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Anecdotes inédites ou peu connues sur Napoléon Bonaparte ; contenant beaucoup de faits qui ont échappé à ses historiens et les traits les plus propres à caractériser ce personnage singulier et extraordinaire, dont l'ambition, exaspérée par les succès, faillit bouleverser l'Europe entière ; par L. B.

108 pages
Tiger (Paris). 1822. France (1814-1824, Louis XVIII). In-18.
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ANECDOTES
INÉDITES
OU PEU CONNUES
SUR
NAPOLÉON BONAPARTE,
CONTENANT beaucoup de Faits qui ont
échappé à ses Historiens , et les traite les
plus propres à caractériser ce Personnage
singulier et extraordinaire , dont l'ambi-
tion , exaspérée par les succès, faillit
bouleverser l'Europe entière.
Fractus bello , fatisque resulsus.
PAR L. B.
A PARIS,
Chez TIGER, Imprimeur-Librairie, fixe
du Petit-Pont, n° 10,
AU PILIER LITTÉRAIRE.
PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE TIGER.
AVANT-PROPOS.
La plupart des anecdotes qui
composent ce recueil, n'ont point
encore été publiées. Les per-
sonnes qui ont bien voulu nous
les communiquer, les gardaient
en porte-feuille, pour les faire
paraître en temps opportun.
Ceux qui s'occupent en ce mo-
ment à écrire l'histoire de Napo-
léon Bonaparte, compulseront
avec intérêt ces anecdotes , qui
leur donneront la clef de plu-
sieurs évènemens dont on cher-
chait vainement les causes jus-
qu'à ce jour.
Tout ce qui a traita un homme
extraordinaire, doit intéresser
A 2
( 4 )
et piquer la curiosité. Qui n'ai-
me à connaître les petites causes
qui ont produit de grands effets?
C'est dans leur robe de cham-
bre qu'il faut considérer, exami-
ner tous ces héros qui ont joué
un grand rôle sur la scène de ce
monde, et non au milieu du
faste qui les environne, et des
courtisans qui les encensent.
C'est le seul moyen de se for-
mer une idée juste du caractère
et de la conduite de ces fameux
personnages.
ANECDOTES
INÉDITES ET PEU CONNUES
SUR
NAPOLÉON BONAPARTE.
Présomption de Joseph Bonaparte.
LE ci-devant roi d'Espagne, Joseph,
avait, dit-on , de très-grandes pré-
tendons comme roi ; on assure même
qu'il s'exprimait assez souvent sur
son frère de manière à faire voir
qu'il n'avait pas une très-haute admi-
ration pour ses talens. Il demandait
un jour à quelqu'un qui arrivait de
Paris: « Eh bien! que dit-on de
moi, dans la capitale ? — Mais , sire,
on dit.,.. — Ne me dissimulez rien :
je suis sûr qu'on s'imagine que je suis
A 3
( 6)
faible....— Ah! sire! pouvez-vous
penser.... — Non, je suis certain que
l'on dit que je suis faible , on doit le
dire, et je suis charme qu'on le dise.
— Mais , sire ; cependant.... — Il n'y
a pas de cependant. Tenez, voyez-
vous , mon frère a une volonté furi-
bonde, à laquelle il faut que rien ne
résiste : c'est sa manière ; il faut que
tout lui cède , et cette volonté de fer,
il la porte dans les grandes comme
dans les petites choses. Je souhaite
que ce système lui réussisse; quant à
moi, Monsieur, je crois voir les
choses de plus haut; ma volonté, je
ne l'applique qu'aux choses qui en
valent réellement la peine; mais,
alors , ce que je veux , je le veux po-
sitivement; je le veux en Roi. Qu'en
résulte-t-il ? Que je ne consume pas
en vains efforts cette force qui est
en moi, cette forée qui m'a été don-
née par Dieu, pour gouverner les
hommes. Mon frère renverse des
(7)
chênes; mais il ira se briser contre
une paille. Ainsi donc, ceux qui
n'ont pas la vue assez perçante pour
voir ce que je suis , ce que je veux,
disent que je suis faible; ils doivent
le dire, et je suis charmé qu'ils le
disent.
" Mon frère a une grande réputa-
tion militaire ; c'est très-bien ; mais
qui est-ce qui ne pourrait pas l'ac-
quérir? Qui est-ce qui ne peut pas
être grand capitaine ? Il est tout aussi
facile de remuer des grandes masses,
que de diriger des pièces de mécani-
que. J'avance tel corps , je fais mou-
voir tel autre ; je m'empare de telle
position. Voilà , Monsieur, toute la
guerre ; croyez moi , il est bien plus
facile d'être un César qu'un Titus. »
Il aurait pu ajouter qu'il y avait
quelque chose de bien plus facile en-
core , c'était de n'être ni l'un ni
l'autre.
A 4
(8)
Confidence de Bonaparte.
BONAPARTE avait quelquefois des
épanchemens confidentiels avec quel-
ques-uns de ses favoris. M. F était
un de ceux avec lesquels il causait le
plus volontiers. « Je ne crois pas être
né cruel , lui disait-il un jour ; ce-
pendant, étant jeune, j'avais en moi
je ne sais que! besoin de destruction,
qu'il me fallait satisfaire. Si j'avais
un bâton à la main , je le brisais en
autant de morceaux qu'il m'était
possible. Je me souviens que j'avais
un chien , et que, plus d'une fois,
je me suis senti la tentation de m'éxer-
cer sur cette matière animée ; je re-
grettais que , dans le cas où j'exécu-
terais ce dessein , cet animal ne pût.
raisonner ses douleurs , ni analyser
ses souffrances; toutefois j'éprouvais
quelque satisfaction de savoir que.',
sous celle forme d'animal , il y avait
(9 )
du mouvement à ma disposition , et
que j'étais le maître de l'anéantir
quand il me plairait.
« J'ai toujours retrouvé cette pre-
mière disposition sur le champ de
bataille, etc. »
Son apparition à l'Université de
Pavie.
BONAPARTE , ayant laissé à la porte
de l'université de Pavie la représen-
tation bouffonne d'empereur et roi,
courut dans les salles avec tant de
précipitation que sa suite avait peine
à l'atteindre. Il fit la grimace et prit
du tabac dans la salle de métaphysi-
que , de cette idéologie qu'il détes-
tait si fort. Cependant, se tournant
vers un écolier, il lui fit cette ques-
tion : Qual' é la differenza fra la
SOMIGLIA et la morte ? Ce mot somi-
glia, par gallicisme , ayant embar-
A 5
(10 )
rassé l'étudiant et même le profes-
seur , Napoléon s'aperçut qu'il n'a-
vait pas été compris, et tourna le dos
brusquement en prononçant le mot
bêtise. Dans la salle de ses chères
mathématiques, Bonaparte s'adresse
à un jeune savant, et lui donne un
problême à résoudre ; il a la patience
d'attendre que le jeune homme ait
fini sa tâche. Le problême résolu ,
l'empereur l'examine et dit : Non è
cosi. L'écolier soutient qu'il ne s'est
pas trompe'; le professeur a le cou-
rage de justifier l'écolier ; et Bona-
parte, piqué au jeu , prend l'ardoise
et la craie, et résout lui-même le
problême, sans pitié pour ses géné-
raux: , qui bâillaient à se luxer la mâ-
choire. Enfin, s'étant convaincu de
son erreur, il rend l'ardoise à l'étu-
diant , en lui disant : Si, si, é bene,
mais avec la mine renfrognée d'un
écolier qui vient de perdre sa place à
la tête de la classe.
( 11 ) '
Sa question à Grétry.
BONAPARTE n'aimait point Grétry ,
et lui, qui avait à un dégré si supé-
rieur la mémoire des noms, il feignait
toujours, lorsque l'occasion amenait
devant ses yeux notre célèbre compo-
siteur , de ne pas se rappeler son
nom , voulant montrer par-là le peu
d'importance qu'il attachait à un mu-
sicien. Un jour , Grétry se trouvant
faire partie de la députation de l'Ins-
titut , qui était venue le féliciter au
retour d'une de ses campagnes, Bo-
naparte l'aperçoit, traverse la foule,
et renouvelle son éternelle question :
« Comment vous appelez-vous ? —
Toujours Grétry, sire. »
Sa mémoire ou ses remords,
Quelque temps après l'assassinat
du due d'Enghien, Bonaparte deman-
A 6
( 12 )
dait à M. de Fontanes, qu'il savait
s'être expliqué d'une manière très-
vive sur cette sanglante exécution :
« Eh bien ! M. de Fontanes, pensez-
vous toujours au duc d'Enghien ? —
Sire, la question que vous me faites
prouve que vous y pensez autant
que moi. »
Une de ses espiégleries.
UN régicide , élevé par Bonaparte
aux premières dignités de son empire
éphémère, donnait tous les ans un
bal masqué dans son hôtel, le 21 jan-
vier. Une nuit qu'il faisait danser ,
pour ainsi dire, sur la tombe du roi-
martyr , un masque s'approche du
régicide de C à pas lents , se
place vis-à-vis de lui, et du doigt
lui fait signe de le suivre. Il y avait
dans le geste et l'attitude du masque,
quelque chose de si impérieux, que
( 13 )
C.... le suivit presque malgré lui,
loin des danseurs et de la musique.
Lorsqu'ils furent sans témoins, le
masque adressa au régicide les re-
proches les plus amers sur l'incon-
venance de sa fête , et le menaça du
courroux du ciel, s'il ne cherchait à
l'apaiser au plutôt par ses larmes,
et son repentir. Après avoir porté
l'épouvante au fond de son âme, il
allait se retirer ; mais le régicide lui
barrant le passage , lui déclara qu'il
voulait absolument connaître l'inso-
lent qui, avait eu la témérité de venir
l'insulter jusque dans son hôtel.
« Tremble de me connaître, dit le
le masque d'un ton imposant; re-
pens-toi, et ne cherche pas à me
voir ! — Oh ! répondit le régicide ir-
rité , tu ne sortiras pas d'ici, sans
avoir ôté ton masque : obéis, ou
j'appelle mes gens. — Tu le veux ?
tu vas être satisfait : soutiens mes re-
gards , si tu l'oses. » L'inconnu dé-
( 14)
tache alors son masqué, et fait voir...
oh! qui pourrait peindre l'effroi du
régicide?.... la figure auguste et vé-
nérable de Louis XVI. Oui, c'était
lui, tel qu'il était lorsqu'il monta à l'é-
chafaud; seulement ses traits avaient
la pâleur et l'immobilité de la mort.
A cet aspect épouvantable , à cette
apparition imprévue, le régicide veut
crier , la voix expire sur ses lèvres ; il
recule d'effroi; il veut fuir , mais ses
genoux plient sous lui; il tombe dans
un fauteuil. Il n'ose plus lever les
yeux, tant il redoute de rencontrer
ceux du spectre menaçant, qui s'é-
loigne et disparaît. Cependant, les
soupirs du régicide , ses mouvemens
convulsifs , attirent l'attention de
quelques personnes ; on s'empresse
autour de lui, on lui prodigue des
soins , on l'accable de questions ; il
ne peut répondre que par une autre
question : " Est-il encore là ?» de-
mande-t-il à tous ceux qui l'entou-
(15 )
rent. « Je l'ai vu, reprit-il ; il était là! »
Ce peu de mots redouble la curiosité;
mais, lorsqu'aux questions réitérées
des intimes de son excellence , elle
dit enfin , en faisant un violent ef-
fort sur elle-même : « C'était Louis
XVI! » Ce mot magique, prononcé
avec l'accent de la terreur , remplit
d'épouvante tous les complices de
cette fête criminelle; tous regar-
daient si l'ombre du saint roi n'était
pas à côté d'eux. La salle du bal fut
bientôt déserte, et son excellence
resta seule avec son trouble, et la
persuasion que Louis était venu, du
séjour des' bienheureux , lui repro-
cher ses crimes.
Cependant, cette scène d'épou-
vante n'avait point eu de cause sur-
naturelle ; c'était tout simplement
une petite espiéglerie impériale,
un badinage à la Bonaparte. M avait
trouvé plaisant de causer une fraveur
à son cousin; il n'avait eu besoin pour
( 16 )
cela que d'un masque de cire, fait
par un habile astiste, et imitant au
naturel la figure de Louis XVI.
Sa Munificence.
BONAPARTE devait passer à Mon-
targis ; dès le matin , une foule de
gens du peuple attendait à la porte
de l'auberge où il avait coutume de
descendre. Enfin il arrive; la voiture
s'arrête, on ouvre la portière ; sa ma-
jesté impériale avait déjà une jambe
sur le marche-pied, lorsqu'un homme
du peuple , dans l'effusion de sa joie,
se mit à crier de toutes ses forces :
« Le voilà ! le voilà ! » — Qu'est-ce
que c'est ? qu'est-ce que c'est ? s'é-
crie à son tour Bonaparte effraye ,
mais tellement effrayé qu'il se rejette
précipitamment dans sa voiture , et
se frappe violemment contre le haut
( 7 )
de la portière. Sur-le-champ il donne
l'ordre de sortir de la ville , et s'é-
loigne au galop , au grand regret des
curieux désapointés , et surtout de
l'aubergiste , qui avait fait de grands
frais pour le recevoir.
Cependant , comme la frayeur
n'avait pas chassé l'appétit, Bona-
parte fit faire halle à quelques por-
tées de fusils de la ville , descendit de
voiture , en fit tirer quelques provi-
sions , et se mit à l'écart, dans une
prairie , pour manger un morceau.
Un habitant de Montargis, qui ren-
trait en ville , voit un équipage et des
gardes; il s'informe, et, apprenant
que c'est l'empereur, il court vers
lui pour se procurer le bonheur de
le voir ; les gardes , sans égard pour
ses supplications, lui commandent
de passer son chemin. Bonaparte
entend l'altercation, en demande la
cause , l'apprend , et ordonne qu'on
laisse approcher le bourgeois. Celui-
( 18)
ci, au comble de la joie , s'avance le
bonnet à la main , et reste la bouché
béante devant l'objet de son admira-
tion. « Qui es-tu? lui demanda le
héros. — Sire, je suis un pauvre dia-
ble , boucher de mon métier, tout
prêt à vous servir si j'en étais capa-
ble ! — Que demandes -tu?— Le
plaisir de vous voir. — As-tu des en-
fans ? — Deux garçons qui sont à
l'armée. — Bien ! Où vas-tu ? — À
Montargis. — Eh bien ! cours-y bien
vite, et apporte-moi deux livres de
cerises ; dépêche-toi. »
Notre homme ne se le fit pas répé-
ter ; il était gros , court et replet, et
j'ai toujours cru que Bonaparte ne
l'avait chargé de celte commission
que pour avoir le plaisir de voir com-
ment il s'y prendrait pour courir.
Quoi qu'il en soit, le bon homme, qui
croyait sa fortune faite , arrive à la
ville tout essoufflé , et respirant à
peine ; il achète les plus belles ceri-
( 19 )
ses , emprunte une Serviette fine et
un plat de porcelaine ; mais , crai-
gnant de ne plus avoir la force ou le
temps de rejoindre sa majesté, il loue
un cheval, le met au galop, et arrive
au moment où la voiture partait. Il
arrive , dis-je , le coeur rempli des
plus belles espérances ; le bon homme
se souvient avec quelle munificence
nos rois récompensaient les plus lé-
gers services. « Un empereur! cela
doit être encore plus libéral, plus gé-
néreux qu'un roi; le moins que je
puisse espérer, se disait-il, c'est une
pension ou une bourse d'or pour
moi, deux brevets de capitaine pour
mes garçons. » Il se présente à la
portière , son bonnet d'une main, sa
serviette de l'autre, en criant : « Ar-
rêtez-donc ! voilà les cerises de l'em-
pereur ! » On prend ses cerises, et
on lui jette une pièce de cinq francs
dans son bonnet. Un moment après,
il voit lancer sur la route et briser en
( 20 )
mille morceaux le beau plat de por-
celaine qu'il a emprunté. « Rendez-
moi au moins ma serviette, dit-il ; »
mais le vent emporte ses paroles et la
voiture sa serviette. Il revint à la ville
au petit pas, triste, honteux, confus et
guéri de son admiration pour le grand
homme. Au lieu de la fortune qu'il
espérait, il fut obligé de payer, sur
la pièce de cinq francs qu'il avait
reçue , le plat de porcelaine , la ser-
viette et le louage du cheval, et d'en-
durer encore les railleries des mau-
vais plaisans, qui ne manquent pas
plus à Montargis qu'autre part.
Bonaparte et les vaches.
BONAPARTE fit un voyage à Bruxel-
les en .... Dans cette ville demeurait
alors un homme très-connu, et sans
lequel nous n'aurions peut-être ja-
mais fait connaissance avec Bona-
parte ; c'était Barras; il menait un
train de prince à Bruxelles; et ; dans
le sein des plaisirs, j'ai presque dit de
là débauche , il cherchait à s'étourdir
sur la perte de son pouvoir directo-
rial, et sur la douleur d'avoir tiré de
la fange un ingrat qui lui devait tout,
et dont le premier acte de reconnais-
sauce avait été de le dénoncer le 18
brumaire dans le conseil des Cinq-
Cents. Pour un coeur ingrat, il n'est
point de supplice plus cruel que l'as-
pect d'un bienfaiteur qu'on a outra-
gé , et Bonaparte en fournit une nou-
velle preuve dans cette occasion.
Barras reçut l'ordre de quitter
Bruxelles sur-le-champ , et d'en res-
ter éloigné de trente lieues pendant
tout le temps que son ancien protégé
honorerait cette ville de sa présence
auguste. Certes , quand Barras, re-
vêtu d'un cinquième de tout-puissant,
alla déterrer un obscur lieutenant
d'artillerie dans le grenier où il était
( 22 ) )
logé ;■ quand' il fut obligé de lui faire
faire un habit, afin qu'il pût paraître
décemment à la tête des troupes avec
lesquelles il devait foudroyer Saint-
Roch et mitrailler les Parisiens ; cer-
tes , dis-je, Barras était alors loin
de prévoir qu'un jour.... Mais la for-
tune est aveugle , et Bonaparte était
un homme à précautions.
En allant à Bruxelles , Bonaparte
voit une maison rustique et isolée sur
la route de Compiègne à Saint-Quen-
tin ; il lui prend fantaisie de s'arrêter
pour y boire du lait. Le paysan , qui
habitait cette maison , homme sim-
ple et n'ayant que peu de communi-
cation avec le monde , s'effraye à la
vue de cet équipage qui arrive pré—
cédé et suivi d'hommes à cheval : la
peur ne raisonne pas , et sans savoir
au juste s'il avait quelque chose à
craindre de ces gens armés , il se
glisse le long d'une haie pour échap-
per à leur vue, et vase tapir derrière;
( 25 )
un arbre touffu qui était en face de sa
maison , et d'où il pouvait tout voir
sans être vu. Cependant la voiture
s'arrête, Bonaparte descend, ses gens
dressent un pliant devant la maison,
entrent dans la chaumière, et crient
à tue-tête : Holà ! hé ! paysan,
pékin ! du lait ! vite , du lait ! Mais
personne ne répondait. Les officiers
de Bonaparte furètent dans la maison
comme si elle eût été livrée au pil-
lage. Bientôt un des grands-officiers
du palais apporte un pot de lait
qu'un aide-de-camp vient de décou-
vrir; il le pose d'un air triomphant
sur le pliant; en disant : « Voilà du
lait! — Qui vous l'a donné? où l'a-
vez-vous pris? lui demanda Bona-
parte avec humeur. — Dans une ar-
moire de la chaumière. — Je n'en
veux pas, dit-il en renversant d'un
coup de pied le pliant et le pot au
lait; puis se radoucissant : « N'y
a-t-il pas des vaches, dans l'écurie ?
(24 )
— Il y en a deux. — Eh bien ! il faut
les traire. » Tout le monde s'entre-
regardait, mais personne ne bougeait;
un coup-d'oeil plus expressif de Bo-
naparte fit comprendre qu'il vou-
lait être obéi; alors, aides-de-camp
et grands dignitaires se précipitent
vers l'étable pour traire les vaches ;
car on sait qu'il n'y avait pas de fonc-
tions trop abjectes pour les valets d'un
tel maître. Mais les vaches du paysan,
aussi peu habituées que lui à voir le
grand monde, furent aussi effrayées
que leur maître à l'aspect de ces hôtes
imprévus , dont les sabres traînans
ajoutaient encore à leur frayeur. Ne
pouvant fuir , elles se mirent à ruer
avec tant de fureur qu'aucun de nos
héros n'eut le courage d'en appro-
cher. Le grand homme s'impatientait,
et il fallut bien lui dire que les vaches
ne voulaient pas se laisser traire. Eh
bien ! cria un des hommes de l'es-
corte , tuez les vaches , on les traira
après.
(35)
après. À ces mots, le paysan, qui
était toujours caché dans l'arbre, ou-
blia toute prudence; la tendresse
qu'il avait pour ses vaches , le danger
qui les menaçait, lui arrachèrent un
cri : « Mes bons messieurs , ne tuez
pas mes vaches, s'écria-t-il d'un ton la-
mentable. « A cette voix, Bonaparte,
effrayé, met là main à son épée, toute
la gardé accourt, l'arbre est entoure»
et trente voix terribles ordonnent au
paysan de descendre. Il se laisse cou-
ler plus mort que vif le long de l'ar-
bre , se jette à genoux, et répète plu»
sieurs fois, d'un ton piteux : « Mes-
sieurs les voleurs , je vous en prie ,
ne tuez pas mes vaches. » Ce mot de
voleur, qui annonçait assez la cause
de la frayeur du paysan, excita un
éclat de rire général; on le rassura
en lui disant que c'était S. M. l'em-
pereur et roi qui voulait lui faire l'hon-
neur de boire de son lait; et notre
homme alors ne se fit pas dire deux
anecdotes. B
(26)
fois d'aller traire ses vaches. Avant de
goûter au lait, Bonaparte voulut ab-
solument qu'il en bût le premier; le
paysan se confondait en remercî-
mens sur l'honneur qu'on lui faisait.
Mais personne ne se méprendra sur
le motif, et l'on reconnaîtra encore
avec moi ici l'homme aux précau-
tions. Quand le grand homme fut
remonté dans sa voiture , on jeta au
paysan une pièce de cent sous pour
l'indemniser de la frayeur qu'il avait
eue, du pot de lait qu'on lui avait
cassé, du lait qu'on lui avait renversé,
et de celui qu'on lui avait bu.
Comment s'y prend le général Lan-
nes, pour être payé d'une somme
considérable que lui devait Bona-
parte.
ON n'a pas sans doute oublié la
fameuse expédition de Saint-Domin-
( 27 )
gue , commandée par le général Le-
clerc. Ce commandement avait d'a-
bord été destiné au général Launes;
c'était une espèce d'ostracisme que
voulait lui faire subir Bonaparte , fa-
tigué et humilié du langage familier
du général, qui tutoya jusqu'à la mort
son compagnon d'armes , devenu
son maître. Maintenant je vais dire
pourquoi Lannes n'eut pas le com-
mandement de l'expédition de Saint-
Domingue. On célébrait l'anniver-
saire de la fameuse journée du 18
brumaire , où Bonaparte remporta ,
comme chacun sait, une victoire à
jamais célèbre sur cinquante hommes
sans armes ; on devait tirer un su-
perbe feu d'artifice, au haut d'un
temple immense construit sur la
Seine. Bonaparte, son auguste fa-
mille, et plusieurs de ses illustres
amis , s'étaient mis , pour voir le
feu, aux fenêtres du pavillon de
Flore. Parmi les nobles personnages,
B 2
( 28 )
on distinguait madame Bacciochi et
madame Laetitia Bonaparte, mère du
grand homme. Toutes deux étaient
habillées en robes de Pékin gris, coif-
fées en baigneuses , ce qui était assez
indifférent; mais elles tournaient le
dos au peuple, ce qui n'était pas
honnête. Le peuple s'en formalisa,
et prit la liberté de siffler les futures
princesses. Bonaparte , qui se croyait,
trop bon acteur pour mériter des sif-
flets , en fut d'autant plus irrité, qu'il
sentait bien que ces sifflets étaient
envoyés par des personnes très-peu
favorables à son avènement au pou-
voir suprême; car on devinait sans
peine ses desseins par l'espèce d'éti-
quette de cour qui s'observait déjà
dans le palais. Le Corse, furieux, en-
voya chercher le chef de la garde
consulaire ; c'était Lannes. La cava-
lerie consulaire était à ses postes ,
sous les fenêtres de la grande galerie
de Henri IV. Quant au général Lan-
( 29)
nes, il était à son hôtel, appartenant
autrefois à la famille de Noailles. Il
se rendit à l'ordre du premier consul,
qui lui dit, d'un ton courroucé :
« Pourquoi n'êtes-vous pas à votre
poste ? Rendez-moi compte de ces
sifflets? Qui à sifflé? Les ministres
des puissances étrangères sont aux
fenêtres de la galerie ; ils ont tous vu,
tous entendu. — Tu te f... de moi,
répondit Lannes ; et moi, je me mo-
que des sifflets : ne faut-il pas que le
peuple s'amuse ? Il est en goguettes...
C'est aujourd'hui fête. — Lannes,
lui répondit Bonaparte, rappelez-
vous que je suis premier consul , et
que je ne suis plus votre égal. Faites
votre devoir. — Tu ne me disais pas
cela à l'armée, quand tu avais besoin
de moi ; tes camarades te tutoyaient
alors. — Général, rendez-vous aux
arrêts sur le champ; je vous l'or-
donne. ».
Lannes se retira en jurant, et alla
B 5
( 50 )
s'enfermer dans son hôtel. Il était dix
heures du soir. Une demi-heure après;
il reçut un message avec des lettres
de créance près la cour de Portugal.
« Dites au premier consul, que je
ne sortirai de Paris que quand il me
plaira. » Telle fut sa réponse au mes-
sager. Dès l'aurore il fait venir sa
voiture. A sept heures, il était à la
porte du trésor public. Il demande le
ministre, et donne son nom. Le
ministre était déjà dans son cabinet.
Lannes entre y place une paire de
pistolets sur la table , et lui donne un
écrit conçu en ces termes :
« Lors du passage des canons à
travers les Alpes , avant la bataille de
Marengo, moi, général Lannes , ai
prêté au consul Bonaparte , 420,000
francs en lettres de change sur la
banque de Venise. Je prie le citoyen
..... de me faire compter la même
somme sous cinq minutes. »
Lé ministre eut peur et paya sur
(51 )
le champ. Lannes , satisfait, se retira
à son hôtel. Le ministre du trésor se-
hâte de faire part de cette aventure
au ministre des finances , qui, de
son côté, en instruit sur le champ le
premier consul. Celui-ci envoie à
Lannes l'ordre de venir au palais des
Tuileries. Le général s'y rend en
grand uniforme. Contre l'attente de
Lannes , Bonaparte lui parle avec
douceur; il lui fait des reproches
avec un air de bonté , en lui disant
qu'il était bien capable de s'acquitter
de cette dette envers lui , sans qu'il
fut besoin pour cela d'aller insulter
un ministre. « J'en suis fâché pour le
ministre, répond Lannes; quant à
moi, je suis content, » Bonaparte
alors , prenant un ton mielleux qu'il
savait si bien employer quand il avait
envie de tromper quelqu'un, lui dit :
« Il me faut un homme comme vous
à la cour de Portugal ; j'espère que
vous ne me refuserez pas.— Main-
( 52 )
tenant que je suis payé, j'irai par-
tout où tu voudras. - Quand voulez-
vous partir ? — Il me faut deux jours
pour me préparer. » Deux jours après,
dès le grand matin , tout l'équipage
du général était prêt. A sept heures
et demie , il prit la route de Bor-
deaux ; mais à peine était-il à deux
lieues de Paris, que soixante dra-
gons l'arrêtèrent, se saisirent de lui,
au nom du gouvernement, et le con-
duisirent dans une citadelle. Cepen-
dant il resta peu de jours en prison,
et partit enfin pour l'ambassade de
Portugal.
Voilà ce qui empêcha Lannes d'a-
voir le commandement de l'expédi-
tion de Saint-Domingue, et voici
maintenant ce qui le procura à Le-
clerc.
Leclerc, beau-frère de Bonaparte,
fils d'un meûnier, d'une petite taille,
blond, dépourvu de talens, était
traité fort légèrement par Bonaparte,
et ne jouissait d'aucune considération
à l'armée. Sa femme aimait le luxe ,
le jeu et la débauche. On l'avait vue
avec une robe de 500,000 francs , et
l'on sait que dans ses jours de fa-
veur , madame de Pompadour n'en
porta pas une qui coûtât plus de
20,000 francs. Madame Leclerc, un
soir, joua gros jeu chez madame de
M.... ; elle perdit 56,000 francs qu'elle
paya en un billet comptable le lende-
main à son hôtel. Cet incident déter-
mina Bonaparte à envoyer Leclerc
et sa femme à Saint-Domingue. C'é-
tait un adieu à la Corse. Leclerc y
mourut, et sa femme revint accom-
pagnant le cereueil de son époux ; elle
ne quitta pas cette bière. Les Pari-
siens la regardaient comme une nou-
velle Artémise. Hélas ! ils auraient
été moins édifiés, s'ils eussent su que
ce cercueil ne renfermait pas la dé-
pouille mortelle du général Leclerc,
qui avait été jetée à la voirie ; mais
(34)
les dépouilles de Saint-Domingue ;
c'est-à-dire, l'or et les bijoux pré-
cieux dont Leclerc et sa digne femme
s'étaient emparés.
Bonaparte à Montargis.
Est-il vrai qu'on peut être intré-
pide dans les plus grands dangers,
et manquer absolument de courage
dans les circonstances les plus ordi-
naires ? Je suis tenté de le croire, et
l'anecdote suivante , dont je garantis
l'authenticité, vient à l'appui de cette
assertion.
Bonaparte, à son retour d'Egypte,
s'était arrêté à Montargis pour dîner,
Grande rumeur dans la ville. Les
principaux citoyens s'assemblent, on
discute , on délibère ; il est convenu
qu'on ne peut posséder un si grand
homme dans son endroit, sans lui
rendre au moins quelques honneurs,
(35)
Mais le temps pressait, il n'y avait
pas un moment à perdre , et on con-
clut qu'il fallait se borner à envoyer
à Bonaparte une députation pour le
complimenter, et lui exprimer toute
la satisfaction que ressentaient les
Montargeois, de posséder un person-
nage si fameux dans leurs murs. On
charge , du rôle, d'orateur , un mar-
chand de draps , bel esprit, honnête,
homme d'ailleurs , et qui faisait au
besoin un couplet, comme il le di-
sait lui-même , à coups de Richelet,
c'est-à-dire , à l'aide du dictionnaire
de rimes. L'orateur , n'ayant pas le
temps de composer un beau ou long
discours, voulut au moins surprendre
son monde par un coup de théâtre ,
qu'il regardait comme un trait de
génie , et dont il se promettait le plus
grand succès, et qui cependant ,
comme on va le voir, produisit un
effet bien différent de celui qu'il en
attendait. La députation s'achemine
( 36 )
vers l'auberge que le grand homme
avait honoré de sa présence. Elle se
fait annoncer; elle est introduite.
L'orateur se place devant Bonaparte,
qui était encore à table , et lui débite
son petit discours. Bonaparte le sui-
vait des yeux, d'un air distrait et
presqu'inquiet; il était attentif à ses
moindres mouvemens. L'orateur, ar-
rivé , non sans peine , à la fin de sa
harangue, élève alors la voix avec
force , car il était arrivé au passage
où il voulait faire de l'effet : « Et
pour vous prouver, général, dit-il,
combien nous vous aimons » En
prononçant ces mots , l'orateur mal-
avisé passa subitement sa main droite
sous sa redingote , comme pour en
tirer quelque chose qu'il retenait de-
puis son entrée avec son bras gau-
che , appuyé sur son sein. Mais à ce
mouvement, à ce geste équivoque et
imprévu, le grand homme, saisi
d'une
(87)
d'une terreur panique, s'élance de la
table, renverse son siège, et se ré-
fugie dans un coin du salon, les yeux
hagards, la figure toute décomposée,
et criant, à plusieurs reprises :
« Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que
c'est? Veut-on m'assassiner? » L'ora-
teur interdit tire de son sein l'ob-
jet qu'il y tenait caché; c'était un
portrait de Bonaparte encadré: « Gé-
néral, dit-il, c'est votre image pré-
cieuse; je voulais dire : pour prou-
ver combien nous vous aimons, c'est
que nous portons vos traits chéris sur
notre coeur. » Mais l'intrépide géné-
ral, soit qu'il ne fût pas encore reve-
nu de sa frayeur, soit qu'il fût hon-
teux d'avoir montré de la peur , ne
Voulut rien entendre , et gesticulant
fortement du coin où il s'était retran-
ché : « Sortez, sortez vite, leur cria-
t-il ? Puis, s'adressant à ses gens ?
Mettez-moi ces insolens à la porte ! »
Anecdotes. C
(38)
Notre orateur ne se le fit pas ré-
péter , il se retira ,
..... Honteux et confus ;
Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y
prendrait plus.
Comment Bonaparte éprouve la so-
lidité de sa cotte de mailles.
BONAPARTE , beaucoup plus passion-
né pour la vie que pour la gloire ,
avait coutume de porter sous ses vê-
temens une cotte de mailles qu'il ne
quittait jamais. Étant sur le point de
partir pour la Belgique , il crut qu'il
ne devait négliger aucun moyen d'é-
chapper aux dangers dont le mena-
çait toute l'Europe liguée contre lui.
Il fit venir un habile ouvrier, dont
il avait entendu vanter le talent, lui
demanda s'il se croyait capable de fa-
briquer une cotte de mailles assez so-
(59)
lide pour qu'aucune espèce d'armes
ne put l'endommager; sur la réponse
affirmative de l'artiste , Bonaparte lui
demanda le prix de ce travail, qui
fut fixé à dix-huit mille francs.
Au jour indiqué , l'ouvrier apporte
son ouvrage ; Bonaparte , au lieu de
l'essayer, l'examine rapidement et
ordonne à l'ouvrier de l'endosser ;
celui-ci obéit : il prend alors deux
pistolets : « Voyons , dit-il, si cette
cotte de mailles est à l'épreuve
comme tu me l'as promis. " Il adresse
la première balle à la poitrine ; la cui-
rasse résiste. — « Tourne-toi. » —
La seconde balle frappe le dos, et
reste de même sans effet.
Le pauvre ouvrier, à demi-mort
d'effroi, se croyait quitte , et il avait
lieu de le penser après un aussi rude
essai ; mais ce n'était pas encore as-
sez. Bonaparte s'arme d'un fusil de
chasse , et réitère son expérience sur
l'estomac et les épaules du patient ;
C 2
( 40 )
heureusement l'ouvrage demeure in-
tact, et garantit son auteur des dan-
gers d'une si cruelle et si étrange
épreuve.
« Combien te doit-on , dit Bona-
parte , après ce noble exploit ? —
Dix-huit mille francs , balbutia tout
bas le misérable ouvrier, presque
sans connaissance. — Qu'on lui en
donne trente-six ! »
L'officier, qui nous à rapporté
cette anecdote , et dont le père oc-
cupait une des premiers places auprès
de l'usurpateur, nous a dit aussi que
cette précaution de Bonaparte avait
été complètement inutile, ce vain-
queur des vainqueurs ne s'étant mon-
tré nulle part au fort de l'action ,
dans la fameuse journée de Waterloo.
( 40 )
Bravoure de Bonaparte.
ON a long-temps mis en question
la bravoure de Bonaparte ; les uns
ont dit que le fond de son caractère
était la pusillanimité, et ils ont cite
une foule de traits qui appuient
cette assertion ; d'autres ont assuré
lui avoir vu garder le plus impertur-
bable sang-froid au milieu des balles
qui sifflaient autour de lui. Voici une
anecdote qui prouve en faveur des
premiers. Bonaparte , n'étant encore
que chef de brigade , et passant une
revue , se permit d'adresser des pa-
roles fort dures à un chirurgien mi-
litaire. Celui-ci ne répondit rien ;
mais , après la revue, il suivit Bona-
parte jusque chez lui, et là , après
avoir fermé la porte : « Ah ça , lui
dit-il, vous savez ce qui vient d'avoir
lieu ; cela ne peut se passer ainsi ; il
faut que vous m'en rendiez raison et
C 5
( 42 )
sur-le-champ , pu je vous fais sauter
par la fenêtre. » Bonaparte , étonné,
lui prend la main : « Vous êtes un
brave homme ; je vois que je m'étais
trompé, et je vous rends mon estime.
— Votre estime ! lui répondit le chi-
rurgien, gardez-la ; quant à la mienne,
vous ne l'aurez jamais. »
On connaît aussi le mot de Jérôme
Napoléon à la bataille de Waterloo.
« Voila le plus beau tombeau qu'il
puisse trouver : je suis sûr qu'il n'au-
ra pas le courage de l'accepter. »
Début d'un poème épique sur Na-
poléon.
A l'époque ou Napoléon était à
l'apogée de ses triomphes, un homme
d'esprit qui n'était ni un de ses amis,
ni un de ses admirateurs, commença
un poème épique sur cet illustré
conquérant. Il n'avait fait que les
quatre premiers vers, qu'il récitait
tout bas à ses amis, parce que,