Aubes d

Aubes d'avril et soirs de novembre / par P.-Jean Gaidan

-

Français
236 pages

Description

impr. de Clavel-Ballivet (Nîmes). 1870. 1 vol. (XIII-265 p.) ; in-8.
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Publié le 01 janvier 1870
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Langue Français
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AUBES DMIL
KT
SOIRS DE NOVEMBRE
par
P.-Jean GAIDAN
Chercher toujours,
Toujours aimer:
J. G.
NIMES
TYPOGRAPHIE CLAVKL-BALLIVKT et C 1'
1?, rue P rail 1er, 1?.
1870
AUBES D'AVRIL
ET
SOIRS DE NOVEMBRE
ET
SOIRS DE NOVEMBRE
par
P.-Jean ^ AI DAN
Chercher toujours,
Toujours aimer
j. o.
1870
Nimes. — Typ, Clavel-Ballivet et C*.
A MON FRÈRE
A MES AMIS
Dans les pâles fleurs de l'herbier
Qui n'a vu l'AIpo et le glacier,
Les blanches cimes?
Et, dans leurs débris desséchés,
Qui n'a vu des sapins penchés
Sur les abîmes?
Ainsi, dans ces papiers jaunis
Oîi mes songes avaient leurs nids
Sous la poussière,
J'ai vu se lever mon printemps
Et passer la-bas mes vingt ans,
Dans la lumière,
XII
J'ai revu l'âge aux longs espoirs,
Et des yeux bleus, et des yeux noirs,
Et des sourires ;
Revu des ruisseaux et des bois,
Ouï les chants, ouï les voix
De mes délires.
Puis, j'ai vu mes jours s'égrener,
Et mes chansons tourbillonner,
Pauvres colombes!
Et se reposer loin des cieux,
Dans les sentiers silencieux
Semés de tombes!
0 fronts aimés, ensevelis,
Je vous ai revus sous leurs plis !
J'ai, non sans charme,
Retrouvé la, sous une fleur,
Une goutte du sang du coeur,
Plus d'une larme !
Dans ces feuillets pris au hasard ,
0 mes amis ! la bonne part
Est bien la vôtre ;
A nos souvenirs d'amitié,
J'ai donné de moi la moitié,
Au rêve l'autre.
XIII
Et de ces chants inachevés,
De ces biens perdus ou rêvés,
J'ai fait mon livre :
Nulle grande oeuvre , sur ma foi ;
Mais, dans ces lambeaux, c'est bien moi
Que je vous livre.
Bois des Espesses, avril 1S70.
PREMIÈRE PARTIE
AUBES D'AVRIL
A MUES I. ET A.
A CETTE
Partis ! nous sommes seuls, elle et moi, la demeure
N'a plus de chants joyeux, de voix qui rie ou pleure;
Pauvres petits amours délaissés si souvent,
Au bord d'une fenêtre accroupis et rêvant,
Les deux enfants penchés regardent le dimanche
Passer, sans un sourire et sans sa robe blanche.
Ainsi doivent rêver parfois au creux des nids,
Les petits des oiseaux quand les grands sont partis ;
Quand le chêne, au matin, sous ses abris fidèles
N'entend plus s'agiter ni palpiter des ailes,
Et que le ciel sourit la-bas h ceux qui vont
Par delà le flot large ou la cime du mont.
Pauvres petits, rêvez a qui vous abandonne ;
Rêvez, les'délaissés ; la rêverie est bonne,
— 2 —
Vous le saurez un jour, la solitude aussi;
Oh ! sur de jeunes fronts quel sérieux souci !
Rêvez ; tout reviendra, les oiseaux sur les branches,
Les bruits h la maison et la joie aux dimanches.
Vous, h qui la rumeur et des vents et des flots,
La chanson des pêcheurs, le cri des matelots,
Font de joyeuses rêveries.
Vous que la nymphe antique, en son lit tiède et doux,
Caresse chaque jour, soyez heureuses, vous,
Autant que vous êtes chéries ;
La mer ! oh, livrez-vous a sa vague, au flot pur
Qui vient de réfléchir la-bas le ciel d'azur
De la Grèce et de l'Ausonie ;
Confiez-vous sans crainte a ce flot souriant ;
Aspirez ce parfum, c'est l'air de l'Orient,
Des lieux où la terre est bénie.
Cette vague a baisé Samos, Scyrra, Délos,
Battu les flancs déserts des immortels ilôts,
Qui tous accueillirent Homère 1
Penchez-vous, écoutez ce qu'elle vous dira,
Qu'elle vienne d'Ithaque ou du rocher d'IIydra,
Ou du gouffre de la Chimère !
Ecoutez, écoutez sa plainte ou sa chanson !
Elle roule on dirait parfois un vague son *
_ 3 —
Des mystères de l'Eolie ;
Parfois comme un écho de la clameur d'airain
Que poussa Tyr tombant sous le doigt souverain,
Tyr dans la mer enèevelic !
Ecoutez ce bruit, c'est le vent
Qui secoue au front du Liban ,.
Les vieux cèdres du roi-prophète ;
Aspirez le souille embaumé.
En passant il s'est parfumé,
Dans les bocages de THymètc.
Près de vous le flot se souvient
De saint Louis, le roi chrétien,
Partant pour ses guerres divines :
Non loin, c'est Gêne et ses palais,
La-bas, Smyrne et ses minarets ;
Ici, la cité des ruines.
En face de vous, le soleil,
Toujours éclatant et vermeil,
Aux sables de la Thébaïde ,
Brûle le sphinx de granit vert,
Et semble dormir, au désert,
Sur le front de la pyramide,
Tout co qui fut grand sous le ciel,
Et qui porte un nom immortel,
— 4 —
Jadis s'étala sur sa plage.
Là, c'est Venise et son lion ;
Là, les champs où fut îllion ;
Ici les débris de Carthage.
Mais que font aux enfants ces antiques splendeurs?
Un sourire de vous , effacerait les pleurs
Qu'en leurs yeux je vois apparaître ;
Ils sont là, près de moi, silencieux toujours.
Oh ! venez consoler ces deux petits amours,
Qui regardent par la fenêtre.
1841.
UNE AME
A M. ***
Un drame dans les cieux aux pieds de l'invisible;
Profond comme la Grâce et comme elle terrible,
Qui m'a fait éprouver un frisson de ferveur,
Je le mets sous vos yeux, et ne fais que traduire
En des vers imparfaits, que le fond fait reluire,
Ce rêve d'un étrange et sublime rêveur.
Devant son créateur vient d'apparaître une âme ;
Elle va revêtir un corps mortel de femme,
Et des êtres divins dépouiller la splendeur ;
Déjà le noble esprit qui perd ses blanches ailes
A reçu les adieux des vierges immortelles,
Ht dans son beau regard germe le premier pleur.
Auprès de la jeune âme en proie à l'agonie
Apparaissent soudain l'un et l'autre génie
— 6 —
Qui jusques à la mort accompagnent nos pas:
Invisibles esprits qui marchent dans notre ombre
Et dont la voix en nous, vibrant joyeuse ou sombre,
Toujours différemment nous conseille ici-bas.
Les séraphins jaloux, noyés dans la lumière
Qui môme aux immortels fait baisser la paupière,
Vers le trône éternel s'avancent tous les deux ;
Et le démon du mal, d'un élan plus rapide,
L'oeil farouche, implacable, ouvre une main avide
Sur la pauvre âme nue, et dit : « moi je la veux. »
« C'est un lot qui m'est dû, Seigneur, je la réclame :
Si vraiment elle doit animer une femme,
Elle sera ma proie. » — Et l'ûrne a tressailli
Devant lui, devant Dieu, devant son bon génie,
Et, ployant sous le faix d'une angoisse infinie,
Cherche à fuir ce regard d'où la haine a jailli.
Lui, la couvrant de l'aile, il poursuit de la sorte :
« Aux délices du ciel h jamais elle est morte ;
Toute femme de droit appartient aux enfers ;
Je saurai pour la perdre enfanter des merveilles,
Et les riches tissus aux splendeurs sans pareilles,
Et les joyaux jetant tous les feux des éclairs ;
» Pour éveiller son âme au goût des choses vaines,
Aux frivoles plaisirs, aux démences mondaines,
7 —
A l'envie, aux désirs, qui perdent sans retour,
J'emprunterai la voix qui trouble et qui caresse,
La voix des jeunes gens toujours enchanteresse,
Tous les sourires de l'amour.
» J'aurai pour la flétrir, de l'or ; pour la séduire
Les spectacles, les bals, des fétes le délire ;
Enfin, j'allumerai dans son coeur, vers le soir,
— Pour en faire jaillir l'injure et le blasphèmo,
A l'heure où sa beauté perdra son diadème,
Un amour vil et sans espoir.
» Puis, les vices croîtront dans son sein adultère,
Et se succéderont tous ses jours de la terre
Comme l'eau des torrents infects que chacun fuit ;
Jusques au jour fatal où de tous délaissée,
Dans un bouge maudit, qu'une sombre pensée'
La mène au crime par ennui. »
Il dit, Mais le bon ange â la voix caressante,
Baise pour la calmer celte âme frémissante ;
Et puis s'agenouillant devant le roi des cieux :
« Mon Dieu, prends en pitié ta divine étincelle,
Parc d'un corps charmant l'âme innocente et belle,
Mets l'azur du ciel dans ses yeux !
» Laisse-lui ce reflet do céleste origine ;
Comble-la de tes dons, enferme en sa poitrine
— 8 ~-
Le plus sensible coeur qui jamais ait battu ;
J'en formerai l'écho do toute plainte amère ;
Je ne l'éveillerai qu'au saint amour de mère,
Qu'aux ivresses de la vertu.
» Aux terrestres assauts, pour calmer ses alarmes,
J'emprunterai la voix toujours pleine de charmes
Ou d'une mère ou d'une soeur.
Je veux le rapporter, au jour de ta justice,
Débordant de parfums, ce coeur, comme un calice,
Epanoui comme une fleur.
» Je bercerai le soir sa douce rêverie
Du souvenir du ciel, l'éternelle patrie,
D'ineffables ravissements.
Et la nuit, aux rayons dos étoiles sereines,
J'évoquerai, Seigneur, pour l'oubli de ses peines ,
La voix des purs enchantements.
» Ainsi s'écouleront ses longs jours de la terre,
Et moi, de son exil compagnon volontaire,
A l'heure sainte du retour
Je la ramènerai belle h travers l'espace,
Et pareille aux esprits éclairés de ta face,
Qui ne pâlissent qu'a ton jour ! »
- 9 —
Et lo Seigneur a fait triompher lo bon ange,
Et les violes du ciel ont sonné la louange,
Du ténébreux maudit redoutable tourment.
Et l'âme bienheureuse, a l'exil résignée ,
Vers la terre descend, de l'ange accompagnée,
Où le démon vaincu les suit en blasphémant.
SUR UNE IMAGE DE L'HIVER
Le farouche ennemi des fleurs et des poètes
N'enchaîne plus le fleuve â ses rives muettes,
Le flot tumultueux fait résonner le bord;
La forêt épaissit ses cimes murmurantes,
La terre, qui se rouvre aux sueurs odorantes,
Va demain dans la vie ensevelir la mort.
Vainement ton orteil presse un cercueil de marbre,
Et ton souffle engourdit la sève au creux de l'arbre,
Et ton bras décharné retourne son flambeau ;
Hiver, noir dieu, la vie échappe à ton empire :
Un rayon de soleil, un baiser de zéphire,
L'être sort de la tombe et la fleur du rameau.
Va donc, sombre immortel, sous tes ailes funèbres,
A ton aise couver la mort et les ténèbres
- 12-
Sous lo pôle où la nuit n'a qu'un pàlo réveil ;
11 est lâ-bas, pour toi, des terres désolées,
Où les glaces toujours pendent échevelées,
Qu'abandonno l'amour, qu'oublia lo soleil.
Mais sous notre beau ciel, ô fantôme livide !
Tu fais l'effet d'un gueux dans un hôtel splcndido,
Qui baisse la paupière a son jour éclatant ;
Dont l'apparition est toujours un scandale,
Dont le haillon fait tâche au luxe de la salle,
Et que ramène au seuil un sourire insultant.
IDYLLE
Mori tue denique coges.
v.
Voyant mon front pencher et mon regard s'éteindre,
Plus tendre, elle a repris :
L'indifférence, ami, je ne veux plus la feindre,
Je t'ai toujours chéri.
Je viendrai ; j'ai pitié du mal qui te dévore,
A tes voeux je me rends ;
J'ai vu pâlir l'étoile et sourire l'aurore,
Au rendez-vous, j'attends.
J'ai vu le rayon d'or allumer dans la plaine
Mille beaux diamants,
Et la brise joyeuse éveiller dans le chêne ;
Mille concerts charmants,
J'ai vu la fleur des prés close dans la nuit sombre,
Doucement s'entr'ouvrir ;
Et le soleil qui monte et no laisse pas d'ombre,
La faire épanouir.
Lo ramier a trois fois visité la montagne,
Pour saluer le jour ;
Puis il est revenu vers sa blancho compagne
Roucouler son amour,
Au bord des fraîches eaux a passé [l'hirondelle ,
L'allouettc a chanté,
Et toutes deux revont où l'espoir les appelle,
Dans lo nid abrité.
Déjà le laboureur quitte pour l'ombre douce
Son aride sillon ;
Et le boeuf mugissant s'accroupit sur la mousse ,
Sans craindre l'aiguillon.
Tous apaisent la soif ou le désir qui presse,
Ou l'amour, ou la faim.
Seul, le regard rempli d'une image traîtresse,
J'attends, j'attends en vain !
Elle ne viendra pas. — C'est une folle fille
Qui rit h tout garçon ;
A cette heure, oublieuse, elle danse ou babille,
Ou chante une chanson.
Qu'entends-je? J'avais cru — c'est la feuille qui frôle !
— C'est le bruit de ses pas !
—• C'est l'oiseau dans les blés, c'est le vent dans le saule ;
Elle ne viendra pas.
— 15 -
C'en est fait; elle a trop amusé ma constance
Non , je no l'aimo plus,
Je brise mes liens, l'amour vit d'espérance,
Et non pas de refus !
Et morne, il s'affaissa sur l'herbe au pied du chêno,
Les yeux de pleurs noyés,
Et le front dans les mains regardant la fontaine,
Qui coulait a ses pieds :
Sur son trône brûlant, dans le ciel solitaire,
L'astre se prélassait ;
Et d'un réseau de feu s'enveloppait la terre,
Et la flamme dansait.
Lo souffle défaillait ; sur toute la nature
Tombait l'accablement ;
Et même le ruisseau sur l'herbe, sans murmure,
Coulait plus lentement.
Soudain dans le cristal qui lui rend son image,
Comme du sein des eaux,
Vers lui semble monter un gracieux visage ;
Puis il entend ces mots:
« Oui, l'amour se rit de nos larmes,
Oh ! c'est un enfant insensé !
En aveugle il use des armes ;
Au hasard le coeur est blessé.
— 16 —
» Rarement sa flèche cruelle
Du même coup fVappo deux coeurs ;
Hylas, tu brûles pour Iselle ,
lselle ignore tes douleurs.
» J'ai dans le sein son trait do flamme,
Et Daphnis s'attache a mes pas ;
Vers un autre a volé mon âme,
Vers celui qui ne m'aime pas.
» Ainsi son pouvoir ne sait faire,
Ici-bas, que des malheureux ;
Hylas, de la même misère,
Tu le vois, nous souffrons tous deux, »
Hylas écoutait, hors d'haleine,
Ce chant triste et mélodieux ;
Et la voix qui charmait sa peine
Séchait les larmes dans ses yeux.
Tout-à-coup se tournant vers elle,
Et ses lèvres pressant sa main :
« Vous aussi si jeune et si belle,
Vous aussi, vous aimez en vain.
» Venez, nous confondrons nos larmes ;
Ensemble pleurer sera doux.
Qui peut dédaigner tant de charmes ?
Quel est ce barbare? » — « C'est vous, »
_ 17 —
Les flammes s'apaisaient ; les hôtes du bocage
Reprenaient leurs chansons,
Et des bruits s'éveillaient dans l'ombro du feuillage,
Sur les fleurs des buissons,
Le ramier décrivait, au caprice de l'aile,
Des orbes dans l'azur ;
L'alouette chantait, et la noire hirondello
Se baignait au flot pur.
On les vit s'égarer par la berge fleurie,
Et la main dans la main ,
Confondus, abîmés, dans une rêverie ,
Dans un songe divin.
Et puis le soir se fit, et les fleurs plus penchées
Dérobaient leurs amours,
Lorsque des deux amants les lèvres attachées
Murmurèrent toujours !
Juin Cytherca choros duclt Venus
imminente Lund.
IIOR.
Vénus sourit h l'horizon ;
La lune argenté le gazon ;
Dans la clairière rassemblées,
Les Nymphes aux Grâces mêlées
Dansent en rond.
L'HIRONDELLE
A mon ami Joseph B.
Insérée au Progressif du Midi, en 1835.
Que fais-tu seule ici, ma plaintive hirondelle ?
Tu ne réchauffes plus sous le duvet de l'aile
Tes petits déjà vieux ;
Tu n'as plus h guider leur vol déjà rapide ;
Pourquoi rester encor? L'air souffle plus humide ;
Va chercher d'autres cieux.
N'est-ce pas que le ciel gris et froid t'épouvante ?
L'automne a balayé la spirale mouvante
Des moucherons'ailés ;
Le pierrot chante seul sur les toits solitaires,
Et le doux rossignol, et tes soeurs, et tes frères.
Se sont tous envolés !
— 20 —
Tu les cherches en vain chaque jour dans la nue;
Sur l'arbre dépouillé de la colline nue
Tu vas te reposer ;
Aucun d'eux n'a croisé ton vol de souveraine,
Ni tout joyeux ravi, sur tes lèvres d'ébône,
Un rapide baiser ;
Et chaque soir vers moi tu reviens plus pensive l
Et chaque soir ta voix plus doucement plaintive
Roule comme des pleurs !
Ce sont la tes adieux, hirondelle adorée :
Pars cl laisse-moi seul ; va, ma pauvre égarée,
Vole au pays des fleurs.
Heureuse, toi, d'aller par delà les montagnes
Chercher un ciel plus doux, de plus vertes campagnes,
Et de nager dans l'air ;
D'aller vers l'Orient aux îles fortunées!
Râlir ton nid au front des tours abandonnées
Sur le grand fleuve amer ;
Voir s'effacer des cieux tous les points de la terre ;
Dans l'espace et l'azur voir son vol circulaire
Sans cesse s'agrandir ;
Avant les hauts sommets voir l'astre qui se lève,
Puis ti grands cris s'abattre et raser une grève,
Oh! n'est-ce pas jouir!
Voyager, voyager, sans changer de fortune ;
Toujours dans un flot bleu tremper une aîle brune;
-- 21 —
Aimer, chanter oncor ;
Partout où le soleil rondja terre féconde,
Partout où le printems lève sa tête blonde,
Aller : voila ton sort !
Ainsi donc, n'attends plus ! ô frêle créature !
Vois même ici jaunir et tomber la verdure
A l'abri, sous l'auvent.
Que rien ne te retienne; au beau soleil va vivre
Bientôt tu périrais sur la neige et le givre,
Sous la grêle et le vent.
Mais tu prends ton essor, rapide voyageuse ,
Et dans les vents glacés tu fuis silencieuse ;
Souviens-toi, souviens-toi
D'une âme de rêveur ici-bas prisonnière ,
Et, quand tu reviendras ramenant la lumière,
De ton nid sous mon t'oit !
183
LA MUSE ANTIQUE
Toi, qui versais h flots intarissables
Le vin de Chypre et les molles chansons
Aux Grecs couchés sur les tapis des tables,
Et les berçais dans l'ivresse des sons ;
Musc aux seins nus, aux épaules d'albâtre,
Dont l'oeil jamais ne fut voilé de pleurs ;
Qui de Laïs volas vers Cléopàtro
Chanter l'amour sur la trirème en fleurs ;
Relève-toi, fille aimable d'Athône,
N'entcnds-tu pas nos joyeuses clameurs?
Relève-toi du sarcophage où traîne
Ta blanche robe aux agrafes de fleurs.
Viens ; comme au jour où tu naquis si belle,
Un souffle enivre, et les cicux sont cléments ;
Le myrthe vert accueille Philomèle ,
Et le bocage est propice aux amants.
— 24 —
Tout brille ici des feux que ton aurore
A secoués sur l'antique univers ;
La même ivresse en nous s'allume encore ;
Mêmes parfums des plantes dans les airs.
Comme autrefois, l'aubo en sa fantaisie
De pourpre et d'or nuance les lointains,
Et des ardeurs de tes brises d'Asie
Un beau printemps fait palpiter nos seins.
Et puis, la-bas d'un monde qui s'écroule
Mêmes rumeurs, partout môme chaos,
Et plus d'un sage expliquant h la foule
Le sens caché des redoutables mots ;
Des mots clamés par la voix inconnue
Et par lo doigt invisible tracés
En traits de feu, dans la profonde nue :
« Les dieux s'en vont et vos jours sont passés 1 »
Viens ; nous voulons, aux doux accords des lyres,
Fermer l'oreille h ces écroulements ;
Qu'importe h nous la chute des empires,
Et les terreurs, les épouvantements?
Qu'importe h nous que eo monde s'en aille ;
Qu'un foudro vieux ait perdu ses éclairs,
Et que la voix d'un oracle défaille
Sans un écho dans des temples déserts ?
- 25 —
Temples, palais, dévolus aux ruines
De marbre rose et de granit vermeil,
De vos débris le temps fait des collines,
Des monts de fleurs où se plait le soleil.
Viens ; comme au jour où tu naquis si belle,
Un souffle enivre, et les cieux sont cléments;
Le myrte vert accueille Philomôlc,
Et le bocage est propice aux amants.
183
LE DELIRE
À mon ami Saint-J.
L'esprit harmonieux s'éveille dans la lyre,
Et son aile a touché la corde du délire ;
Mes doigts impatients froissent la plume d'or ;
Veux-tu la fraîche idylle h l'ombre des allées?
Veux-tu voir dans le ciel fuir les strophes ailées,
Dans un fier et brûlant essor ?
Te dirais-jc au printemps la pastorale antique?
Virgile ou Thoocrito? ou le verset biblique
D'Isaïeou d'Ezéchiel?
L'hymne du vieux Gaulois sous le dolmen de pierre,
Ou sur les minarets l'éclatante prière
Que le muezzin jette au ciel ?
Aimes-tu les sonnets? Pétrarque ou Sainto-Reuve?
Vauclusc est une source où ma musc s'abreuve t
■ — 28 —
Jeune, j'ai visité tout poétique bord.
Irais-je loin des temps errer dans les ténèbres,
Et réveiller le barde et les hymnes funèbres
Aux champs de carnage et de mort ?
Parle; j'évoquerai Paradis ou Ténarc:
Commande, et je saisis la harpe ou la cylharc
Ou la viole du Séraphin ;
Et dans les lieux maudits où tout coursier se cabro,
Je vais danser au son du rebec de Macabre,
Sur la mandragore et le thym.
Dans ses libres désirs, ainsi la poésie
Au trésor do l'esprit puise h sa fantaisie ;
Elle n'a pas toujours même voix, même vol :
Elle habite les cicux ou gémit sur la tombe;
Funèbre oiseau des nuits, douce et blanche colombe ;
Aigle, hirondelle ou rossignol,
L'un nous dit les combats; ctTibullo préfère
Les ruisseaux murmurant dans les bois do Cythèrc,
Et les soupirs de deux amants ;
Alighicry, l'enfer, les flammes dévorantes,
Les rires des damnés, les plaintes déchirantes,
La mort, les épouvantements!
Un autre aime à plonger sous les flots sans rivage
Où l'infini recule h mesure qu'on nage,
— 29 —
Où l'esprit ne vit plus qu'en l'idéal qu'il suit ;
Dans l'effrayant espace où le vertige obsède,
Où toujours u l'abîme un abîme succède,
Où la nuit amène la nuit !
C'est Manfrcd, tourmenté de la soif de connaître,
Sur des Alpes de glace aux limites de l'être,
Où règne l'immobilité ;
Fatiguant de pourquois la coupole profonde,
Sans que sa voix éveille un bruit qui lui réponde,
Un écho dans l'immensité !
Celui-ci, que jamais la raison n'abandonne,
Croit aux cieux indulgents et ne maudit personne ;
Son coeur est pur comme le ciel ;
Sa gaîté comme un voile adoucit sa tristesse ;
ïl ne va pas puiser une austère sagesse
Aux sources amères du fiel.
Pure étoile au zénith, que nul soleil n'efface,
C'est le doux Réranger, mieux inspiré qu'Horaco,
Apôtre de l'humanité,
Qui nous dit, d'une voix noblement attendrie,
Les misères du peuple, et chante la patrie»
La fraternelle égalité,
C'est le divin Chénier, urne de mélodie
Débordant de tendresse et de mélancolie,
— 30 -
Qu'on brise et dont l'encens monte h l'autre séjour !
C'est Lamartine, au vol dédaigneux de nos fanges,
Qui chante l'absolu sur la lyre des anges
Et met l'infini dans l'amour.
Ce sont les mille flots de cette mer immense,
Qui sur deux bords lointains également balance
Homère et lo sombre Ossian ;
Qui, lorsque la tempête y creuse des abîmes,
Elève sur la vague aux écumeuses cimes
Dante, Milton, Chateaubriand.
C'est toi, que la divine et redoutable amante,
Ariel et démon, formidable et charmante,
A les lèvres baisé de ses lèvres en feu !
C'est nous qu'a consumé l'éclair incendiaire,
Et qui n'avons laissé qu'un monceau de poussière
A h seule approche du Dieu !
Oh ! quand l'aigle idéal dans sa serre puissante,
Ouvrant h l'air des cicux son aile frémissante ,
Emporte le poète en ce point de l'azur
Où plaintes et chansons, hymnes, cris de génie,
Réunis no font plus que l'immense harmonie,
L'accord saint, ineffable et pur;
Qu'il entend s'épancher et rouler dans les nues
L'éternel hosanna des sphères inconnues,
- 31 -
Le cantique de l'univers,
Il dit : De l'inoui j'ai soulevé le voile,
Et je vais h jamais le fixer sur la toile,
L'incruster dans mes vers.
Mais l'esprit aussitôt lui dérobe sa face,
Lui retire son aile et le jette h l'espace
Loin des concerts divins et des soleils ardents ;
Ht s'il va fatiguer ou la toile ou la muse,
11 ne retrouve plus qu'une image confuse
Et des sons discordants !
183 .
CURIOSITE
Doux besoin de savoir, pressentiment d'amour,
Dis, où t'en voles-tu, fleur et parfum d'un jour ?
Dans mes joyeuses mains le frais boulon de rose
Vient de faire éclater sa jalouse cloison :
Qui lui donne, à la fleur soudainement éclosc ,
Les parfums ravissants qui troublent ma raison ?
Le sais-tu, ma Lcila, si savante et si sage?
— Oui, le divin rayon fa baisée au passage,
Doux besoin de savoir, pressentiment d'amour,
Dis, ou t'cnvolcs-tu, fleuret parfum d'un jour ?
Quand l'oiseau, gracieux hôte de la montagne,
À rempli le vallon do son roucoulement,
Que pas h pas sa blanche et timide compagne
Do lui plus rapprochée a gémi doucement,
Sous l'ombrage toulfu du chêne solitaire
Que font-ils, ma Leila ? — Leur nid, riant mystère,
3
__ ;M _
Doux besoin de savoir, pressentiment d'amour,
Dis, où t'onvolcs-tu, fleur et parfum d'un jour ?
A l'heure do Vénus, cachés sous la fouillée,
Mais a l'écho voisin trahis par leurs baisers,
J'épiais sans les voir, curieuse et troublée ,
Isaurc et Cclinis. les deux beaux fiancés;
Alors d'un cri plaintif a frissonné l'yeuse :
— Enfant ! du rossignol c'était la voix joyeuse.
Doux besoin de savoir, pressentiment d'amour,
Où vous envolez-vous, fleur et parfum d'un jour?
Et plus ne fit l'enfant de question naïve
Dont les jeunes trésors soulevaient le corset,
La divine pudeur, ignorance qui sait,
Vient de s'épanouir dans la vierge pensive.
Juin te sequituv, ouvrit entra ferox
Aitas.
m
Cette entant qu'une fleur captive,
Deviendra la vierge pensive,
Do l'amour subira la loi ;
Le temps a la marche éternelle
Amènera l'été pour elle,
L'hiver pour toi.
NATURE
MÉDITATION
De modernes travaux et de grandes ruines,
Des restes de vieux murs rampant sur les collines,
Et l'astre toujours jeune inondant l'horizon,
Et toujours des troupeaux et l'éternel gazon ;
Ici, l'épi qui tombe au tranchant des faucilles,
La gerbe qui frissonne aux mains des jeunes filles ;
La, des enfants rieurs dans les ormeaux penchés,
Des couples amoureux dans les sentiers cachés ;
Toujours mêmes concerts sous les rameaux des chênes,
Mêmes parfums de fleurs, immortelles haleines,
Et des appels lointains, et patres dans les bois,
Faisant redire au buis les chansons d'autrefois.
0 puissante nature ! impassible nourrice !
Vainement dans ses jeux toujours dévastatrice,
La jeune humanité meurtrit ton sein fécond ;
A ses fureurs d'enfant ton sourire répond.
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Vainement elle élève au-dessus do tes herbes
Les palais et les tours de ses Babols superbes,
Et fouille dans tes flancs et creuse sans effroi
Des abîmes pour elle et des sillons pour toi ;
Et comme un hippodrome elle livre ta face
A ses coursiers de fer qui dévorent l'espace,
En attendant le jour — c'est son revo orgueilleux —
Où son nouvel Argo subjuguera les cieux :
Ineffable toujours, sans plaintes maternelles,
Tu laisses déchirer tes divines mamelles ;
Que font ses attentats à ta sérénité,
Ses caprices d'un jour à ton éternité?
Son génie a soumis des forces surhumaines;
H peut fendre tes monts, exaspérer tes plaines,
Ouvrir le viaduc aux vagues de l'éther,
Ou conquérir un sol sur les flots de la mer ;
Toi, qui sens le trésor de tes forces accrues,
Comme tu souriais aux races disparuos
Qui menaçaient le ciel de leurs cris triomphants,
0 mère ! tu souris aux modernes géants ;
Tu souris a l'effort de ces mains enfantines
Qui veulent attenter à tes formes divines.
Tu regardes grandir tous nos vains monuments,
Et môles, prévoyante, h nos mortels ciments
Ces germes inconnus, forces impérissables,
Qui doivent un matin les coucher sous les sables !
Aspect tristement doux aux regards des rêveurs,
Les revêtir de mousse, et de lierre, et de fleurs !
Sur le front des cités, ces ruches bourdonnantes,
Tu jettes le manteau des moissons frissonnantes ,
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Ou, pour nous rappeler tes farouches attraits,
La solitude immense et les grandes forêts !
Et maintenant, mortels, sculptez des colonnades ,
Joignez les fiers sommets a de fières arcades,
Supprimez la montagne ou reculez la mer ;
Du bruit de vos marteaux eflrayez le désert ;
Le repos couvrira ces ardeurs turbulentes ,
Vos palais de granit seront, comme des tentes,
Par le souffle éternel emportés dans la nuit ;
Ces travaux orgueilleux élevés a grand bruit
Muets s'aflaisseront, et la forte nature
Aux immortels baisers dénouant sa ceinture,
Du sein do vos tombeaux s'élancera toujours
Féconde et dans l'éclat des premières amours.
isi
PLAINTES
Plainte d'un atome et sanglot d'un monde
Ont le même écho sous l'arche profonde.
La neige, qu'apporte un souffle ennemi, .
A surpris aux champs la pauvre fourmi ;
Sous les blancs flocons où la mort l'assiège,
L'insecte s'écrie : 0 puissante neige !
Au ver mutilé, la neige répond :
Moi, puissante ! Hélas ! devant un rayon
Jo vais dès demain sans bruit disparaître ;
Le soleil, voila le fort et le maître.
Contre un peu de brume alors courroucé :
Quelle est votre erreur ! dit l'astre éclipsé ;
Ce néant me jette une ombre au visage :
Le puissant n'est pas celui qu'on outrage.
— Mais, crie aussitôt le rideau mouvant,
Je flotte au hasard porté par le vent,
Jouet de la brise et de la tempête.
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Le vent, h son tour : Moi, ce mont m'arrête ;
Ses flancs de granit brisent mon effort ;
C'est lui, l'éternel, le grand et lo fort.
Et l'Himalaya dans son blanc suaire ;
L'aigle sur moi vole et pose son aire,
Où ses fils hideux s'abreuvent do sang. •
Et l'aigle, la cime alors dépassant :
L'homme m'a traqué dans mes hauts domaines,
L'homme, ce tyran des monts et des plaines,
Jusqu'il mes aiglons monte audacieux,
Et sa foudre cncor m'atteint dans les cicux !
— Il m'écrase aussi, murmura l'atome ;
Le dominateur, ah ! vraiment c'est l'homme !
Et l'homme répond : Je nais faible et nu ,
Je suis dans la main du maître inconnu ,
Comme le ciron , le vent et l'étoile,
— Son nom ? disent-ils, et quel est son lieu ?
— Le ciel le raconte et pourtant le voile,
L'esprit le conçoit et l'appelle Dieu.
LE PRINTEMPS
Oui; sur l'aile des vents doux, embaumés, joyeux,
Le printemps revient a son heure ;
Et les fleurs do jaillir sous les pas, et les cieux
De sourire h celui qui pleure.
Oui, le maître suprême et toujours obéi
Fait étinceler chaque année
Les flammes du soleil dans l'azur réjoui,
Et sur la terre consternée ;
Et la forêt s'éveille et murmurent les eaux,
Le bourgeon rougit sur les branches,
Le précoce amandier constelle les coteaux
De ses belles étoiles blanches.
L'approche seulement du divin voyageur
Fait tressaillir la terre nue,
Et les pâles hivers, devant l'astre vainqueur,
S'évanouissent dans la nue !
Oui, réjouissez-vous, possesseurs à la fois
Des monts, des forêts et des plaines ;
Vos champs vont reverdir et vont feuillir vos bois
Sous les fécondantes haleines.
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Oui, tout un long hiver, le manoeuvre en haillons,
Qui s'exténue et se résigne,
Courbé sur la charrue, a creusé vos sillons,
Fauché les prés, taillé la vigne.
Quelques jours seulement, vos sainfoins seront gras;
Vos épis auront trois coudées ;
Laissez faire le ciel, qui no faillira pas,
Et les bienfaisantes ondées,
Le soleil et l'eurus, la pluie aux flots sacrés,
Ces commodes auxiliaires,
Qui tripleront les biens par vous seuls dévorés,
Sans réclamer pour leurs salaires !
Et maintenant venez, dans vos chars a grand bruit ;
Vous oubliez dans les orgies,
Qu'il est un ciel d'azur et qu'un soleil nous luit
Plus éclatant que vos bougies.
Convives ténébreux que le jour a surpris,
Oh ! venez, il est d'autres fêtes,
Si pourtant vous pouvez ne pas traîner Paris
Dans vos somptueuses retraites,
Si le calme repos peut descendre une fois
Dans vos âmes toujours troublées ,
Si vous pouvez vous faire au silence des bois.
Aux solitudes des vallées !
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CELLE QDB J'ATTENDS NE VIENT PAS
Du ramier sur l'arbre superbe,
Des rossignols dans le buisson ,
De la caille la-bas dans l'herbe,
Quelle ravissante chanson !
Mais tous ces accents d'allégresse
Ont mis le comble h ma tristesse ;
Celle que j'attends no vient pas.
Chantres d'amour, chantez plus bas.
A tous ces cris de la nature,
Roulant comme un flot épanché,
Je préfère le doux murmure
Du grillon sous mes pas caché :
Le chant plaintif et monotone
Est le seul en moi qui résonne.
Celle que j'attends ne vient pas ;
Chantres d'amour, chantez plus bas.
ELLE A FUI
Elle a fui, je suis seul ; elle a fui, mon étoile ;
On dirait que le vont déroule un plus noir voilo,
Sur la face du ciel uu plus sombre linceul,
Depuis qu'elle m'a fui, depuis que je suis seul !
Non ; la tempête ainsi tourmentait le feuillage,
Les feux du firmament dormaient sous le nuage :
Mais elle éclairait tout, calmait tout sous les cieux,
Du charme de sa voix, du rayon de ses yeux,
Oh ! de la vierge aimée inconcevable empire !
Mon amo suspendue a son dernier sourire
M'abandonne et la suit ; elle emporte en fuyant
Ma pensée et ma vie, et me laisse au néant.
Et l'oreille h sa voix, le regard à sa trace ,
Au sillon radieux qu'elle laisse h l'espace ;
— 4(> —
Je ne sons qu'il a fui, le fantôme adoré,
Que lorsque dans mon sein le froid a pénétré,
0 vierge rayonnante! hôte de ma paupière !
Je no suis que par toi ; l'atome de poussière
S'cflheo, et meurt aussi l'habitante de l'air,
L'éphémère, quand l'astre a repris son éclair.
Et maintenant, semblable a tous les fils des hommes,
Triste exilé du ciel sur la terre où nous sommes ,
Au monde extérieur violemment rappelé,
Je dis : Le ciel est noir et le venf a soufflé.
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A UN POETE VOYAGEUR
Au-dessus des cités que sa voix émerveille,
Quand l'oiseau voyageur fait palpiter son vol,
Et que du sein des airs son libre accent réveille
Ses frères enchaînés au sol ;
Ce sont partout des cris et des battements d'ailes,
Des concerts fugitifs échos mélodieux ,
Et le doux passager aux plaines éternelles
S'arrête surpris dans les cicux.
Des terrestres clameurs un instant il s'enivre ;
Et son orbe s'abaisse ; il appelle à son tour
Ses frères malheureux qui no peuvent le suivre,
Façonnés h l'humain séjour !
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11 reprend son essor et se perd dans l'espace ;
S'il a pu réveiller des instincts primitifs,
11 a désespéré d'entraîner sur sa trace
Un seul de ses amis captifs.
Plus d'un regard le suit dans la limpide arène,
Et le regret du ciel reste dans plus d'un coeur ;
Puis cesse aux alentours l'agitation vainc
Qui saluait le voyageur.
Janvier 181