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Aperçu sur l'importance et la nécessité du sacre , par Ch. D. L.

27 pages
Gueffier jeune (Paris). 1816. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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APERÇU
SUR
L'IMPORTANCE ET LA NÉCESSITÉ
DU SACRE.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE.
APERÇU
SUR
L'IMPORTANCE ET LA NÉCESSITÉ
DU SACRE.
PAR CH. D. L.
A PARIS,
Chez
GUEFFIER jeune, libraire, au Marché Neuf, n°. 48,
près le pont Saint-Michel;
LE NORMANT, imprimeur-libraire, rue de Seine, n° 8.
1816.
AVERTISSEMENT.
P ÉNÉTRÉ de la haute importance du Sacre et de sa
nécessité, et encouragé par un suffrage qui m'est pré-
cieux, j'ai osé croire qu'un opuscule sur ce sujet pour-
roit être reçu avec quelque intérêt. Il est à regretter
qu'il n'ait pas été traité par une plume plus habile et
plus exercée. Livré à des études fort étrangères à ce
genre de recherches, je n'ai pu en parler que d'une
manière fort imparfaite, sans doute, mais qui prouve
au moins le zèle et le dévouement dont je suis animée
Je pensois trouver dans les diverses bibliothèques
publiques des renseignemens nombreux et utiles sur
une semblable matière ; mais je me suis aperçu que les
ouvrages qui en traitent sont fort rares et ont beaucoup
vieilli. Cependant j'ai fait usage du Traité du Sacre,
par dont Marlot, prieur de Saint-Nicaise, imprimé
en 1643 ; de celui du conseiller Menin, publié en 1723,
et du Rapport détaillé des cérémonies du Sacre de
Louis XVI. J'ai même recueilli quelque chose des
journaux qui en ont fait mention, dans un temps où
l'on croyoit que cette auguste cérémonie devoit avoir
lieu. Parmi ces ouvrages, les uns sont presqu'entière-
ment remplis de recherches historiques et d'anecdotes
(6)
assez curieuses sur les usages et coutumes des différens
peuples, à cette occasion, ou bien encore à donner une
longue table chronologique des sacres en France, depuis
le commencement de la monarchie ; un autre, enfin, ne
fait que rapporter le cérémonial même du Sacre et
Couronnement, sans se permettre aucune réflexion sur
un aussi grand sujet. Je n'ai donc pu emprunter que
peu de chose à chacun; mais j'ai souvent fait usage des
expressions mêmes dont ces auteurs se sont servis,
parce qu'elles m'ont paru très-convenables au sujet que
j'avois à traiter. Si cet Aperçu, tel qu'il est, pouvoit
faire naître à quelqu'un l'idée de s'emparer de cette
matière et d'en faire une étude plus approfondie, ce
petit Mémoire auroit eu au moins quelque utilité, et
je m'estimerois fort heureux d'avoir pu la suggérer.
Le travail qui en résulterait paroîtroit d'autant plus
intéressant qu'il auroit pour objet un événement mémo-
rable que la France et l'Europe attendent avec impa-
tience, et dont nous devons espérer être les heureux
témoins sous peu de temps.
APERÇU
SUR
L'IMPORTANCE ET LA NECESSITE
DU SACRE.
LE Sacre de S. M. Louis XVI, de sainte et
glorieuse mémoire, en juin 1775 , est vérita-
blement le dernier qui ait eu lieu en France.
Cette grande cérémonie solennelle et impo-
sante, aussi ancienne que la monarchie fran-
çaise , qui lie d'une manière intime le Roi à
ses sujets, et les sujets au prince, nous offre un
spectacle d'autant plus auguste, que c'est de la
(8)
religion même qu'il reçoit sa splendeur princi-
pale. Le Sacre affermit le sceptre ; il est le sym-
bole de l'alliance avec le peuple, le caractère
et l'empreinte indestructibles de la majesté
royale. C'est la cérémonie la plus éclatante et
la plus mémorable de la vie du Prince: elle
consacre l'inviolabilité de sa personne et de ses
droits.
Nous trouvons que dans les temps les plus
reculés de la monarchie, les Rois de France
se sont empressés de recevoir l'onction sacrée,
et de prêter publiquement le serment qui les
engage à sacrifier leur repos pour veillersans re-
lâcheau bonheur des peuples confiés à leur soin.
Il est évident qu'ils mirent toujours une scrupu-
leuse exactitude à se faire sacrer et couronner.
On désiroit ne reconnoître dans le Roi que l' Oint
du Seigneur. Aussi les Rois de France ont toujours
considéré le Sacre comme chose nécessaire,
indispensable, et qui affermissoit leur puis-
sance. On les a même vus exposer leur per-
sonne pour l'accomplir. En 1429, Charles VII,
assisté de ses Preux et de la valeureuse Jeanne
d'Arc , vint se faire sacrer à Rheims, malgré
les dangers imminens d'un tel voyage, entre-
pris au milieu d'années ennemies ; et l'on re-
marque que, quoiqu'il eût été couronné à Poi-
( 9 )
tiers sept ans auparavant, on ne le qualifioit
jusque là que du titre de Dauphin. L'un de
nos plus grands Rois, le bon Henri IV, eut
tant d'empressement de se faire sacrer, qu'il
ne crut pas devoir attendre que Rheims, alors
au pouvoir des rebelles, fût soumis à ses lois,
et il le fut à Chartres, en 1594, avec une cer-
taine pompe, malgré l'état de détresse et d'é-
puisement où se trouvoit alors le trésor royal.
En effet, le Sacre donne plus de majesté à l'au-
torité ; par lui le peuple s'engage à l'obéis-
sance , et le Prince à la défense et à la pro-
tection de ses sujets. Il épouse en quelque sorte
le Royaume; et cette union est figurée par
l'anneau que le Prélat lui met au doigt.
Chez tous les peuples, les Rois sont consi-
dérés comme les images vivantes de la Divi-
nité : aussi il n'est point de nation civilisée qui
n'observe quelques cérémonies au couronne-
ment de ses Rois. Chez nous elles sont une imi-
tation fidèle, et presque sans interruption , de
celles qui se pratiquoient chez le peuple aimé
de Dieu. Soumis aux lois communes de la na-
ture , il est juste que ceux qui les remplacent
par droit de succession , soient reconnus de
leurs nouveaux sujets par cet acte imposant et
digne d'eux , institué à cet effet, et consacré
(10)
par la tradition et par l'usage reçu pendant une
suite de siècles. Dans tous les temps nos Princes
se sont fait couronner et sacrer ; l'histoire , si
nous la consultons, ne cesse de le répéter. C'est
une institution née, pour ainsi dire , avec la
Royauté même, et qui a succédé à l'élévation
sur le bouclier, coutume insuffisante, pure-
ment guerrière , et qui ne pouvoit subsister
après l'établissement du christianisme. Dans nos
chroniques, on voit que des Princes ont été
sacrés du vivant et du consentement de leur
père, et même des Rois de la seconde race,
l'être jusqu'à trois fois; il sembloit que s'en dis-
penser eût été renoncer à l'amour des peuples
et aux bénédictions du ciel. Le Sacre est un
acte spirituel, un sacrement particulier qui ré-
pand tant de splendeur et de majesté sur nos
monarques, dont la foi n'a jamais chancelé ni
varié , qu'il leur donne une sorte de préémi-
nence sur tous les Rois de la terre, au rapport
même d'un écrivain étranger (I). En effet, est-il
un spectacle plus imposant que celui qui nous
montre un grand Souverain dans tout l'appa-
reil de la Royauté , recevant d'un pontife vé-
nérable l'onction sainte, et jurant devant tout
(I) Mathieu Paris, moine anglais, au XIIIe siècle; et aussi
Guillaume Britto, dans sa Philippide.
( 11 )
un peuple, en face des autels, qu'il s'impose
la tâche difficile et glorieuse de ne s'occuper
que du bonheur de l'Etat, et de veiller sans
cesse à son salut. Aussi l'Eglise n'omet rien de
ce qu'elle a de plus respectable, de plus grand
et de plus saint pour la cérémonie du Sacre ;
c'est l'acte le plus authentique de la nation,
conféré par le prélat, assisté des pairs ecclésias-
tiques et laïcs , des princes, de tous les grands
du Royaume, en présence d'un nombreux
clergé et de toutes les puissances de l'Europe,
représentées par leurs ambassadeurs. Le Sacre
enfin, cette coutume sainte et ancienne, tire
son plus grand lustre de la religion, et contribue
à l'affermissement de l'Etat.
Ce n'est pas, cependant, que l'onction soit
absolument nécessaire pour donner au Prince
son autorité : il ne la tient que de Dieu et de
sa naissance; mais la Religion, en s'associant
aux travaux des Princes, en les regardant
comme les suprêmes dispensateurs de la jus-
tice et des bienfaits , veut aussi les faire con-
sidérer comme les ministres d'un Dieu de paix
et d'équité qu'ils adorent. En les élevant au
degré le plus éminent parmi les hommes, elle
les nomme les Oints du Seigneur, et nous devons
respecter dans leur personne le sacré caractère