Les prémices

Les prémices

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441 pages

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Persécutés par des fanatiques fascistes, papa, ma grande sœur Mariéta et moi, Sylvio, avions quitté l’Italie en janvier 1930, en emportant dans nos bagages quelques secrets bien trop lourds à porter. Quelques mois seulement après le début de notre exil en terre française, le capitaine Aristide Clément Autun, propriétaire du château Tourne Pique, proposa à papa de nous vendre la ferme de L’Arcange.
Depuis la rentrée de janvier Amandine avait intégré la classe des grands, ma classe. Afin d’anticiper sur les problèmes de bavardages qui n’auraient sûrement pas tardé à surgir, l’instituteur, monsieur Sourtis, nous avait installés chacun à un bout de la salle.

Je partais le matin de L’Arcange à vélo jusqu’au château Tourne Pique. Ensuite, je rejoignais ma blondinette dans la Delage de madame Éliette, et nous finissions ensemble le trajet jusqu’à l’école de Floréal. Amandine et sa tante avaient à plusieurs reprises insisté pour venir me prendre directement à la ferme, mais j’avais refusé. Les péripéties survenues vers la fin de l’année passée étaient toujours bien présentes dans nos esprits. Mais l’issue dramatique qui s’en était suivie au 1er de l’an de cette année 1933, nous confortait dans l’idée que je n’étais plus menacé.

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Publié le 03 novembre 2016
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EAN13 9782953286328
Langue Français
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Du même auteur1). Les raisons de l’exilCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 1 (papier + ebooks 20082009) 2) L’insolence du sortCol.Les Exilés de L’ArcangeVolet 2 (papier + ebooks 2010) 3) Les prémicesCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 3 (papier + ebooks 2011) 4) Turbulences champêtresCollection le Net au pré(papier + ebooks2011) 5) Les grands tourments Collection Les Exilés de L’Arcange Volet 4 (papier + ebooks 2012) 6) L’héritière aux deux royaumes(papier + ebooks 2012) 7) Une ombre sur le Monde Col. Les Exilés de L’ArcangeVolet 5 (papier + ebooks 2013)8) Du foin sur le greenCol. Le net au pré(papier+ebooks2013) 9 ) La princesse de bronze(papier + ebooks2013) 10) La Louve de NotreDame Collection contes et légendes (papier + ebooks2013) 11) Un exil plus loinCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 6 (papier + ebooks 2014) 12) Les belles annéesCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 7 (papier2014) 12) Les stylosbille–Col. Les exilés de L’ArcangeVolet 7 (ebooks2014) 13) Gaillard, seigneur de SaintCirqCol. Contes et légendes (ebooks2014) 14) Les cahiers de mon pèreCol. Les exilés de L’ArcangeVolet 8 (ebooks2015) 15) Des nems sauce grabuge Collection le net au pré (ebooks 2015) 16) Occitania, les voleurs de Royaume Col. Contes et légendes (ebooks 2015) 17) Un héritier à L’ArcangeCol. Les exilés de L’ArcangeVolet 9 (ebooks 2016) 18) La villa du truand(ebooks 2016) 19) les trois faces du miroir (ebooks 2016
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Les prémices
dans la série «Les Exilés de L’Arcange» Michel ZORDAN Éditions 3Z ISBN 9782953286328 Ce récit est une fiction. Toutes ressemblances avec des situations réelles ou des personnes existantes ou ayant existé ne seraient que pure coïncidence. ‘etƌouǀez l͛auteuƌ suƌ soŶ ďlogmichel-zordan.over-blog.com
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Les Exilésde L’Arcange –Les prémices Chapitre premierLe ŵoŶstre d’acierDepuis la rentrée de janvier Amandine avait intégré la Đlasse des gƌaŶds, ŵa Đlasse. AfiŶ d͛aŶtiĐipeƌ suƌ les problèmes de bavardagesƋui Ŷ͛auƌaieŶt sûƌeŵeŶt pas taƌdĠ à suƌgiƌ, l͛iŶstituteuƌ, ŵoŶsieuƌSourtis, nous avait installés chacun à un bout de la salle. Je paƌtais le ŵatiŶ de L͛AƌĐaŶge à ǀĠlo jusƋu͛au Đhâteau Tourne Pique. Ensuite, je rejoignais ma blondinette dans la Delage de madame Éliette, et nous finissions ensemble le tƌajet jusƋu͛à l͛ĠĐole de Floréal. Amandine et sa tante avaient à plusieurs reprises insisté pour venir me prendre diƌeĐteŵeŶt à la feƌŵe, ŵais j͛aǀais ƌefusĠ.Les péripéties suƌǀeŶues ǀeƌs la fiŶ de l͛aŶŶĠe passĠe ĠtaieŶt toujouƌs ďieŶ pƌĠseŶtes daŶs Ŷos espƌits. Mais l͛issue dramatique er Ƌui s͛eŶ Ġtait suiǀie au ϭde l͛aŶ de Đette aŶŶĠe ϭϵϯϯ, Ŷous ĐoŶfoƌtait daŶs l͛idĠe Ƌue je Ŷ͛Ġtais plus ŵeŶaĐĠ. De toute façon, il était hors de question de vivre ĠteƌŶelleŵeŶt daŶs l͛aŶgoisse d͛uŶe Ŷouǀelle tƌagĠdie.Amandine était arrivée de Toulouse à la fin du mois de septembre dernier. Suite à des petits problèmes de santé, son médecin avait fortement conseillé à ses parents, Chaƌles et Mathilde SeŶteŶal, de l͛eŶǀoLJeƌ ǀiǀƌe ƋuelƋues mois à la campagne. Madame Éliette, lasœuƌ de Charles
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et l͛Ġpouse du ĐoŵŵaŶdaŶt Aƌistide ClĠŵeŶt AutuŶ, l͛aǀaitdonc accueillie au château Tourne Pique. C͛est daŶs Đe ŵġŵe Đhâteau Ƌue papa tƌaǀaillait depuis er notre exil et notre arrivée en Gascogne, le 1 février 1930. Dès notre première rencontre, une profonde amitié était née entre Amandine et moi. Persécutés par des fanatiques fascistes, papa, ma grande sœuƌ MaƌiĠta et ŵoi, SLJlǀio, aǀioŶs ƋuittĠ l͛Italie eŶ janvier 1930, en emportant dans nos bagages quelques secrets bien trop lourds à porter. Quelques mois seulement après le début de notre exil en terre française, le capitaine Aristide Clément Autun, propriétaire du château Tourne Pique, proposa à papa de nous vendre la feƌŵe de L͛AƌĐaŶge.SituĠe à pƌesƋue ĐiŶƋ kiloŵğtƌes de FloƌĠal, L͛AƌĐaŶge avait été abandonnée par le dernier métayer, tout juste cinq années avant notre arrivée. Je me rappelle fort bien ma première visite dans la maison. Sa curieuse toiture aux multiples pans, et ses pièĐes ƌajoutĠes au fil des siğĐles, ŵ͛aǀaieŶt tout de suite persuadé que cette inestimable bâtisse recélait des secrets et des mystères enfouis depuis la nuit des temps. Ce que nous découvrîmes quelques mois plus tard dépassa toutes mes espérances. Après bien des
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pĠƌipĠties, Ŷous ĠtioŶs ŵaiŶteŶaŶt ĐeƌtaiŶs d͛aǀoiƌ eŶfiŶ trouvé un refuge, notre refuge. En septembre dernier, le pğƌe Guillauŵe, uŶ ƌeligieudž de l͛aďďaLJe de FlaƌaŶ, Ŷous aǀait appƌis l͛oƌigiŶe du Ŷoŵ de L͛AƌĐaŶge. Ce Ƌue Ŷous savions maintenant de cette humble maison, de ces murs Ƌui Ŷous eŶtouƌaieŶt, hissait L͛AƌĐaŶge à uŶ ƌaŶg ďieŶ supérieur à celui de simple demeure et nous confortait daŶs l͛idĠe Ƌue le hasaƌdseul ne pouvait pas nous avoir ĐoŶduits jusƋu͛iĐi. Nous ĠtioŶs ŵaiŶteŶaŶt ĐeƌtaiŶs, eŶfin suƌtout ŵoi, Ƌue L͛AƌĐaŶge aǀait eŶĐoƌe ďeauĐoup à ƌĠǀĠleƌ. Il Ŷe teŶait Ƌu͛à Ŷous de ĐoŶtiŶueƌ à touƌŶeƌ les pages de ce livre intemporel pour découvrirl͛histoiƌe Ƌue d͛autƌes aǀaieŶt ĠĐƌite. J͛Ġtais ĠgaleŵeŶt peƌsuadĠ Ƌue, plus tard, dans les tourments qui ne manqueraient pas de suƌǀeŶiƌ, L͛AƌĐaŶgenous servirait encore et toujours de refuge. Notre installation dans cette maison, après seulement six ŵois passĠs eŶ FƌaŶĐe, Ŷ͛aǀait pas ŵaŶƋuĠ de susĐiteƌde la jalousie et de la haine parmi les habitants de Floréal. Après quelques mois très tumultueux, le calme était enfin revenu. MalheuƌeuseŵeŶt, l͛aĐĐalŵiefut de courte durée et le malheur nous rattrapa en septembre dernier, ƋuelƋues jouƌs aǀaŶt l͛aƌƌiǀĠe d͛AŵaŶdiŶe, aǀeĐ le douďle assassiŶat de la ‘oŶdouillğƌe. L͛iŶsoleŶĐe du soƌt aǀait voulu que notre famille fût mêlée de très, très près à cette affaire.
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Edmonde de Barsac, que papa surnommait affectueusement la Dame en Blanc, avait alors proposé à MaƌiĠta de ƌesteƌ aupƌğs d͛elle à Paƌis, afiŶ, disait-elle, de la préserver des conséquences de cette terrible affaire. En réalité, pratiquement abandonnée par sa famille qui ƌĠsidait à l͛ĠtƌaŶger, la Dame en Blanc souhaitait que ma sœuƌ deŵeuƌe dĠfiŶitiǀeŵeŶt à ses ĐôtĠs pouƌ lui teŶiƌ compagnie. Notre famille avait fait la connaissance de cette pétillante vieille dame dans des circonstances assez extraordinaires.
Ce vendredi 3 février lorsque je me levais pour aller à l͛ĠĐole, le paLJsage Ġtait d͛uŶ ďlaŶĐ iŵŵaĐulĠà quinze. Dix centimètres de neige recouvraient la campagne. Déjà debout, papa préparait le petit déjeuner, pendant que Patou et Victor, couraient comme des fous dans la poudreuse. Ah oui, il faut quand même que je vous dise, Patou et Victor sont nos deux chiens.
Je Đƌois Ƌu͛aujouƌd͛hui tu Ŷe pouƌƌas pas alleƌ à l͛ĠĐole, ça ŵ͛ĠtoŶŶeƌait Ƌue ŵadaŵe Eliette se ƌisƋue suƌ la ƌoute par ce temps. Moi je vais aller au château à pied, si tu veux ŵ͛aĐĐoŵpagŶeƌ. Tu pourras te tenir au chaud dans le chai, près des alambics.
On verra avec Amandine. Après tout, peut-être que nous pourrions faire le chemin à pied. On arrivera en retard, ŵais Đe Ŷ͛est pas gƌave, ŵoŶsieuƌ Souƌtis ĐoŵpƌeŶdƌa.
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Au château, la Delage était effectivement restée au garage. Lorsque je proposai à ma blondinette de faire le chemin à pied, elle accepta sans hésitation. Madame Eliette Ŷ͛essaLJa ŵġŵe pas de l͛eŶ dissuader, elle lui deŵaŶda siŵpleŵeŶt d͛ajouteƌ uŶ pull-over sous son manteau.
Patou nous regarda partir, mais Victor se mitdaŶs l͛idĠe de nous suivre.
; votre placeallez, va rejoindre ton grand frère  Allez, Đ͛est daŶs le Đhai! Nous,oŶ va à l͛ĠĐole.
Comme pour ramener Victor dans le droit chemin, Patou aboya à deux reprises, le benjamin le suivit sans délai.
Arrivés au sommet de la côte de Pellegrin, la neige ƌeĐoŵŵeŶça à toŵďeƌ tƌğs foƌt, et les pas d͛AŵaŶdiŶe se firent de plus en plus pesants. Bonnet sur les oreilles et écharpe rabattue devant son visage, seuls ses yeux bleus étaient visibles. Je la sentais épuisée, mais elle ne se plaignait pas. Je me demandai alors si nous ne devions pas rebrousser chemin.
Et puis ŶoŶ, Đe Ŷ͛Ġtait pas ƋuelƋues floĐoŶs Ƌui allaieŶt nous arrêter. Je pris sa main gantée dans laŵieŶŶe et… C͛est aloƌs Ƌue Ŷous eŶteŶdîŵes uŶ ďƌuit de gƌelots. A quelques deux ou trois cents mètres, une forme encore brouillonne tirée par un attelage avançait vers nous.
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Tu Đƌois Ƌue Đ͛est le pğƌe Noël? Il est bien en retard, ou aloƌs il a ouďliĠ ƋuelƋu͛uŶ!
Si ŵa ďloŶdiŶette tƌouǀait la foƌĐe de plaisaŶteƌ, Đ͛est Ƌue tout Ŷ͛allait pas si ŵal.
ils ne doivent pas avoir très On dirait plutôt des Zingari, chaud !
C͛est Ƌuoi desZingari ?
 Des bohémiens !
Arrivée à notre hauteur,la ƌoulotte stoppa. L͛hoŵŵe Ƌui guidait les mules nous interpella. Il était chaudement vêtu d͛uŶ gƌaŶd ŵaŶteau eŶ peau de ŵoutoŶ, et ĐoiffĠ d͛uŶ lourd chapeau foncé. Une longue et fine moustache lui barrait le visage.
 Alors les eŶfaŶts, vous ġtes ďieŶ Đouƌageudž d͛affƌoŶteƌ cette neige ! Nous passons par le bourg, vous voulez faire le chemin avec nous ?
Avec Amandine, nous échangeâmes un regard assez étonné. Il passait assez régulièrement des bohémiens sur les routes, ils venaient même de temps à autre dans les feƌŵes, pƌoposeƌ de ƌeŵpailleƌ les Đhaises, d͛Ġtaŵeƌ les chaudrons ou même quémander un peu de vin. Jamais très appréciés, on les incriminait de tous les maux. LoƌsƋu͛uŶ poulailleƌ, uŶ Đlapieƌ, ou ŵġŵe uŶ jaƌdiŶ
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étaient visités, on les prenait toujours dans la ligne de mire. Le plus surprenant était de les voir circuler en plein hiver, alors que la neige tombait.
DeǀaŶt Ŷotƌe hĠsitatioŶ, l͛hoŵŵe ƌĠitĠƌa soŶ iŶǀitatioŶ.
Allez veŶez, Ŷ͛aLJez pas peuƌ, oŶ Ŷe va pas vous eŶleveƌ! Nous en avons déjà trois, le compte y est. Et puis il fait Đhaud à l͛iŶtĠƌieuƌ!
C͛est à Đet iŶstaŶt Ƌue Ŷous apeƌçûŵes au ĐoiŶ del͛Ġpais ƌideau ǀeƌt Ƌui pƌotĠgeait l͛iŶtĠƌieuƌ de la ƌoulotte tƌois petites frimousses qui nous épiaient. Cette vision nous rassura et nous montâmes sans attendre.
L͛hoŵŵe Ŷous fit eŶtƌeƌ et une bonne chaleur nous aĐĐueillit. L͛attelage ƌepaƌtit aussitôt. Tout au fond nous aperçûmes un poêle, et à côté se tenait une femme d͛eŶǀiƌoŶ uŶe tƌeŶtaiŶe d͛aŶŶĠes, occupée à repriser. Habilléede ǀġteŵeŶts assez ĐoloƌĠs et ĐoiffĠe d͛uŶ foulard, elle nous sourit.
Bonjour madame, il fait très bon chez vous !
Elle nous invita à nous asseoir sur des tabourets. Allongés sur des peaux de moutons à même le plancher, les trois enfants nous observaient avec étonnement et curiosité, ils semblaient ravis que nous ayons accepté de les
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