Le « mariage pour tous » ? » / P(m)ère et m(p)ère tu honoreras (ou pas)

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Un peu de psychanalyse intelligente et laïque pour penser le genre, les sexualités, en dehors de la doctrine calcifiée du phallus et de la pas-toute, et de la perte des re-pères, etc. (petite liste idicative, et d’autres références sont bienvenues en commentaire), et en attendant que certains psychanalystes hostiles aux positions wintériano-vacquiniennes décident de parler publiquement (Alain, cette gentille pique est pour vous)
« Alors que l’union libre se trouve aujourd’hui et pour la première fois de l’histoire représentée au sommet de l’Etat, n’y a-t-il pas quelque chose de saugrenu à faire s’opposer ceux qui sont pour et ceux qui sont contre "le mariage pour tous" alors qu’il s’agit d’idéologies l’une comme l’autre dépassées
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P(m)ère et m(p)ère tu honoreras (oupas)15 décembre 2012ParMarie-Anne Paveau
La semaine dernière, après avoir lu le texte de Jean-Pierre Winter et Monette Vacquinpublié dansLe Monde,“Non à un monde sans sexes !”, une amie s’est indignée surun réseau de la bêtise et de la violence du propos : “Dieu que c’est con”, a-t-elleposté, “Non mais c’est con, mais c’est con, mais c’est con”, ajoutant à destination dequelques-unes : “Prenez, lisez et fulminez-nous donc une bulle vengeresse”. J’airépondu que les sorties crépusculaires de Jean-Pierre Winter me lassaient (c’est notrepsy-Cassandre en pantalon : contre les mères porteuses, contre le mariage homo,contre l’homoparentalité, etc.), que je ne fulminais plus et que je préférais lire les psysqui savent à peu près de quoi ils parlent quand il s’agit de sexualité, de genre,d’enfants, de parentalité, etc. (voir ci-dessous la petite bibliographie psychanalytiqueintelligente à propos des questions de genre).Et puis, quand même, ce truc ne passe pas. Depuis le début, le conservatisme, leréductionnisme doctrinaire, l’archaïsme, et la violence haineuse des psys qui ontpignon sur presse, ça ne passait pas, mais il y avait eu la belle déclaration d’ElisabethRoudinesco, “Indigne psychologie de bazar” dansLibération, laPétition Despsychanalystes face à l’égalité des droits et au mariage pour tous“ lancée parLaurence Croix et Olivier Douville et relayée dans les grands médias, les prises deposition deSerge Hefez, et puis ces derniers jours un nouveau texte desoutien,“Mariage pour tous : le 16 décembre, manifestons-nous !”, avec dessignatures de psychanalystes commeMichel Tort, Sabine Prokhoris, Catherine Giard,Gilles Desroches (mais au 15 décembre, seuls quatre psys dans la centaine designatures). Et puis il y a vous Alain, et vous Françoise, et toi Éric, et les autresanalystes avec lesquels il est possible de discuter sans se faire envoyer le phallus etle nom-du-père à la figure. Et vous tou.te.s, les analysant.e.s.Mais dans ce texte duMonde, une limite a été franchie, celle de la décence du proposet du respect de l’humain par cette menace de destruction de l’ordre normal et naturel
du monde, proférée sur un ton prophétique et illuminé, à partir de commentaireslexicaux fantaisistes, fallacieux et manipulateurs, et d’une référence religieuse qui sedissimule à peine. Je ne sais pas si j’écris une “bulle vengeresse”, mais en tout cas jetrouve qu’il ne faut pas laisser parler ce texte sans lui répondre. Et puis j’emboîte lepas des “professeurs d’université qui mettent en garde contre la lecture du Figaro” enétudiantLe MondeLes malveillants jeux sur les mots de la rhétorique catastrophisteLes mots ne disent pas n’importe quoi, contrairement à ce que pensent Jean-PierreWinter et Monette Vacquin, qui auraient bien besoin de quelques cours delinguistique, et d’éthique. Tout est faux dans leur texte, qui est une reformulationmalveillante de l’”Avant-projet de loi visant à ouvrir le mariage et l’adoption auxcouples de même sexe”. Extraits :– “Les mots de père et mère vont être supprimés du code civil” : c’est faux. Ils ne vontpas être “supprimés”, mais remplacés par un terme plus général qui englobe les deuxparents en évitant de sexualiser les référents, de manière à ce que le terme puissedésigner, en droit, des individus de même sexe. En termes linguistiques, ça s’appelleun hypéronyme (un terme englobant), ou un synonyme (une reformulation avec sensanalogue). Rien n’est “supprimé”. Les termes qui sont proposés (voir le texte del’Avant-projet”) sont exactement lessuivants :parents pourpère etmère,aïeuls pouraïeules et aïeules,époux pourmari etfemme,euxpourpère et mère,beaux-parents pourbeau-père etbelle-mère. Sur cepoint lexical, court actuellement une rumeur “parent A” et “parent B” que cettepetitevidéo de  Libération annule efficacement.– “Le coup de balai idéologique capable derenverser des siècles d’usage etdesupprimer les mots auxquels nous devons la transmission de la vie” (les liens surles tableaux de conjugaison sont d’origine, ne me demandez pas pourquoi, je necomprends pas) : j’ai peur que nos Cassandre ne confondent les mots et les choses :si les mots faisaient des enfants, et avaient donc des organes sexuels, on le saurait. Ilme semble que c’est à desovules et desspermatozoïdes (moi je mets des liensexplicites) que l’on doit la transmission de la vie.– “Ce déni de la différence, ”une femme est un homme”: personne n’a jamais affirméqu’une femme était un homme, l’inverse non plus d’ailleurs, et, si Jean-Pierre Winteret Monette Vacquin lisaient un peu d’ouvrages sur le genre, et avaient surtout un peud’honnêteté intellectuelle, il n’écriraient pas ce genre d’affirmation qui, si elle n’allaitpas dans le sens du poil des conservateurs, serait tout simplement ridicule. Ce que ditla théorie du genre, c’est que le féminin et le masculin ne sont pas des réalitéspurement biologiques, ne constituent pas des ontologies indépassables, et ne formentpas une alternative unique : chaque individu élabore son rapport au genre à partir deses déterminismes, de son expérience, de son rapport au monde et à l’autre, de seschoix, de la place qu’il se ménage dans la complexité du monde, et le genre est plusune palette aux mille nuances qu’une paire binaire en distribution complémentaire(c’est du jargon linguistique : ça veut dire que que le fait d’être un homme empêched’être une femme et vice versa).
– “Que signifie que le mariage déserté soit réinvesti en étant parodié ?” : ça, c’estd’une rare violence et d’un exceptionnel mépris. “Parodié”, c’est une attaque ignoblequi concentre tout ce que les auteurs pensent de l’homosexualité, l’homoparentalité ettous les composés enhomo- : employer ce terme, “parodié”, ça veut dire qu’il s’agiraitd’un faux mariage, et en plus, sur le mode comique, un mariage pour faire rire, donc.Ce qui est dit ici, c’est que seul le modèle hétéronormatif est “vrai”, le reste est“faux”, c’est pour rire. Là, je fulmine, oui.– “Que les gouvernements sachent ce qu’ils font : on ne fait pas la loi au langage oualors il se venge. Faut-il que les mots d’homme et defemme disparaissent aussi ?” :Jean-Pierre Winter et Monette Vacquin, qui décidément ne connaissent pas grandchose à la langue, pensent qu’elle est une entité autonome, vivante et transcendante.C’est une vieille idée, celle des grammairiens normatifs et des puristes, et noussommes plusieurs à avoir écritdes tonnes de trucs là-dessus. Bien sûr que si, on faitla loi au langage, le langage est une production humaine, c’est une réalité entièrementsociale, créée par les humains qui sont toujours intervenus sur elle ; c’est la vienormale du langage : on invente des mots, on en transforme, on propose desdéfinitions, on réforme, en un mot on fait vivre la langue. Et non, elle ne se venge pas,la langue, c’est un anthropomorphisme idiot : de même que les mots n’ont pasd’organes sexuels, la langue n’est pas un individu animé de sentiments. Quant à ladisparition évoquée des motshomme etfemme, c’est précisément un amalgame, uneanalogie arbitraire et non fondée, un jeu sur les mots, encore : ce ne sont pas cesmots qui sont en cause dans la future éventuelle loi sur le mariage entre personnes demême sexe, et il est juste question d’adapter un discours juridique, non de légiférersur l’ensemble des désignations sexuées de la langue.Je m’arrête là, car tout le texte pourrait être commenté de la sorte, et en particulier levocabulaire apocalyptique digne des pamphlets les plus violents del’entre-deux-guerre : “violence déflagratrice”, “terrorisme”, ““éthique” de la haine etde la confusion”, “destructions symboliques”, “haine et destructivité”… Je passe auxfondements idéologiques de l’affaire.L’argument de l’ordre naturel puisé dans la vérité bibliqueJ’ai fait deux trois recherches sur Monette Vacquin, dont je n’avais jamais entenduparler. D’abord le titre du livre qui est indiqué,Main basse sur les vivants, se situebien dans cette tradition du discours sur la décadence, déclinisme, catastrophisme,pamphlet crépusculaire, déploration des temps présents et futurs, que l’on connaîtbien, en particulier grâce àLa parole pamphlétaire, de Marc Angenot, que je citesouvent, mais aussi, entre autres, àce numéro de Mots et bien d’autres recherchesencore. C’est un ouvrage qui critique violemment toutes les procédures d’interventionbiologique sur la procréation : PMA, mères porteuses, congélation, d’embryons,insémination post-mortem, etc. L’argument du livre est que la science, et surtout labioéthique, ne peut répondre à la question de l’humain. L’auteure fait entre autresappel aux récits de la Genèse, auxquels elle consacre un chapitre entier. Nous y voilà.Les modifications des modèles traditionnels de la famille et de la naissance apportéespar la biologie et la reconnaissnace des sexualités multiples dérange l’ordre de laGenèse. D’ailleurs, unebrève biographie sur le  Huffington post  nous apprend qu’elleest “membre de la Commission d’Ethique bio-médicale du Consistoire Israëlite de
Paris”. Et cet article écrit avec Jacques Tarnero, “Arrêtez le progrès, je veuxdescendre !“, dont le titre a le mérite d’être clair, contient des références explicitesaux normes, commandements et interdits religieux, ainsi que des naïvetés tellementétonnantes sur la réception de l’homosexualité qu’on se demande s’il ne s’agit pas, denouveau, d’une manipulation sophistique. Mini-florilège, au fil de l’article (mais allez lelire, vraiment, si vous n’êtes pas encore lassé de cette obscure et vitupéranterhétorique) :– “Y a-t-il en France des violences ou des discriminations homophobes telles que leParlement doive se saisir d’un projet de loi supposé élargir le champ des libertés etdes droits de l’homme ? Le PACS ne suffisait-il pas à garantir ces droits ?“. Alors jevais faire semblant de prendre cette question au sérieux et je vais répondreparça,ça (surtout le paragraphe “agressions”) etça. Et puisça, surtout (oui,Monette,meurtre, vous avez bien lu,meurtre). Des chiffres, des enquêtes.“”Tu honoreras ton père et ta mère” nous dit le Décalogue. Est-il si réactionnaire cecommandement ? Est-il si opposé à ce que l’anthropologie a mis à jour dans lesrègles que les sociétés humaines se sont données dans l’histoire? En quoi considérerque ce texte fondateur de l’idée d’humanité, pour une grande partie de celle ci, estbon à jeter aux oubliettes de l’histoire au profit d’un dispositif qui met en cause lestermes de la parentalité constitue-t-il un “progrès” pour l’idée d’humanité ? LeDécalogue et la Loi ou plutôt l’idée même d’une Loi nécessaire, contraignante,signifiant le partage entre le permis et l’interdit n’est elle pas plutôt la marque del’Humain ? Si tout est permis, où se trouvera la marque qui sépare l’idée du Bien del’idée du Mal ? En quoi l’effacement des “genres” constitue-t-elle un progrèspermettant de penser plus finement le statut de l’humain ? En abolissant la distinctiondes genres au nom des avancées de la biologie et de la génétique, le progrèssupposé, dont le “mariage pour tous” n’est que partiellement l’effet juridique direct,ajoute à la confusion. Il donne un crédit de droit au “il est interdit d’interdire” de mai68 et son corollaire programmatique : “jouir sans entraves” qui constituait déjà lepremier ferment destructeur de l’idée de la Loi.” Voilà, on est bien dans la Loi avec ungrand L, celle de Dieu avec un grand D, telle qu’elle est écrite dans le Décalogue avecun grand D. C’est la Vérité en majuscule. Donc peu discutable, non argumentable, et jen’argumente pas d’ailleurs, je présente juste le propos.Freud, qui s’est déjà tellement retourné dans sa tombe qu’il doit en être toutcontusionné, à encore dû faire un bond, lui qui a tant écrit sur les religions commebesoin infantile d’apaiser la détresse et l’angoisse, comme illusion nécessaire carconsolatrice, comme “névrose obsessionnelle de l’humanité”, comme “narcotique”,etc. (plusieurs citations importantes ici).Le texte de l’Avant-projet n’est certes pas parfait et contient encore des zonesimprécises, comme l’a notéDominique Baudis, défenseur des droits,le magazineTêtu lui-même et comme le notentcertains juristes. Mais il mérite bien autre choseque cette extraordinaire violence pamphlétaire à substrat religieux déployée dans letexte queLe Monde a accepté de publier.Parent : le plus impossible métier du monde
Je fais partie des gens, qui engagent d’ailleurs souvent des analyses parfois longues,toujours douloureuses, et qui, je l’espère, n’ont jamais rencontré et ne rencontrerontjamais des psychanalystes comme Jean-Pierre Winter et Monette Vacquin, qui ontparfois regretté d’avoir des parents. L’enfant que j’ai été et qui revient souvent mevisiter sait, de manière définitive, qu’être parent a peu à voir avec l’hétérosexualité,l’homosexualité, ou quelque sexualité que ce soit, ou même avec l’idée de couple et lamanière dont il est constitué ; qu’être parent est la chose la plus impossible et la plusdangereuse qui soit ; que ce qu’on appelle le “désir d’enfant”, sous cette formule figéequi est presque devenue un nom composé, recouvre un nombre important demotivations, dont certaines assez éloignées du “bien de l’enfant”, qui sont égalementpartagées par tous les humains, qu’ils soient de sages hétérosexuels ou d’affreuxmarginaux homosexuels ; qu’être parent est une aventure sans cadre à priori, sanscompétence préalable, sans prévision ni programme, qui autorise les plus bellesréussites et les échecs les plus lamentables ; qu’être parent n’a rien à voir avec Dieu,Moïse ou toutes les mythologies religieuses du monde. Qu’on ne naît pas parent, etqu’il n’est pas sûr qu’on parvienne à le devenir.Être parent aurait plutôt quelque chose à voir avec le savoir, profond et intime, d’unnombre assez limité de choses : que les enfants ne sont pas des morceaux de parentsmais des individus autonomes ; que les enfants ne sont pas des moyens, et pas nonplus des fins ; que les enfants ne sont pas des objets, des signes extérieurs ni desbiens mobiliers ; que la famille est une chose bien peu prévisible que chacun inventecomme il veut, comme il peut, et que l’économie du “masculin” et du “féminin” y estbien inattendue et même hasardeuse. Que ce sont les enfants qui apprennent à leursparents à être parents, et que le métier d’enfant est bien lourd à exercer. Qu’enfin, onne “commande” pas aux enfants, à coups de tablettes de pierre.RéférencesUn peu de psychanalyse intelligente et laïque pour penser le genre, les sexualités, endehors de la doctrine calcifiée du phallus et de la pas-toute, et de la perte desre-pères, etc. (petite liste idicative, et d’autres références sont bienvenues encommentaire), et en attendant que certains psychanalystes hostiles aux positionswintériano-vacquiniennes décident de parler publiquement (Alain, cette gentille piqueest pour vous) :CIFPR :Un dossier complet et régulièrement mis à jour sur les différents discours despsychanalystes à propos de la future loi.Sophie Mendelsohn :ses publications sur Cairn.infoSabine Prokhoris, 2000,Le sexe prescrit. La différence sexuelle en question, Paris,Aubier etses publications sur Cairn.infoJavier Saez, 2005,Théorie queer et psychanalyse, Paris,EPELMichel Tort, 2007,La fin du dogme paternel, Paris Champs Flammarion, etsespublications sur Cairn.infoCréditsIllustration : “Keep calm and two mothers”, “Keep calm and nurture your parents”,“Keep calm and two fathers”, “Keep calm and bury stone tablets”, parodies de“Keepcalm and Carry On”, 1939, produites avec l’outilKeep calm-o-matic.
Pour citer ce billet. Paveau M.-A., 15 décembre 2012, “P(m)ère et m(p)ère tu honoreras(ou pas)“,La pensée du discours [Carnet derecherche],http://penseedudiscours.hypotheses.org/?p=11414, consulté le…
Le « mariage pour tous » ? Un combat idéologique dépassé  « Alors que l’union libre se trouve aujourd’hui et pour la première fois de l’histoirereprésentée au sommet de l’Etat, n’y a-t-il pas quelque chose de saugrenu à faires’opposer ceux qui sont pour et ceux qui sont contre "le mariage pour tous" alorsqu’il s’agit d’idéologies l’une comme l’autre dépassées ? » Un lecteur psychanalystemet le projet de loi sur le divan...Le concept de mariage, une référence historiqueSi la société et la famille ont bâti leurs fondements sur la transmission, c’est pour offrir àl’homme la possibilité de dépasser sa fin et se rêver éternel… C’est à partir de là, dans unrapport de miroir, que famille et société se sont constituées pour transcender la mort.A la famille comme machine à procréer, la société attribuait la sexualité qui se devait d’êtreinterdite hors mariage. Le mariage était le pivot d’un système qui permettait de transgresserl’interdit de la sexualité, il allait même plus loin, puisqu’il faisait de la sexualité interdite horsmariage, une obligation dans le mariage : le devoir conjugal qui, par la procréation, assure lapérennité de la famille comme de la société.Transgresser l’interdit dans les règles, dans toutes les sociétés, c’est la fonction du sacré.Les liens entre la sexualité et le sacré vont plus loin, à l’origine, la prostitution était elle aussisacrée. Les temples indiens où foisonnent les scènes érotiques en témoignent encoreaujourd’hui. A Babylone, les femmes stériles trouvaient dans la société une place sacrée,elles servaient dans le temple dédié à la déesse de la fertilité et devenaient les épouses detous. Libérées de la procréation utilitaire, elles pouvaient devenir expertes en érotisation,déesses du désir. On sait que des lieux destinés à la prostitution existaient dans le premiertemple de Jérusalem, puisque c’est le roi Josias qui, en 630 av. JC, les supprima.Le mariage a toujours été plus du côté de la religion que de celui de la république, qui n’a faitqu’en hériter à la révolution. Un héritage dépassé depuis que l’interdit de la sexualité horsmariage s’est trouvé lui-même dépassé.L’interdit sexuel hors de la famille, qui fait de la famille un lieu sexué, imposait une autre loifondamentale toujours nécessaire : l’interdit de l’inceste, qui oblige le groupe familial às’ouvrir à l’exogamie, la base de toute société.Le mariage, un archaïsme au vingt-et-unième siècleLes dix commandements ne sont que des interdits posés sur ce que l’homme a toujoursdésiré. Brimé par un système on ne peut plus raisonnable, le désir de l’homme, est toujoursdéraisonnable car il est articulé à ce qui lui échappe. Ainsi leur désir n’a jamais cessé detarauder les hommes…
L’échafaudage social a toujours constitué pour les minorités sexuelles un carcan. Pour sortirde l’impasse : être rejeté par la société ou rejeter une société "rejetante". Certains mirent leurénergie au service de leur cause et réussirent, par l’intelligence, à faire avancer la société…Ce fût un long et riche combat contre la loi et pour l’humanité.Quand une société a atteint la sécurité nécessaire qui lui permet de ne plus avoir peur de cequ’elle avait pu considérer comme un fléau, elle peut, sur certains points, se passer de laloi… Ce fut le cas en France quand il a été décidé que l’homosexualité ne serait plus undélit, quand on a considéré que le libertinage entre adultes consentants ne faisait partie quede la vie privée, ou quand le divorce est enfin devenu une affaire privée, le droit secantonnant à encadrer les devoirs des parents vis-à-vis de leurs enfants…Le vingt-et-unième siècle aura été celui de la remise en question de l’interdit de la sexualitéhors mariage, qui n’est plus une référence pour la majorité, pas plus qu’une référence légale.Sans l’interdit, le mariage a perdu son sens premier pour n’être aujourd’hui qu’une tradition.Le mariage « pour tous », une idéologie dépasséeLe mariage à la même enseigne que l’école "pour tous" − et pourquoi pas obligatoire puisquel’école l’est…− ne serait qu’une boutade si, dans le projet de loi, n’était prévue une obligationet non des moindres : celle de la fidélité dans le couple !Dans la précipitation des réformes, il aurait été oublié de dépoussiérer le contenu dumariage. Quand une proposition de loi sur le mariage, qui se veut une avancée sociale, enarrive à préserver la fidélité, il y a de quoi se poser des questions sur les régressionsidéologiques sournoises, qui vont à l’encontre des avancées houleuses et généreuses parexemple de mai 68…Qui aurait pu penser qu’au XXIème siècle le politique soutiendrait les fondements d’unechasse aux infidèles !« Français encore un petit effort pour êtres républicains » crierait Sade pour réveiller nosesprits.L’union libre, une invention du vingt-et-unième siècleA chacune de ses avancées, la société a pris un nouveau souffle et de nouvelles solutionsont fait leur apparition. C’est par exemple le cas de « l’union libre », dont l’intérêt vient du faitqu’elle ne tient pas plus compte, pour la famille, de l’idée de mariage que de celle deconcubinage, de la famille nucléaire que de la famille recomposée, de l’homo que del’hétérosexualité, seulement de l’union…Pourquoi donc légiférer sur le mariage qui n’est socialement qu’un concept dépassé et inutileaujourd’hui dans le cadre de la République, alors que la société a su inventer l’union librequi, si elle n’a pas de statut légal, se trouve représentée même au sommet de l’Etat ?Légiférer sur l’union libre, pour lui donner au niveau du droit la place qu’elle a déjà dans lasociété, irait dans le sens de l’évolution de la société, de la République et simplifieraitbeaucoup les choses pour toutes les familles, sans exclusive.La question de l’homoparentalité
A partir du moment où l’homosexualité n’a plus été considérée comme un délit, l’union libreallait de fait et la légalisation ne ferait que permettre à tous les couples de se sentir partieprenante de la société.La question des enfants et de leurs parents se trouve trop souvent mal posée, pour lapsychanalyse, les statuts de père et de mère sont des fonctions symboliques qui ne sont pasliées à la réalité du sexe. Une fonction paternelle peut être assumée par une femme et parexemple beaucoup de femmes n’ont pas eu le choix de faire autrement après les grandesguerres passées, inversement une fonction maternelle peut être assumée par un père.L’important pour un enfant c’est qu’il n’y ait pas de toute puissance de l’un où l’autre desparents, c'est-à-dire que la position de tiers ait bien sa place, ce qui n’est pas plus évidentpour les couples homosexuels que pour les couples hétérosexuels.Ceci étant, pour beaucoup d’homosexuels, mais pas seulement eux, la question de latransmission peut aussi bien heureusement se jouer autrement qu’à partir de la procréation.Mariage et religionDissocié de l’union libre, le mariage garderait toujours une valeur, d’un autre registre quecelle de l’union républicaine, que ce soit au niveau religieux, de la tradition ou toutsimplement du rêve.Alors, peut être, le temps sera-t-il venu, selon les préceptes du Christ : « de rendre à Césarce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » ? L’union libre à la république, le mariage àDieu et la tradition à qui cela plait.Jacques Arnaudies, Psychanalyste, Paris
http://mediateur.blog.lemonde.fr/2012/11/23/le-mariage-pour-tous-un-combat-ideologique-depasse/Commentaires1. « Une fonction paternelle peut être assumée par une femme, inversement unefonction maternelle peut être assumée par un père ». Puisque Jacques Arnaudies,psychanalyste, Paris, le dit, c’est que c’est vrai ! Si ma tante en avait… pas du tout ;ma tante ayant décidé qu’elle en a, elle devient mon oncle.Rédigé par :Enal |le 23 novembre 2012 à 18:25 |Répondre |Alerter |o@ Enal et étudiant75Nous aussi cette affirmation nous a interpellé !Si selon le médiateur du Monde, un homme peut être une femme en faisant fonction de mèreet une femme peut être un homme en faisant fonction de père, on se demande bien pourquoion parle encore du droit fondamental à l’égalité femmes / hommes. On se demande aussipourquoi la nature a donné des traits physiques et caractères sexuels différents à la femmeet à l’homme !Moi, Catherine, cette affirmation du Monde me rappelle une publicité TV de la marque Heinz,il y a à peu près 4 ou 5 ans, qui m’avait choquée car elle montrait deux hommes vivant
ensemble avec des enfants qui appelaient l’un des deux hommes « maman » ! Je l’avaisperçue comme une insulte aux femmes, une négation de notre identité de femme et/ou demère.Enfin, comment cet éditorial peut-il parler du mariage pour tous sans évoquer l’union entrepar exemple une femme et deux hommes qui pourront éventuellement être une « vraie »mère et de « vrais » pères ? Est-ce que selon le principe d’égalité, une femme et deuxhommes consentants n’auraient pas droit au mariage civil ?Rédigé par :Catherine, Jules et Jim |le 24 novembre 2012 à 18:22 |Répondre |Alerter |Votre identité de femme et de mère vous appartient, mais, de grâce,n’en faites pas une généralité.Ce que dit l’auteur et que vous semblez ne pas avoir compris, c’est qu’une femme peutconstituer un référent masculin (et pas un homme) et inversement.Pour tout complément d’information, et pour (enfin!) savoir un peu plus de quoi vous parlez,je ne saurai que trop vous conseiller de vous renseigner sur les notions de référent dans laconstruction de l;enfant.Partant de là, vous serez plus à même de comprendre ce que vous « dénoncez » sansmême en connaître la base.Rédigé par :chou rave aime les champions |le 25 novembre 2012 à15:46 |Répondre |Alerter |@ chou rave aime les championsVous ne savez certainement pas mieux que moi si ma perception de femme est commune àtoutes les femmes ou à nombre de femmes. En tant que femme, j’ai le droit de ressentir etde dire que je considère que la femme ou l’image, l’identité de la femme ou des femmes engénéral est bafouée par le fait que certains hommes empruntent une identité féminine, deshommes homosexuels qui n’exigent pas qu’on les accepte tels qu’ils sont mais qui veulentimposer un changement profond des sociétés occidentales par notamment le mariagehomosexuel et l’adoption. Cette tyrannie des homosexuel(le)s, minoritaires semble-t-il, n’estpas socialement acceptable.Et bien évidemment qu’une femme ou un homme peut élever un ou des enfants seuls, maisdans les familles avec un seul parent, la femme se comporte en mère et l’homme secomporte en père. La question c’est donc bien la référence identitaire pour l’enfant, uneréférence qu’il pourra d’ailleurs trouver en dehors de sa cellule familiale.Et le dernier paragraphe de mon post, que vous inspire-t-il, vous qui semblez tout connaître,qui êtes persuadé(e) que vous détenez la vérité mais n’expliquez rien ?Rédigé par :Catherine, Jules et Jim |le 25 novembre 2012 à 18:53 |Répondre|Alerter |Pourquoi est ce que dès que l’on parled’homoparentalité, le sujet dévis toujours sur lapolygamie ou la polyandrie … vous ne pouvez pasrester centré sur le débat du couple homosexuel (à
moins que l’on doit définir le mot couple ?).Sauf bien sûr si ce concept vous révulse tellement quevous ne pouvez pas vous empêcher de recentrer surune orgie hétérosexuelle ?plutot que de sortir des âneries pareil, vous devriezdonc apprendre à connaitre des couple homoséxuels(oui y’en a beaucoup plus que vous semblez le croire)et comprendre qu’ils ne veulent rien d’autre que lamême chose que nous, une vie heureuse.Mais pour ça faut dépasser son éducation judéochrétienne basé sur l’intolérance et sur le rejet du« Différent ».Rédigé par :ktulu |le 26 novembre 2012 à 11:09 | |Alerter |@ktuluC’est justement une question d’égalité : si deux hommes ou deux femmes peuvent se marier,il n’y a aucune raison pour que une femme et deux hommes ne puissent pas se marier.Et pourquoi une union à trois ne serait pas plus convenable que l’union de deux femmes oudeux hommes ?Rédigé par :Catherine, Jules et Jim |le 26 novembre 2012 à 12:34 | |Alerter |Je vous renvoie à mon commentaire. Vous manipulezdes notions dont vous n’avez aucune idée.Au lieu de bassiner le monde sur VOTRE vision de la Fâmme et se sa Féminité, allez vousrenseigner sur le d´veloppement cognitif des enfants ainsi que sur les notionspsychologiques de référent sexué.Contrairement à ce que vous affirmez sans visiblement jamais vous être renseignée (bennon, pour quoi faire, autant brailler des inepties, c’est tellement plus cool!), des hommes quiélèvent leurs enfants seuls assurent la plupart du temps les rôles de référents masculin ETféminin, idem pour les mères celibataires,Dans les couples gay, c’est exactement la même chose. De plus, pour s’identifier à un coprssexué, l’enfant dispose de tout un tas d’alternatives bien connues des pédopsychatres:tantes ou grands mères, oncles ou grand-pères.Où je vis, les homos adoptent, pas sans que les agences vérifient bien l’existence de cecadre familial soudé qui permette à l;enfant de trouver tout ce dont il a besoin pour son d´ l ppement.ve oMais non, vous, pardonnez-moi, ce n’est pas un peu de bon sens et de rationnalité qui vousmeuvent, pas même le goùt de savoir de quoi vous parlez.Vous, vous avez une vision de la Fââââmme à « défendre »…Vivent les champions!Rédigé par :chou rave aime les champions |le 26 novembre 2012 à 14:28 | |Alerter |
@ chou rave aime les championsJe reformule mon post en réponse à votre dernier commentaire car il n’a semble-t-il pas étépublié.Je ne manipule pas les notions car lorsqu’on lance un projet ou un changement de loi, on sedoit d’étudier tous les tenants et aboutissants, les risques, les dérives possibles aussi bienque les avantages. D’ailleurs, n’est-ce pas de l’hypocrisie de ne pas vouloir parler d’étendrel’égalité aux polygames en sachant qu’un certain nombre de citoyens ont des relationsextra-conjugales ? Et la polygamie n ‘a-t-elle pas cours dans un département dit français, àsavoir Mayotte ?Concernant vos autres points, je vous trouve bien méprisant envers la sensibilité desfemmes et intolérant. Une femme a le droit de se sentir offensée par le fait que deshomosexuels usurpent l’identité sexuelle des femmes, leur identité sociale, et leur identité demère au sein de la famille.Par ailleurs, il est paradoxal que le lobby homosexuel revendique le droit à la différence entermes d’orientation sexuelle et le droit de l’afficher en public, mais veuille copier le mode devie des hétérosexuels. Le lobby homosexuel exige de la tolérance de la part de la sociétémais bafoue les valeurs de la société, ne respecte pas ces valeurs en exigeant que lemariage et l’adoption leur soient accordées.Concernant les enfants, ce n’est pas parce qu’un pays ou une société trouve acceptablel’adoption d’enfants par les homosexuels que tous les autres pays aux cultures différentes sedoivent de l’imiter. Il paraît aussi évident que la famille, son mode de vie, son appartenancesociale, etc a une influence sur les enfants. Il y a bien évidemment une différence dansl’expérience d’un enfant qui vit seul avec un de ses parents et un enfant qui vit au sein d’uncouple homosexuel.De plus, même si quelques psychiatres ou psychologues (quelles sont vos sourcesd’ailleurs, longueur des observations, dans combien de sociétés, etc) considèrent quel’adoption des enfants par des couples homos ne présente pas d’impact négatif, il n’en restepas moins que l’enfant n’a pas la maturité requise pour donner son consentement éclairé surle choix de parents homos ou d’une famille traditionnelle. C’est donc une violation de laprotection de l’enfance.Finalement, certains cherchent tout simplement à transformer une déviance tolérée en unenorme.Rédigé par :Catherine, Jules et Jim |le 29 novembre 2012 à 13:23 |Répondre|Alerter |@Catherine & cie : Les homosexuels ne revendiquentpas le droit à prôner une différence, mais que cettedifférence ne soit plus désigné. Pour que cettedifférence ne soit pas plus notable que le fait que vouspuissiez être brune et votre voisine blonde et qu’il faillemettre au pilori l’une de vous pour raison de couleur decheveux.« il n’en reste pas moins que l’enfant n’a pas la maturité requise pour donner sonconsentement éclairé sur le choix de parents homos ou d’une famille traditionnelle. C’estdonc une violation de la protection de l’enfance. »