Vérité volée

Vérité volée

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266 pages

Description

L’existence chaotique d’un être privé d’identité qui traîne à longueur de beuveries un secret bien trop lourd . Et , à ses côtés, une femme, éperdue qui tente de démêler l’écheveau de la nasse infernale qui l’emprisonne.
Secret de famille,non-dits, meurtres et mensonges sont autant d’obstacles qu’elle devra surmonter pour rendre à l’homme qu’elle aime, sa vérité.

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Ajouté le 03 avril 2014
Nombre de lectures 24
Langue Français
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Joëlle VINCENT
Vérité volée
Secréts de famille, non-dits, meurtres et mensonges...
Du même auteur (Romans)
Le prix de la beauté (1998) La dette.(2004)
Poèmes : Emotion (2001) L’Imposture(2004)
TOUS DROITS RÉSERVÉS
© EDITIONS MAXOU Dépôt légal mai 2004 ISBN : 2-9521469-2-8
IMPRESSION : MEDCOM 130 cours Albert-Thomas 69008 LYON 04 72 78 01 33
Je dédie ce roman à Yves.
Un grand merci à Corinne Mayeux pour son aide précieuse.
CHAPITRE PREMIER
Gaëlle restait prostrée dans un fauteuil de son petit studio; ce qu’elle venait d’apprendre, bouleversait tellement sa vie qu’elle ne savait comment aborder le problème. Enceinte, il fallait qu’elle l’admette, elle était enceinte; elle portait en elle un petit individu qui n’avait rien fait pour être là, mais qui existait, bel et bien, avec tout le cortège de cata-strophes inévitables que cette présence inopinée n’allait pas manquer de déclencher. On appelle cela un heureux événement! Quelle farce! C’était, sans doute, la pire chose qui pouvait m’arriver en ce moment, se dit-elle avec amertume. Bien sûr, l’heureux papa n’était pas au courant! Quelle serait sa réaction? Oh ! Il n’allait pas sauter de joie. Avoir un enfant d’une gamine de vingt ans, quand on en a quarante et que l’on est marié à une femme richissime, maladivement jalouse ;il est clair que ce n’est en aucun cas, un sort envia-ble. Comment réagirait Maryse si elle apprenait qu’elle avait été trompée ?Sa première réaction serait certainement de dépouiller son mari. Pauvre Karl! Il ne le supporterait pas; il aimait tellement le luxe et la vie facile que la fortune de sa femme lui offrait… Fallait-il seulement lui apprendre cet accident? Ne valait-il pas mieux le préserver, s’enfuir, affronter seule, la dure réalité ? Du côté de ses parents, Gaëlle savait qu’elle n’aurait aucun soutien. Le fait qu’elle ait quitté sa Normandie natale, pour tenter sa chance à Paris dans le cinéma, avait rompu tous les liens existants. Gaëlle entendait déjà sa mère lui dire:
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«Tu es partie à l’aventure, cela devait arriver; quand on cherche le malheur, on le trouve. Et pourtant, c’était le bonheur qu’elle poursuivait, la liberté. Elle avait voulu s’éloigner du petit milieu de sa famille. Tous ces gens étriqués, sans rêve, sans ambition, qui ne cher-chaient qu’à reproduire à l’infini, ce qu’avaient entrepris leurs parents et leurs grands-parents. Chez Gaëlle, depuis des générations, les hommes étaient médecins, les femmes élevaient leurs enfants, certaines, plus hardies, avaient fait de l’enseignement, c’est commode, avec les vacances, on peut quand-même s’occuper des enfants! Chez elle, on ne s’attardait pas à la beauté physique. «Cela ne se mange pas en salade», répétait toujours son grand-père. Mais Gaëlle était belle, évanescente, troublante. Blonde, avec des yeux que l’on ne pouvait oublier; une grâce natu-relle qui la faisait évoluer comme si elle dansait. Pour ses parents, cette séduction était gênante, elle les perturbait, quelque part, parce qu’elle représentait le péché, la tentation. Dès l’âge de seize ans, Gaëlle se rendit compte de l’effet qu’elle produisait sur les hommes. Ils étaient fascinés par elle. Elle savait que, partout où elle allait, on se retournait sur son passage. A l’école, déjà, ses petits camarades de classe rêvaient d’elle et tentaient par tous les moyens de l’approcher, de faire d’elle une amie. Côté filles, elle était très peu entourée; les autres la fuyaient, conscientes de la concurrence. Apparaître à ses côtés, signifiait rester dans l’ombre; on ne voyait qu’elle et son regard vert clair. Il n’y avait que Charlotte qui l’aimait; c’était une petite rousse pétillante et pleine d’humour, qui ne craignait pas la comparaison. Alors, Gaëlle lui faisait confiance, lui racontait ses peines, ses rêves. Il leur arrivait de parler pendant des heures, sans voir le temps passer.
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Ensemble, elles bâtissaient un monde heureux où le plai-sir n’était pas un péché, où ce n’est pas laid d’être beau; où les gens aiment la vie; où la jalousie n’existe pas . Dans leur univers, il y avait des couleurs, des sensations, des émotions qu’elles seules partageaient en secret. Charlotte était passionnée par le théâtre, Gaëlle, plus tentée par le cinéma. - «Que feras-tu après le bac?» demandait Charlotte, - «J’irai à Paris et je deviendrai actrice. - «La pellicule, c’est super, mais, ce n’est pas vivant, tu n’as pas de contact avec le public; sur une scène, tu es face aux gens, tu entends leurs murmures, leurs rires, tu sens leurs émotions. Mais, dans le théâtre, c’est aussi à Paris qu’on peut réussir, je partirai avec toi.» - «Alors, il faut l’avoir ce bac, sinon, les parents ne nous laisseront jamais la paix.» Il ne restait que deux mois avant l’examen fatidique. Gaëlle et Charlotte mettaient les bouchées doubles. Elles révi-saient ensemble, se privaient, le plus souvent, de sorties et réduisaient au maximum, le temps de leurs confidences enfié-vrées. Ce n’était plus le moment de rêver, il fallait apprendre, potasser encore et encore des matières qui ne les passion-naient guère mais qui étaient indispensables à ce fameux passeport pour la liberté. Le bac en poche, on pouvait toujours dire qu’on allait à Paris pour y fréquenter les meilleu-res universités. La Sorbonne n’est-elle pas réputée? Quand on interrogeait les deux jeunes filles sur leurs projets d’avenir, elles répétaient invariablement qu’elles désiraient enseigner le Français. L’enseignement était un métier toléré pour une femme, dans leur milieu, étant compatible avec l’éducation des enfants. Bien sûr, il n’était pas question, ni pour l’une, ni pour l’au-tre d’évoquer le métier d’actrice de théâtre ou de cinéma; dans leur famille, cela équivalait à annoncer que l’on rêvait de se prostituer. Les épreuves arrivèrent et nos deux candidates étaient assez bien préparées.
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Gaëlle réussit le sien avec mention, tandis que Charlotte l’obtenait de justesse. Cela n’avait, évidemment aucune importance pour nos deux amies qui étaient ravies d’avoir atteint leur but. Les pourparlers au sujet de leur départ à Paris furent longs et difficiles. Etait-il convenable de laisser deux jeunes filles seules à Paris? Le fait qu’elles partent ensemble plaida en leur faveur; les deux familles se connaissant et s’appréciant, voyaient d’un assez bon œil cette association. Il fut donc convenu de les inscrire à la Sorbonne pour la rentrée suivante. Les deux amiesexultaient. - «On a gagné! »s’écria Charlotte en serrant Gaëlle dans ses bras , «on les a eus» - «Je voudrais m’inscrire au cours Dullin, qu’en penses-tu- «Je crois que c’est une excellente idée! toi, tu seras remarquée tout de suite, moi, je devrais faire preuve de plus de talent- «De toute façon, on est les meilleures! et on réussira toutes les deux! Après un été agité où Gaëlle et Charlotte n’avaient cessé de rêver en échafaudant des plans sur la comète, le jour du départ arriva enfin. Elles quittèrent la Normandie sans le moindre regret. Inscrites à la Sorbonne, elles s’y rendirent, les deux premiers mois, assez assidûment, puis, tout changea le jour où elle furent admises au cours Dullin. Depuis ce moment-là, leur existence fut entièrement rythmée par le théâtre. Elles apprenaient, jouaient, couraient voir les dernières pièces à la mode et sortaient avec leurs camarades de cours. La Sorbonne était désormais bien loin de leurs préoccupations. Elles ne se souciaient même pas des dates d’examens, qu’elles n’avaient, du reste pas l’intention de passer. Elles mentaient régulièrement à leurs parents, oubliant, bien sûr de leur parler de leurs occupations principales.
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Un an passa sans que ces derniers se rendent compte de la supercherie. Cependant , au moment des examens de fin d’année, il fallut faire face. Charlotte mentit encore, avouant que les épreuves étaient trop difficiles et qu’elle avait tout échoué. Gaëlle joua la carte de la franchise, ce qui lui valut d’être rejetée par le banc et l’arrière banc. Quand on la somma de rentrer, elle refusa catégorique-ment de rentrer, aggravant encore son cas. Ses parents lui avaient coupé les vivres, il lui fallait trouver du travail. Elle se mit à poser pour des peintres, des sculpteurs et des photogra-phes. Sa beauté et son travail firent merveille au théâtre où elle fut engagée pour plusieurs pièces. Mais c’était le cinéma qu’elle visait. Charlotte eut, elle aussi quelques propositions mais, l’an-née suivante, elle devrait segmenter son emploi du temps car il lui fallait suivre les cours de la faculté et , cette année, réus-sir ;ses parents ne tolèreraient pas un nouvel échec. Ayant appris les activités de Gaëlle, ils lui interdirent de continuer à la fréquenter. Elles se virent donc en cachette, ce qui, compte tenu de la distance qui les séparait de la Normandie, n’était pas difficile. C’est à cette époque qu’elle commencèrent à être invitées dans des soirées parisiennes. Un jour, une réception fut donnée chez les Freedman et elles y furent conviées. Ces derniers avaient une fille de leur âge qui suivait les même cours à l’université; - Que dirais-tu de venir danser chez moi, samedi soir? Mes parents organisent une fête pour mes 18 ans . - Cela me ferait très plaisir, mais, me permettrais-tu de venir avec mon amie Gaëlle, tu verras, elle est super. - Bien sûr! comme on dit, plus on est de fous… - Gaëlle sera ravie, merci beaucoup. Les deux amies se mirent ce soir-là sur leur trente et un. Charlotte portait une combinaison pantalon beige clair, très originale à l’époque, nous étions en 1939. Gaëlle opta pour 5