//img.uscri.be/pth/69a199cf207b28e34787417aca65c534ce564557
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Bluettes champenoises, par Armand Bourgeois

De
61 pages
impr. de Bonnedame (Épernay). 1873. In-8° , 64 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

IEMTT1&
X2tt AMP Ë ÎÏÔISE B
PA%
;A;RM:X^|p:0:URÉîB©fS
IMPRIMERIE BONNEDAME & O
'SUCCESSEURS DE VICTOR FIEYET
;; :i :S^;§.
^^a^a^^iggg^ |
VLV%XXt$ ^MAMm^C3Sm
POÉSIES
BLUETTES
CHAMPENOISES
PAU
ARMAND BOURGEOIS
%%%-R3ULX
IMPRIMERIE BONNEDAME & O
SUCCESSEURS DE VICTOR FIEVET
1873
A Monsieur
le Marquis de TALHOUET-ROY
Comme marque de respectueuse gratitude.
AVANT- P Ï\O P O S
Aux heures de loisir.
Est-il plus doux plaisir,
Que si l'âme est bercée
Par la douce pensée ?
BOURGEOIS-COUSIN .
Pierry, 1873.
LE SOURDON (i)
£1 Monsieur" Ze> Marquis de^ %alhouct~Rpv
Le poète peut se devoir
Au beau site que son jeune âge
S'accoutuma toujours à voir
Comme une rayonnante image.
L'aspect du beau se grave alors ;
Alors la poétique flamme ,
La pensée aux divins accords,
Envahissent pour toujours l'âme.
Déjà j'ai nommé le Sourdon,
- Claire & sinueuse rivière,
Se déroulant en long cordon
Par un val sobre de lumière.
Ces rochers comme parsemés,
Ce chaos, parure du site,
Rendent leurs visiteurs charmés,
Que, l'été, cette source invite !
(I) Le Sourdon est une rivière qui prend sa source à Saint-Martin-d'Ablois,
à huit kilomètres d'Épernay.
10 BLUETTES"
A son ombre, quand le soleil
Ailleurs brûle, fatigue, accable,
Sans luxe, sans or, sans vermeil,
On dresse une rustique table.
La promenade, la gaîté,
L'air pur : fut-il meilleure absinthe,
Quand les miettes ont tant sauté,
Qu'auprès de la source qui tinte ?
Et n'est-ce pas un tintement
Que le murmure de ces ondes
Qui s'écoulent ou lentement
Ou par cascades vagabondes ?
Quel doux bruissement encor
Arrive du fond du feuillage
Que percent quelques rayons d'or,
Où les oiseaux font leur ramage !
J'allais oublier le gourmet :
Il hume, savoure, sirote
Le Champagne à l'exquis fumet,
Qui dans la source une heure frotte.
Ne dois-je pas non plus mes vers
A ces rondes de jeunes filles
Frappant l'écho de joyeux airs
Et se jouant sous les ramilles.
CHAMPENOISES 11
C'est un jour, au pied du Sourdon
Que surplombe un amphithéâtre
De rocs placés à l'abandon,
Bizarres-, à couleur noirâtre,
Jour où le poète rêvait,
Que pour ces chants vibra sa lyre ;
Sa pensée alors s'élevait
Vers vous<qui voudrez bien les lire.
I2 BLUETTES
LA MAUVAISE ET LA BONNE HUMEUR
D'où vient cet esprit mal tourné
Qui ne recherche que malices
Et, si vous vous montrez peiné,
En fait ses plus chères délices?
Comme si, pour calmer les nerfs
De mademoiselle agacée,
De bouder, de prendre des airs,
Lui valait une panacée.
Le décor change : tout va bien,
Tout charme, tout plaît, tout enchante ;
Ces orages ne gâtant rien,
N'en voulez pas à la méchante.
A la suite le ciel s'irise,
Signe de beau temps pour le coeur,
Et souffle une odorante brise
Qui donne une douce fraîcheur.
CHAMPENOISES 13
LA CLOCHE DE LA VALLEE
Quel charme de s*e promener
Le long du fleuve qui résonne
Contre le bord qu'il vient miner,
D'entendre la cloche qui sonne !
Quand le pâtre rentre le soir,
Suivi par le taon qui bourdonne,
Quand s'assombrit le vieux manoir,
Qui n'aime la cloche qui sonne ?
Dans la vallée au clair ruisseau
Qui dans son lit pierreux frissonne
Et courbe le frêle roseau,
Que ne dit la cloche qui sonne ?
A l'aspect du soleil couchant,
Au rêve qui ne s'abandonne ?
Quelle âme ne trouve touchant
D'entendre la cloche qui sonne ?
14 BLUETTES
LE VIN DE CHAMPAGNE (i)
O blonde liqueur qui pétilles
Dans la coupe où tu nous souris,
O toi qui de purs reflets brilles,
A mes vers donne quelque prix !
Pour te chanter et te décrire,
Il faut que gaîté soit au coeur,
Aux lèvres aimable sourire,
Que l'esprit ait verve et chaleur.
Salut donc, ô vin de Champagne !
Salut, vin généreux, salut !
Le doux plaisir qui t'accompagne
Est ton plus charmant attribut.
Dès que tu parais sur la table,
Dans ta bouteille emprisonné,
L'on te fait un accueil aimable,
Le désir est aiguillonné.
(i) Une mention honorable a été accordée a l'auteur, lors du concours
poétique d'Épernay. du 7 novembre 1865 au 28 février 1866, lequel réunit
*233 concurrents.
- CHAMPENOISES 15
Allons, vite, qu'on" te délivre,
Car on aime mieux ta couleur
Au fond du verre où Ton peut suivre
De ton gaz la brillante ardeur.
Quand la prudente main te tire
Du filet qui te tient captif,
Aux lèvres des dames expire
Un charmant petit cri plaintif.
C'est alors qu'un blanc flot de mousse
Monte, monte et n'a d'autre frein
Que la lèvre qui le repousse,
Quand il allait s'enfuir soudain.
Et les perles éblouissantes,
Quel charme de les contempler,
Quand elles montent frissonnantes
A la surface s'assembler !
Ensuite, ô vin, l'on te savoure
En te buvant a petits traits.,
De mille éloges on t'entoure,
Tous exaltent tes mille attraits.
Bientôt^ il se glisse" en nos veines
Tout comme un^feu*surnaturel
Qui bannit et soucis et peines,
Aux gais propos faisant appel.
iG
BLUETTES
Quand se retire le convive,
Il s'en va charmé, radieux,
Vantant ton onde pure et vive
Et ses effets délicieux.
CHAMPENOISES :IJ
LE CURE DE VILLE
ET LE CURÉ DE CAÏPiGNË
Boutade poétique dédiée à M. l'abbé A.
LÉ CURÉ DE VILLE
Entre amis, cher abbé, l'on ne se gêne pas;
Pour t'avoir près de moi, puis-je donc être las
De vanter à tes yeux les bienfaits de la ville
Plus enviable, hélas ! sinon aussi tranquille
Que ton pauvre pays. À moins de nous brouiller,
Accepte donc ici l'offre d'être aumônier.
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Tu peux parler, —■ je suis tout yeux & tout oreilles,
Vanter sur tous les tons les nombreuses merveilles
Dont abonde la ville, et traiter de chagrin
Un esprit qui persiste en un pareil dessein;
Mais je suis aussi fier de .mon clocher rustique,
Que toi du riche choeur de ton église antique.
LE CURÉ DE VILLE
Je vais me répéter; mais, cher abbé, tant pis :
La ville m'a vu naître, or citadin je suis
Et demeure en mes goûts, et que rien ne t'étonne
Si je suis mieux^aiaoi.lqu^-rd le bourdon résonne.
I8 BLUETTES
Ici les frêles sons de tes cloches n'ont pas
Même ampleur en sonnant les fêtes, les trépas.
Ah ! combien il est beau d'entendre aux grandes fêtes,
Le sonore concert au-dessus de nos têtes.
Certes, je te ferai mon meilleur compliment
Pour l'adoration du Très-Saint-Sacrement,
Fête où tu m'invitas : pour un petit village,
On ne peut mieux unir les fleurs à l'éclairage.
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Tu ne me parles pas de ces charmantes voix,
De ces doux chants d'enfants ? ils ont leur prix, je crois.
LE CURÉ DE VILLE
C'estyrai, mon cher ami; mais j'allais te décrire
Justement tout le charme où l'orgue qui soupire
De divins chants, nous plonge. Est-ce beau, magistral,
Quand la nef retentit sous l'écho musical ?
Comme on est pénétré de ces flots d'harmonies
A de célestes voix semblant des voix unies !
Et n'est-ce rien chez nous de voir officier ?
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Monsieur le chanoine ! eh ! croit-il m'humilie*
En narrant ces splendeurs ? La fête patronale,
Dans mon trou, me paraît en beaux aspects égale,
Me rend aussi joyeux que ta pompe de roi.
Ce,jour-là je m'admire en mon autel; pour moi
CHAMPENOISES 19
Qui l'ai paré de fleurs, de riante verdure,
Je ne crois pas qu'il soit de plus belle parure.
LE CURÉ DE VILLE
Me faut-il te parler de ces prédicateurs
Éloquents à ravir les esprits et les coeurs ?
Quand du haut de la chaire ils font, en beau langage,
Parler la vérité, l'on veut être plus sage,
L'on veut,être meilleur et l'on est transporté....
Vas-tu te mettre enfin, mon cher, de mon côté ?
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Mais tu ne me dis rien de ce recueillement
Qu'on devrait rencontrer bien plus probablement
Dans une cathédrale où tant de choses portent
Vers la religion.
LE CURÉ DE VILLE
Sans doute, elles exhortent
A s'élever vers Dieu.
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Moi qui ne suis séduit
Par le bel apparat, je crois voir dans la nuit
De ton. aveuglement. Je sais bien qu'à la messe
On voit arriver tard ■— oh ! tant pis si je blesse
Le sexe féminin — des dames de haut rang
Qui ne s'en mettent pas plus vite dans leur banc,
20 BLUETTES
Pourquoi ? pour mieux montrer leur superbe toilette.
Qu'on a le temps ainsi d'admirer en cachette,.
Si l'on ne se retourne en plein; — le frôlement
D'une soyeuse étoffe est alors un aimant. .
Au milieu du sermon on arrive de même,
Tard toujours ; c'est reçu, c'est d'un bon ton extrême ;
Mais,, pour parler bien franc, c'est pour se faire voir.
Tel est à citer seul le fidèle miroir
Du. grand recueillement qu'on s'attendrait à lire
Chez tous les paroissiens dans l'église où soupire
L'orgue plein d'harmonie, où tonne l'orateur
Qui peut tant élever et l'esprit et le. coeur.
LE CURÉ DE VILLE
Parfait ! bien cher abbé ! l'ironie accompagne
Assez bien, je le vois, le curé de campagne !
C'est égal, je. préfère à ton isolement
Le bruit de ma cité, son joyeux mouvement;
Plus que dans ton village on y ressent la vie ;
Du calme plat chez toi jamais on ne dévie.
LE CURÉ &E CAMPAGNE
Que veux-tu, cher ami, le tout est de savoir,
Comme le paysan de son petit avoir,
Se contenter de peu. J'aime fort la campagne,
L'existence tranquille, et dans ce but je gagne.
CHAMPENOISES 21
A rester sous ce toit. Qu'il est délicieux,
A la belle saison, de contempler les cieux,
La verdure des bois, des champs, de la. prairie,
Que vient agrémenter de belle broderie
Un gracieux cours d'eau! Quels passe-temps meilleurs,
Pour délasser l'esprit, que le culte des fleurs !
Chaque matin, debout aussitôt que l'aurore,
Je vais jouir des dons de la déesse Flore,
En allant et venant dans mon" riant jardin.
Que c'est bon, en été, la fraîcheur du matin L
J'aime mon presbytère et ma modeste église-,.
Mes braves laboureurs avec qui je devise
De leurs espoirs du jour, quand je vais dans les champs
Lire et me promener. Qu'ils sont reconnaissants
D'une bonne parole ! et dans ces promenades
Où mon chien devant moi fait de folles gambades,
Qu'il est doux d'écouter, au milieu du vallon
Bien plus plaisant pour moi que le plus beau salon,.
Sonner ma chère cloche à la voix argentine.
LE CURÉ DE VILLE
Ton humeur contre moi serait-elle chagrine ?
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Dieu m'en garde ! non, non. A mon tour, toutefois,.
D'opposer au tableau que toi-même tu crois
22 BLUETTES
Bien fait pour me gagner, la pieuse attitude
De mes chers paroissiens : celle-là sans étude.
LE CURÉ DE VILLE
Allons, dis que ces gens sont tous parfaits et saints,
Du baptême à la mort, qu'ils sortent de tes mains
Des modèles.
LE CURÉ DE CAMPAGNE
Ecoute, écoute : en leur église
Où ne se montre pas cette élégante mise
Qui vous fait retourner, on les voit tout de coeur,
Avec recueillement, prier leur Créateur.
Qu'un temple soit sans art ou qu'il soit du vieil âge,
Qu'on soit curé de ville où curé de village,
Dans l'un ou l'autre cas, c'est un noble destin!
LE CURÉ DE VILLE
Tiens, reste campagnard; je reste citadin.
CHAMPENOISES 2T,
LE COUVENT DE MONTLÉAN
N'est-il pas vrai qu'aux yeux du monde
Le mot de cloître, de couvent,
Éveille dans l'esprit souvent
Une répulsion profonde ?
Quoi qu'il en soit du préjugé,
Je sais une calme retraite,
Un couvent plein de paix discrète,
Qui de froideur est dégagé.
Interrogez Jeanne ou Camille
Sur le couvent de Montléan,
Il n'est pas à F arrière-plan
Des souvenirs de jeune fille.
Elle vous montrera ce nid
Caché dans un ombreux feuillage
Où fut abrité son jeune âge,
Jours sans-tempête, temps béni.
Elle vous dira la prairie
Où le gentil petit ruisseau
Va, court, saute comme un chevreau,
Feint le torrent, feint la furie ;
24 BLUETTES
L'admirable et riant tableau
Du haut de la verte colline
Au val qui plus bas se dessine,-
Sillonné par un fort cours d'eau ;
La chapelle que rend coquette
Sa belle parure de fleurs
Offertes par de jeunes coeurs,
Et le son clair de sa clochette ;
L'avenue aux grands marronniers
Dont les gracieuses ramilles
Donnent l'ombrage aux jeunes filles
Oubliant livres et cahiers,
Car, en été, l'étude pèse,
On pense plutôt à l'air pur
Qui souffle au dehors, à l'azur,
Au soleil qui rougit la fraise ;
Enfin le continuel soin
Qu'ont d'elles les religieuses
Qui ne veulent, pour être heureuses,
Dans leur coeur qu'un tout petit coin.
CHAMPENOISES 25 '
LE PECHEUR A LA LIGNE
Si dès l'aube on le voit partir,
Dispos, la ligne sur l'épaule,
Et bientôt après se blottir
Dans les herbes, sous un vieux saule ;
Si son oeil se montre rêveur
En suivant l'oiseau dans l'espace
Et s'il trouve de la saveur
A regarder l'onde qui passe ;
Si, jetant la ligne au hasard
Et piquant son manche à la rive,
Un livre à la main, à l'écart,
Son attention paraît vive,
Non, ce n'est point pour le poisson,
Qu'il laisse fort volontiers vivre,
Qu'il morde ou pas à l'hameçon :
Ce qui le charme, c'est son livre.
Ce qui l'attire si matin,
C'est la fraîcheur & la nature,
Plutôt que l'amour du fretin
Dont on escompte la friture.
26 BLUETTES
LE SOIR SUR LES FALAISES
Qui ne -connaît l'immense mer,
Ses falaises, ses bords, ses ondes,
Son ciel où l'alcyon fend l'air,
Ses bruits, ses colères profondes ;
Qui n'a pas .suivi sur les flots
Le vaisseau qui bondit & penche
Avec ses rudes matelots,
Ou bien au loin la voile blanche ;
Qui n'a pas rêvé longuement,
Assis sur le galet qui roule,
Ignore le bel engouement
Qui des grands spectacles découle.
C'était un soir que je revois,
A l'heure où luit le crépuscule,
Où s'éteignent soudain les voix,
Où l'esprit rêveur est crédule :
Un arbre, un rocher, un oiseau,
Un monticule, vus dans l'ombre,