Lucidité post-mortem

Lucidité post-mortem

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181 pages

Description

Conçu par accident, Denis peine à trouver un sens à sa vie.
Peu de temps avant son décès, il décide de devenir donneur d’organes et sa demande est enregistrée.Mais au moment de son ultime seconde, il conserve une lucidité intacte.
Conscient de tout, il va suivre le destin de quatre morceaux de lui-même à travers la vie de leurs receveurs.
Va-t-il profiter de ce supplément de durée que la fatalité lui impose pour découvrir enfin le sens de sa vie? Il n’est pas facile de voir quatre inconnus transporter et utiliser des parcelles de soi-même; Denis sera-t-il à la hauteur de cette fabuleuse aventure?
C’est ce que ce livre vous révèle.

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Ajouté le 03 avril 2014
Nombre de lectures 13
Langue Français
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Joëlle VINCENT
Lucidité post-mortem
Quand la mort n’est plus de tout repos,
La vie explose en morceaux…
Du même auteur :
Romans : Le prix de la beauté (1998) Vérité volée (2002) La dette (2004) La mort de Juliette (2006)
Recueils de poèmes :
Emotion (2001) L’imposture (2004) Mots d’âme (2007)
Ouvrage illustré :
La voix de mon chien (2005)
TOUS DROITS RÉSERVÉS
©ÉDITIONS MAXOU Dépôt légal : mars 2009 ISBN : 2952146985 EAN : 9782952146982 Impression : Charvet Imprimeurs
Un grand merci à Bruno, Blandine et Véronique qui ont su traquer mes fautes lors de leur vigilante lecture.
Je remercie aussi tout particulièrement le professeur JeanMichel Dubernard pour avoir accepté d’arracher à son emploi du temps surchargé les heures nécessaires à la relecture de ce livre ; veillant ainsi à ce que les envolées de la romancière n’éloignent pas trop le lecteur de la réalité scientifique.
La vie n’a l’importance Que de deux pas de danse, Un bon temps apposé Sur une éternité
Et lors de leur passage, Et le sot et le sage S’en viennent partager Cette continuité.
Chapitre Premier
MAUVAIS HASARD POUR UNE NAISSANCE
7 juillet 1957 : « Naissance d’un bébé non désiré, au sein d’une famille ordinaire ». Tel aurait pu être le libellé du fairepart de naissance de Denis. Il faut dire qu’à cette époque, la vie n’était pas très clémente pour ses parents. Bérénice, sa mère entamait sa deuxième année de chômage aux côtés d’un mari, souvent en voyage, et toujours absent ; en tout cas, très éloigné de ses préoccupations quotidiennes, de ses désirs, de ses attentes, et surtout, de ses sentiments. Le principal souci de Marc était de conserver son poste de cadre dynamique au sein d’une grosse entreprise amé ricaine et, surtout, son physique avantageux qui lui
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permettait de bénéficier périodiquement des faveurs illi cites de certaines collaboratrices. Doté d’une solide imagination, ce mari volage n’était jamais à court de mensonges à servir à sa femme résignée, lors de ses nombreuses escapades improvisées. Amant médiocre, il était néanmoins très prolifique en spermatozoïdes efficaces et l’infortunée Bérénice addition nait, de moins en moins patiemment, des grossesses issues d’étreintes peu gratifiantes. Denis fut le numéro quatre d’une fratrie du même nombre. Pour sa mère, il fut peutêtre l’enfant de trop, la mal heureuse petite goutte innocente qui vient faire déborder la vasque trop remplie. Dès ses premiers jours, à la place des gestes de tendresse attendus, il eut droit aux soupirs exaspérés d’une mère fati guée et désenchantée. Avec une certaine intuition de son sort, cet enfant mal désiré eut la sagesse d’être un nourrisson facile, acceptant la nourriture de bonne grâce, économisant les pleurs inutiles. Dans son cas, toute attitude récalcitrante de bébé impa tient ou capricieux aurait, sans doute eu des conséquences tragiques ; tant sa mère était à fleur de peau, pathétique roseau oscillant entre fureur et résignation. Dès ses premiers pas, Denis décida d’acquitter son droit à l’existence en faisant rire son entourage. Triste il était, clown, il devint. Avec un talent grandissant, il fit de l’humour, son meil leur bouclier. À la maison, chez les Clément, on se mit à apprécier ses capacités de bouffon.
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Le frère et les deux sœurs qui l’avaient précédé guettaient ses numéros de comique obligé. Plus tard, ce fut à l’école qu’il déploya ses talents. De chahuteur occasionnel, il devint rapidement chef de groupe et organisateur de farces et attrapes. Cependant, une intelligence vive et surtout une curio sité à toute épreuve assorties d’une mémoire phénoménale, lui permirent d’obtenir des résultats honorables. Il se hissa d’une classe à l’autre sans réelle difficulté. Peu à peu, son parti pris d’en rire lui tint lieu de bonheur, tendant même à endormir au fond de lui, une tristesse infi nie qui datait de ses premiers instants. Bérénice, elle, ne vit rien de toute cette dualité qui habi tait son petit dernier. Toute empêtrée qu’elle était dans une vie qui la dépassait, elle peinait à l’aimer. Peutêtre étaitil trop différent d’ellemême ? Face à l’adversité, elle avait tendance à plier l’échine, igno rant que cette attitude l’entraînait sur la pente de l’amertume et des ressentiments, avec un avenir certain de haine, ne débouchant que sur un piètre espoir d’amélioration. Face à Marc qui aurait dû lui apporter l’amour, et ne lui réservait qu’un quotidien sans lumière ni tendresse, elle n’opposa aucune résistance frontale. Quand il était absent sans raison crédible, elle oubliait même de l’interroger. Il serait même intéressant de se demander si, une seule fois, elle se posa la question de la fidélité de son époux. Avaitelle confiance en lui ? Le problème ne s’était, sans doute, pas posé à elle en ces termes.
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Au fond, l’incapacité de son mari à satisfaire ses désirs, venait peutêtre même du fait qu’elle n’avait jamais su les for muler en sa présence. Les avaitelle seulement identifiés ? Comme de nombreuses femmes de ce temps là, elle avait été élevée dans le but de faire plaisir aux autres. On l’avait conduite à obéir à ses parents, à ne pas les décevoir, puis à rendre heureux un mari choisi plus par raison que par pas sion. Tout bien considéré, Marc était comme elle, bien élevé, il avait un travail intéressant, « une bonne situation », comme on le disait alors. En outre, il n’affichait aucun vice rédhi bitoire : apparemment, il était sobre, ne semblait pas attiré par les tables de jeux et, qui plus est, il était plutôt beau garçon. En somme, tout était pour le mieux, Bérénice avait fait « un beau mariage ». D’ailleurs, toute émue et blanche vêtue, comment aurait elle pu deviner, en ce radieux jour de mai 1953, qu’elle allait être mère, presque tous les neuf mois, pendant quatre ans ? Comment auraitelle pu envisager autant de moments de solitude, à l’instant précis où elle y renonçait officiellement et devant témoins ? Tout était, décidément, bien imprévisible ! La vie, sou vent ménage ses effets.
Quant à Denis, entre deux sketchs rémunérateurs de son droit d’exister, il tentait de quémander l’affection de sa mère.  Tu m’aimes, Maman ? Demandaitil souvent.  Bien sûr, cette question ! Répondaitelle invariablement,
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sans la moindre émotion, avant d’ajouter, le plus souvent :  Tu as fait tes devoirs ? Tu as fini de manger ? Tu as pré paré ton cartable ? Autant d’interrogations mécaniques qui suivaient, sans jamais vraiment y répondre, le questionnement pathétique de son petit dernier en manque permanent d’amour.
Petit garçon oscillant entre mélancolie intérieure et eupho rie apparente, Denis souffrait mais ne le montrait jamais. Il observait son monde alentour, relevant tous les détails des personnalités qu’il côtoyait. Les moindres défauts et fai blesses de ses proches lui sautaient au visage. Ainsi, il fut le premier et, peutêtre le seul à savoir, dès son plus jeune âge que son père mentait à sa mère. Mais, n’étant pas le centre du monde, loin s’en fallait, et bénéficiant d’un statut d’incognito permanent, il put, sans difficulté se permettre de ne pas creuser la question ni même l’évoquer en famille. Les Clément habitaient, dans la banlieue parisienne, un petit pavillon confortable. Construit en U et entourant un jardin intérieur, il mettait la vie quotidienne à l’abri des regards indiscrets. À la maison, Denis partageait la chambre de son frère, Pierre, tandis que ses deux sœurs, Brigitte et Françoise, âgées, respectivement de trois et quatre ans à la naissance de Denis, disposaient de la leur. Pierre qui était l’aîné était un enfant réservé et très orga nisé. Son premier souci, à l’arrivée du dernier né, fut de préserver les quelques jouets qui constituaient son univers privé.
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