Phénomène naturel des plus curieux
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Alphonse AllaisDeux et deux font cinqLes commentaires que j’ai publiés, naguère, relatifs à une saisissante chronique deMirbeau, où il était question d’un vieux jardinier qui jouait du piston pour embêterson hibiscus et de ...

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Langue Français

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Alphonse Allais
Deux et deux font cinq
Les commentaires que j’ai publiés, naguère, relatifs à une saisissante chronique de Mirbeau, où il était question d’un vieux jardinier qui jouait du piston pour embêter son hibiscus et de concombres qui s’enfuyaient dès qu’on les appelait, m’ont valu mille communications diverses et des plus intéressantes, émanant d’horticulteurs et grands propriétaires fonciers. Le cas d’un arbuste musicophobe et celui d’un potiron vadrouilleur sont loin, paraît-il, d’être des cas isolés. Impossible, malheureusement, de citer tous ceux que me communiquent mes aimables correspondants. Je n’en veux retenir qu’un seul dont je fus témoin. J’avais reçu, la semaine dernière, un mot de M. Edmond Deschaumes, m’invitant à me rendre compte, par moi-même, d’un fait insignalé jusqu’alors par les botanistes. «C’est surtout le lundi matin que mon expérience réussit le mieux, ajoutait Deschaumes ;viens donc dès dimanche, dans l’après-midi, tu pourras ainsi assister à l’évolution complète du phénomène.» Je n’eus garde de manquer à cette piquante invitation. Edmond Deschaumes est un de mes plus vieux camarades du Quartier Latin. Il fonda même en ces parages une revue littéraire où j’abritai mes jeunes essais. Tout ça ne nous rajeunit pas, mon vieux Deschaumes ! Sans êtrepalatiale, comme disent les Américains, la résidence, à Marly-le-Roi, de M. Deschaumes est vaste, bien aérée et lotie de tout l’appareil du confort moderne. Pour l’instant, nous n’avons à nous occuper que du jardin. Dès mon arrivée, Deschaumes me mena devant un magnifiqueantirrhinum ou mufliercouvert de fleurs. La fleur de l’antirrhinumse nomme vulgairementgueule de loup, chacun sait ça. Or, Deschaumes se mit à arroser sonantirrhinumavec des mélanges d’absinthe, de bitter, de vermouth, etc. Après quoi, ce fut avec des bouteilles de vin, et même des litres. Puis ensuite, après notre dîner, du cognac, de la chartreuse, etc. Enfin, et jusqu’à assez tard dans la nuit, avec des canettes de bière. Après quoi, nous allâmes vers nos couches goûter un repos que nous n’avions point dérobé. Le lendemain, dès l’aube (chef-lieu Troyes), tous nous étions réunis devant l’antirrhinum. Et nous constations, ô miracle ! que les gueules de loup étaient devenues des gueules de bois. À telle enseigne que M. Jules Bois lui-même s’y serait trompé.