Bourget

Bourget

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30 pages

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E. Lachaud (Paris). 1872. In-12, 31 p..
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Ajouté le 01 janvier 1872
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Langue Français
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HENRI DIOHARD
LE BOURGET
Prix : 1 franc
PARIS
E. LACHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4. PLACE DU THRATïUï-FRANfiAÏS
TOUH droits réservés
HENRI DIOHARD
LE BOURGET
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T5y PARIS
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Tous droils réservés
A. LA MEMOIRE
D'ERNEST BAROCHE
ET DES BRAVES SOLDATS FRANÇAIS TUÉS AU BGURGET
(50 octobre 1870)
AU COMMANDANT BRASSEUR
ET A. MES BRAVES CAMARADES SURVIVANTS
AVANT-PROPOS
Un seul mot qui me fera pardonner d'avoir écrit
encore une fois le récit des premiers combats du
Bourget ; bis repetita non placent, je le sais bien.
Et en vers ! quelle témérité, par ce temps où l'on
rencontre tant de gens qui professent hautement
leur mépris pour la poésie et qui se font un mérite
de ne jamais lire dix vers de suite sans bâiller
d'ennui !
Le nom du Bourget excite encore tant de pré-
ventions en haut lieu ; on y a montré et on y mon-
tre encore si peu de justice envers ceux qui, morts
ou vivants, ont été victimes de l'imprévoyance du
général Trochu, que, voué à la réparation qui leur
est due, à la connaissance de la vérité étouffée par
des rapports inexacts, j'ai cru devoir revenir en-
core une fois et pour la dernière, sur ce triste
épisode du siège de Paris.
Il ne faut pas laisser aux Prussiens seuls l'hon-
— 6 —
neur d'avoir célébré l'héroïsme de nos compa-
triotes.
Le gouvernement français, qui, il y a quelques
jours à peine, n'a pas cru pouvoir accorder les
honneurs militaires aux braves dont les dépouilles
reposent aujourd'hui dans le caveau du monument
qui leur a été élevé, a dû penser que leur mémoire
devait être satisfaite de l'hommage qui leur a été
• rendu par leurs vainqueurs.
C'est aux citoyens qu'échoit le devoir delà répa-
ration ! Merci à la presse, qui, depuis longtemps
déjà, a commencé l'oeuvre qu'achèvera la posté-
rité juste et rémunératrice!
HENRI DICHÀRD.
Novembre 1872.
LE BOURGET
Depuis deux jours entiers ils étaient tous debout !
Le feu, )e fer, le plomb, les étreignaient partout.
Héroïques soldats, ils Teillaient impassibles
Sur l'horizon rempli d'ennemis invisibles.
Le canon seul tonnait, comme un lâche assassin
De loin et sûrement frappant le fantassin !
Ils serraient leurs fusils dans leurs mains frémissantes.
Mais l'heure tardait bien de ces luttes sanglantes,
Où l'homme contre l'homme enivré de fureur
Expose sa poitrine et sait mourir ^ans peur.
Les victimes tombaient sans cris et sans murmure,
Les os rompus, broyés par l'horrible morsure
Delà fonte tordue, avec elle portant
L'enveloppe de plomb fondu la revêtant.
Les poitrines montraient des blessures béantes,
D'où le sang s'échappait en vagues violentes.
Heureux ceux qui mouraient, sur-le-champ, sans souffrir !
Mais quel triste tableau : voir un homme mourir,
Affaissé dans un coin, ployé par la souffrance,
Et ne pouvoir rien, rien, sinon crier vengeance!
On était au dimanche ; on dit du Prussien,
Qu'en ce jour de repos, il ne tenterait rien.
Ou rapportait des faits qui confirmaient ce dire.
S'il nous eût entendus, que Guillaume eût pu rire !
Quand il s'agit, pour eux, de tuer, de voler,
D'incendier de loin et de faire crouler
Villes et monuments, est-il donc des dimanches
Pour ces sombres bandits ? Jamais ces avalanches
D'envahisseurs cruels ne prennent de repos,
Comme sur un cadavre on voit les noirs corbeaux
N'être jamais repus de leur triste pâture
Qu'ils n'aient tout englouti, tout, vers et pourriture !
Donc ils se disposaient à nous envelopper,
Venant de toutes parts ; ils allaient donc frapper
Un grand coup préparé dans la nuit et dans l'ombre ;
Nous devions succomber, écrasés par le nombre.
Le village comptait quatre mille soldats,
Le dimanche au matin ; et beaucoup n'avaient pas
Encore vu le feu, dans la guerre inhabiles.
C'étaient deux bataillons, jeunes gardes mobiles,
Tous enfauts de Paris. L'on y voyait aussi
Un brave bataillon aux fatigues durci :
Francs-tireurs de la presse, intrépide cohorte,
Méprisant les dangers que la guerre comporte ;
Des sapeurs du génie, ouvriers et soldats,
Préparant la défense et de nouveaux combats.
Enfin pour compléter les forces du village,
Qu'une stricte consigne, hélas ! triste présage,
Nous disait de défendre à toute extrémité,
C'étaient de vieux soldats pleins de ténacité,
Ayant déjà dix fois sur les champs de bataille,
Affronté les boulets, les balles, la mitraille.
C'étaient, pour la plupart, des braves chevronnés,
Que la hideuse mort n'avait point étonnés.
Pour tout dire, c'était l'ex-garde impériale !
Le corps était à Metz. La défaite fatale
Avait tout englouti. L'ennemi les tenait,
Et captifs par milliers en Prusse les traînait,
Comme un troupeau de boeufs qu'à la mort on destine.
Le typhus engendré par l'horrible famine
Les attendait. Combien n'ont pas revu la France,
Des prisonniers français? Combien dont l'espérance,
Se fondant dans le mal, sans retour ni réveil,
S'endormit avec eux d'un éternel sommeil,
Au moment de quitter cette terre maudite,
Où vingt mille sont morts. Aujourd'hui qui visite
Leurs tombes? Des passants indifférents, distraits,
Qui donnent à leur sort ni larmes ni regrets.
Oui, voilà cette guerre, abominable, infâme,
Que fit le Prussien. N'aurait-il donc point d'âme ?
Metz venait de tomber : il convoitait Paris.
Mais il n'ignore point qu'il ne l'eût jamais pris
Sans la faim, cet objet de sa haine cruelle !
Car il n'aura jamais une ville aussi belle !
Qu'il grandisse Berlin, cet amas de maisons
Qu'habite la sottise en toutes les saisons,
2
— io —:
Où la morgue s'étale avec la soldatesque,
Où l'on singe Paris sur un ton pédantesque;
Berlin avec son faste atteindra-t-il Paris ?
Même avec nos milliards? Digne de nos mépris
Tune seras jamais, ô pauvre capitale,
Qu'une froide copie ou qu'une succursale ;
Les francs-tireurs avaient, par une sombre nuit,
Attaqué le Bourget. Le Prussien s'enfuit...
Etant partout surpris, courant' sans prendre haleine,
Vers leur camp ou les voit s'égrener dans la plaine,
De près et vivement par les nôtres serrés,
Comme des cerfs craintifs par la peur effarés.
Leurs coups, poudre perdue, éclatent sur nos têtes,
Et le plomb égaré ricoche sur les faîtes
Des murs et des maisons, et jonchant les chemins,
Des casques, des fusils restent entre nos mains.
Six francs-tireurs frappés par le seul projectile
Lancé d'un de nos forts, au signal indocile,
Tombèrent dans nos rangs, au moment d'assaillir
L'ennemi qui, surpris, commençait à faiblir.
Partageant la victoire et les dangers de même,
De la garde mobile, on voit le quatorzième,
Dès la pointe du jour quitter son campement,
Et sus aux Prussiens marcher allègrement.
Ce fut un heureux jour que le vingt-huit octobre !
Jusqu'alors tout le monde avait vu notre opprobre ;
— H —
Notre vaillante armée avait, dans vingt combats,
Epuisé sa valeur ou trouvé le trépas.
Soldats et généraux, commune destinée,
Etaient morts ou captifs, et seule une poignée
De braves avaient pu, courant mille dangers,
Gagner Paris devant ces hordes d'étrangers.
Chaque combat pour nous était une défaite,
Et notre antique gloire alors courbait la tête.
Flétrie, humiliée, en voyant quel vainqueur,
La fortune inconstante attirait vers son coeur.
Au bruit de nos succès répandus par la ville,
La joie anime tout : la figure virile
Du guerrier qui déjà désespérant du sort,
Ne voyait d'autre issue au combat que la mort,
L'oeil tranquille, mais fier, des femmes héroïques,
Qui, plus que leurs maris, surent être stoïques
Dans cette lutte atroce, où le froid etla faim
Devaient être leur lot dans un temps peu lointain,
Et jusques aux maisons tout prend un air de fête,
Pour marquer du Germain la première 'défaite.
Hélas! avant-deux jours, tintait un triste glas !
Les drapeaux déployés aux faites des grands mâts,
Sur les hampes montraient de noirs crêpes funèbres ;
Au jour si radieux succédaient les ténèbres !
Les cris de joie éteints, et les pleurs et les larmes!
Des milliers de parents épanchant leurs alarmes !
La défiance amère éclatant dans les coeurs,
Maudissant les vaincus, bien plus queles vainqueurs!
— 12 —
La révolte excitant les ardentes colères,
Et la guerre civile augmentant nos misères !
Enfin, triste leçon, le général Trochu,
Populaire entre tous, n'étant plus qu'un déchu 1
Retournons au Bourget : notre troupe vaillante
Remplissait les jardins, veillant et dans l'attente
De nouveaux chocs venant éprouver ses efforts,
Résolue à défendre, avec ou sans renforts,
Le village conquis. Elle gardait la route.
La plaine était déserte : il se tramait sans doute,
Là-bas, chez l'ennemi, quelque sombre projet
Pour nous chasser par ruse ou force du Bourget.
Un éclair tout à coup a sillonné la nue,
Un flocon de fumée a frappé notre vue ;
Un bruit sourd retentit, bientôt un sifflement
Déchire l'air, suivi d'un grand éclatement.
C'est l'obus meurtrier dont cent éclats difformes,
Pénétrant dans les murs' par des brèches énormes,
Ebranlent les maisons, et de mille débris,
Menacent nos soldats dans leurs faibles abris.
Sans relâche les coups de tous les côtés pleuvent,
Sans que les défenseurs du village s'émeuvent
D'un fracas inutile et si peu dangereux,
Que même c'est un jeu pour la plupart d'entre eux ;
Jeunes insouciants, parmi vous près de trente
Payèrent de leur sang leur ardeur imprudente 1
A ce terrible feu, cratère incandescent,
Qui vomit par les airs dans son jet incessant,