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Bonaparte n'est pas mort d'un cancer ; dédié aux mânes de Napoléon

17 pages
Bataille et Bousquet (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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La vérité perce enfin le nuage.
DÉDIÉ
AUX MANES DE NAPOLÉON.
SECONDE ÉDITION.
PARIS.
Chez BATAILLE et BOUSQUET , Libraires,
au Palais-Royal ,
Et chez les Marchands de Nouveautés.
1821.
Si l'on doit transmettre à la postérité les actions
et les moeurs du grand homme qui nous occupe
tant aujourd'hui , pour les lui laisser juger avec
toute l'impartialité dont elle sera seule capable, je
pense qu'il est plus utile peut-être de l'éclairer sur
la mort prétendue que plusieurs de nos contem-
porains se plaisent à lui donner. Mais il ne s'agit
pas ici d'instruire nos descendans d'un crime dont
ils ne pourront douter : nous venons plutôt ap-
prendre à l'Europe entière que cet homme éton-
nant , que cet homme , que les plus grands héros
de l'antiquité ne sauraient égaler , n'a dû sa fin
prématurée qu'à la haine , la jalousie et la ven-
geance. Qu'enfin , s'il faut m'expliquer plus claire-
ment , le poison , préparé par les mains de la tra-
hison , trancha la destinée de celui qui survécut
à tant de glorieux travaux.
Se serait-on flatté de pouvoir couvrir long-temps
d'un voile impénétrable la vérité d'un événement
qui nous étonne encore ? Qu'on se détrompe : le
mensonge s'est découvert lui-même. Heureux le
peuple français , qui , sous l'égide de ses lois ,
( 2 )
peut être éclairé du flambeau de la raison et de la
vérité !
On ne peut donc me supposer des intentions
nuisibles ; on ne peut donc me croire enclin à de
coupables allusions. Montrer les faits tels qu'ils pa-
raissent exister , et rendre hommage aux mânes
d'un héros qui ne vit plus , et qui désormais n'au-
rait rien pu sur les destinées de la France , tel est
le but que je me propose.
L'esprit de parti n'est pas le mobile de ma con-
duite présente ; l'intérêt me fait moins encore en-
treprendre un travail qui n'a que trop long-temps
été retardé. ( Je ne dus jamais rien à Napoléon ;
et, son sceptre à la main, je l'ai souvent blâmé.)
La vérité seule me guide; et l'honneur que j'attache
à remplir un devoir aussi sacré que celui que je
m'impose , me fait tout oser et tout entreprendre.
, Si Napoléon ne fait plus partie des êtres qui res-
pirent , il ne méritait pas de terminer , d'une ma-
nière aussi indigne de lui et de nous , la carrière
brillante qu'il avait parcourue. Il fallait qu'on lui
laissât naturellement finir ses jours , et non qu'on
précipitât ses pas vers la tombe. Mais que les assas-
sins tremblent ! Si la vengeance divine ne les atteint
pas , celle des hommes saura bien les frapper peut-
être plus tôt qu'ils ne le pensent.. Et toi , Néron Loowe,
à qui fut confiée la garde de l'illustre prisonnier
que tu retenais dans les fers de l'Angleterre , la
Chambre des communes t'attend ; hâte-toi de pré-
parer ta défense, pour rendre compte de l'auguste
exilé que tu, sus si mal conserver.
Où étais-tu donc, Bertrand, quand l'infortuné crut
ressentir les premières atteintes d'un mal supposé ?
( 3 )
Où étais-tu donc quand il ranimait ses forces et
sa vie par des alimens qui lui étaient nécessaires ?
Et vous , braves Français , qui tant de fois avez con-
servé sa vie aux dépens de la vôtre , qu'étiez-vous
devenus ? Il était seul ; et seul pouvait - il lutter
contre des ennemis envieux et cruels , toujours
prêts à dévorer leur proie ?
Les signes les plus caractéristiques d'un poison
lent sont pour moi on ne peut plus certains. Le
cancer dont on dit qu'il fut affecté ne le tour-
menta jamais. Que penser alors ? Ou que Napoléon
respire peut-être encore , ou que le froid de la
mort', qui se glissa dans ses veines , ne dut sa cause
qu'au venin qu'on sut distiller dans ses boissons ou
ses alimens.
Comme , en toute proposition , il s'agit de pour-
suivre ses conséquences, je dois d'abord établir la
mienne , et prouver clairement sa certitude , après
l'avoir énoncée.
Napoléon Bonaparte n'est pas mort à la suite
d'un cancer à l'estomac ; et , s'il l'est réellement ,
il n'a dû sa destruction qu'à l'action nuisible et vé-
néneuse qui a été introduite dans son économie.
La médecine n'est plus une science assez arriérée
pour qu'on puisse lui en imposer par de légères
apparences ; il lui faut un ensemble sur lequel elle
puisse établir des comparaisons et des ressemblances
exactes, avant de prononcer un jugement.
Quoique peut-être elle ne puisse encore venir à
bout de surmonter tous les obstacles que lui op-
posent les maladies , elle n'ignore pas le groupe
de symptômes qui caractérisent telles ou telles af-
fections : elle les connaît tous. Et par conséquent,
( 4 )
d'après un rapport quelconque fait dans quelque
partie du monde que ce puisse être , ses données
symplomatiques , qui sont toutes les mêmes dans
tous les pays , sont trop positives sur toutes les ma-
ladies , pour qu'elle ne puisse juger , ou de l'in-
vraisemblance , ou de la fausseté d'une observation.
Je vais rapporter ici ce qu'il y a de plus remar-
quable dans les relations qu'on a astucieusement
communiquées sur la mort de Napoléon Bonaparte ;
je vais en montrer la fausseté , et prouver que si
les symptômes de son mal , qu'on nous rapporte ,
ne sont pas le résultat d'un poison aux yeux de
certaines gens, ils sont bien moins encore celui d'un
cancer de l'estomac.
Il parait vraisemblable que le cancer prétendu
de l'estomac, qui causa la mort de Bonaparte , a
eu un commencement bien manifeste et bien mar-
qué. C'est ce qu'on voit par un article du 15 mars,
et rapporté dans l'Histoire des trois derniers mois de
la vie de ce grand homme. Le voici :
« Après avoir été déjeûner dans un endroit retiré,
» à peu de distance de Longwood , situé près d'une
» source dont il buvait souvent, il se trouva fort
» incommodé. De retour à Longwood il ne voulut
» point se coucher j il s'assit dans un fauteuil , où
» il s'assoupit quelques instans. Il mangea peu à
» dîner; après le repas, il se jeta sur un petit lit
» de camp qu'il avait apporlé de France , et qui lui
» servait dans ses campagnes. Il y resta plusieurs
» heures ; puis il se leva , reçut quelques personnes,
» auxquelles il parla des malaises qu'il éprouvait.
» Cependant il résista , et ne voulut se coucher
» tout-à-fait qu'à son heure ordinaire. »
( 5 )
Qu'on fasse attention avec moi aux circonstances
et aux lieux dans lesquels se trouvait Bonaparte.
Il venait de déjeûner près d'un lieu où, selon sa
coutume, il s'était indubitablement désaltéré pen-
dant son repas. Raison majeure pour supposer,
d'après les conséquences, le mélange du poison » ou
à ses alimens , ou à la source dont ou a parlé. La
justice , dans un cas d'empoisonnement , insisterait
particulièrement sur une pareille déposition.
Tout le reste du jour , dit - on , se suivit de
l'action nuisible. Et notez que c'est à dater de ce
jour que le mal fait des progrès rapides, et qu'on
n'a rien remarqué, avant cette époque.
Le médecin éclairé peut-il reconnaître , sans par-
tialité , une cause réellement cancéreuse dans un
début aussi clair; et n'y verrait-il pas plutôt l'action
toute particulière d'un agent lent et destructeur?
Indique-t-on le genre de malaise dont il fut saisi , et
pourrait-on encore le faire rapporter à un cancer
de l'estomac ? Comme si un cancer, qui ne va
durer que six semaines, débutait par un malaise,
sans être aocompagné d'autres signes bien plus cer-
tains !
Comment peut-il se faire qu'un cancer de l'es-
tomac survienne presque tout-à-coup sans cause
connue, sans symptômes précurseurs , et arrive , au
bout de six semaines , à un degré aussi intense que
celui où l'a montré l'autopsie cadavérique ? Je ne le
concevrai jamais; et je dis qu'il est impossible de le
prouver par observation médicale.
Un poison lent débute par des malaises , des fai-
blesses instantanées , et continue à agir jusqu'à la