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Appel à la raison publique sur les dangers qui nous menacent, par M. Haken

De
62 pages
Delaunay, Pélicier, Latour (Paris). 1820. In-8° , 63 p..
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APPEL
A LA RAISON PUBLIQUE
SUR LES DANGERS QUI NOUS MENACENT.
APPEL
A LA RAISON PUBLIQUE
SUR LES DANGERS QUI NOUS MENACENT;
PAR M. HAKEN,
La France se meurt entre l'espérance et la
crainte. Elle est entrée à force de rames dans
tous les ports qu'on lui a ouverts, et on l'a tou-
jours rejetée au milieu des orages lorsqu'elle ne
demandait que le repos.
On l'a gouvernée par la terreur, par l'intrigue,
par la force , par la fourberie , lorsqu'il était si.
facile de lui parler avec franchise et probité.
C'est le seul langage dont elle ne se lasserait pas.
M, J. P. PAGES
A PARIS,
IMPRIMERIE DE J.-B. POULET,
QUAI DES AUGTJSTINS , n°. 9 ;
DELAUNAY, PÉLICIER, LATOUR,
LIBRAIRES, PALAIS-ROYAL;
MONGIE AINÉ, LIBRAIRE , BOULEVARD POISSONNIÈRE, n°. 18;
Et chez les Marchands de nouveautés.
1820.
NOTE SUR L'AUTEUR.
CERTAIN baron suédois , dont le nom est cher à la
France,; oeais-d'un âge encore bien tendre, s'amuse à
lui donner des leçons sur sa constitution, et offre, à qui
ne les demande pas, les améliorations que lui suggère
son esprit ou celui de sa famille. Il sera donc permis-
à M. Haken , d'origine saxonne , mais tout Français
de coeur et de naissance , de défendre les institutions
que l'on attaque, et d'essayer de démontrer que les
projets ministériels ou doctrinaires, dont un jeune
étranger s'est fait le complaisant entremetteur, sont
anssi destructifs de la liberté du peuple qu'ils sont me-
naçans pour la stabilité du trône.
APPEL
A LA RAISON PUBLIQUE
SUB LES DANGERS QUI NOUS MENAGENT.
LES temps sont arrivés ! tout bon citoyen ,
quelque ami qu'il soit du repos, doit quitter
ses doux loisirs pour répondre à la voix de
la patrie ; elle appelle chacun de ses enfans
et lui crie qu' une révolution se prépare ; qu'il
est venu le moment de se marquer au front
de sa propre pensée, de la proclamer tout
entière, sans ménagement comme sans colère;
mais avec cette fermeté inébranlable , fruit
d'une conviction profonde et d'un amour
pour la vérité , tel qu'on lui sacrifierait avec
joie jusqu'à sa vie: vitam impendere vero.
Tout homme de bien et de caractère, dans
un gouvernement libre , est une véritable
puissance et doit se compter: qu'il se montre
aujourd'hui. Eh ! que l'on ne croie, pas que
ceux-là seuls doivent parler, doivent écrire
( 6 )
qui font profession de cultiver les lettres ou,
la philosophie; non, au contraire , s'il est
possible, de le dire ; plus les paroles seront
•simples et naïves, plus elles seront l'expres-
sion vraie de la pensée, et plus leur impres-
sion sera forte. Les ministres et leurs écri-
vains prétendent que les pétitions collectives
sont défendues par la Charte , qui en accorde,
le droit sans y mettre de limites (1) : accep-
tons leurs nouveaux subterfuges , et croyons
pour un moment à ce qu'ils ne croyent pas
eux-mêmes ; prouvons leur par nos plaintes
unanimes que la volonté de chacun de nous/
est bien la commune , la publique volonté ;
et quelle soit un arrêt de condamnation porté
par le peuple Français contre ceux qui veu-
lent attenter à ses droits. L'indignation du
citoyen fera le talent, et notre conscience
sera notre muse.
La victoire ne peut être douteuse : la jus-
tice , le courage , et y ajouterais-je le nom-
bre , sont pour nous , quoiqu'en disent nos
ennemis. Ce que l'on affecte de nommer le
parti libéral n'est que la nation ; moins il est
(1) L'art. 53 ne défend que les pétitions portées,
en personne à là barre de l'Assemblée.
vrai, quelques vieillards à gothiques préjugés,
quelques jeunes sots espérant de la faveur 2)
ce qu'ils ne peuvent attendre d'un mérite qui
leur manque ; des fanatiques ; des hommes,
personnels et avides, ayant des velléités am-
bitieuses sans moyens pour les satisfaire ; et
puis tant qu'ils sont riches ou en crédit,
leurs alentours subalternes , destinés à pen-
ser et à agir dans le cercle étroit qu'on leur
a tracé ; mais tout coeur généreux , tout es-
prit qui n'est pas faussé par de honteuses
passions , est nécessairement libéral, c'est-
à-dire , qu'il aime pour autrui comme pouç
lui-même ces deux biens les plus précieux de
l'homme en société : la liberté et l'égalité
devant la loi. Non , la Charte ne nous aura
pas fait recouvrer ces droits sacrés pour
que nous les perdions aussitôt. Montrons-
nous , il suffit: aujourd'hui le silence serait,
lâcheté; nous en recevrions bientôt le juste
et cruel châtiment: la franchise n'a jamais
rien de dangereux , du moins rien de cou-
pable,
Quoi! à peine sortons-nous du régime des,
cours prévôtales et des garnisons étrangères;
à peine goûtons-nous les bienfaits dp la Charte
( 8 )
de la' paix générale et de la paix inférieur 2
et déjà l'on veut nous les ravir !
Quoi ! les mêmes hommes qui nous ont
donné fa liberté de la presse , qui ont dé-
fendu la loi des élections et la Charte , et qui
naguères en appéllaient aux intérêts natio-
naux pour les soutenir ; ceux-là qui ont
renversé les ministres qui voulaient y porter
atteinte et qui les ont remplacés, détruisant
aujourd'hui leur propre ouvrage , prenant à
tâche de refuter leurs propres paroles ,
viendront impunément se parjurer en face
de la France et de l'Europe, et s'accuser
d'avoir été des traîtres ou des dupes?
Et ces hommes là gouvernent là France au
nom du trône !
Il faut qu'ils l'aient dit , répété, il faut
qu'ils l'aient écrit pour y croire, La haine la
plus envenimée comme la plus clairvoyante
perspicacité n'auraient jamais osé leur impu-
ter ce dont ils viennent faire ainsi l'aveu sans
rougir.
Une semblable conduite , unique dans les,
annales des gouvernemens , mérite d'être
signalée afin d'en rechercher les causes et
d'en éviter les déplorables et imminens ré-
sultats.
( 9 )
Mais; calmons s'il est possible les mou-
vemens d'une indignation d'autant plus vé-
hémente que nous avons été complètement
déçus dans les espérances que nous avions
formées.
Oui, nous le confessons : nous nous étions
réunis à eux nous croyons qu'ils voulaient
le bien de leur pays , qu'ils avaient la noble
ambition de lui léguer des institutions con-
formes à ses besoins, dignes du monarque et
de la France ; nous leur tenions compte des
obstacles qu'ils devaient rencontrer ; pleins
de reconnaissance , nous les aimions enfin
pour le bien qu'ils avaient fait et pour celui
qu'ils devaient faire : loin de là , c'est au
moment que des ministres étrangers enchaî-
nent la pensée des peuples et qu'ils les re-
poussent vers les ténèbres du moyen âge, que
les notres , ruinant le plus légitime espoir ,
nous préparent des maux sans remèdes et
creusent un abîme pour nos libertés ; mais
il se refermera, sur eux !
Serions-nous encore tributaires de l'étran-
ger ? ne lui avons-nous pas tout payé , payé
plus que nous ne devions mille fois , de ma-
nière à n'être jamais débiteurs envers lui? A
quel titre donc nos affaires et les leurs ont-
( 10 )
elles une si triste analogie? Seraient-elles ré-
gies par le même principe ?
Ecartons un soupçon odieux. Les minis-
très sont français ; mais ils sont hommes et
sujets à l'erreur; s'ils croyaient s'être trom-
pés et que la loi qu'ils préparent soit le com-
plément nécessaire de nos institutions. Hé-
las ! avons-nous même cette ressource , de
croire à leur aveuglement pour leur justifica-
tion morale ?
Si j'en crois les bruits qui circulent, la loi
dont ils s'occupent au lieu d'être l'accomplis-
sement de la Charte rappelle ces Sénatus-
Consultes désorganisateurs, qui, sous le nom
d'organiques, enlevaient chaque jour quel-
que portion de nos libertés pour la sa-;
crifier au despotisme. La Charte doit nous
être sacrée ; c'est le palladium de nos/
droits ; le sceau qui ferme l'abyme ; c'est
la volonté perpetuelle du roi, suivant la
belle expression de M. de Serres ! Si ce-
pendant un jour le temps y fait découvrir
quelques lacunes et démontre le besoin d'y
apporter de salutaires changemens ; alors,
si les haînes sont appaisées, parce que
les blessures seront cicatrisées ou plutôt
parce que les oppresseurs et les victimes
( 11 )
dormiront les uns et les autres dans le même
tombeau, il sera possible de toucher sans
ébranler tout l'édifice à' la pierre, qui
aujourd'hui en forme l'angle fondamental :
alors if y aura dans les moeurs, dans les
habitudes , dans l'esprit national d'autres
soutiens pour sa conservation. Mais aupara-
vant, et ceci est un point de la plus haute
importance , une loi de révision statuera sur
le mode à employer dans cette grande et
solennelle occasion. Les députés de la nation
qui ont juré fidélité à la Charte , ne peuvent
se charger, à moins de fouler aux pieds la
religion du serment , de reviser cette même
Charte ; un ministre actuel la dit en d'autres
temps, il ne peut appartenir au constitué
de se faire constituant. On ne récusera pas
ce témoignage.
Dans les circonstances présentes, vouloir,
sans préalable essayer de pareils chan-
gemens , soit à la Charte, soit à la loi des
élections ; c'est vouloir bouleverser l'Etat
c'est renouveler toutes les craintes, ranimer
toutes les haines; réveiller les espérances,
coupables et les joies criminelles d'une
faction.
( 12 )
Une fois d'ailleurs la proposition minis-
térielle portée, qui peut répondre des modi-
fications qu'elle essuyera : les ministres eux-
mêmes seront-ils assez forts pour replacer
la digue après l'avoir enlevée ? Ne seront-ils
pas emportés par le torrent ? En vain
dirait-on que le ministère peut ne pas ac-
cepter la loi si les modifications détruisent
son économie , ou sont contraires à ce
qu'il désire, soit; mais alors, ne sent - il
pas que là mésintelligence doit succéder
à l'harmonie qui aurait existé sans ce fatal
brandon, et qu'une chute inévitable en sera
la conséquence ?
Il nous paraît donc bien intempestif, s'il
n'est pas criminel le projet de changer une .
loi qui fait la sûreté du trône et de la nation.
Les modifications proposées seraient-elles
aussi nécessaires qu'elles sont dangereuses ,
comment les ministres osent-ils s'en faire
les organes? Naguère lorsque la chambré
des pairs a proposé les mêmes changemens
à la loi des élections, ne se souviennent-ils
plus avec quelle force ils s'y sont opposés.
Les mêmes objections dans les mêmes ter-
mes qu'ils les faisaient alors leur seront faites
( 13 )
aujourd'hui ; car les motifs étaient alors de
qu'ils sont aujourd'hui.
C'est ainsi que l'on dira à M.Decazes, que
jamais proposition plus funeste ne pouvait
être faite aux chambres.
Ainsi on répondra à M. de Serres , que
l'attaque actuelle de quelques prétextes frivo-
les quelle soit enveloppée est dans sa marche,
dans ses appuis un acte d'hostilité violent
contre les intérêts nationaux et le gouverne-
ment lui-même Que la France a ressenti
avec effroi l'atteinte portée à l'une des bases
de la monarchie constitutionnelle;alarme ras-
surante toutes fois , puisqu' elle atteste que la
France: tient par dessus toutes choses aux
institutions qu'elle a reçues de son roi et
qu'elle comprend qu'à ces institutions sont
attachées toutes ses destinées. (Moniteur, co-
mité secret du 3 mars).
Enfin s'appuyant du discours du général
Dessolles , président du conseil des minis-
tres , prononcé à la chambre des pairs le 26
février dernier 5 on demandera comment il
se fait qu'en décembre 1819 l'opinion vrai-
semblablement unanime du gouvernement
soit absolument contraire à l'opinion una-
nime de février précédent, lorsque le gou-
( 14 )
vernement de décembre compte encore trois
ministres du mois de février ?
Aujourd'hui que la Charte est menacée du
même coup porté à là loi des élections ,
l'attaque est-elle moins hostile, l'effroi moins
grand , l'alarme moins générale ? Ou bien
ayant épuisé toute honte avoueront-ils qu'ils
en imposaient alors pour faire croire que
leurs adversaires en imposent aujourd'hui?
voilà l'extrémité où ils sont réduits.
Mais je le veux , des désirs trompés , une
ambition sans bornes , comme sans nobles
moyens , de misérables soins de fortune,
les séductions ni les ordres de l'étranger ne
sont pour rien dans un pareil changement ,
il est le fruit d'une conviction repentante:
erreur enfin n'est pas trahison ; pourquoi,
répondez, ministres du roi, ne sortez-vous
pas d'un ministère qui en moins d'une année
vous a vu si changeans? remettez l'un les
sceaux , l'autre le porte-feuille qui vous ont
été confiés ; subissez de vous-même la peine
légitime de votre imprévoyance; vous perdez
vos places; mais vous conservez l'honneur;
balancerez-vous? Et vous pouvez encore
être utiles au roi et à la patrie trompés
comme vous et par. vous. La voix de vos
( 15 )
successeurs aura bien plus de force pour
opérer les changemens que vous jugez néces-
saires. Votre démarche fera foi de la sincé-
rité de votre opinion. Vous pourrez encore
la défendre les uns comme députés , l'autre
comme pair. M. Laîné est là pour vous ap-
prendre que ce n'est pas du ministère que
l'on peut diriger ses coups sur une loi qu'on
a autrefois proposée.
Comment , vous porterez l'humilité jus-
qu'au point d'aller à la tribune y faire
amende honorable de votre imprévoyance
ou de votre impéritie ; vous vous soumettrez
volontairement à une publique et patibulaire
exposition, dont l'opprobre, s'il était possi-
ble , rejaillirait sur le trône, même que vous
représenteriez malgré tant d'indignité ! (1)
Vous ne pouvez échapper à cette double
(1) Que répondront les ministres aux ultras, dont
la fureur, parmi les injures qu'ils leur ont prodiguées,
n'a pas osé prévoir cette versalité de leur part. M. Be-
noist, dans la trente-quatrième livraison du Conser-
teur, regrettait que par son attitude inconstitution-
nelle et par sa défense prématurée de la loi des élections
contre la proposition très-mesurée de M. Barthélémy,
le ministère se fut interdit la faculté d'y proposer un
jour des changemens, et il se demandait si le ministère
serait assez fort pour maintenir la loi, ou si la néces-
( 16 )
accusation; ou vous êtes convaincus de la né-
cessité des changemens que l'on annonce, et
vous êtes dans une position telle qu'avec le
moindre respect de vous-même et des con-
venances vous ne pouvez les proposer : ou
vous obéissez à une autre voix que celle
de votre conscience: il n'est qu'un nom qui
puisse alors vous convenir; je n'ai pas besoin
de vous le dire : il s'est déjà fait entendre au
dedans de vous.
Venez-donc vous plaindre de ce que les
hommes qui vous avaient prêté l'appui de leur
caractère , de leur courage et de leurs ver-
tus, se soient tout-à-coup éloignés de vous.
C'est vous qui les avez quittés en désertant
la ligne droite qu'ils ont suivie ; est-ce alors
sérieusement que vous êtes étonnés de ce que
la considération publique vous abandonne ,
sité de changer la loi un jour reconnue n'entraînerait
pas la chute du ministère.
Ajoutez à cela la création de soixante pairs.pour
défendre l'an passé la loi des élections que l'on veut
détruire maintenant, de manière que ce coup d'état
est la réfutation du système actuel, ou bien que
le système actuel est la satire du coup d'état
d'alors : point de milieu : quel exemple frapparant du
besoin d'une responsabilité ministérielle précise et
qui ne soit point une allusion.
( 17 )
dé ce que l'opinion générale s'élève contre
vous, et que vous restiez seuls avec des valets
et vos remords?
C'est en vain que vous et vos journaux
criez à la démagogie ; que la malveillance la
plus signalée s'efforce de donner une fausse
direction à l'opinion publique ; que mainte-
nant le mépris est le salaire de l'autorité ; en-
fin , que la société marche à grands pas vers
sa dissolution et qu'il n'y a pas de temps à
perdre, ou que tout succombe dans la même
ruine , roi, peuple , monarchie et nation.
Je ne sais ce que vous entendez par déma-
gogie : la France a le gouvernement que le
Roi lui a donné par la Charte ; ce gouver-
nement a ses conditions : loin d'en deman-
der d'autres que celles qui existent, la na-
tion française en désire le maintien. Qui de
vous, qui de nous est révolutionnaire , c'est-
à-dire partisan de changemens : je vous en
laisse les juges ?
Vous calomniez l'opinion publique quand
vous la présentez susceptible de s'égarer.
Dans un pays où règne la liberté de la presse
l'opinion publique n'est que l'expression des
besoins , des intérêts sociaux ; car tout est
su, tout est apprécié, tout est jugé. Une
( 18 )
loi immuable dans un pareil pays est que la
vérité domine ; c'est ainsi que les fluides en
liberté sont par tout de niveau : vous même
vous l'avez reconnu ; vous avez prononcé
en cette partie un arrêt mémorable ; les ma-
jorités sont toujours saines ; dissolvez la
chambre , puis nous compterons.
Vous vous trompez également quand vous
voulez que le pouvoir soit l'objet du mépris
public; à dieu ne plaise qu'il en soit jamais
ainsi; car par ce seul fait, le peuple aurait
raison. Lorsque le peuple se plaint et mur-
mure, les gouvernansont tort. Le peuple est
un être passif qui ne peut agir , qui s'allie au
pouvoir ou qui s'en retire ; il n'a ni magis-
trats ni fonctionnaires , ni agens , ni force
armée ; en un mot , ni la puissance ni les im-
menses salaires de la, puissance : voilà tous
vos moyens de force et de séduction contre
lui ; contre vous il n'a que sa raison ou plu-
tôt son instinct : laissez le lui donc.
Eh bien! cet instinct est admirable dans
l'occasion actuelle ; comme vous il ne s'e
méprend pas sur l'objet de ses mépris.
Le peuple collectivement parlant est un
être éminemment moral et généreux , aussi
déteste-t-il toute marche tortueuse ou même
ambiguë. /
( 19 )
Il aime les franches allures :
Il abhorré l'artifice :
Il repousse tout ce qui est faux ou pervers:
Avec lui, la ligne droite est le plus court
comme le plus facile chemin ;
Avec lui une conduite irréprochable est
la seule habile.
Faites-en l'essai.
Les fonctions publiques ne sont point un
pilori comme vous le dites.
Quelques titulaires ont perdu par leur con-
duite sa confiance.
Il n'y en a pas d'autres causes que ce chan-
gement habituel de leurs pensées , de leurs
actions , suivant que' d'en haut on leur don-
nait l'ordre d'agir et de penser de telle ma-
nière.
Ce bas servage envers de cupides intérêts,
cette aliénation de soi-même en faveur de
l'autorité n'échappent pas à l'oeil clairvoyant
du peuple.
C'est un malheur sans doute pour les
gouvernemens , s'il en est, qui n'apprécient
point à leur valeur l'honneur et l'indépen-
dance du citoyen ; mais ce malheur est dû aux
lumières du siècle, au régime de la liberté qui
fait compter la conscience de l'homme pour
( 20 )
quelque chose. Aujourd'hui , on ne peut
tromper que des esclaves : il n'en est plus
en France et il n'y en aura jamais.
En aucun temps l'opinion , au contraire ,
n'a rendu des hommages plus éclatans aux
vertus des fonctionnaires publics et ne les a
environnés d'un respect plus flatteur : car
il est libre et désintéressé : on a célébré
même le strict accomplissement de leurs de-
voirs comme une vertu. Cela pouvait-il être
autrement? vous en aviez fait un acte de cou-
rage . La vénération publique n'entourait-elle
pas M. Dupont de l'Eure ? mais aussi l'avez-
vous destitué.
Ah ! qu'il vous était facile de conquérir un
durable empire , il est si doux de croire au
bien; aux intentions justes et vertueuses,
surtout de la part d'hommes environnés des
séductions du pouvoir : on leur tient compte
de leurs moindres actions et même de leurs
paroles, quand elles ne se contre disent
pas, et quand elles ne sont pas démenties
par des faits. Il était d'autant plus facile de
contenter nos désirs qu'ils sont plus légiti-
mes et plus simples. Vous n'avez jamais pu
nous compter au rang de vos ennemis ; ja-
mais nous n'avons cherché à vous supplanter.
Les ministères , la pairie, les directions gé-
( 21 )
nérales , les préfectures , etc. , n'ont jamais
fait l'objet de nos demandes ; nous nous bor-
nions à les voir remplis dans l'intérêt com-
mun. Des cultivateurs, des marchands, des
fabricans, des hommes qui ont famille, for-
tune, et des goûts simples n'ont point d'au-
tre désir que celui de vivre tranquilles dans
le cercle de leurs affections et de leurs
affaires.
Au lieu de suivre un droit chemin ,
chaque jour vous voit changer de route;
un système prévaut aujourd'hui, demain un
autre le remplace. Les mêmes questions re-
çoivent des solutions contraires. Nos insti-
tutions , nos libertés , notre existence elle-
même , tout enfin est remis en question sui-
vant qu'il convient aux ministres. Aussi tout
languit, le commerce est dans une stagnation
qui paralyse jusqu'aux branches de l'indus-
trie la plus nécessaire ; les transactions sont
suspendues et les citoyens sont tous dans
l'attente.
Que de grandes, de belles, de faciles cho-
ses il vous restait à faire pour consolider et
la liberté du peuple et l'autorité constitu-
tionnelle du trône, pour assurer le règne des
lois et donner un ensemble plein d'harmo-
nie à notre legislation ; tout conspirait à
( 22 )
vos desseins. La liberté de la presse vous
éclairait de son flambeau ; les députés vous
faisaient connaître les besoins du peuple
dont ils étaient les véritables organes ; les
bons citoyens s'empressaient autour de vous.
Au lieu de donner des lois sur la liberté
individuelle, sur le jury, sur les adminis-
trations municipales , sur l'organisation
de la garde nationale et de marcher ainsi
vers l'accomplissement de vos promesses et
de nos voeux , on revient chaque année sur
ce qui est fait, et, tous vos soins aujourd'hui
ne semblent aboutir qu'à prouver que nous
sommes sans autre gouvernement que celui
de vos bisarres et instables volontés; grâce à
vous les partis sont maintenant en présence.
Songez à tout le mal qui peut en arriver ;
Vous en serez responsable au Roi, à la
France, à la postérité. Le parti anti-national
n'est plus appuyé par les baïonnettes étran-
gères; France est toute d'un côté, quelques
factieux de l'autre, la lutte ne saurait être
longue; 1815 ne renaîtrait un instant que
pour ramener 1793.
Je finis cette première partie des repro-
ches que mérite la versatilité des ministres ,
par cette considération si grave qu'elle avait
frappé tous les législateurs des peuples an-
ciens.
( 23 )
Le caractère de la loi est la durée la per-
pétuité même , si ce mot pouvait convenir à
des institutions humaines.
Le législateur d'Athènes en avouant que
ses lois pouvaient être meilleures, exigea ce-
pendant le seranent qu'elles ne seraient ré-
visées qu'après cent ans. Il partit ensuite et
resta dix ans absent pour échapper aux
importunités de ceux qui demanderaient en
leur faveur des interprétations de ses lois.
Lycurgue fit promettre aux habitans de
Lacédémone de ne changer les lois qu'il leur
avait données qu'à son retour; généreux ci-
toyen , il alla mourir sur une terre étrangère ;
et pour que sa patrie ne se crut jamais relevée
de ses sermens , il demanda que ses cendres
fussent jetées dans la mer.
Un autre législateur ordonna que quicon-
que proposerait des changemens à la loi, pa-
raîtrait à la tribune une corde au col, laquelle
serait l'instrument de son supplice si sa pro-
position était rejetée.
A quelle distance sommes-nous de ces an-
ciens temps? Nos lois sont sans durée , elles
sont par conséquent sans fruit ; semblables
à nos modes futiles, on les essaye, les re-
jette , on les reprend sans plus, de consé-
quence. Ce n'est plus le résultat des médita-
tions , d'hommes graves mais bien de besoins
( 24 )
passagers ou d'une certaine irritabilité ner-
veuse dont les ministres comme nos jolies
femmes paraissent atteints. En proposant des
lois, en les défendant, ils ignorent absolu-
ment la portée de ce qu'ils proposent, de ce
qu'ils défendent. Ce sont de grands enfans qui
brisent, de vains jouets trop durables pour
leurs caprices. Quant à nous , ne soyons
pas leurs complices, nous savons ce que
nous avons voulu ; nous connaissons ce que
nous avons ; nous en voulons toutes les
conséquences : bien loin de nous effrayer ce
sont les véritables garanties que nous atten-
dons depuis si long-temps , et qui ne sont
nullement hostiles pour un pouvoir bien
intentionné.
Réunissons tous nos efforts pour conser-
ver ce qu'on veut nous enlever et rappelons-
nous ces mots du garde-des-sceaux:
Notre résistance sera en raison de notre
fidélité.
MAINTENANT voyons plus particulièrement
quels sont les griefs reprochés à la loi des
élections, à la Charte même, afin de les
réfuter succinctement :, et si les changemens
dont on nous menace ne seraient pas l'a-
( 25 )
néantissement du principe du gouvernement
représentatif , par conséquent le renverse-
ment de nos libertés et l'avant coureur d'une
nouvelle révolution.
Cependant les ministres disent : «la loi est
hostile ; ils citent les dernières élections
pour exemple : la démocratie consacrée
par cette loi va tout envahir. Une nou-
velle élection perd le trône , si elle est faite
dans les mêmes circonstances ; il est donc
urgent d'opérer un changement que réclame
la conservation du gouvernement. »
Pour répondre à ces deux reproches de
démocratie et d'hostilité , il faut reprendre
les faits d'un peu plus haut.
Une dynastie éloignée de France pendant
plus de vingt ans , y revient après de longs
orages et de cruelles alternatives d'anarchie
et de despotisme. Le Roi, concède, octroye ,
ce sont ses termes , une Charte , fruit de ses
méditations; la nation, qu'on ne consulte pas,
la reçoit, et la reçoit avec amour et respect :
elle reconnaît que ses droits y sont con-
servés et ses besoins satisfaits. Dès le pre-
mier moment, cette loi fondamentale est
confiée aux mains de ses ennemis ; ils la me-
nacent au lieu de la protéger , et la blessent
au lieu de la défendre. L'inquiétude se ré-