Le prix de la beauté

Le prix de la beauté

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300 pages

Description

Marc Tudor, chirurgien esthétique, reçoit un jour, en cadeau du ciel, le don de transformer les hommes et les femmes les plus laids en divines créatures. Malheureusement dans sa jeunesse, il a, par jalousie, défiguré la femme qu’il aimait.Il a vingt ans pour réparer sa faute. Passé ce délai, il perdra son don et tous ceux qu’il au opérés, reviendront à leur état initial.Parmi les patients du professeur, on suit le combat de quatre jeunes femmes, confrontées à la laideur, et qui vont connaître, grâce à Tudor, le bonheur absolu, puis vivre le cauchemar de tout perdre.Parviendront-elles à lever la malédiction Tudor et à retrouver leurs rêves engloutis?
C’est tout le sujet de ce roman qui navigue aux frontières du fantastique, tout en peignant des sentiments bien réels.

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Ajouté le 03 avril 2014
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Langue Français
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Joëlle VINCENT
Le prix de la beauté
Quand la chirurgie esthétique devient surnaturelle ...
TOUS DROITS RÉSERVÉS
© EDITIONS MAXOU Dépôt légal mars 2004 ISBN : 2-9521469-0-X
IMPRESSION : MEDCOM 130 cours Albert-Thomas 69008 LYON 04 72 78 01 33
CHAPITRE PREMIER
Depuis plus d’un quart d’heure, Lisa se regardait dans le miroir de sa chambre. Comme chaque fois, l’image qu’elle y voyait la rendait mal-heureuse, insatisfaite. Ses yeux trop petits, son nez trop long, mais surtout son menton fuyant qui donnait à sa bouche des allures de nau-fragé au milieu de son visage. Si le regard descendait, les choses s’arrangeaient car le corps long, fin et musclé ne fai-sait pas rêver de scalpel. Lisa avait vingt ans et depuis deux ans déjà, elle rêvait de chirurgie esthétique. Seulement, voilà, avant de se renseigner sur le talent des différents praticiens capables d’améliorer sa plastique ; Il fal-lait convaincre son père. Cela n’était pas chose facile car le brave homme dont elle était la fille unique, était à cent lieux de voirsa disgrâce physique ; d’ailleurs, comment l’aurait-il vue puisqu’elle était son portrait. Il était enseignant, veuf et avait toujours considéré Lisa comme la septième merveille du monde. En outre, il ne supportait pas le maquillage ni les autres artifices capables de nuire au sacro-saint naturel. Au moment où Lisa allait se laisser aller à une crise de larmes, il apparut dans la pièce. - Qui a-t-il Lisa, tu sembles bien sombre tout à coup ? - Non, non, ce n’est rien, Papa, je pensais à Maman. - Il y a deux ans déjà qu’elle nous a quittés mon petit, il faut que tu acceptes la vie sans elle, je sais, c’est difficile, moi-même, j’ai du mal; Elle était si belle, si présente, si drôle. Oui, si belle, reprit Lisa songeuse. Pourquoi Nicole n’avait-elle pas transmis à sa fille cette beauté dont elle était parée et qui faisaitl’admiration de tous ? Nicole ignorait cette qualité et la vivait avec une décontrac-tion et un détachement qui ajoutait encore à son charme. Elle
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avait rencontré Charles après un chagrin d’amour. Elle avait dix huit ans quand elle était tombée follement amoureuse de son professeur d’Anglais au lycée, ce dernier était marié, et bien que très troublé par la splendeur naïve de Nicole, n’avait pas voulu renoncer à son ménage pour suivre sa jeune élève La première fois que Nicole avait vu Jean rentrer dans sa classe, son cœur avait fait un bon. Jean était grand, élancé, des yeux bleus, chaleureux, des lèvres sensuelles. Tout en lui inspirait l’amour Nicole n’était pas la première élève à tomber sous son charme mais, jusqu’alors, aucune n’avait réussi à atti-rer son regard ; bien qu’elles aient pour cela, déployé parfois des trésors d’imagination. Jean avait épousé Karine quand il avait vingt ans, elle lui avait donné deux garçons et il était heureux. Cependant lorsqu’en commençant son cours, il posa les yeux sur Nicole, il fût troublé par sa beauté singulière. Il y avait en elle tant de fraîcheur, tant de naïveté qu’elle en était émouvante. Elle qui n’était pas douée en Anglais, fit des pro-grès de géant cette année là. Elle croisait parfois Jean à la cafétéria du lycée mais n’était jamais parvenue à lui parler en particulier. Un jour de pluie, alors qu’elle courait pour s’abri-ter sous un arbre, il lui proposa de la ramener en voiture. - Vous habitez loin? , Si vous voulez, je vous dépose, cria t il de la fenêtre de son véhicule. - Si cela ne vous dérange pas, ce serait volontiers, je suis trempée. Nicole était ravie, on le devine. Ils découvrirent qu’ils habitaient pratiquement dans le même pâté de maisons. Tout le long du chemin, le cœur de Nicole battait la cha-made et elle n’osait pas le regarder de peur que son émoi ne soit visible sur son visage. - Ce n’est pas tout à côté pour vous, le lycée, hasarda Jean, si vous le voulez, je pourrais vous accompagner les jours où vos horaires correspondent aux miens. - Vous êtes gentil, merci beaucoup. - Vous êtes si mignonne dit-il en lui souriant. Et elle se sentit rougir jusqu’à la racine des cheveux.
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Ainsi, l’habitude fût prise et au moins trois fois par semai-ne, ils firent la route ensemble en voiture. Les camarades de Nicole commencèrent à jaser. - Tu as vu, la petite Nicole, sous ses airs de sainte nitou-che, elle drague le prof. D’anglais. - C’est un ami de la famille, avait dit un jour Nicole pour mettre fin aux ragots qui, peu à peu s’était affaiblis. Jean aimait sentir Nicole tout émue dans sa voiture jour après jour il était plus attiré par elle. Un soir qu’il la raccom-pagnait, il lui prit la main. Elle n’eut aucun mouvement de recul. Enhardi, il fit un détour et s’arrêta près d’un square à un endroit où la circulation n’était pas importante. Il s’appro-cha d’elle et l’embrassa d’abord tendrement puis avec une fougue qui le surprit lui-même. Loin de le repousser, Nicole lui rendait ses baisers avec passion. - On est fous, souffla Jean. - Fous ou amoureux dit-elle avec malice. - Tais-toi, il ne faut pas. - Pourquoi ? Tu ne m’aimes pas. - Si, bien sûr, mais je suis marié, Nicole, c’est impossible. - Je ne te demande rien, seulement de me prendre dans tes bras de temps en temps. - Tu as déjà fait l’amour ? Demanda-t-il tout à coup de façon abrupte - Non, répondit-elle en rougissant. - Tu voudrais que je t’apprenne ? - Plus que tout au monde. - Alors, viens, dit-il d’une voix rauque. Il l’entraîna dans un petit studio qui appartenait à son frère et dont il avait gardé la clé. Ce dernier étant parti au service militaire, l’endroit était libre. Dès qu’ils furent seuls dans la chambre, ce fût un tour-billon de tendresse, de fougue et de passion. N’ayant rien connu avant, Nicole se donnait totalement, sans retenue, sans tabou. Ses élans de tendresse et de sensualité rendait Jean lit-téralement fou. Il ne parvenait pas à se rassasier de son corps. Ils restèrent ainsi deux heures durant lesquelles ils laissèrent 3
parler leur désir. Je t’aime, criait Nicole quand le plaisir la fau-chait, je t’aime, je suis à toi, à toi pour toujours. - Tais -toi, je ne peux pas t’aimer. - Mais tu m’aimes, avoue-le, tu m’aimes, Jean. - Non, je ne t’aime pas, je te déteste comme un fou. - Cà, c’est une déclaration d’amour souffla Nicole. - Tu ne peux pas t’offrir à ton plaisir sans ramener les sen-timents ? -Non, je ne peux pas, et toi non plus, je sais que tu m’ai-mes, regarde-moi bien dans les yeux et dis-moi : je ne t’aime pas. - Je, je t’aime Nicole. - Tu vois, je le savais. - Oui, mais tu ne peux rien attendre de moi, je ne suis pas libre, tu le sais. - Ce que je veux c’est que tu sois un peu à moi de temps en temps pour nous. Je ne te demande rien d’autre, juste un peu d’amour, seulement quelques minutes rien qu’à nous. Tu veux bien, mon Jean, dis-moi, tu veux bien? - Je veux bien mais juste de temps en temps. Ainsi, pendant six mois, Jean et Nicole se rencontrèrent dans le petit studio après s’être donné rendez-vous dans un petit bistrot qui se trouvait juste à côté. Chaque fois, c’était le délire, la folie absolue. Chaque fois, Jean éprouvait plus de plaisir, quand il était auprès de Nicole, il oubliait tout, comme s’il n’était plus lui-même. Elle le rendait fou, fou d’amour bien qu’il s’en défende ardemment. Plus le temps passait, et plus il avait du mal à se séparer d’elle. Pourtant dès qu’il rentrait chez lui, il était mal à l’aise, il s’en voulaitde mentir à Karine, inventant des réunions, des conseils de classes qui n’avaient pas lieu. Quand il regardait ses enfants, il se sentait terrible-ment coupable. Un jour, Karine parut s’être aperçue de quelque chose. Qui a -t-il chéri, tu sembles sans arrêt préoc-cupé depuis Quelques temps, il y a quelque chose qui te tra-casse? - Non, je t’assure pourquoi?
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- Je ne sais pas, tu es toujours fatigué, tu n’as plus jamais envie de me faire l’amour ; tu es distant, comme si tu étais gêné d’être avec moi, comme si tu me cachais quelque chose - Mais non, qu’est-ce que tu vas chercher, je suis un peu fatigué, c’est tout, cela arrive. - Si on prenait une semaine de vacances pour la Toussaint, nous pourrions aller à la montagne? - Oui, pourquoi pas. L’idée de partir huit jours entiers et de ne plus voir Nicole pendant tout ce temps, terrifiait Jean et pourtant, il décida de laisser sa femme prendre les choses en main. Après tout, une petite séparation l’aiderait à voir plus clair en lui-même. Ils convinrent donc de louer un chalet à Chamonix et partirent avec les enfants. Cette semaine de solitude parut interminable à Nicole. Inconsciemment, elle en voulait à Jean de faire les quatre volontés de sa femme, mais comme elle avait promis de ne jamais le gêner dans sa vie privée, elle ne fit aucun reproche. Mais elle se jura de redoubler de tendresse à son retour pour se l’attacher encore un peu plus. - Il faut qu’il ne puisse plus se passer de moi, se répétait-elle, je veux devenir sa drogue ; je veux qu’il soit intoxiqué de moi comme je le suis de lui. Pendant ce temps, Jean souffrait lui aussi de l’absence de Nicole, il s’était efforcé de faire l’amour à sa femme mais n’en avait retiré aucun plaisir ou du moins un apaisement furtif comme on peut en ressentir au moment d’un plaisir solitaire. Cela n’avait rien à voir avec les transports qu’il avait avec Nicole. Pourtant, il essayait de se répéter qu’il n’aimait pas la jeune femme, que tout n’était que physique. - Elle me fait bander, c’est tout, je ne l’aime pas, c’est Karine que j’aime et personne d’autre. Pourtant, quand il revit Nicole, il était tellement troublé, tellement heureux qu’il fût obligé de constater que c’était un peu plus qu’une petite attirance purement sexuelle. Pour ces retrouvailles, Nicole s’était mise sur son trente et un ; elle était absolument ravissante. Pour l’attirer encore plus à elle, elle 5
eut des caresses hardies, imaginatives et pour tout dire, irré-sistibles. Les deux heures qu’ils passèrent à faire l’amour furent totalement folles, inouies de violence et de passion et passèrent en un éclair. Ils se retrouvèrent hébétés sur le lit, obligés de se rendre à l’évidence, ils devaient se séparer mais n’en avaient pas la moindre envie. - Je t’aime, Jean, tu m’as manqué, si tu savais ce que tu m’as manqué ; et moi, je t’ai manqué ? - Pas énormément, osa dire Jean Depuis quelques temps, une question taraudait Nicole, elle finit par la poser : - Tu as fait l’amour avec ta femme ? - Oui, bien sûr, répondit-il avec la plus parfaite décontrac-tion, et là, il avait eu envie de lui faire mal. Après tout, de quel droit osait-elle le questionner sur sa vie de couple ? Il ne lui avait jamais caché qu’il était marié et elle n’avait pas l’au-torisation de l’empêcher d’avoir des rapports avec sa femme. - Ah ! Bon, et si moi, je faisais la grève? - Et bien, ce serait simple, je ferais un peu plus souvent l’a-mour avec Karine et le tour serait joué. - Salaud, dit-elle en le frappant à la poitrine avec ses petits poings fermés ! - Je t’avais prévenue, Nicole, je suis marié, tu n’as aucun droit sur moi. Je pensais que tu avais compris la règle du jeu. Si ce n’est pas le cas, alors, il vaut mieux que l’on se sépare. - C’est peut-être mieux dit-elle et elle fondit en larmes. Jean rentra chez lui, contrarié, mais au fond, assez soulagé de n’avoir plus à mentir et que tout rentre dans l’ordre. Au lycée, Nicole s’afficha avec plusieurs garçons de son âge, elle s’ingéniait à le narguer en les embrassant devant lui dans la cour. Jean était fou de rage et ne pouvait s’empêcher de souffrir en la regardant. Plus le temps passait et plus il était malheureux. Un jour, n’y tenant plus, il la rattrapa alors qu’el-le rentrait à pied chez elle. - Monte, dit-il en ouvrant la portière.
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Elle ne se fit pas prier, c’était ce qu’elle attendait depuis des jours et des jours, qu’il n’en puisse plus et qu’il cherche à la revoir. - Qu’est-ce qui te prend de te conduire comme une grue avec le premier imbécile venu? - Je me conduis comme une fille de mon âge et c’est mon droit, si cela te déplait, c’est comme cela et pas autrement. - Ils te plaisent vraiment ? Demanda t-il en tombant tête baissée dans son piège ; - Et toi, tu as du plaisir quand tu baises avec ta femme ? -Arrête ce jeu, où veux-tu en venir ? - Je veux en venir à nous. Tu nous as laissé tomber comme des chaussettes sales, je veux que tu réalises que nous avons besoin l’un de l’autre, c’est tout. Si tu ne veux pas le recon-naître, arrête-toi là, on ne se voit plus et je continue à mener la vie qui m’amuse. Il stoppa sa voiture. - Arrête Nicole, arrête et il l’embrassa avec passion. - Je t’aime, oui, je t’aime, là, tu es contente ? - Oui, mais heureuse, pas contente, c’est bien plus fort que cela. - Viens, mon amour, et ils se retrouvèrent dans le studio, et tout recommença, leurs étreintes, leurs baisers, leur soif intarissable de plaisir. Ils se voyaient de plus en plus souvent et si leurs rapports laissaient Jean anéanti et heureux, il était pourtant de plus en plus mal à l’aise et se sentait de plus en plus en porte à faux avec sa femme. Alors il lui disait que tout était impossible entre eux deux, qu’ils devaient tout arrêter, que c’était trop dangereux. Nicole comprenait son attachement à sa famille, mais elle ne lui demandait pas de tout quitter, seulement de l’aimer en cachette. Elle était prête à jouer les «back-street» tout au long de sa vie, mais elle voulait entendre Jean lui dire son amour. L’idée d’avoir à l’oublier la terrorisait. Pourtant, un jour où elle l’avait rejoint dans le petit café qui était devenu le lieu de leurs rencontres clandestines, Jean lui 7