Mon enfance à Brioude .

Mon enfance à Brioude .

Documents
7 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

MON ENFANCE A BRIOUDE . Ayant passé de nombreuses années de mon enfance Rue Emile Roux avec mes parents , j'ai en moi beaucoup de souvenirs de jeunesse . Nous étions à la fin des années 1950 . Mes parents habitaient la villa > . C'était une très belle maison des années 1930 que mon grand-pére avait fait construire . Le jour de ma naissance il y avait planté un sapin . Il y avait un grand jardin qui entourait entiérement la villa . C'était une rue bien tranquille avec de bons voisins . Il y avait Mr. et Mme Prat , les Faure , les Bussac , les Brun , tous des gens charmants . Et puis , il y avait les Pouillard dont la propriété jouxtait la nôtre . Georges Pouillard n'était autre que le recordman du plus gros saumon jamais pris à la ligne dans l'Allier , exploit réalisé en Mars 1942 . Mon pére eût la chance de voir de ses yeux ce poisson fabuleux de 34 livres . Pendant que mon pére travaillait dans sa boutique d'électro -ménager située 11 rue du commerce , ma mére me gardait à la maison au retour de l'école avec la mémé Dubois . Elles jouaient aux petits chevaux des heures dûrant et au nain jaune puis elles me chantaient des chansons enfantines . Aprés les devoirs j'allais jouer dans le jardin , aux billes le plus souvent . J'aimais mon jardin . En été , il avait plein de fruits , des prunes reine-claude , d'Agen , délicieuses et mûries sur l'arbre . Je les mangeais quand elles étaient tombées à terre . Quel goût !

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 30 janvier 2014
Nombre de lectures 171
Langue Français
Signaler un abus
 MON ENFANCE A BRIOUDE .
Ayant passé de nombreuses années de mon enfance Rue Emile Roux avec mes parents , j'ai en moi beaucoup de souvenirs de jeunesse . Nous étions à la fin des années 1950 . Mes parents habitaient la villa << Sam Suffit >> . C'était une très belle maison des années 1930 que mon grand-pére avait fait construire . Le jour de ma naissance il y avait planté un sapin . Il y avait un grand jardin qui entourait entiérement la villa . C'était une rue bien tranquille avec de bons voisins . Il y avait Mr. et Mme Prat , les Faure , les Bussac , les Brun , tous des gens charmants . Et puis , il y avait les Pouillard dont la propriété jouxtait la nôtre . Georges Pouillard n'était autre que le recordman du plus gros saumon jamais pris à la ligne dans l'Allier , exploit réalisé en Mars 1942 . Mon pére eût la chance de voir de ses yeux ce poisson fabuleux de 34 livres . Pendant que mon pére travaillait dans sa boutique d'électro -ménager située 11 rue du commerce , ma mére me gardait à la maison au retour de l'école avec la mémé Dubois . Elles jouaient aux petits chevaux des heures dûrant et au nain jaune puis elles me chantaient des chansons enfantines . Aprés les devoirs j'allais jouer dans le jardin , aux billes le plus souvent . J'aimais mon jardin . En été , il avait plein de fruits , des prunes reine-claude , d'Agen , délicieuses et mûries sur l'arbre . Je les mangeais quand elles étaient tombées à terre . Quel goût ! Il fallait seulement faire attention aux guêpes ! Et les cerises ! Des grosses burlats sur un gros cerisier . Je m'en gavais littéralement , mes mains et ma bouche en étaient noires …....... Il y avait aussi des groseilles à maquereau que j'adorais également . Une charmille en forme de kiosque très bien taillée avec un feuillage dense nous servait d'ombrage . Maman s'occupait des massifs de fleurs avec beaucoup de goût . Les rosiers sentaient bon . Nous avions des ifs taillés au carré par Mr. Duchet pour améliorer ces massifs . A midi , Papa amenait le pain . Je l'attendais et courais vers lui pour l'embrasser . Un ami de Papa ( Mr. Porter ) nous avait donné un chien nommé Pataud , très gentil et très intélligent qui perdit la vie quand j'avais sept ans . Mon premier chagrin . Papa l'enterra sous le sapin de ma naissance . Nous avions onze chats ! Maman les récupérait dans le quartier et les nourissait sur la table du péron . Elle avait donné un nom à chacun . Les Jeudis aprés le repas Papa m'emmenait au magasin et je sortais avec mes copains du quartier de la mairie . Je pense à J.C Romain , le fils du boulanger , à J . Loup Vergne , à Marc Francon , à Roland Soule , à Gérard Rateau , à Pascal Rolle , à J . Marie Savy , Favre , etc.... Avec les Favre , Romain , Soule on canardait les pigeons de la Basilique au lance-pierres . On jouait au foot sur la Place au Beurre avec des chiffons ficelés comme ballon ou aux Cows-boys et Indiens avec des fléches polynésiennes que nous avions nous – mêmes fabriquées . On allait chercher nos bonbons chez la mére Cartier vers l'église ou chez le pére Chervallier . Il dormait souvent sur sa table à l'arriére boutique et on lui piquait quelques caramels mous , tubes de coco , roudoudous , rouleaux de réglisses …. Maudits gamins ! Mauvais sujets ! ... Pour les jouets c'était chez De La Rochette . J'aimais les pochettes surprises et leur petit jouet à l'intérieur chez Mme . Berger sur le boulevard . Maman m'en achetait une tous les jours . Mon 4 H c'était un bon bol de Nesquik avec des longuets , de bons gâteaux à tremper . Avant d'aller à l'école en hiver , Maman me donnait des marrons chauds à mettre dans les poches de ma veste , et ça me chauffait les mains pour le trajet . Il y avait aussi les pétards , les voiturettes Dinky Toys , les soldats de plombs , les paquets de Bonux ! …... C'était la grande époque des scoubidous aussi et des jean's Lewis qui avaient des étoiles à l'époque à la place des rivets . Dans les passants , on y mettait l'effigie de nos idoles : Johnny , Eddy , Dick Rivers , Elvis , Gene Vincent , Vince Taylor , etc …. A cette époque , je lisais des illustrés comme Blek le Roc , Akim , Kit Carson , Tex Tone , Mandrake , Cassidy , Zembla , les Pieds Nickelés , Sylvain et Sylvette , etc ….. achetés chez Mme . Devéze au kiosque de la gare .
On s'amusait aussi aux osselets ( en étain ) sur la Place aux Herbes dont j'étais le champion . Quelquefois , mon arriére grand – mére m'amenait promener au Pont de Bois pour y rejoindre ses copines qui lavaient le linge dans la Branche Mariniére au lavoir juste en – dessous du petit pont . Pendant qu'elles discutaient c'est là que je faisais ma friture de vairons et de tacons ! …........ Ces pauvres poissons étaient attirés par le parfum de savon de Marseille dont la mousse odorante partait dans le courant .
Je peux vous dire qu'il y en avait des tacons en ce temps là ! Mon petit panier en plastique était plein ! Au retour la grand-mére se faisait engueuler par Papa pour ne pas m'avoir fait relacher les petits saumons . Malheureusement cela n'a pas dûré longtemps … Le déclin des populations de saumons commençait ….. La pauvre grand-mére eût aussi avec moi la honte de sa vie bien malgré moi et mon insouciance d'enfant de 6 ans . Elle était issue des grandes familles bourgeoises de Brioude , la famille Bagés réputée pour ses distilleries de l'époque . De fait , elle connaissait très bien Maître Tarrérias autre figure brivadoise . Un matin alors qu'elle me promenait sur la Place de la Mairie , elle me dit : << dis bonjour à Maître Tarrérias , Manu >> . << Bonjour Maître Corbeau ….... >> . Il était dans son uniforme d'avocat ! Jamais mon arriére grand-mére ne rougit de cette façon et eût beau s'excuser il n'était pas du tout content de cette innocente réplique , mais le temps effaça heureusement mon erreur . Marthe Bagés était une cuisiniére hors-pair. Tous les dimanches nous mangions chez elle place de la mairie à l'étage . Il y avait mon arriére grand-pére ( Jean Mouttet ) , mon Papi ( Pierre Gladel ) ma mamie ( Madeleine ) , Papa et Maman . Mon arriére grand mére au moment de la chasse nous faisait un véritable festin . Elle se ravitaillait chez Mme Leroux , rue du Marché . Je me souviens qu'il y avait beaucoup de gibiers pendus devant la boucherie chevaline : sangliers , perdreaux , faisans , lapins , liévres , cailles, etc … Maman m' a raconté que quand elle m'attendait ( l'heureux événement ) , la grand-mére lui préparait des grives flambées ! …........... Sur l'esplanade de l'ancienne magnifique mairie il y avait un kiosque fort joli . On y faisait du vélo et on y jouait aux billes . La statue ( déplacée aujourd'hui ) était au fond vers le parapet . On y voyait toute la plaine où passaient les longs trains de marchandises avec leur machine à vapeur . Il y avait aussi la prison où dormaient quelquefois braconniers et voleurs de larcins . Dans cette plaine il y avait les jardins des brivadois . On y posait des piéges à oiseaux ... J'étais si bien dans cette belle Nature que quelquefois je ne voulais pas aller à l'école ( rue de Paulhac au C . C ) . Je me cachais dans la rue en haut de chez nous et surveillais Maman . Je ne voulais pas la laisser , elle me manquait pendant ce temps là . Je l'aimais tant …Pourtant j'avais de bons instituteurs . Je pense à Mme . Brun , à ses belles images que nous gagnions avec nos << bons points >> , à Mr. Bourny , à Mr. Faugére qui quelquefois s'endormait sur son bureau , à Mr.et Mme . Jouvhomme . Je ne peux oublier le tour des marronniers comme punition ou à genoux sur une régle en fer ! …........... Bonne raison pour ne pas y aller ….......... Avec J. Claude Favre et J. Marie Savy on allait à la pêche à la sortie des égouts de Brioude à l'usine Bertrand . Nous montions sur une vieille péniche ancrée et pêchions à l'asticot . On
attrapait des paniers de gros gardons , de hotus , de brêmes , de chevesnes attirés par le sang des Abattoirs qui sortait directement dans l'Allier ! …....... et puis on allait les vendre chez << le Barbu >> ( Souchayre ) place de la Gare . Il en faisait des quenelles ! Avec l'argent on achetait nos clops . Des P4 si on avait pas assez de sous ou des gauloises si tout allait bien . On commençait à être les petites canailles …......... Je devais avoir 11 ou 12 ans quand << ils >> ont refait le toît de la Basilique . Il y avait donc un très grand échaffaudage et nous n'avions rien trouvé de mieux qu'une compétition pour savoir qui monterait le plus haut ! Inconscience de notre jeune âge …................. Alfred Romain , le boulanger et pére de J Claude , laissait une longue barre de bois avec une serpillére au bout , sur le trottoir en face de sa boulangerie . Celle-ci servait à nettoyer son four . Un jour , on a trempé la serpillére dans de la m.... de chien . Alfred faisait sa sieste les aprés-midi avec les volets fermés . Nos cris l'ont alors réveillé et dés qu'il eû ouvert les volets et fin prêts nous l'avons eû en pleine figure ! Inutile de vous dire qu'il se précipita chez Papa pour l'avertir de nos méfaits …........... Je n'étais pas fier , croyez -moi …......... Mais Papa n'eût autre réaction que d'éclater de rire !...... Une autre fois , je suis rentré avec J. Marie Savy dans sa boutique : << bonjour Mr. Romain . Avez-vous du pain rassis ? >> Oui , bien sûr . << c'est bien fait pour vous , il fallait le vendre hier ! >> . Papa me gronda au retour mais gentiment …................... Mes escapades dans la Nature m'amenaient avec mes parents et mes copains à gambader parmi les nombreuses prairies de ce magnifique coin de la limagne brivadoise . Coquelicots , bleuets , marguerites , boutons d'or , narcisses , jonquilles , peuplaient jadis les champs de mon enfance , attirant la convoitise de beaucoup de gens pour la cueillette de fleurs et la composition de merveilleux bouquets . Quoi de plus beau que ces fleurs sauvages du printemps ? Quel parfum ! Quelle gaieté elles nous apportaient , quelle qualité d'environnement , de pureté , quel bonheur d'avoir grandi à cette époque !
Ici et là , dans les haies encore bien présentes de la plaine brivadoise , de nombreuses espéces d'oiseaux , passereaux , troublaient souvent ce merveilleux silence et cette si importante tranquillité . Tout respirait l'air pûr , c'était si bon pour l'organisme . Dans ces haies poussaient des mûres dont je me gavais et qui rougissaient mes mains et mes lévres . Je me souviens aussi des prunelles et des poires d'oiseaux dont je me délectais par gourmandise avec ce goût incomparable qui n'est toujours pas sorti de mon palais tellement c'était bon . Dés l'âge de 8 ans , Papa et Maman m'apprenaient tout le plaisir et l'art d'observer Dame Nature . Elle était à cette époque si vaste et diversifiée que j'avais l'impression de pénétrer dans cet univers à petits pas , ne voulant pas en perdre une seule miette . Mon pére m'amena à la pêche à cinq ans , soit dans l'Allier , soit dans la Senouire , sa riviére à truites préférée . Nous allions à Domarget ou au moulin de Blanchard et je pêchais les vairons et les goujons . J'en prenais beaucoup croyez-moi pendant que Maman ramassait des morilles . Papa me montrait déjà les éclosions que précédaient de nombreux mouchages pendant que de multiples vairons et goujons entouraient ou léchaient mes bottes d'enfant . Plus tard , j'appris à différencier les insectes qui faisaient la nourriture des truites . Ces truites étaient magnifiques dans la Senouire , parées de couleurs vives , signes de bonne santé grâce au bon état du ruisseau bourré de nourriture . Elles étaient grasses , grosses , belles . Les cailloux et les galets étaient propres , le fond ne glissait pas …........ Putain de temps ! …...... J'allais au Cros à vélo également . . Les vieux l'appelaient le ruisseau de << Bois d'Arbiou >> , il était très propre lui aussi et il y avait des truites qui montaient en nombre sur les coups d'eau du printemps et en automne . Je me souviens aussi de mémorables parties de pêche au brochet dans les reculs aux environs de Brioude . J'y allais à vélo : au Pré-Caillé , un ancien bras de l'Allier , où souvent les chasses de brochets de toutes tailles faisaient gicler des dizaines et des dizaines d'ablettes et de gardons au milieu des nénuphars . Quel spectacle ! L'eau était d'une limpidité incomparable car issue de filtres naturels de la plaine . Des iris jaunes agrémentaient les rives . C'était féerique au printemps . Aujourd'hui je regrette ce coin de pêche fabuleux et inégalable pour la bonne raison qu'il est à l'abandon . Les grands arbres sont tombés depuis plus de trente ans sans que personne ne les enléve occasionnant petit à petit l'inévitable envasement et une qualité d'eau plus que préocccupante …........ A quoi ça sert de l'avoir classé Natura 2000 puisque tout le monde va y déverser ses déchets et que même poissons et canards l'ont déserté faute d'entretien . Vous avez dit progrés ? Non , bien sûr . Et on nous parle de protection de l'Environnement ! Drôle d'époque que la nôtre ….......... L'Allier et ses eaux claires regorgeaient de poissons de toutes espéces . Comment oublier les lottes ou les loches que j'ai sorties de sous les cailloux . Et les grosses perches qui chassaient à la tombée de la nuit que l'on capturait au vairon vivant . Avec mon grand-pére , on allait à la digue de Cohade . Je peux vous assurer qu'en une matinée il attrapait 7 ou 8 perches de belle taille plus 2 ou 3 brochets . A chaque fois , c'était pareil ! Il n'a jamais pêché le saumon considérant que ça mord pas assez ! …....... Comment ne pas penser à mes parties de pêche à l'asticot ou à la fourmi ailée dans la Branche des Moulins . Dans cette partie de l'Allier , ablettes , spirlins , vandoises , chevesnes , tacons , truites , vairons , goujons , etc .. abondaient . Et mes parties de pêche à l'écrevisse avec mes parents dans le Céroux au pont de Chazelles ! Les balances pleines à ras-bord me donnaient des difficultés pour les lever et les écrevisses retombaient à l'eau . Elles étaient belles avec de grosses pinces . Leur carapace était très dûre et c'était un véritable régal …. Maman les faisait à l'américaine ou au Picardan . On allait aussi dans l'Arcueil à Loubinet ou encore à Pinols dans la Croncette . Ces ruisseaux étaient farcis d'écrevisses . J'avais 8 ou 9 ans . Papa me laissait pêcher à la cuiller et j'attrapais toujours 2 ou 3 truites avec des Celtas . Les Celtas , je les ai d'ailleurs toujours adoptées tout au long de ma vie . Je les préférais vertes et noires en N° 1 ou N° 2 . Quelquefois , je voyais une truite dans le ruisseau et je cherchais vite une sauterelle ou un grillon pour la tenter .
A l'Automne , c'était la chasse avec Papa au gibier d'eau dans les étangs de Chomaget . Il n'était pas rare de tuer plusieurs canards ou bécassines et de profiter de ce merveilleux plaisir de les manger . Quel délice , quels repas ! Le temps est assasin comme vous le savez tous . Les goûts de la Nature , c'était avec appétit qu'on en profitait . Et les cailles , oui les cailles ! Dans les chaumes de la plaine . Elles étaient nombreuses elles aussi , bien grasses mais terriblement méfiantes . Les perdeaux aussi . On en voyait à chaque sortie et en nombre . On n'en tuait pas à chaque fois pour les préserver et assurer leur avenir . C'était tellement beau de voir ces compagnies . Il y avait également les grives . Les belles et grosses Tia-Tia qui agrémentaient bien un repas du dimanche en famille . Elles avaient le goût de geniévre . C'était fantastique . Mon pére m'avait appris à les attraper avec des baguettes de bois articulées . On appelle ça un trébuchet . Ces baguettes supportaient une pierre plate , la grive appâtée par les grains de geniévre touchait une baguette et la pierre la couvrait . Ce piégeage me plaisait beaucoup car il était très judicieux . Les lapins de garenne couraient dans tous les sens aux environs de Brioude , à la Vieille-Pile , plus spécialement connue des pêcheurs de saumons avant qu'un imbécile n'invente la myxomathose pour les tuer . Pauvre c..! Papa m'emmenait avec Pataud qu'il s'amusait à faire courir et à dresser . Tout cela sans fusil ! Quand je pense à tous ces lapins que j'ai vu ces années-là cela devient impensable aujourd'hui . J'en viens tout de go aux magnifiques saumons que mon pére vénérait tant . Je ne le remercierai jamais assez de m'avoir fait connaître ce fabuleux poisson et de m'avoir passé le virus . Il m'emmenait au barrage de la Bageasse le dimanche avec Maman . Là , en Avril , nous les regardions sauter avec admiration essayant de franchir l'obstacle . Quel spectacle ! Comment peut-on encore s'en priver de nos jours ? Pourquoi pénaliser ainsi toute une population admirative à l'arrivée des grands fuseaux d'argent ? C'était LA promenade des Brivadois . De nombreux pêcheurs essayaient d'en prendre un à la Vieille-Pile . Chaque rive avait sa cabane de pêcheurs avec des rateliers pour poser les cannes . A l'intérieur des cabanes , il y avait une belle table , des chaises , une banquette de bistrot en cuir , donnée par Julien Bréchand , une fenêtre pour voir sauter les saumons ; au cas où ! …pendant que les pêcheurs tâpaient la belote au coin du poêle à bois . Brioude vivait avec ses saumons . La flamme de la poste mentionnait : << Brioude , sa basilique , son climat , ses saumons >> ! La Vieille-Pile était mondialement connue . En ville , on voyait beaucoup de voitures avec des cannes à saumon sur le toît . On allait manger souvent chez Mme . Julien , restaurant Olivain , véritable rendez-vous des pêcheurs de saumons brivadois. J'en ai vu des saumons dans sa cuisine étant gamin , et des beaux ! A la Vieille-Pile quelquefois j'avais la chance d'assister à un beau combat . C'était si spectaculaire et si beau . Un véritable exploit de prendre un tel poisson . La capture d'un saumon à la ligne sera toujours pour moi quelque chose d'exceptionnel . Il y avait une ambiance chaleureuse entre ces pêcheurs , une convivialité qui les distinguait des autres pêcheurs . Cette convivialité disparut peu à peu au même rytme que les saumons et n'a jamais été remplacée . Oui , Brioude vivait avec les saumons . Les promeneurs du dimanche venaient nombreux , même de Clermont , de Vichy , du Puy , etc … tout en ramassant des bouquets de perce-neige . L'ouverture était au 11 Janvier . C'était la distraction des brivadois . Ils dialoguaient toujours avec intérêt avec les pêcheurs et j'en garde un excellent souvenir . Oui , la nature aime ceux qui l'aiment et se plait à leur faire découvrir ses nombreux secrets . J'étais émerveillé aussi par le Courgoux , le ruisseau qui coule à l'entrée sud de Brioude . La grand-mére m'attachait une cuillére ondulante au bout d'une ficelle et la ficelle au bout d'une branche de noisetier et me donnait cette canne à pêche improvisée , qui , si elle ne me permit jamais d'attraper le moindre poisson , me fit passer des moments merveilleux à me cacher , à patienter , à observer . J'avançais à pas de loup , m'asseyais au pied d'un vieil aulne et caché par les orties , je laissais descendre l'appat brillant entre les plus grosses pierres le long des racines .
Les premiers à se monter étaient les vairons qui venaient voir l'objet brillant et qui se complaisaient à tourner au-dessus . Ces magnifiques petits poissons au dos brun et au ventre jaune , curieux , étaient attirés par le reflet du métal agité . Puis une écrevisse , planquée derriére une pierre , montrait sa patte et s'en saisissait . Alors doucement je la tirais la faisais parfois monter en surface et elle lâchait tout . Jamais je ne réussis à en mettre une seule au sec . Je restais des heures à m'amuser ainsi , jouant parfois avec la couleuvre vipérine qui observait les petits poissons et qui donnait un coup de tête à l'appat métallique avant de se cacher sous une pierre . Je redoutais ce reptile , mais ne pouvais m'empêcher d'entrer dans l'eau pour prendre quelques vairons sous les algues et les racines , parfois même des têtards et des loches , beaucoup plus grosses et ornées de 2 barbillons , si difficiles à saisir car elles glissaient entre mes doigts . La mémé m'appelait ensuite et m'interrogeait << alors , tu as pris quelque chose ? >> et moi fier de ma pêche je lui montrais mes 2 ou 3 vairons et parfois les loches qu'elle se plaisait à me faire frire tant j'étais fier et heureux de ramener quelque chose à la maison . J'étais l'amant de cette riviére . Il y avait entre elle et moi une relation étrange , quelque chose d'indéfinissable qui me rendait à la fois triste et jaloux tant j'aurais voulu la posséder pour moi tout seul . Je ne parlais jamais de cet amour que j'allais retrouver à chaque fois que je le pouvais et que dans mon entourage on avait deviné . J'avais 14 ans et je vivais une merveilleuse histoire , je croyais posséder un Royaume ! J'admirais sa beauté , m'abreuvais dans son onde fraîche . Quand enfin les grandes vacances arrivaient et que les eaux de l'Allier étaient au plus bas , j'allais tous les jours jouer avec les saumons derriére le barrage de la Bageasse . A cette époque , il y en avait toujours une vingtaine bloqués là et qui attendaient encore quelques mois pour monter frayer . Ils avaient tous le nez derriére le mur de béton et le jeu consistait à les saisir par la queue …....... quelques trés courts instants car au bout de 2 ou 3 sursauts ils s'échappaient . Puis , au fil des années , je me suis retrouvé au Lycée Lafayette avec des études plus ou moins réussies . Je le répéte , je n'aimais pas l'école . J'ai également joué au rugby , au Sporting Club Brivadois quand j'étais à l'école hoteliére . Ensuite , les bals de campagne avec les copains du rugby . Pour terminer, aprés l'armée en Allemagne , j'effectuais ma carriére de cuisinier , surtout dans les palaces de la Côte d'Azur .
Depuis la mort de Papa en 1990 , je reste avec Maman tout en faisant mon métier de guide de pêche au saumon et organisateur de voyages . Toute ma vie est donc consacrée à la pêche . Pourvu que ça dûre encore longtemps ! … Mais Dieu , que je regrette ce temps là , cette qualité d'environnement que les gamins d'aujourd'hui ne connaitront jamais hélas . Le progrés a donc anéanti tout ce que j'ai connu et une seule vie d'homme a suffit pour le faire . Le véritable progrés de protection de l'Environnement serait de faire renaître ces paradis perdus . Cela ne coûterai pas très cher en comparaison à ce qui se gaspille ici et là …. tout en redonnant une véritable qualité de vie dans le Brivadois . La société d'aujourd'hui est-elle prête à cela ? J'en doûte fort ne croyant plus aux hommes politiques …...........
 Emmanuel Gladel .
 Janvier 2014 .