Budget d

Budget d'un sous-lieutenant , poème en un chant, par A. G***

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24 pages

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Ancelin et Pochard (Paris). 1825. 23 p. ; in-12.
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Ajouté le 01 janvier 1825
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Y
LE BUDGET
D'UN
SOUS-LIEUTENANT,
POËME.
L'argent, l'argent, dit-on, sans lui tout est stérile i
La vertu sans l'argent n'est qu'un meuble inutile.
BOILKA.U , Epitre r.
PARIS.
ANCELIN ET POCHARD, SUCCESSEURS DE MAGIMEL,
RUE DAUPHINE.
1825.
LE BUDGET
D'UN SOUS-LIEUTENANT.
LE NORMANT FILS, IMPRIMEUR DU ROI,
Rùe de Seine , n* 8 , F. S. G.
I
LE BUDGET
D'UN
SOUS-LIEUTENANT,
POËME.
L'argent, l'argent, dit-on , sans lui tout est stérile ;
La vertu sans l'argent n'est qu'un meuble inutile.
Boitleau V. Epitre V.
PARIS.
ANCELIN ET POCHARD, SUCCESSEURS DE MAGIMEL,
RVJS DAUPHINE.
i
LE BUDGET
D'UN SOUS-LIEUTENANT.
Moi qui, naguère encore en dépit de l'envie,
Savourant à longs traits les douceurs de la vie,
Vidois complaisamment la coupe des plaisirs,
Pour étancher la soif des avides désirs,
Des arrêts aujourd'hui victime infortunée,
Je déplore à loisir ma triste destinée.
0 toi, Muse chérie, ô toi dont les accens
Ont souvent apporté remède à mes tourmens,
Dictes-en le récit à ma triste pensée,
Viens inspirer ma verve encor mal exercée;
Viens me dire pourquoi, d'un rang peu lucratif,
Le Roi, récompensant le zèle le plus vif,
G
Permet aux créanciers de venir à toute heure
De leur maudit aspect assaillir ma demeure.
Dis-moi, pour contenir leur animosité,
Quels argumens donner à leur avidité,
Quand un seul, de l'argent, est pour eux efficace,
Et que , pour mon malheur, il en manque à ma masse.
La gloire et le plaisir sont les dieux d'un soldat;
L'une brille à ses yeux d'un séduisant éclat,
Aussitôt que la guerre occupe ses pensées ;
L'autre, par ses douceurs, chimères insensées,
Futile passe-temps des loisirs de la paix,
Peut sourire à ses sens, mais ne remplit jamais
Le vide affreux qu'il laisse à sa bourse légère.
La gloire a bien son prix, mais ma boutonnière
Que décora le Roi du signe de l'honneur,
M'en vaudroit beaucoup plus aux yeux du fournisseur
( Animal, entre nous, peu sensible à la gloire,
D'espèce en général assez peu méritoire),
Si de Sa Majesté l'auguste sanction
M'eût, avec le brevet, donné la pension.
Charles, daigne augmenter, tant soit peu, mes financés,
Daigne, sur ta cassette, acquitter les créances
Que, depuis trop long-temps, en billets au porteur,
J'ai, sans précaution, souscrites au traiteur.
7
L'arabe me poursuit, malgré mon indigence;
Mon unique ressource est dans ta bienfaisance :
Permets que je l'adresse à ton royal trésor,
Ajoute à tes bienfaits quelques bienfaits encor.
Tu veux continuer le règne de ton frère ;
On sait qu'à ses sujets il tenoit lieu de père,
Et toi-même, grand Roi, jamais l'adversité
N'implora vainement ta générosité.
Apprends de mes arrêts la cause trop fatale,
Et sache qu'en dépit de mon humeur frugale,
Je n'ai pu tellement ménager mon crédit,
Qu'à plus de six cents francs n'aille mon déficit.
Dépenses
par an.
fr.
120
120
Je suis sous-lieutenant; cette faveur insigne,
Dont j'ose me flatter de n'être point indigne,
Me vaut, outre l'honneur de servir un grand Roi,
Cent francs pour trente jours, et tout au plus de quoi
Me procurer en ville un logis honorable,
Qui soit, quoique modeste, à mon rang convenable.
Sur ce modique appoint, on me retient dix francs;
C'est pour ces vieux guerriers qu'ont affoiblis les ans,
Dont les membres épars aux champs de la victoire,
Attestent, en tous lieux, l'inaltérable gloire.
11 est loin de mon cœur d'en regretter l'emploi;
Report. 120 8
120
Puissé-je de mon sang, pour la cause du Roi, -".
Ravissant à la Parque une aussi belle vie,
Leur racheter des jours si chers à la patrie !
Mais, pour plus d'un usage et moins noble et moins grand,
Le luxe ou le plaisir se sert de l'excédant.
Une part du produit de cette retenue
Du théâtre, à bas prix, nous ouvre l'avenue,
Et, grâce à son secours, plus d'un tambour-major
A, de la tête aux pieds, l'éclat d'un lingot d'or.
La musique guerrière anime le courage,
Egaie en garnison et délasse en voyage;
D'en admirer l'accord le bon goût est contraint,
L'oreille s'y complaît, mais la bourse s'en plaint ;
Aussi, parmi les rangs de nos divers artistes,
J'ai souvent envié la solde des gagistes,
Et je suis peu charmé d'en avoir l'entretien,
Quoiqu'à regret pourtant je n'en témoigne rien.
Il faut entretenir l'école mutuelle,
Sublime invention, de méthode nouvelle,
Qui, du soldat français, jusqu'alors ignorant,
Transmettra d'âge en âge, à l'univers savant, -
Le nom jadis perdu pour la littérature.
A ces menus dépens je souscris sans murmure,
C'est autant de soustrait sur le produit du mois.
Sur mes appointemens ; tous les ans douze fois, -