Lettre de la SDJ iTELE

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Lettre à la rédaction avant la mise au vote d’une motion de défiance Chers tous, La SDJ a donc pris collectivement la décision de soumettre au vote une motion de défiance à l’encontre de la direction d’iTélé. C’est une première dans l’histoire de cette chaîne et c’est un acte fondamental pour notre avenir. Vous pourrez voter via internet, à partir de ce lundi matin et jusqu’à vendredi soir. Un mail vous sera adressé.Il renverra vers un site protégé, BALOTILO, qui garantira le secret de votre vote et le décompte des suffrages. Mais avant de voter, nous voulons vous expliquer les enjeux et vous donner les informations qui pourraient vous manquer pour faire votre choix. Il y a d’abord ce que nous vivons depuis des mois. Une chaîne laissée à son propre sort alors que l’actualité de l’année a été lourde, douloureuse et complexe. Ensemble, la rédaction - d’Alex Ifi jusqu’à chacun d’entre nous, chacun à notre niveau avec nos métiers - a porté cette chaîne, en restant fidèle à quelques règles simples : délivrer une information précise, honnête, rigoureuse et digne, poursuivant les efforts menés depuis quelques années. De cela, nous pouvons être fiers, et nous pourrons le rester jusqu’à la fin de notre carrière. Il y a ce cap qui nous manque et qu’il nous faut. Nous l’avons réclamé haut et fort pendant des mois, sans succès. La réponse apportée à cette demande a été la nomination de Serge Nadjar.

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Publié le 06 juin 2016
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Langue Français

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Lettre à la rédaction avant la mise au vote d’une motion de défiance Chers tous, La SDJ a donc pris collectivement la décision de soumettre au vote une motion de défiance à l’encontre de la direction d’iTélé. C’est une première dans l’histoire de cette chaîne et c’est un acte fondamental pour notre avenir. Vous pourrez voter via internet, à partir de ce lundi matin et jusqu’à vendredi soir. Un mail vous sera adressé. Il renverra vers un site protégé, BALOTILO, qui garantira le secret de votre vote et le décompte des suffrages. Mais avant de voter, nous voulons vous expliquer les enjeux et vous donner les informations qui pourraient vous manquer pour faire votre choix. Il y a d’abord ce que nous vivons depuis des mois. Une chaîne laissée à son propre sort alors que l’actualité de l’année a été lourde, douloureuse et complexe. Ensemble, la rédaction - d’Alex Ifi jusqu’à chacun d’entre nous, chacun à notre niveau avec nos métiers - a porté cette chaîne, en restant fidèle à quelques règles simples : délivrer une information précise, honnête, rigoureuse et digne, poursuivant les efforts menés depuis quelques années. De cela, nous pouvons être fiers, et nous pourrons le rester jusqu’à la fin de notre carrière. Il y a ce cap qui nous manque et qu’il nous faut. Nous l’avons réclamé haut et fort pendant des mois, sans succès. La réponse apportée à cette demande a été la nomination de Serge Nadjar. Mais depuis, ce qui se dessine et ce qui nous a été dit, tant sur les objectifs que sur les méthodes, est tellement grave que la motion de défiance s’est imposée. Il y a la question des moyens, et donc des femmes et des hommes : c’est ce qui différencie une rédaction d’une autre, une information d’une autre. “Ne pas reconduire les CDD”. Le message a été lancé au lendemain de la nomination de Serge Nedjar. Etait-il précipité ou mal calibré ? Peut-être. Il reflète en tout cas que la priorité du nouveau directeur est financière, avant même d’être éditoriale et que c’est à cette aune que tout sera mesuré demain. Et puis, il y a eu la réunion de mercredi dernier, le 1er juin…
Etaient présents Jean-Christophe Thiery, le patron du groupe Canal+, Gérald-Brice Viret, le directeur des antennes du groupe, Serge Nedjar le directeur d’iTélé, un stagiaire de l’ENA, Adrien Borne (SDJ) et Olivier Ravanello (SDJ). Elle a été édifiante. La lecture de son déroulé vous aidera à vous forger une opinion. La SDJ commence par expliquer avoir compris la nécessité de ramener la chaîne a l’équilibre financier. “Amorcer au moins une tendance nette d’ici 2018” précise Serge Nedjar. Du coup, la SDJ s’interroge sur les moyens pour y parvenir, rappelle l’inquiétude provoquée par les annonces de suppressions de 50 CDD/CDU et imagine que cela passe par une grille moins chère. De fait quelles sont les pistes de réflexion ? Gérald-Brice Viret précise d’abord regretter le départ de Bruce Toussaint, “nous avons tout fait pour le garder, ça m’a fait mal”. Il explique ensuite que la réflexion porte sur une grille plus condensée avec des tranches plus longues. L’antenne en direct pourrait ouvrir à 6h ou 6h30, avec, pourquoi pas, un module tout images avant, “c’est encore en réflexion”. “Il faut être différenciant”. La priorité, ce sont les “horaires clés” comme le matin, la fin d’après-midi et après 22h. Sur le sujet, Serge Nedjar se fait par la suite plus précis : “Il faut des tranches plus tassées, plus musclées. On bâtit la grille et après on verra combien cela coûte. On tire un bilan et s’il faut, après, on repasse. On restera réactif à tous les moments mais il va falloir faire des choix, en étant moins sur le coup certains moments de la journée”. Serge Nedjar prend l’exemple de BFM et de son efficacité dans la couverture de la crise à la pompe. La SDJ fait remarquer que chaque jour, BFM a 10 reporters sur le terrain contre 3 pour iTélé. “Est-ce qu’on va en garder 3 quand BFM en met 10 ? C’est le vrai problème. Mais si on ne fait rien, on ne pourra même plus en garder 3”, dit Serge Nedjar.
Gérald-Brice Viret développe ensuite l’idée de s’appuyer sur les forces du groupe à commencer par le sport. Infosport+, la rédaction des sports de Canal+, le football, le rugby, la F1, devront enrichir l’antenne d’iTélé. L’objectif, c’est de conforter l’audience et de cibler les CSP+. Il faut être fort sur des thématiques comme le sport qui doit constituer un pilier fort” explique Gérald-Brice Viret. La culture aussi pourra être mieux valorisée grâce aux contenus du groupe, le tout dans des formats dédiés ou adaptés. Il faut aussi dit-il “mieux se démarquer de la concurrence à 18h par exemple face à Yves Calvi” avec un rendez-vous plus interactif. Sur les incarnations, la SDJ rappelle qu’iTélé a, au fil des années, bâti une réputation de chaîne sérieuse et rigoureuse faite par des professionnels reconnus de l’information. C’est aujourd’hui “son trésor de guerre”. De fait les rumeurs persistantes sur la venue de personnalités médiatiques qui n’ont pas d’expérience sur le hard news, comme Jean-Marc Morandini, posent question. On fera appel à des pros reconnus de l’info. On reste sur des schémas de journalistes, l’infotainment c’est pour D8. Mais il faut trouver une manière de faire de l’info de proximité, plus concernante, de manière différente”, dit Gérald-Brice Viret. A ce titre, Jean-Marc Morandini “est pour moi un journaliste” ajoute-t-il. La SDJ note que le blog médias de Jean-Marc Morandini n’aide pas à renforcer sa crédibilité sur le traitement rigoureux de l’info. Sans commentaire de la part de la direction. La SDJ note alors qu’au regard de ces orientations de grille, elle voit mal où des économies substantielles pourront être faites pour équilibrer la chaîne en 2 ou 3 ans. La pensée générale est résumée par Jean-Christophe Thiery : “Je ne veux pas qu’on se focalise seulement sur ce qu’iTélé coûte mais
aussi sur ce qu’iTélé rapporte. Il faut compenser l’écart avec BFM grâce à des positionnements valorisants”. Serge Nedjar intervient alors pour expliquer que son objectif est de développer le chiffre d’affaires, augmenter les entrées. Il développe l’idée que la publicité classique ne suffit pas aujourd’hui à assurer les recettes d’une chaîne et qu’il faut, comme le fait BFM, émailler la grille de rendez-vous sponsorisés qui pourront être proposés comme support à des annonceurs. Il y a un gros travail à faire sur les recettes. La régie doit pouvoir se positionner sur des programmes. iTélé doit participer davantage à des opérations de partenariat. Il va falloir que les mentalités changentLa SDJ fait remarquer que cela nécessite des précisions et que cela entraînera forcément des discussions, selon le type de programmes. S’en suit alors un échange où Serge Nedjar se montre extrêmement véhément. Non,il n’y aura pas de discussions” tranche Serge Nedjar. “Et je vais vous dire une chose,il n’y aura rien à discuter parce que vous ferez ce qu’on vous dit de faire.Il prend l’exemple d’un chanteur Universal : “Vous le prendrez, il sera invité dans la matinale et ce sera comme ça”… “Je compte faire ça sur un maximum de choses… “Je vais faire entrer des annonceurs. S’il faut parfois faire venir des patrons, on le feraIl poursuit : “Quand on vous fournira du contenu, il faudra l’utiliser et arrêter de le traiter du bout des doigts , en en faisant 25 secondes pour faire plaisir. Vous l’utiliserez et on le verra à l’antenne.”La SDJ objecte qu’il s’agit, dans ces cas-là, d’arbitrages journalistiques faits par la rédaction en chef au regard d’autres informations sur lesquelles le public nous attend, et que traiter un évènement “groupe” pourrait diminuer, dans un JT, le temps qui pourrait être imparti à d’autres infos essentielles”. Serge Nedjar n’entend manifestement pas et réexplique qu’”il va falloir que les mentalités changent”.
Il poursuit : “Le journalisme comme vous le faites, je l’ai vu dans la presse écrite. A la moindre occasion quand on parlait d’argent, ils posaient les stylos et aujourd’hui ces journalistes, ils sont au chômage. Vos scrupules sont des débats dépassés et quand je vois des gens comme vous, ça ne me donne pas envie” ajoute-t-il en regardant Olivier Ravanello. “Les annonceurs devront être mieux pris en compte”, dit-il. “Comment ? Donnez des exemples”, demande la SDJ. Dans des format qui concernent les gens. Par exemple la conso, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables”. A la question : que faire vis-à-vis de gros annonceurs comme Volkswagen ? Serge Nedjar répond. “On traite l’info bien sûr”, et d’ailleurs “quand Volkswagen achète de la pub, cela ne vous dérange pas que son argent paye vos salaires”. Devant le malaise, Gérald-Brice Viret intervient pour souligner, ce qu’il appelle, un malentendu . “Il ne s’agit pas de contenu éditorial mais de formats qui seront différenciés de l’info dans la grille”, affirme-t-il. La SDJ précise alors que si ces offres et ces formats semi-publicitaires proposés aux annonceurs n’impliquent pas de journalistes de la rédaction ni les éditions des JT et que les contenus sont clairement différenciés de l’info, elle n’a rien à redire. L’entretien se termine sur la question de la place de la politique en cette année présidentielle. Serge Nedjar dit avoir rencontré le service politique “composé de gens à très forte compétence” et que le service travaille à lui faire des propositions de rendez-vous et de couverture qui seront etudiés à l’aune des moyens. “On sera attentif aux coûts mais il y a des trucs à faire” conclut Gérald-Brice Viret. Après des mois de dialogue stérile et d’enfumage, cette réunion a été finalement révélatrice. Nous en sommes ressortis avec un double sentiment.
D’un côté, une conversation construite et argumentée avec Gérald-Brice Viret qui expose des choix, pesant et mesurant les conséquences pour trancher au final parce que c’est sa responsabilité. Que nous partagions ou pas ces options, qu’elles soient difficiles à entendre, la discussion et l’échange restent possibles. En revanche, la véhémence et la sincérité des propos de Serge Nedjar nous ont permis d’être confrontés à la réalité d’un mode de management et aux objectifs profonds de la direction d’iTélé, de notre direction, celle qui sera face à nous chaque jour. Il s’agit de mettre au pas une rédaction et de lui imposer des compromis avec son éthique et sa rigueur pour donner plus de place aux annonceurs. Serge Nedjar vante souvent le travail qu’il a réalisé chez Direct Matin. C’est ce modèle éditorial qui nous attend. Moins de moyens pour la fabrique de l’info et plus de place pour les annonceurs. Cette stratégie “en ciseaux” peut-être fatale à notre chaîne et porter atteinte à notre crédibilité, qui est notre seul fond de commerce. C’est pourquoi cette motion de défiance est mise au vote. C’est la première fois dans l’histoire de la chaîne qu’un tel choix vous est proposé. La question sera simple pour ne garder que l’essentiel. “Faites-vous confiance à la direction d’iTélé pour maintenir la chaîne sur la voie d’une information de qualité et indépendante ?” La direction d’iTélé désignant Serge Nedjar, Guillaume Zeller et Virginie Chomicki. Les équipes d’encadrement de la rédaction ne sont évidemment pas concernées. On entend “A quoi ça va servir ?” C’est très simple. Il s’agit de dire collectivement que certaines choses ne sont font pasdansune rédaction et ne sont font pasàune rédaction. Qu’il y a des limites à ne pas franchir. Qu’il faut accorder du respect à notre métier. Un respect de notre indépendance qui n’est pas à géométrie variable.
Le dire à quelques-uns via une réunion avec le bureau de la SDJ est une chose. Envoyer tous ensemble les mêmes messages - par vos votes qui vont s’accumuler pour ne faire qu’une voix - en est une autre. Ce vote ne peut pas être un message tiède. Il doit être fort et massif pour être entendu et pris en compte. Il s’agit aussi de se compter pour montrer que notre détermination est celle de tous et pas seulement celle du bureau de la SDJ. A vous de voter maintenant. Il en va de la vision que nous avons de notre métier et des responsabilités qui nous obligent vis-à-vis de ceux qui s’informent grâce à nous. Il en va de l’avenir d’iTélé. Le bureau de la SDJ