craignaient pour eux-mêmes et d’autres qui avaient peur pour Johan. Mais les soldats roulèrent leur tunique jusqu’aux hanches et entrèrent dans l’eau en s’avançant vers lui. L’expression de leurs visages était recueillie et trahissait par moments une certaine crainte. Quand ils se trouvèrent devant lui, Johan les traita comme n’importe qui d’autre, il les fit se plonger dans l’eau et il leur dit : « Ne maltraitez personne et contentez-vous de votre solde. » D’ailleurs, jamais Johan n’avait parlé de chasser les Romains, ni de fomenter une révolte. À ces mots, beaucoup parmi la foule acquiescèrent et d’autres, attendant que les soldats se soient éloignés, recommencèrent à aller vers lui en une procession lente, un mélange de gens de diverses origines et parlant plusieurs dialectes. Quand la foule le pressait davantage, Johan grimpait sur un rocher et criait : « Le règne de Dieu est proche, convertissez-vous ! » et il continuait à donner le baptême.

À un moment, j’ai vu entrer dans l’eau un homme que je n’avais encore jamais remarqué à la suite de Johan. Lui aussi arrangea sa tunique, ôta ses sandales et entra dans l’eau. Je vis Johan hésiter. Il descendit de son rocher pour lui parler. D’habitude Johan parlait à voix haute pour que tout le monde entende, mais à ce moment-là il parla sans que sa voix ne parvienne jusqu’à l’endroit où je me trouvais. Cet homme aussi lui parlait. Je vis l’expression de Johan se durcir, puis son visage se détendit. L’homme se plongea dans les eaux du Jourdain, l’eau se referma au-dessus de sa tête. Johan lui tendit la main, l’homme ressortit de l’eau et les deux se regardèrent encore.

Je garde un souvenir confus de ce qui s’est passé ensuite.

Un vent se leva et balaya le ciel, les nuages dérivèrent rapidement et une lumière forte revint sur le fleuve et sur nous. Mais il y eut encore du vent et les nuages menacèrent de revenir comme quand s’annonce une tempête. Johan sortit de l’eau, congédia les gens et s’éloigna rapidement.

Les gens s’en allèrent par petits groupes, rabattant leurs manteaux sur leurs visages parce que le vent soulevait le sable du terrain rocheux.

L’homme que Johan avait baptisé se tenait debout, en prière. Je restais un moment à le regarder puis décidai de rentrer moi aussi. Je rejoignis un groupe qui venait de Galilée pour faire route avec eux.

« Vous savez qui était cet homme ? demandai-je à ceux qui marchaient avec moi.

– Qui ? me répondit un vieil homme assis sur un âne.

– L’homme que Johan a baptisé en dernier.

– Celui-là vient de chez nous, c’est le fils du charpentier de Nazareth. Il s’appelle Yeshua. »

Je me retournai pour le regarder une dernière fois et je vis qu’il se dirigeait dans la direction opposée, vers le désert.

Je ne pensais pas que bientôt j’allais avoir à nouveau de ses nouvelles.

III

Il se passa presque deux mois. Des mois difficiles parce qu’autour de Johan régnait une effervescence qui ne plaisait pas à tout le monde. Les autorités religieuses ne voyaient pas d’un bon œil ses prédications qui rassemblaient les foules loin du Temple et leur faisaient oublier d’y déposer des offrandes. Quant aux pharisiens, ils se sentaient particulièrement visés. Il faut dire que Johan n’épargnait personne.

Un jour, il s’en prit à Hérode Antipas, le tétrarque qui gouvernait la Galilée et la Pérée. Il disait qu’il n’avait pas le droit de prendre Hérodiade pour épouse : Hérodiade était sa propre nièce et elle avait été auparavant la femme de son frère.

« Il ne respecte pas la loi de Moïse » disait Johan, en présentant aux yeux de tous le comportement d’Hérode comme celui d’un homme capricieux, comme un Juif qui ne tenait pas compte des traditions de ses ancêtres, quelqu’un qui faisait scandale et qui n’était pas digne de diriger le peuple.

À partir de ce moment, il me semblait apercevoir chaque jour de nouveaux visages parmi la foule. C’étaient malheureusement des visages suspects, des gens qui venaient écouter les paroles de Johan pour aller les rapporter à ses ennemis, afin que ceux-ci trouvent des motifs pour l’accuser. Quelques disciples de Johan commencèrent à craindre pour sa vie et partirent à la recherche de plus d’informations.

Moi aussi je voulais en savoir davantage. Je décidai alors de m’éloigner pendant quelques jours et de me mêler aux gens qui rentraient en Galilée.

Dans la région, Hérode Antipas avait fait reconstruire plusieurs villes, en particulier Tibériade, qui était flambant neuve. Durant les travaux de fondation un ancien lieu de sépultures avait été trouvé. Cela rendait la ville impure selon les lois d’Israël, mais Hérode n’en avait que faire. Il y avait des eaux thermales qui plaisaient aux Romains et lui-même vivait dans un palais luxueux, au toit doré. Il avait aussi voulu faire construire un stade.

Je décidai d’aller plus loin, jusqu’à Capharnaüm, une ville qui se trouve sur le lac de Génézareth. Il y avait là une grande synagogue et peut-être y apprendrais-je quelque chose.

J’y parvins au bout de cinq jours de marche. Depuis les basses collines qui l’entouraient, je contemplai la ville.

C’était une plaine remplie de maisons adossées les unes aux autres ; construites en pierres obscures, presque noires, avec des toits faits de poutre de bois, qui se succédaient jusqu’à la baie caillouteuse. Là-bas, au fond, j’aperçus la lueur des lumières sur l’eau du lac et les barques qui rejoignaient le rivage. Je décidai alors de me rendre tout de suite au port. Avant même d’aller à la synagogue, je voulais me trouver au milieu des gens qui venaient acheter du poisson fraîchement pêché. J’y trouverais sûrement des voyageurs, des gens venus de loin et des gens d’ici. Le marché aux poissons de Capharnaüm fournit toute la région et le poisson séché en ville est acheminé ensuite d’un bout à l’autre de l’Empire. Si quelque chose se tramait contre Johan, le bruit en arriverait certainement jusqu’ici.

Arrivé sur la berge du lac, je trouvai beaucoup d’agitation. Les marchandises étaient installées près des barques. À terre, sur des nattes et dans des paniers tressés. Les pêcheurs étaient assis au milieu de leurs étalages et soulevaient de temps en temps un poisson ou un autre en hélant les acheteurs d’une voix forte. Quelques-uns avaient tendu une toile entre les poteaux pour faire un peu d’ombre, d’autres étaient mieux installés devant leur propre maison avec une toiture en bois. Il y avait un grand va-et-vient : des femmes avec leurs cabas et des enfants pendus à leurs cous, des marchands qui négociaient les prix, certains avec leur âne déjà chargé, d’autres qui payaient en pesant leur argent ; et, au milieu des barques tirées à sec sur le rivage, le mouvement incessant des apprentis qui nettoyaient les filets et rangeaient les outils semblait ne jamais devoir s’arrêter. Je m’approchai d’une tente, en faisant mine de vouloir acquérir un panier entier de musht, et je partis seulement quand quelqu’un offrit un meilleur prix que le mien ; puis je me dirigeai vers une autre barque et une autre encore. J’écoutais attentivement les discussions et les bavardages, surtout les plaintes qui concernaient les impôts et les Romains. De Johan on disait seulement qu’il avait offensé Hérode et qu’il ferait mieux de partir. Cela ne m’apprit pas grand-chose. J’étais sur le point de m’éloigner quand j’entendis à nouveau prononcer le nom du baptisé de l’autre jour. C’étaient deux vieux pêcheurs qui étaient en train de parler. Je me mis à les écouter.

« Zébédée, fais-toi une raison. Tes fils sont grands. Ils ont travaillé avec toi jusqu’à maintenant. Ils reviendront peut-être. Laisse-les aller avec ce maître.

– Mais qui est d’abord, ce Yeshua ? Qui est-ce ? » répétait d’un air désolé un pêcheur assis sur le bord de sa barque.

Il tenait ses cordages à la main. Dans les paniers, quelques poissons.

« Il est de Nazareth, mais on dit que les gens de son village l’ont chassé. Mais tu as vu toi-même les signes qu’il accomplit : il a guéri plusieurs de nos malades, il a soigné Yehuda le lépreux et l’autre soir il y avait tout le village à la porte de chez lui. Il ne peut pas faire tout cela sans l’aide de Dieu.

– J’entends bien, mais qu’est-ce que mes fils ont à voir là-dedans ? Ce sont deux pêcheurs, comme moi.

– D’accord, mais lui les a appelés. Il a aussi appelé Shiméon et son frère et eux aussi sont partis. On a retrouvé leurs filets dans la barque. Allez, Zébédée, je t’enverrai mon fils. Il sait comment se rendre utile sur une barque et moi j’ai encore mon frère.

– Merci Tobi, mais je vais attendre encore quelques jours. »

Yeshua de Nazareth. C’est bien ce qu’ils avaient dit. J’étais certain qu’ils parlaient justement de l’homme que j’avais vu auprès de Johan. Donc c’était un maître, quelqu’un qui opérait des signes prodigieux. Je décidai de partir à sa recherche et remontai jusqu’au village pour trouver sa maison.

IV

Je quittai le marché, traversai la route et m’engageai dans une ruelle qui semblait très fréquentée.

« Je trouverai bien quelqu’un pour me renseigner » pensai-je. Arrivé près d’un groupe de maisons je vis des gens qui se pressaient autour d’une ouverture. C’était l’unique fenêtre d’une modeste habitation. En tournant à l’angle de la rue je vis que ces maisons donnaient sur une petite cour ; la foule s’était rassemblée là et s’agglutinait devant la porte.

« Qu’est-ce qui se passe ? demandai-je à un petit garçon qui essayait de grimper sur le dos de l’homme qui était devant lui.