La mort de Juliette

La mort de Juliette

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233 pages

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Un jeune homme, rendu fou de douleur par la disparition de celle qu’il aime, contourne son chagrin en suivant les chemins de la haine et de la folie. Il cherche des coupables, en trouve et les punit de façon bien étrange.
La mort que Shakespeare inventa pour sa Juliette va inspirer notre héros qui, pour son malheur, connut la même passion que les fameux amants de Vérone.

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Ajouté le 03 avril 2014
Nombre de lectures 9
Langue Français
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Joëlle VINCENT
La mort de Juliette
Quand la météo ment et la mort fait semblant, C’est la folie qui gagne.
Du même auteur (Romans)
Le prix de la beauté (1998) Vérité volée (2002) La dette (2004)
Poèmes : Emotion (2001) L’Imposture (2004)
Ouvrage illustré :
La voix de mon chien (2005)
TOUS DROITS RÉSERVÉS
© EDITIONS MAXOU Dépôt légal février2006 ISBN : 2-9521469-6-9
IMPRESSION : MEDCOM 130 cours Albert-Thomas 69008 LYON 04 72 78 01 33
Un grand merci à Corinne Mayeux qui sait traquer mes fautes dans ses relectures toujours vigilantes.
CHAPITRE PREMIER. RENCONTRE
C’est dans un petit collège de La Rochelle que Mathieu vit pour la première fois le beau sourire de Véra. Par une belle matinée de septembre, la rentrée scolaire vivait son premier jour dans cet établissement bien connu des Rochelais. Ceux qui devaient faire leurs premiers pas en sixième étaient à la fois excités et anxieux. C’était le cas de Mathieu Chambard qui, tout en regrettant la présence rassurante et unique de sa dernière institutrice, s’enthousiasmait à l’idée de changer de salle de classe et de professeur à chaque heure de la journée. Ce jour-là, il portait un petit blazer bleu marine sur un tee-shirt rose et un bermuda gris. Avec ses cheveux blonds bouclés qui entouraient son visage poupin illuminé par d’immenses yeux bleu clair, il ressemblait à un ange. C’est en pénétrant dans la salle de mathématiques qu’il la vit. Elle était aussi brune qu’il était blond. Ses cheveux sombres, coupés très courts, lui auraient donné des allures de garçon manqué, si son regard d’ébène profond et sa petite bouche en forme de fraise ne l’avaient pas gratifiée d’un charme définitivement féminin. A onze ans à peine, elle avait déjà la beauté de la femme charmante qu’elle promettait d’être. Outre la finesse de son visage, elle avait une grâce naturelle qui faisait de chacun de ses mouvements un pas de danse. Depuis la seconde où son regard s’était posé sur elle, Mathieu se mit à changer. Son existence venait de 1
prendre un tournant tout nouveau. Il avait onze ans lui aussi et pour la première fois de sa courte existence, une fille était autre chose à ses yeux qu’une petite pisseuse, forcément peste à ses heures, et sans intérêt dans les activités qu’il aimait. Les premiers troubles de son adolescence en devenir, ne l’avaient jamais encore atteint. Jusqu’alors, il n’avait dépensé son énergie qu’en jeux turbulents avec des camarades de son âge. Avant d’entamer sa première journée de classe, ce matin là, il n’avait qu’une idée, retrouver ses petits copains de l’année précédente, et, pourquoi pas, en découvrir d’autres. Il avait d’ailleurs eu la joie d’être dans la même classe que Rodolphe et Grégory avec qui il faisait des parties de foot endiablées et qui partageaient aussi son amour immodéré pour la planche à voile et autres sports nautiques. Subjugué par cette apparition qui le troublait au-delà de tout ce qu’il était en mesure d’imaginer quelques instants auparavant, il décida, sans même y réfléchir, de s’asseoir à ses côtés. En attendant l’arrivée du professeur, ils eurent le temps d’échanger quelques mots. -Comment t’appelles-tu ? -Véra et toi ? -Mathieu, tu n’étais pas à la Rochelle, l’année dernière ? -Non, je viens de Paris. Mes parents ont divorcé, et Maman a voulu revenir ici, dans sa ville natale. Et, comme je vis avec elle… ajouta-t-elle en haussant les épaules… -C’est ta mère qui a eu ta garde ? -Oui, Papa est parti avec sa secrétaire, banal ! Mais embêtant quand même ! -Tu es malheureuse ? -Je sais pas, c’est trop récent. J’en veux à cette femme, 2
c’est sûr, mais je ne peux rien y faire. On arrête d’en parler, d’accord ! affirma-t-elle avec un petit sourire contrit qui le fit fondre. -Ok, comme tu voudras. Moi, je suis né ici. -Tu dois bien savoir nager alors ? -Ça ! Pas toi ? -Si, mais jusqu’à présent, je n’ai pu profiter de la mer que l’été, et encore, quand mes parents ne décidaient pas d’aller en montagne. -Si tu veux, je t’apprendrai la planche à voile… Elle n’eut pas le temps de répondre, le professeur venait de faire son entrée. C’était un petit homme chauve, affublé de minuscules lunettes métalliques qui avaient une fâcheuse tendance à glisser le long de son nez. Cette particularité lui valut le sobriquet de «toboggan» que Véra avait lancé. Mais ce surnom ne fit que les beaux jours des récréations car Jean Luc Mognier ajoutait à une exceptionnelle compétence, une sévérité qui ne tolérait pas la réplique. Respecté pour l’une et redouté pour l’autre, il n’eut jamais l’occasion d’entendre prononcer son pseudonyme. -Je suis ici pour vous enseigner les mathématiques. Autant que vous le sachiez tout de suite, je ne tolère pas le moindre bruit pendant mes cours. Celui ou celle qui éprouverait le besoin d’émettre un seul son pendant l’heure que je vous consacre, serait définitivement exclu de ma classe. J’espère avoir été assez clair. Il l’avait été, car personne ne se permit la moindre incartade en sa présence pendant toute l’année scolaire, et tous firent de nets progrès en Maths. Même Mathieu qui avait pourtant passé le premier cours à boire Véra des yeux, tout en percevant les paroles du professeur dans un brouillard lointain. 3
Véra, elle aussi, avait été séduite par Mathieu, mais dans des proportions bien moindres. L’intérêt que lui portait Mathieu ne lui avait pas échappé et l’avait beaucoup amusée. Ils ne tardèrent pas à devenir inséparables et se voyaient en dehors du collège dès qu’ils le pouvaient. Leurs parents respectifs s’amusaient de cette entente parfaite qui les liait et se manifestait à chaque instant. Ils firent beaucoup de planche à voile et de ski nautique et avaient pris entre autre l’habitude de faire leurs devoirs ensemble. Véra excellait en français tandis que Mathieu préférait nettement les matières scientifiques; cette complémentarité leur permettait de s’aider mutuellement. Il n’était pas rare de retrouver le style alerte de Véra dans les dissertations du jeune garçon et les bonnes notes de son amie en mathématiques provenaient des heures d’explications qu’il lui prodiguait avec passion. Quand il n’était pas avec Véra, Mathieu rêvait d’elle. Il se demandait si c’était cela l’amour dont parlaient les grands. Un jour il posa la question à son père. -Quand on pense sans arrêt à une fille et qu’on n’arrive pas à imaginer sa vie sans elle, ça veut dire qu’on est amoureux d’elle ? -En principe oui. C’est pour toi que tu parles ? -Oui, je crois que je suis amoureux de Véra. -Tu n’es pas un peu jeune pour cela ? -Il y a un âge pour aimer ? -Pour aimer durablement peut-être. Si je ne m’abuse, Véra est la première fille qui te trouble. Penses-tu que ce soit la dernière ?Tu sais la vie est pleine de surprises, tu la découvres. Comme on dit dans les livres, tu en es aux
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premiers émois. Peut-être qu’un jour, tu rencontreras quelqu’un d’autre qui te fera plus d’effet encore. -Cela m’étonnerait. Avant elle, aucune fille n’avait eu le moindre intérêt pour moi. Alors, après elle, ce sera pareil non ? -Avant ta rencontre avec elle, tu n’avais que dix ans. L’amour devait considérer qu’il avait le temps de venir frapper à ta porte. -Je n’en ai que onze aujourd’hui, il est en avance, voilà tout. -Sans doute. Je suis très heureux pour toi, Mathieu. En plus, cette petite Véra me plaît beaucoup. Mais quand tu es avec elle, sois prudent, ne laisse pas de promesses trop ambitieuses franchir tes lèvres. Vous risquez d’être déçus tous les deux. -N’aie aucune inquiétude, je suis timide et je suis loin d’avoir le courage de lui parler de ce que je ressens pour elle ;je garde tout pour moi, crois-moi. En plus, je ne voudrais pas être ridicule. Mais ce que je voudrais savoir c’est ce qu’elle pense de moi. -Tu ne le vois pas ? -Apparemment, elle m’aime bien et elle a du plaisir à être avec moi, mais ce n’est peut-être que de l’amitié. -Pour toi aussi d’ailleurs. -Non, je suis sûr que non. Avec Rodolphe et Grégory, je ne me suis jamais senti gauche et malade. Parfois, j’ai tellement envie de la toucher que j’ai du mal à respirer. -En effet, répondit son père qui s’efforçait de cacher à son fils le fou rire que déclenchaient ses déclarations. Mais il savait que Mathieu était si sensible que son hilarité pouvait le blesser profondément. Depuis ses plus tendres années, Mathieu était un écorché vif, toujours extrêmement sérieux et exigeant. Il n’aurait jamais pris le risque de le décevoir. 5