Les quatre cavaliers de l
231 pages
Français

Les quatre cavaliers de l'apocalypse

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Extrait : Prenez garde, capitaine, répondit-il d'un ton conciliant. Ce que vous dites manque peut-être de logique. Comment une guerre favoriserait-elle l'industrie allemande ? D'un jour à l'autre l'Allemagne élargit davantage son action économique

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Nombre de lectures 91
EAN13 9782824712673
Langue Français

V ICEN T E BLASCO-I BAÑ EZ
LES QU A T RE
CA V ALI ERS DE
L’APO CALY PSE
BI BEBO O KV ICEN T E BLASCO-I BAÑ EZ
LES QU A T RE
CA V ALI ERS DE
L’APO CALY PSE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1267-3
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– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
D e Buenos- Air es à Paris
 7  1914, Jules D esno y er s, le jeune « p eintr e d’âmes »,
comme on l’app elait dans les salons cosmop olites du quartierL de l’Étoile , – b e aucoup plus célèbr e toutefois p our la grâce av e c
laquelle il dansait le tang o que p our la sûr eté de son dessin et p our la
richesse de sa p alee , – s’ embar qua à Buenos- Air es sur le K œnig Fr e
dericA ugust, p aqueb ot de Hamb our g, afin de r entr er à Paris.
Lor sque le p aqueb ot s’éloigna de la ter r e , le monde était p arfaitement
tranquille . A u Me xique , il est v rai, les blancs et les métis s’ e xter minaient
entr e eux, p our empê cher les g ens de s’imaginer que l’homme est un
animal dont la p aix détr uit les instincts combatifs. Mais sur tout le r este de la
planète les p euples montraient une sag esse e x emplair e . D ans le
transatlantique même , les p assag er s, de nationalités très div er ses, for maient un
p etit monde qui avait l’air d’êtr e un fragment de la civilisation futur e
offert comme é chantillon à l’ép o que présente , une ébauche de cee so ciété
idé ale où il n’y aurait plus ni fr ontièr es, ni antag onismes de races.
1Les quatr e cavalier s de l’ap o caly pse Chapitr e I
Un matin, la musique du b ord, qui, chaque dimanche , faisait entendr e
le choral de Luther , é v eilla les dor meur s des cabines de pr emièr e classe
p ar la plus inaendue des aubades. Jules D esno y er s se fr oa les y eux,
cr o yant viv r e encor e dans les hallucinations du rê v e . Les cuiv r es
allemands mugissaient la Mar seillaise dans les couloir s et sur les p onts. Le
g ar çon de cabine , souriant de la sur prise du jeune homme , lui e xpliqua
cee étrang e chose . C’était le 14 juillet, et les p aqueb ots allemands avaient
coutume de célébr er comme des fêtes allemandes les grandes fêtes de
toutes les nations qui four nissaient du fr et et des p assag er s. La république
la plus insignifiante v o yait le navir e p av oisé en son honneur . Les
capitaines meaient un soin scr upuleux à accomplir les rites de cee r eligion
du p avillon et de la commémoration historique . A u sur plus, c’était une
distraction qui aidait les p assag ers à tr omp er l’ ennui de la trav er sé e et
qui ser vait à la pr op ag ande g er manique .
T andis que les musiciens pr omenaient aux div er s étag es du navir e
une Mar seillaise g alop ante , suante et mal p eigné e , les gr oup es les plus
matineux commentaient l’é vénement.
— elle délicate aention, disaient les dames sud-américaines. Ces
Allemands ne sont p as aussi v ulg air es qu’ils le p araissent. Et il y a des
g ens qui cr oient que l’ Allemagne et la France v ont se bar e !
Ce jour-là , les Français p eu nombr eux qui se tr ouvaient sur le p
aqueb ot grandir ent démesurément dans la considération des autr es v o
yag eur s. Ils n’étaient que tr ois : un vieux jo aillier qui r e v enait de visiter ses
succur sales d’ Amérique , et deux demoiselles qui faisaient la commission
p our des mag asins de la r ue de la Paix, v estales aux y eux g ais et au nez
r etr oussé , qui se tenaient à distance et qui ne se p er meaient jamais la
moindr e familiarité av e c les autr es p assag er s, b e aucoup moins bien éle vés
qu’ elles. Le soir , il y eut un dîner de g ala. A u fond de la salle à mang er , le
drap e au français et celui de l’ empir e for maient une magnifique et absurde
dé coration. T ous les Allemands avaient endossé le frac, et les femmes e
xhibaient la blancheur de leur s ép aules. Les liv ré es des domestiques étaient
celles des grandes fêtes. A u dessert, un coute au carillonna sur un v er r e ,
et il se fit un pr ofond silence : le commandant allait p arler . Ce brav e
marin, qui joignait à ses fonctions nautiques l’ oblig ation de pr ononcer des
harangues aux banquets et d’ ouv rir les bals av e c la dame la plus r esp e
c2Les quatr e cavalier s de l’ap o caly pse Chapitr e I
table du b ord, se mit à débiter un chap elet de p ar oles qui r essemblaient
à des grincements de p ortes. Jules, qui savait un p eu d’allemand, saisit
au v ol quelques brib es de ce discour s. L’ orateur rép était à chaque instant
les mots « p aix » et « amis ». Un Allemand courtier de commer ce , assis
à table près du p eintr e , s’ offrit à celui-ci comme inter prète , av e c l’
obséquiosité habituelle des g ens qui viv ent de ré clame , et il donna à son v oisin
des e xplications plus pré cises.
— Le commandant demande à Dieu de maintenir la p aix entr e l’
Allemagne et la France , et il espèr e que les r elations des deux p euples de
viendr ont de plus en plus amicales.
Un autr e orateur se le va, toujour s à la table que présidait le marin.
C’était le plus considérable des p assag er s allemands, un riche industriel
de Dusseldorff, nommé Er ckmann, qui faisait de gr osses affair es av e c la
République Ar g entine . Jamais on ne l’app elait p ar son nom. Il avait le
titr e de « Conseiller de Commer ce », et, p our ses comp atriotes, il était
Her r Commer zienrath, comme son ép ouse était Frau Rath. Mais ses
intimes l’app elaient aussi « le Capitaine » : car il commandait une comp
agnie de landstur m. Er ckmann se montrait b e aucoup plus fier encor e du
se cond titr e que du pr emier , et, dès le début de la trav er sé e , il avait eu
soin d’ en infor mer tout le monde . T andis qu’il p arlait, le p eintr e e x
aminait cee p etite tête et cee r obuste p oitrine qui donnaient au Conseiller
de Commer ce quelque r essemblance av e c un dogue de combat ; il
imaginait le haut col d’unifor me comprimant cee nuque r oug e et faisant saillir
un double b our r elet de graisse ; il souriait de ces moustaches ciré es dont
les p ointes se dr essaient d’un air menaçant. Le Conseiller avait une v oix
sè che et tranchante qui semblait asséner les p ar oles : c’était sans doute
de ce ton que l’ emp er eur débitait ses harangues. Par instinctiv e imitation
des traîneur s de sabr e , ce b our g e ois b elliqueux ramenait son bras dr oit
v er s sa hanche , comme p our appuy er sa main sur la g arde d’une ép é e
invisible .
A ux pr emièr es p ar oles, malgré la fièr e aitude et le ton imp ératif de
l’ orateur , tous les Allemands é clatèr ent de rir e , en hommes qui sav ent
appré cier la condescendance d’un Her r Commer zienrath lor squ’il daigne
div ertir p ar des plaisanteries les p er sonnes aux quelles il s’adr esse .
— Il dit des choses très amusantes, e xpliqua encor e l’inter prète à v oix
3Les quatr e cavalier s de l’ap o caly pse Chapitr e I
basse . T outefois, ces choses n’ ont rien de blessant p our les Français.
Mais bientôt les auditeur s tudesques cessèr ent de rir e : le
Commerzienrath avait abandonné la grandiose et lourde ir onie de son e x orde
et dé v elopp ait la p artie sérieuse de son discour s. Selon lui, les Français
étaient de grands enfants, g ais, spirituels, incap ables de pré v o yance . Ah !
s’ils finissaient p ar s’ entendr e av e c l’ Allemagne ! si, au b ord de la Seine ,
on consentait à oublier les rancunes du p assé !. . .
Et le discour s de vint de plus en plus grav e , prit un caractèr e p olitique .
— Il dit, monsieur , chuchota de nouv e au l’inter prète à l’ or eille de Jules,
qu’il souhaite que la France soit très grande et qu’un jour les Allemands
et les Français mar chent ensemble contr e un ennemi commun. . . contr e
un ennemi commun. . .
Après la p ér oraison, le conseiller-capitaine le va son v err e en
l’honneur de la France .
— Ho ch ! s’é cria-t-il, comme s’il commandait une é v olution à ses
soldats de la réser v e .
Il p oussa ce cri à tr ois r eprises, et toute la masse g er manique , deb out,
rép ondit p ar un Ho ch ! qui r essemblait à un r ugissement, tandis que la
musique , installé e dans le v estibule de la salle à mang er , aaquait la
Marseillaise .
Jules était de nationalité ar g entine[ ² ], mais il p ortait un nom français,
avait du sang français dans les v eines. Il fut donc ému ; un frisson d’
enthousiasme lui monta dans le dos, ses y eux se mouillèr ent, et, lor squ’il
but son champ agne , il lui sembla qu’il buvait en même temps quelques
lar mes. Oui, ce que faisaient ces g ens qui, d’ ordinair e , lui p araissaient si
ridicules et si plats, méritait d’êtr e appr ouvé . Les sujets du k aiser fêtant
la grande date de la Ré v olution ! Il se p er suada qu’il assistait à un
mémorable é vénement historique .
— C’ est très bien, très bien ! dit-il à d’autr es Sud- Américains qui
étaient ses v oisins de table . Il faut r e connaîtr e qu’aujourd’hui l’ Allemagne
a été v raiment courtoise .
Le jeune homme p assa le r este de la soiré e au fumoir , où l’airait la
présence de madame la Conseillèr e . Le capitaine de landstur m jouait un
p ok er av e c quelques comp atriotes qui lui étaient inférieur s dans la
hiérar chie des dignités et des richesses. Son ép ouse se tenait auprès de lui,
4Les quatr e cavalier s de l’ap o caly pse Chapitr e I
suivant de l’ œil le va-et-vient des domestiques char g és de b o cks, mais
sans oser pr endr e sa p art dans cee énor me consommation de bièr e : elle
avait des prétentions à l’élég ance et elle craignait b e aucoup d’
engraisser . C’était une Allemande à la mo der ne , qui ne r e connaissait à son p ay s
d’autr e défaut que la lourdeur des femmes et qui combaait en sa pr opr e
p er sonne ce dang er national p ar toute sorte de régimes alimentair es. Les
r ep as étaient p our elle un supplice . Sa maigr eur , obtenue et maintenue à
for ce de v olonté , r endait plus app ar ente la r obustesse de sa constitution,
la gr osseur de son ossatur e , ses mâchoir es puissantes, ses dents lar g es,
saines, splendides : des dents qui sugg éraient au p eintr e l’ir ré vér encieuse
tentation de la comp ar er mentalement à la silhouee sè che et déging
andé e d’une jument de cour se . « Elle est mince , se disait-il en l’ obser vant
du coin de l’ œil, et cep endant elle est énor me . » Le mari, lui, admirait
l’élég ance de sa Bertha, toujour s vêtue d’étoffes dont les couleur s
indéfinissables faisaient p enser à l’art p er san et aux miniatur es des manuscrits
mé dié vaux ; mais il déplorait qu’ elle ne lui eût p as donné d’ enfants, et il
r eg ardait pr esque cee stérilité comme un crime de haute trahison. La p
atrie allemande était fièr e de la fé condité de ses femmes, et le k aiser , av e c
ses hy p erb oles d’artiste , avait p osé en princip e que la véritable b e auté
allemande doit av oir un mètr e cinquante centimètr es de ceintur e .
Madame la Conseillèr e réser vait v olontier s à Jules D esno y ers un sièg e
auprès du sien : car elle le tenait p our l’homme le plus « distingué » de
tous les p assag er s. Le p eintr e était de taille mo y enne , et son fr ont br un
se dessinait comme un triangle sous deux bande aux de che v eux noir s,
lisses, lustrés des planches de laque : pré cisément le contrair e des
hommes qui entouraient madame la Conseillèr e . A u sur plus, il habitait
Paris, la ville qu’ elle n’avait p as v ue encor e , quoiqu’ elle eût fait maints
v o yag es dans les deux hémisphèr es.
— Ah ! Paris, Paris ! soupirait-elle en ouv rant de grands y eux et en
allong e ant les lè v r es. Comme j’aimerais à y p asser une saison !
Et, p our qu’il lui racontât la vie de Paris, elle se p er meait certaines
confidences sur les plaisir s de Berlin, mais av e c une mo destie r ougissante ,
en admeant d’avance qu’il y a b e aucoup mieux dans le monde et qu’ elle
avait grande envie de connaîtr e ce mieux-là .
Her r Commer zienrath continuait entr e amis son sp e e ch du dessert,
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