Considérations politiques sur l

Considérations politiques sur l'état actuel de l'Europe , par M. D. S. C. D. L. T. D.

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impr. de Nicolas et Boutonnet (Paris). 1805. II-108 p. ; in-8.
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Ajouté le 01 janvier 1805
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Langue Français
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CONSIDÉRATIONS
POLITIQUES
SUR L'ETAT ACTUEL
DE L'EUROPE,
PAR M. D. S. C. D. L. T D.
A PARIS,
IMPRIMERIE DE NICOLAS ( Vavclvse) et BOUTONET,
rue Neuve-Saint-Augustin N*. 5.
i8o5.
P R E FA C E.
JE n'ai trouvé, jusqu'à présent, que des re-
cueils de traités et de négociations plus ou
moins imparfaits, que des histoires dans les-
quelles la marche générale de la politique n'est
traitée que secondairement, et va se perdre dans
une foule d'intérêts privés, d'intrigues de cour,
de tracasseries de ministères.
Les volumineux ouvrages des publicistes,
surchargés de science et d'érudition, m'ont paru
plus méritoires qu'utiles ils m'indiquent quel-
ques vues désirables, m'apprennent à merveille
le passé, et ne servent à rien pour le présent.
Ils ressemblent à ces théories abstraites et su-
blimes que tout le monde admire, et dont per-
sonne ne fait usage.
Il m'a semblé de quelque intérêt de consi-
dérer les Nations d'abord sous un rapport indi-
viduel, de former ensuite des liens communs
entre elles, et de les rassembler en corps, social;
de tracer la marche et l'influence de chaque Puis-
sance sur la vie et les phases du corps politique,
de marquer leur âge de reconnaître leur ten-
dance et leur direction, et d'écrire enfin l'histoire
decettegrande association politique, comme on
écrirait celle d'une société particulière.
Ce plan d'une vaste étendue m'avait engagé
à rassembler de nombreux matériaux, mais
malgré la suite et la constance de mes veilles,
il m'eût fallu encore quelques années pour com-
pleuer mes recherches.
Des circonstances imprévues m'ont forcé de
hâter mon travail, de rassembler mes idées dans
l'espace de quelques jours, et de livrer au public
un s impie dessin au trait, aulieu d'une Académie
complète et vivante. Les grandes masses y sont
posées, les idées mères émises, la marche tracée,
la conclusion établie. Les détails qui doivent
servir à orner le tableau le coloris du style, le
développement des idées et leur liaison man-
quent; mais ils seront l'objet de mes premiers
loisirs.
Pour bien juger cette esquisse, il faut consi-
dérer que son mérite essentiel consiste dans la
conception du plan, dans la force et la justesse
des idées; que l'érudition n'y est employée que
pour fortifier les principes, et que l'obligation
de suivre une marche rapide et accélérée a né-
cessité une indication défaits tellement serrée
et précise qu'ils paraissent quelquefois se con-
fondre. Je sais qu'uneplume exercée, un homme
àgrands talens aurait surmonté ces obstacles;
mais je n'ai point prétendu au mérite littéraire,
et je reconnais franchement qu'il est nul dans
cet ouvrage. Mon but unique a été d'émettre
des idées neuves et utiles. Comme français ,j'al
voulu payer ma dette au génie qui nous gou-
verne, et comme homme, m'acquitter envers le
héros devenu l'espoir de l'univers.
1
.SUR L'ÈTAT ACTUEL DE L'EUROPE.
J\j o u s avons été si long-tems abusés par des
mots qu'il est naturel de se défier de leur pres-
tige.
Celui de Politique est devenu un terme si vul-
gaire et si banal que tout le monde l'emploie et
qu'il est descendu jusques dans la plus basse
classe du peuple. Mais, autant que j'ai pu m'en
appercevoir, le sens que chacun y attache n'est
jamais le même; c'est en quelque sorte une espèce
de terme occulte et mystique dont on se sert au
hasard et qu'on appelle à son secours pour rendre
compte de ce que l'on ne sauroit expliquer.
Les mots de Droit des gens Droit public,
plus imposant encore, ne sont pas employés avec
plus de discrétion et de clarté par la foule de
prétendus savans hommes d'état, etc. etc.
Je crois donc devoir donner ma définition. Si
elle est mauvaise, elle me servira au moins à
r
CONSIDERATIONS
POLITIQUES
m'entendre avec moi-même, ce qui n'est pas un
mérite, médiocre.'
La Politique appartient à l'art de conjectu-
rer, comme toutes les Sciences dont la base est
l'expérience et l'observation et dont la pratique
consiste dans l'application de ces deux moyens.
La Politique pour un individu est l'art de
se conduire habilement avec les autres et de les
influencer de manière à tirer d'eux le plus grand
parti possible pour son bien-être.
La Politique, dans le sens général, comprend
la Politique extérieure et intérieure.
La Politique extérieure n'est que la transpo-
sition d'une puissance dans l'ordre social des
nations, à la place de l'individu dans une réunion
d'hommes.
La Politique intérieure est la connaissance
des hommes et de leurs intérêts l'art de rassem-
bler, de diriger leurs forces individuelles pour
les faire concourir soit en masse, soit par des
voies distinctes, au même mouvement, et arriver
au même point qui est le but de l'nomme d'état.
Le Droit des gens est le droit de ceux qui ne
reconnaissent aucune autorité supérieure c'est
le code du juste et de l'injuste. Il est, pour ainsi
dire préexistant à l'homme.
Le Droit public est le code des lois qui doivent
déterminer les rapports des nations entr'clles.
L'un semble tenir son origine de la Divinité,
Vautre est la création de l'homme civilisé.
Si les nations réunies d'intérêt et de volonté
avaient pu se rassembler toutes ensemble elles.
auroient posé les fondemens du droit public.
Mais cette réunion étant impossible il a fallu
en léguer le soin aux réunions les plus fréquentes
et les plus nombreuses et regarder comme
l'expression de la volonté générale les points de
droit fixés et reconnus dans les stipulations par-
ticulières.
Des savans ont rassemblés ces principes épars
dans diverses conventions et, eny ajoutant leurs
propres réflexions ils en ont formé un code
complet. Ce code n'a point reçu de sanction au-
thentique, il n'existe et n'a de vigueur que par
une reconnaissance tacite.
Son pouvoir repose sur le sentiment général du
bon et du mauvais de l'utile et du nuisible, sur
un respect naturel pour le vrai et le juste.
Le Droit public doit sa naissance à la concur-
rence et à la rivalité son existence tient à l'équi-
libre entre les corps politiques; son but est la
conservation de cet équilibre.
Les publicistes et les historiens sont d'accord
pour citer l'année 1648 comme l'époque où l'Eu-
rope commença à sortir de la barbarie; peut-être
est-ce au choc des intérêts religieux que nous
sommes redevables de ce grand événement. La
Réformation (a) donna le premier exemple d'une
union constante entre des princes trop faibles pour
résister séparément à l'ennemi commun (ligue de
Smalcade i53o). Les troubles religieux firent
sortir les princes les peuples et les rois de leur
assoupissement.
Jusqu'alors on n'avait vu que des conquérans
et des dévastateurs.
Des peuples s'élevaient tout-à-coup dominaient
le monde en le ravageant et s'éloignaient avec
le génie qui les avait tirés de l'engourdissement.
Tous étaient opprimés ou oppresseurs soldats
ou serfs ce courage féroce était la seule vertu
les héros n'étaient que des brigands nourris dans
le sang et vivant de pillage alors seulement des
états sortirent du néant des puissances se ba-
lancèrent, une rivalité s'établit, l'état faible eut
un soutien dans l'état fort, l'état fort un intérêt
à soutenir le faible les forts se craignirent, l'on
prononça les mots de juste et d'injuste, et un
droit public s'établit.
Le fer étant balancé par le fer on ne connut
d'autres moyens de rivaliser que de conquérir
et la rivalité fut le berceau des arts et des sciences.
( a ) Voyez le savant ouvrage de Villers sur Vinfluenct
de la réformatian.
Le Droit public devint la base de ces mêmes
alliances qui l'avaient enfanté. L'ensemble de ces
alliances forma entre chaque puissance un système
fédératif; une force morale inconnue jusqu'a-
lors, se joignit à la puissance physique augmenta
celle du fort et consolida celle du faible.
Ainsi la force fédérative s'unit à la force d'ad-
ministration et à la force militaire les doubla
et les utilisa et telle est l'influence de ce nouvel
agent, que sans lui les états deviennent, dans la
loterie des évènemens le jouet des circonstances,
et ne sauraient profiter des chances utiles ni
prévoir les mauvaises.
Un état ne peut avoir une existence stationaire:
il tend ou vers sa prospérité, ou vers sa décadence.
Et, s'il semble rester immobile lorsque tout
change autour de lui il rétrograde aussi rapide-
ment dans le passé que les autres s'avancent dans
l'avenir.
Un Systéme politique prit naissance à la paix
de Westphalie jettons un coup-d'oeil rapide sur
les élémens qui le composaient.
La maison d'Autriche cette puissance do-
minatrice vaincue et abbatue par les armes sué-
doises et françaises avait été forcée de recon-
naître des rivaux. Tous les princes du second
ordre tant en Allemagne qu'en Italie se pres-
saient autour de leurs libérateurs les gueux d»
la Hollande avaient à peine brisé leurs fers et
n'avaient encore d'appui que dans cette même
France qu'ils venaient gratuitement de trahir (a).
Le Dannemarck n'exerçait qu'une influence
partielle.
La Pologne toujours en guerre avec la Suède
et là Moscovie était barbare et quelques hordes
de Sarmattes transportées sur les bords du Rhin
avaient seules révélé son existence à la France.
La Turquie se rappellant l'alliance de Fran-
çois Ier. n'entrait dans la balance politique que
comme moyen de diversion contre la branche
autrichienne allemande.
Enfin la mort du Grand Gustave ne laissait
à la France qu'une influence conservatrice en lui
enlevant toute idée de domination.
De longues et sanglantes guerres des dissen-
tions cruelles avaient fatigué les individus et les
corps politiques; un besoin universel de repos
se faisait sentir; un grand pacte celui qui servit
depuis de base de modèle et d'autorité à toutes
les stipulations avait été juré tout promettait
un avenir tranquille et stable.
( a) Les Hollandais, protégés par la France, trahirent t
leurs sermens en faisant une paix séparée avec leurs an-
ciens maîtres. Il est remarquer que la France ne fut pas
heureuse dans la protection qu'elle accorda à deux peuples
indépendans.
Deux siècles ne sont pas écoulés, et je retrouvè
à peine les vestiges de ces grands événements j
les hommes les états tout a changé le néant
a dévoré la gloire et la puissance où le néant
régnait s'est élevé la grandeur et le pouvoir. Des
nations semblent ne plus exister que pour rap-
peller de grands souvenirs des peuples alors
inconnus remplissent l'univers de leurs destinées;
un nouvel ordre moral s'est établi l'ouvrage du
tems, cette opérationlente et presqu'insensible qui
conduit tout ce qui existe par l'anéantissement
en le promenant vers les différens degrés d'ac-
croissement, de perfection et de déclinement
a tout-à-coup été précipitée les évènemens hâtés
fuyent rapidement dans le passé un GRAND
Peuple s'élance dans l'avenir.
Le mouvement des individus se joint à cette
grande impulsion les passions fermentent et
bouillonent; on voit naitre une foule de petits
tyrans qui jouent les grands hommes pendant
quelques instans mais que les flots de la révo-
lution roulent avec eux anéantissent dans leurs
abymes ou vomissent sur leurs bords le pou-
voir tombe alternativement dans les mains du
plus habile et du plus inepte. C'est par le crime
qu'ils sont tous montés c'est par le crime
qu'ils sont précipités j l'élévation de ces tigres
caméléons se renouvelle sous mille formes dif-
férentes et en les voyant disparaître on peut
s'écrier avec le chantre de la Religion Je les ai
vus ces rois étonnant la terre de leur puissance;
je n'ai fait que passer ils n'étaient déjà plus.
Mais un grand homme arrive et parvient au
sommet de la roue glissante de la fortune; c'est
lui qui ramene dans ces contrées le bonheur et
la tranquillité. Je les vois à ses côtés tenant en
main les lauriers immortels dont ils le couron-
nent. C'est sous son égide qu'ils apparaissent à
la France dont le génie éploré et vaincu expi-
rait dans les convulsions. Le héros s'approche,
il brise ses chaînes, et la France retentit de cltants
d'allégresse l'Europe tremble et la face de l'u-
nivers est changée.
Quels événemens ont rempli cet intervalle 1
Quels nouveaux élémens ont préparé une crise
aussi terrible ?
C'est au commencement de ce siècle c'est à
la paix d'Utrecht (1713) qu'apparaissent ou se
développent les germes de tant de révolutions.
Louis XIV oublia que le rôle de puissance
rivale était alors le plus beau que la France eût
à jouer non content d'être le protecteur de
l'Europe, il voulut en être le conquérant, et lui
dicta successivement des lois aux paix de Nimeguo
1678, et de Riswich 1698.
La mort du faible Charles III, roi d'Espagne
amena le grand événement d'une guerre dans la-
quelle l'Europe conjurée vengea, à la vérité, les
afrronts que le monarque français lui avait fait
subir, mais dont le résultat fut 1°. La sépara-
tion de l'Espagne et de l'Autriche en rompant
les liens de famille et le noeud politique qui les
unissaient ( les Pays-bas ) a". L'élévation de la
famille Bourbon à la place de famille prépon-
dérante.
Une puissance naquit presqu'au même instant;
la Prusse baignée par l'Oder vit, pour la pre-
mière fois ses rois.
Le génie de Pierre Ier. brillait déjà dans les fri-
mats de la Moscovie cet homme demi-tigre et
demi-héros apprenait d'un grand fou à vaincre
à force d'être vaincu.
L'Angleterre dont le nom était ignoré en
1648 avait successivement paru dans la triple
alliance signée à la Haie 1668 ) et au traité
de RIswich elle avait soulevé l'Europe contre
Louis XIV, et mettait à exécution ce fameux acte
de navigation, espèce de déclaration de guerre
jurée par un peuple à tous les autres peuples.
Les Hollandais qui tenaient le sceptre du com-
merce enlevé aux Portugais et aux Espagnols
dans les mains desquels la découverte du Cap
de Bonne Espérance et de l'Amérique l'avait re-
mis au détriment des Génois et des Vénitiens
les Hollandais étaient forcés de céder aux An-
glais l'Empire de la mer.
LaSuede, conduite par Charles XII, avait
été sur le point de reprendre le rôle qu'elle avait
joué en 1648, lorsqu'après la conquête dé la
Pologne le monarque suédois fixant ses regards
sur là France etlaRussie balança dans sa pensée
le sort de l'Europe. L'Autriche conjura l'orage;
Charles XII signa le traité d' Altranstadt (1708),
et fut ensevelir à Pultawa sa gloire et les des-
tinées de son pays.
La Pologne vit ses voisins puissans usurper
le droit de lui donner un maître et préparer son
démembrement.
La Turquie tombée dans l'inertie et menacée
par un nouvel ennemi, ne fit plus trembler que
les malheureux habitans des provinces qu'elle
avait autrefois conquises.
La Prusse, la Russie, une puissance mari-
time, voilà trois nouveaux èlémens politiques.
Examinons comment ils se sont combinés avec
les deux seuls qui restassent, l'Autriche et la
France.
t
L'ANGLETERRE.
L'Angleterre long-tems conquérante, n'eut
une marine que pour transporter ses rois et ses
preux Bretons sur le continent ou pour insulter
les côtes de ses ennemis.
De cruelles guerres civiles de sanglantes ré-
volutions fixèrent les Anglais dans leur lie, ces
déchiremens, ces violentes secousses internes des
nations précèdent toujours de grands événemens.
Il semble que le corps politique ait été ravivé,
que les individus aient été retrempés c'est du
sein du désordre et de la confusion qu'un peuple
embrasse de grandes destinées, et marche à grands
pas vers leur accomplissement.
Le farouche Cromwel sut d'un bras régicide
maîtriser les partis; nommé protecteur ( 1649)
ses regards se portèrent sur l'Europe un code
des nations venait d'être signé un équilibre con-
tinental établi.
De quel poids pouvait être, dans la balance,
une île une population de cinq millions d'ha-
bitans encore divisés, hors de rapport et dénuée
d'influence matérielle sur le continent ? L'ambi-
tion et l'intérêt du protecteur lui firent envisager
l'Europe sous un nouveau jour. Son génie saisit
l'ensemble, et, se plaçant entre les quatre parties
du monde il osa en combiner les rapports.
Les Portugais et les Espagnols avaient décou-
vert les Deux-Indes; suivis et surpassés par les
Hollandais ils avaient créé de nouveaux rap-
ports entre l'Europe et le reste de l'univers ils
avaient ouvert une nouvelle branche à l'industrie
des peuples une nouvelle source de richesses
aux nations.
( i ) Cromwel dit aux Anglais allez conquérir
l'Europe dans les Indes à ses successeurs con-
quérez Y Amérique en Europe. Il dit et proclama
cet acte de navigation acte d'iniquité par lequel
l'industrie d'une nation déclare la guerre à toutes
les autres.
A cette époque l'esprit chevaleresque qui
avait animé jadis ces preux Bretons se trou-
vait en opposition avec l'esprit mercantile. L'Eu-
rope soumise à la féodalité fruit du fer et du
courage admirait la noblesse sous un grand roi
( Louis XIV), (2) et tous les peuples étaient
sous le régime nobilier un homme valait par ses
pères son courage et sa vertu. \J Angleterre
marchande opposa ses nouveaux principes à
la force morale qui régnait dans l'Europe le
commerce marcha en sens contraire de toutes
les monarchies; un homme ne valut que parce
qu'il possédait la propriété fut le seul serment
d'attachement à son pays le seul droit à l'estime
et à la faveur de ses semblables. Cette fureur de
posséder ce besoin d'acquérir cet orgueil de
celui qui peut tout avec de l'argent, devinrent
l'esprit de la nation.
(5) Tandis que les puissances de l'Europe con-
quéraient des possessions lointaines et ne coloni-
saientpas; tandis qu'à l'exception dela Hollande
(4) les peuples n'étaient commerçans qu'en soule-
vant le joug de l'opinion et des lois prohibitives,
Y Angleterre se saisissait habilement d'un grand
lévier.
La puissance du commerce se glissa dans le
corps politique et filtra pour ainsi dire à
travers les ouvertures de ce colosse d'architec-
ture gothique elle a miné nivelé tout ce qui
était élevé, pour ne laisser que la puissance de
l'avoir; et lorsqu'un roi mal conseillé, Louis XVI,
( 1787) déclara que le fils du négociant n'était
pas capable de défendre son pays, -Je commerce
dut sourire de pitié (5) depuis long-tems il avait
arraché la pourpre qui couvrait la noblesse ou
s'en était paré. Depuis long-tems il avait mis son
pied roturier jusque dans le cabinet du prince, sur
les marches du trône et préparait la catas-
trophe qui l'en fit descendre. La première lettre-
de-change tirée biffa un parchemin le premier
Samuel qui fit la banque brûla un chartrier.
Cr,omwel ( 6 ) met à exécution le plan qu'il avait
adopté il attaque les Hollandais qu'il ne peut
tromper, et leur dicte des lois (i654) il enlève la
Jamaïque à l'Espagne (7), signe le premier traité
de commerce ou plutôt le premier acte de fraude
avec Jean IV roi de Portugal et meurt après
avoir obtenu Dunkerque de la France ( i658
a3 septembre).
Richard son fils laisse la couronne à
Charles II, fils de l'infortuné Charles I". Ce
prince acquiert Bomba je par le chef de sa femme
fille de la reine de Portugal il fonde des
comptoirs sur les côtes à! Afrique vend Dun-
kerque à Louis XIV se joint à lui pour acca-
bler les Hollandais et par la paix de Bréda
( 1667 ) obtient les possessions Hollandaises
dans Y Amérique septentrionale New-Yorch et
New-Jersej. La guerre se rallume peu de tems
après, et se termine par le traité de Westminster
( 1674) où Y Angleterre conserveses avantages.
Charles II meurt (6 février i685), et son
frère Jacques II lui succède. Son gendre
Guillaume le Sombre statouder de Hollande
ennemi du monarque français, débarque en An-
gleterre (5 novembre i688)(8), déteôneJacques II
et marche sur les traces de Crumwel; moteur
de la ligue d'Augsbourg ( 1686 ) il fait faire un
grand pas à la puissance commerciale anglaise;
illustre sa marine militaire par le combat de La-
hogue ( 1691 ) et reconnu roi à la paix de Riss-
wich ( 1 698 ) il meurt ( 1 mars 1 702 ) léguant
à ses successeurs sa haine contre la France qui
se trouve engagée dans une guerre avec toute
l'Europe. La princesse Anne fille de Jacques II
lui succède elle continue la guerre et l'Europe,
qui semble ne s'être pas doutée jusqu'alors qu'il
existât une Angleterre la voit au traité à'Utrecht
( 1 7 1 3 ) prendre rang parmi les puissances pré-
pondérantes, forcer la France araser Dunkerque,
lui arracher la baie d'Hudson Saint-Christophe,
l'Acadie Port -Royal Terre- neuve, et les
{les adjacentes; enlever à l'Espagne, Mahon
et Gibraltar. Dans les guerres et les alliances
précédentes avec les Hollandais, elle avait tou-
jours usurpéquelques possessions, ouvert quelques
débouchés ravi quelques privilèges.
La rapidité avec laquelle je trace ces évène-
mens, est nécessitée par le plan de cet ouvrage.
J'aurais desiré m'étendre davantage sur cette phase
historiqne de l'empire britannique; Louis XIV a
jetté un tel grandiose sur son siècle, qu'il eut été
attrayant de considérer long-tems les événemens
de son règne. Jusqu'au traité d'Utrecht, l'Angle-
terre n'était pas encore entièrement débarrassée
des langes de la féodalité l'esprit de guerre tonti-
nentale régnait encore. Malborough fut le der-
nier des chevaliers (9) et des généraux anglais
sa patrie continuellement en guerre ue pouvait
encore mettre en œuvre ce savant système de
guerres lointaines et de négociations perfides
qu'elle développa depuis.
La naissance de la Prusse et la Russie mit
dans ses mains deux nouveaux élémens, dont elle
sut faire les marche-pieds et les soutiens de sa
grandeur; elle basa son système politique sur ce
principe immuable -.faire naître une guerre con-
tinentale, et sous le beau couvert de secours
et de protections accordés à quelques puissances
du continent enlever des colonies dépouiller
les commerçans ravir de nouveaux privilèges,
de nouvelles branches de commerce se servir
du prétexte monstrueux des lois prohibitives de
la guerre pour ruiner le commerce des neutres.
Cependant la Reine meurt ( 1 7 1 4 ) et les Pairs
du royaume appellent Georges 1er., reconnu élec-
teur de Hanover aux paix d'Utrecht ( 1713) et
de Rastadt ( 1 7 1 4 ) ce prince était le plus proche
parent dans la ligne protestante.
Si Malborough fut le dernier des conquérans
anglais Guillaume fut le dernier des rois mo-
narchiques. Une nation commerçante où tout se
pèse au poids des richesses, ne peut avoir pour
3
roi, comme disent les Anglais, qu'un homme
qui signe. Le monarque n'est qu'un fantôme,
tout négociant, tout marchand est également en-
nemi de la monarchie et des principes républi-
cains aucun de ces deux états ne peut se com-
biner avec l'esprit mercantile et toutes les fois
qu'ils se trouvent réunis ils sont en opposition
directe. Mais par des forces entièrement opposées,
l'un tend à saper ce que l'autre élève si le com-
merce l'emporte il célébre bientôt son triomphe
sur les débris du trône, ou le change en un vil
escabeau, sur lequel il n'asseoit qu'un mannequin.
Un état commerçant est essentiellement sous le
régime oligarchique l'exécution du pouvoir est
confiée à des hommes responsables les ministres
ne font point d'apprentissage aux dépens des oli-
garques, tout défaut de succès est un crime, aussi
l'axiome du gouvernement anglais se réduit à ces
quatre mots au peuple manufacturez et com-
mercez; aux ministres corrompez et trompez.
Georges Ier. entra parfaitement dans l'esprit
de son rôle on le Voit se déclarer au nombre
des directeurs de la compagnie dusud; menacé par
les conceptions audacieuses de Gortz (10) il fait
arrêter le marchand de Suède Gillembourg;
et délivré de toute inquiétude par la mort de
Charles XII il signe la. paix ( 1719) avec son
successeur et acquiert les duchés de Brémen et
fferden. On ne peut néanmoins se dissimuler
que la branche Hanovrienne appelléc au trône
anglais, ne gênât la marche du gouvernement et
que la nécessité de veiller sur la conservation du
Hanover, dans les mutations continentales, n'ait
souvent opposé un intérêt particulier à l'intérêt
général.
Georges ne cessa de négocier toute sa vie et
de vendre de la fumée à tous les princes de l'Eu-
rope. Ceux-ci, absorbés par de hautes prétentions,
de grandes intrigues de cour et de petits projets,
laissèrent les Anglais élever leurs magasins à côté
des palais de Pétersbourg, pénétrer dans ce vaste
empire sous le costume de marchands, s'empa-
rer des sources de la richesse, créer à ces hommes
grossiers de grandsbesoins, lorsqu'ils n'avaientque
de petits moyens pour les satisfaire enfin colo-
niser ce vaste empire comme des royaumes du
Coromandel et se l'attacher par des liens indis-
solubles.
Le même système de tout prendre sans rien
envahir à force ouverte était aussi en plein exer-
cice envers le Portugal déchu et, lorsque les
rives du Holstein et de la mer baltique virent un
nouvel empire se former dans la Prusse les
Anglais s'empressèrent d'y chercher des débou-
chés, et de s'ouvrir de nouveaux canaux pour
porter leurs marchandises jusque dans l'intérieur
de l'Empire et de la Pologne et repomper ainsi
les richesses de l'Europe.
Georges meurt ( 1727 ) après s'être successive-
ment allié à la France et à la Prusse contre
l'Espagne; k\a.France avec promesse de secours
contre l'Empire à YEmpereur avec promesse
de secours contre la France; au Dannemarck
à la Suède à la Pologne à la Savoye avec
promesse à chacune d'elles d'un secours plus où
moins considérable contre toutes les autres Puis-
sances.
Georges II, son fils, lui succède; il entre
dans toutes les négociations précédentes des con-
grès de Cambrai ( 1722 ) et de Soissons ( 1728)';
il est partie contractante des traités de Séville
( 1729) et de Vienne (1731), et, suivant les
traces de son prédécesseur il veut prévenir une
guerreavecl'E.s/?ag72e(i i) mais lanation anglaise
le force à déclarer la guerre ( 1739 ) et tandis
que les marins anglais fondent sur cette proie
aisée, Georges signe un traité avec la Russie
(1741 ), qui ouvre la Perse au monopole anglais.
La France se déclare soutient l'Espagne, et
aussi-tôt le roi de Dannemarck, le Landgrave
de Hesse, l'électeur de Mayence le duc de
Brunswick sont stipendiés un traité de subsides
est passé avec la Russie ( 1742), et une qua-
druple alliance est signée à Varsovie entre la
Reine de Hongrie, le Roi de Pologne, la Hol-
lande et l'Angleterre (174s)- Enfin la paix
à'Aix- la Chapelle ( 1 7 48 ) termine cette guerre
sanglante, et, malgré les efforts et les succès de.
la France elle est trop heureuse de racheter ses
colonies et du pain par la restitution de ses
conquêtes continentales.
De nouvelles acquisitions pour l'Angleterre ne
signalèrent point ce traité mais l'Europe avait
été en guerre pendant près de dix années tous
les cabinets occupés, toutes les forces dirigées
sur des points continentaux lui avaient assuré
l'empire de la mer et l'avaient mis à même de
jouer le second rôle à la pacification.
Le ministère anglais ne néglige aucuns moyens
de nuire à nos marchands il signe une conven-
tion avec les barbaresques, achète l'île de Tabarca
pour la pêche du,corail, et s'efforce de nous si-
gnaler à ces pirates qui avaient déjà oublié la
leçon que leur avait donnée Louis XIV.
L'alliance entre la Russie lAutriche et l'An-
gleterre est resserrée ( 1761 ); un traité de sub-
sides est accordé à l'Electeur-roi quelques dis-
cussions s'élèvent avec la Prusse au sujet d'une
compagnie des Indes établie à Emden et de
mauvais traitemens faits aux neutres pendant la
dernière guerre; mais la situation politique du
continent ayant change de face, la Prusse est
obligée de se jetter dans les bras de l'Angleterre-
Depuis la paix à' Aix-la-Chapelle les Anglais
voyaient d'un oeil jaloux les Français livrés. au
commerce couvrir les mers de leurs vaisseaux.
Leur humeur s'exhalait en discussions sur les îles
neutres de Sainte-Lucie, Tabago la Dominique
et Saint-Vincent des difficultés s'étaient élevées
dans l'Inde entre les compagnies des deux nations
tout-à-coup un grand attentat ( assassinat de Ju-
monville ) est commis en Amérique; les vaisseaux
de l'état, le Lys et VAlcide sont pr is et trois
cens vaisseaux marchands sont la proie des An-
glais. La nouvelle de ces pertes immenses fut
l'unique manifeste qui apprit la guerre au cabinet
de Versailles. Les Français indignés ne respi-
raient que vengeance elle s'annonçait terrible
pour l'Angleterre lorsqu'un iufâme ministre
esclave de l'Autriche engagea Louis XV dans
une guerre continentale et le força à épuiser son
peuple et ses finances pour accélérer la ruine de
son royaume.
Le commerce français une fois anéanti, X Angles-
terre déploie sa puissance elle soutient la Prusse
contre l'Europe entière; accorde des subsides
au Landgrave de Hesse, et voit avec plaisir ces
Russes qu'elle nourrit, qu'elle élève au sein des
frimats, apprendre le chemin de l'Empire; mais
elle sait rendre leurs efforts infructueux, et la
guerre n'est pour eux qu'une suite de marches
brillantes et de contre-marches semblables à des
défaites. Georges II n'eut pas la satisfaction de
voir consolider ses conquêtes par une paix avan-
tageuse, il meurt ( 1 octobre 1 760 ) et son fils,
Georg es III lui succède. Le prince héréditaire
appartenait à l'opposition. Le prince régnant
marcha sur les traces de son prédécesseur la
guerre se continue et Georges cherche une nou-
velle proie. Les maisons de France et d'Espagne
avaient enfin connu leurs intérêts, et, au milieu
de cette guerre désastreuse elles avoient signé
un pacte de famille (16 aoùl 1761). Georges III
en prétexte ombrage attaque l'Espagne et ter-
mine, par la prise de la Havanne le cours de
ses spoliations; la lassitude des conquêtes et
l'abattement du cabinet de Versailles amenèrent
la paix de Paris ( 1763). Le Canada file du
Cap Breton, les îles dans le golphe de Saint-
Laurent, la Grenade les Grenadines Saint-
Vincent la Dominique Tabago, le Sénégal,
la Floride et la démolition de Dunkerque furent
les fruits que l'Angleterre recueillit de cette
guerre à la fin de laquelle on est forcé de répéter
cette observation que le monopole anglais est
cimenté par le sang de leurs ennemis et du leur;
que leurs ramifications se sont étendues et que
la paix survenant, les capitalistes et les négocians
des Puissances ennemies trouvent de plus forts
capitalistes et deplus habiles marchands, maîtres
des branches de commerce dont la guerre avait
suspendu pour eux l'exploitation.
La Russie retombe dans leur entière dépen-
dance ils appellent Catherine à Stockolm à
Varsovie sur le Bosphore ils se plaisent à
conduire ses marins inexpérimentés jusque dans
la méditerrannée ils semblent vouloir lui faire
essayer son vol afin de pouvoir fondre un jour sur
le midi de l'Europe. La France en prend om-
brage elle arme à Toulon, et une frégate an-
glaise vient insolemment faire désarmer ses vais-
seaux ( 1772 ). Siècle de honte et d'avilissement,
nous effacerons ton souvenir
Cependant, l'état d'asservissement de la France
fait craindre aux Anglais, leur allié même la
Russie ils cimentent leur union avec la Prusse
pour contenir l'ambition de Catherine arment
les Suédois et sauvent la Turquie. Une rébel-
lion éclate en Amérique la France soutient les-
insurgés, et la victoire couronne ses efforts. L'An-
gleterre ne se voit balancée qu'en frémissant; $
la paix se fait à Versailles ( 1783 ) et bientôt
un habile traité de commerce ( 1786 ) dédom-
mage amplement les Anglais des pertes qu'ils
ont faites car le démembrement de leurs colo-
nies de Y Amérique septentrionale fut plutôt une
blessure d'amour-propre qu'une perte réelle; Jes
Anglo-Américains sont Anglais, le traité de
commerce (du ig novembre 1794) les a réin-
corporés à lanation. Les bois de construction qu'ils
fournissent pendant six mois de l'année peuvent
faire sortir X Angleterre de la dépendance du
nord; leur pavillon neutre tromperait les arma-
teurs en tems de guerre, et si de grands événe-
mens sont la suite de la grande crise dans la-
quelle nous nous trouvons la moitié de la nation
anglaise irait y porter ses forces et son industrie,
et cette nouvelle Angleterre menacerait bientôt
l'Europe d'une manière peut-être plus effrayante
encore que son ancienne métropole.
Il semble que la fortune ait voulu dédommager
entièrement l'Angleterre des événemens de la
guerre (de 1780). Cette puissance luttant de-
puis un siècle contre la Hollande avec ses armes
ordinaires la violence et l'adresse au dehors
l'astuce et la corruption au dedans lui portait
encore envie ce n'était pas assez pour elle de lui
avoir enlevé le commerce du nord et de la Bal-
tique à- la paix d'Utrecht, de l'avoir humiliée de
lui avoir ravi le sceptre des mers elle ne devait
être satisfaite que lorsqu'il ne lui resterait plus de
vaisseaux. Maîtresse du Statouder, par ses intri-
gues, elle le soutient dans la révolution de (1789)
et appellailt les Prussiens, ministres de ses ven-
gcances elle fait plus de mal à la France et à
la Hollande en contraignant cette dernière à
reprendre son maître, qu'elle n'aurait pu leur en
faire par une guerre heureuse. (12)
L'Europe volait au-devant des chaînes d'or de
X Angleterre les ministres les familles puis-
santes, les capitalistes de toutes les nations por-
taient leur or à la banque; les pensions se mul-
tipliaient, Y Europe se britannisait et ces fiers
marchands comptaient des têtes couronnées des
fils de souverains des princes des ministres au
nombre de leurs stipendiés. Lorsque la révolution
française ébranla l'Europe de ses premières se-
cousses, l'Angleterre sourit à l'idée de nos mal-
heurs, et toute sa politique infernale se déve-
loppa pour étendre le feu dévastateur que la dé-
magogie avait allumé dans notre sein. Dans les
circonstances les plus désastreuses, on reconnaît
l'or et la main perfide de ces cruels insulaires.
U 'Angleterre vit 'Europe à ses genoux. mendier
son appui pour des princes faibles et proscrits; elle
répondait aux instances qu'on lui faisait avec la
confiance de l'orgueil. « L 'Angleterre (i 3) voitavec
» plaisir l'intérêt que les Puissances prennent aux
» Bourbons mais elle n'a d'autre but dans ce
» moment que d'exciter des troubles dans le
» royaume de France afin d'anéantir son com-
» merce et sa marine et lui ôter tout espoir d'en
» avoir jamais. »
Tels étaient donc les projets de ces hommes
qui pendant dix années se bercèrent de l'idée
de notre destruction.
Je l'ai vu cet homme, dont la famille semble
avoir l'orgueil pour apanage dont le nom fa-
tigua jadis l'Europe je l'ai vu plein de lui-même
habillé comme un de ces jeunes oisifs qui courent
les plaisirs; je l'ai vu la démarche cadencée, la
tête haute occupé du jeu d'une badine dont il
sillonnait l'air entrer en triomphateur dans ces
assemblées de marchands qui se décorent du nom
de Parlement; la joie brillait sur son visage on
eût dit qu'il se jouait des destinées des peuples
et que leur sort dépendait de ses oracles les
conseillers, les représentans des monarques et
des trônes, l'entouraient comme le roi des rois
il parlait, et la fortune docile obéissait à sa voix.
Un instant peut-être il frémit lorsqu'un général
français dicta le traité de Campo-Formio. Mais
ce frissonnement fut bientôt étoufî'é et nous l'en-
tendîmes, dans son orgueil, s'écrier L'étoile
pâlissante de Bonaparte s'éclipse devant l'astre
brillant de lord Nelson.
Alors l'Angleterre regorgeait de richesses
les rois de l'Europe présentaient leurs mains à
ses chaînes d'or et la France semblait accablée.
Un héros, son défenseur et son espoir, apprend
sa situation dans une autre partie du monde il
part, Neptune courbe son front devant le génie
qui domine ses eaux. Bonaparte aborde la France
a repris place au rang des Puissances et déjà
l'Angleterre est menacée mais le crime élève
son poignard, et Paul tombe assassiné. Horrible
attentat que l'on peut regarder comme la dernière
convulsion d'un génie malfaisant c'est l'époque
de l'esprit d'aveuglement qui l'entralne depuis ce
tems; il se traîne de fautes en fautes; sombre
maintenantetla démarche pesante, le front sillon-
né par les soucis et le désespoir, il se rend lente-
ment dans ces chambres où semble régner une
sombre inquiétude, où nulle voix ne s'élève qu'elle
ne soit une voix de plainte où nul débat ne s'en-
gage qu'il ne soit une accusation criminelle
où le tumulte, les clameurs les cris de la fu-
reur et de la haine ont remplacé les trépigne-
mens de l'enthousiasme et de la joie.
Oui, M. Pitt, vous avez fait de grandes fautes
en présence de la révolution; il ne s'agissait ici
ni de phrases éloquentes ni de systèmes de finan-
ces il fallait juger un grand événement il fallait
prévoir. Ce n'était point une opération d'arith-
métique, une colonie à fonder, un cabinet à
corrompre, une cargaison d'hommes à vendre ou
à acheter, c'étaitune des grandesphases del'histoire
des nations à juger. Vous n'avez vu qu'une crise
que des massacres vous n'avez vu que les effets,
la cause est restée pour vous dans les ténèbres
il semblait que le sang ne pouvait trop couler
il semblait, à votre gré que vous redoutiez de
voir finir trop tôt cette sanglante révolution
lorsque vous reteniez sur vos vaisseaux un prince
proscrit, et que vous massacriez les émigrés fran-
çais à. Çuiberon vous vous réjouissiez lorsque
vos fidèles Russes, descendus du nord, mettaient
la France à deux doigts de sa perte vous vous
applaudissiez de la -voir sans marine, sans com-
merce colonial sans commerce du levant; vous
vous promettiez que ses provinces méridionales
allaient se dépeupler vous vous repaissiez de
vastes chimères.
Que dis-je? La rapacité anglaise n'était pas suf-
fisamment assouvie par les malheurs de la France;
l'Espagne le Portugal, la Hollande devinrent
autant de proies quela commotion révolutionnaire
livra à ses ravages; et comme, selon la maxime
anglaise, c'est ne rien avoir que de ne pas tout
posséder des spéculations trompeuses ont égaré
les ministres britanniques et les ont jettés dans
la fausse route qu'ils s'obstinent à suivre. A l'aide
de la tourmente qu'ils alimentaient sur le conti- 1
nent ils se flattaient que la Hollande serait rayée
du tableau des Puissances et que l'Espagne et
le Portugal, mis en combustion seraient en-
globées par la France; ils entrevoyaient dans ce
désordre la séparation des colonies ils voyaient
les gouverneurs isolés les peuple, colons ( déjà
plus en rapport avec eux qu'avec aucune autre
nation ) égarés par la crainte et par les bruits
mensongers ils profitaient de l'effroi général
pour rattacher soit par des traités généraux ou
partiels soit par des conquêtes ou des séductions,
les colonies de ces trois Puissances à leur système
colonial devenu universel. Le péruvien Miranda
leur présentait cet envahissement comme une con-
quête assurée qui ne demandait ni sacrifice d'hom-
mes, ni sacrifice d'argent enfin conquérir les
deux Indes en Europe, et subjuguer l'Europe
dans les deux Indes, devait être le fruit de leur
invariable politique.
Gonflé de ces criminelles espérances vous
attendiez-vous Monsieur Pitt à être forcé de
trahir vos alliés par une paix particulière pour
avoir du pain; et, après une guerre de dix ans,
commencée pour détruire la France, pour asser-
vir le monde coloniser tous les peuples de la
terre vous attendiez-vous à venir dans ce même
parlement, sur ce même siège devant ce même
peuple à la face de ce même univers qui vous
avait entendu prononcer cet oracle insensé
« Nous voulons la destruction de la France, »
vous attendiez-vous à prononcer avec effroi cet
oracle plus sûr « Un grand danger nous me-
» nace la France arme, elle a juré notre
» perte; déployons toute notre énergie, sauvons
» l'Angleterre de sa ruine » ? Nous n'avions ce-
pendant pas armé, Monsieur, le fer n'était point
levé sur vos têtes nos armes étaient le dévelop-
pement de notre industrie et de notre activité
voilà nos uniques menaces, voilà -vos uniques
dangers. Mais vous aviez vous-même besoin de
troubles et jamais guerre plus utile mais plus
injuste ne fut entamée. Elle dure depuis deux
ans cette guerre et de quel danger vous êtes-
vous préservés? Telle est votre position qu'il n'est
point de terme entre votre destruction et vos
prétentions; à la paix nos moyens seront augmen-
tés, nos côtes étendues nos marins doublés
notre industrie plus active et le développement
de nos moyens montrera encore à votre œil jaloux
le sceptre qui vous effraye et qu'une main plus
puissante que la vôtre a fixé devant vos yeux. Il
serait difficile d'ailleurs de rien ajouter à ce qui ce
dit dans vos chambres. Ce n'est pas que je ne
sache fort bien que cette opposition n'est qu'un
vain mot que plusieurs de ses chefs ont leur for-
tune dans la banque que la direction des affaires
est le seul but de leurs déclamations que cette
lutte est une pasquinade faite pour amuser les
badauds ofcitj; que Fox lui-même serait peut-
être le plus despote de tous les ministres et que
sans considération personnelle il aurait recours,
pour se populariser, à une haine démagogique
entre les Français. Je sais qu'entre tant d'éner-
gumènes vous êtes un des plus mesurés les con-
nexions continentales vous déplurent toujours;
vous vous élevâtes ( 1779) contre la Russie en-
vahissante enfin, plus financier que guerrier,
votre marotte privilégiée serait l'extinction de la
dette nationale, qui ne peut être le fruit que de
seize années de paix. Mais aujourd'hui vous avez
oublié vos anciens principes vous en avez fait
le sacrifice à la soif du pouvoir vous vous êtes
abandonné à ce cabinet secret, à cette inquisition
politique, plus savante plus terrible que celle
qui fit jadis frémir l'Europe. Lord Saint-Helens
vous a dit « L'univers est changé; ces considé-
« rations du véritable intérêt national de l'An-
» gleterre doivent céder à un danger plus pres-
» sant: laFrance; aucunes Puissances ne se trou-
» vent plus reculées dans l'avenir pour avoir des
» motifs de rupture, que l'Angleterre et la Russie;
» aucune Puissance ne peut faire pour la Russie
JO ce que fait et fera l'Angleterre. JO Il a remis
sous vos yeux ce système habile d'exploitation
organisé par vos pères et suivi par vous. En
» Russie, vous a-t-il dit tout nous tient, tout
» nous est uni tout est salarié par nous depuis
le petit marchand jusqu'à l'héritier du trône
» quelle crainte pouvons nous concevoii1 d'un
» peuple qui dans ses conquêtes ne porte les
» armes que pour nos marchands leur ouvre
» des débouchés augmente leurs fournitures
» et ne fait de conquêtes que pour leur en donner
» l'exploitation ? Que de moyens n'avons nous
» pas d'ailleurs d'entraver, de ruiner, de détruire
» même un commerce ou une marine trop élen-
» due divisions intérieures changement de
» monarque guerre continentale suscitée et
mille autres moyens évidens et peut-être plus
» efficaces dont nous seuls savons et pouvons
M disposer ? »
Vous vous êtes laissé entraîner Monsieur;
vous vous flattez de réduire le commerce des
Européens au cabotage vous osez concevoir l'idée
de nous enlever toutes communications maritimes
et lointaines vous croyez enfin que vous ache-
verez de coloniser l'Europe comme vous avez
colonisé l'Inde.
Vous regardez la Prusse comme soumise à vos
lois par le souvenir du passé, la crainte de l'a-
venir et l'intérêt du présent; vous vous enorgueil-
lissez de ce qu'en s'alliant à la France qu'elle
redoute, elle a toujours protégé votre commercé,
et vous a quelquefois plus servis par ses neutra-
lités que par ses armes.
Quoique la perte des Pays-bas ait rompu vos
5
connexions directes avec Y Autriche sa haine
sa ténacité vos intrigues l'engageront encore à
tenter le sort des armes pour assouvir sur l'Italie
une ambition que la Russie borne trop impérieu-
sement vers la Turquie.
Vous comptez que la Russie sacrifiera sa po-
pulation pour satisfaire vos haines et vos ven-
geances.
Eh bien Monsieur, si votre génie malfaisant
triomphe, souvenez-vous de Marengo et, par
une crise mal adroite craignez de terminer
vos destinées. Le héros français saurait alors
qu'on peut prendre Londres ailleurs que sur la
Tamise, (a)
( a ) Ce mémoire a été écrit le a i juillet..
L'AUTRICHE.
Félix Austria nube. Hommage à ce cabinet
dont les conceptions profondes ont su amener
et diriger de grands événemens dont la cons-
tante ténacité n'a plié sous l'effort des orages que
pour les surmonter; dont la maxime fut aussi
immuable que celle de lAngleterre profiter de
tout, et prendre par-tout.
Sagesse et fortune, vous réglez nos destinées f
Mais on sait depuis long-tems à Vienne que la
sagesse ne consiste qu'à savoir attendre et profiter
de la fortune.
Il serait curieux de suivre l'Autriche dans les
détours de sa politique avec tous les petits états
de l'Empire; d'examinerlesressorts sans nombre
qu'elle fait jouer depuis deux siècles pour mettre
en mouvement ce monstrueux assemblage d'élé-
mens hétérogènes et trouver toujours moyen
d'en usurper quelque chose. Mais ici comme
pour l'Angleterre je me vois forcé de laisser
de côté les nombreux matériaux que j'avais ras-
semblés, pour ne m'attacher qu'aux grandes con-
sidérations, et tracer rapidement les divers aspects
de son histoire politique.
Naissance dominatrice avant la paix de West-
phalie, elle n'avait ni rivaux, ni alliés elle ne
comptait que des esclaves ou des ennemis trop
faibles pourl'allarmer; (i)rZ?wro/jegémissaitsous
le poids de son sceptre mais bientôt la France,
que dirigèrent successivement deux grands Mi-
nistres, Richelieu et Mazarin devint pour elle
une rivale redoutable. La paix de Westphalie
établit un équilibre et la force fédérative naquit
pour s'opposer à sa prépondérance. Les victoires
et les conquêtes de Louis XIV couronnées par
les traités d'Aix-la-Chapelle ( 1668) et de JXimè-
gue (1678), mirent la France à la première
place, et réduisirent Y Autriche à l'état de puis-
sance rivale. L'ascendant de Louis XIV s'accrut
encore par une guerre dépourvue de bon sens
celle de la succession à' Espagne. Car malgré les
désastres militaires que le monarque français
éprouva, sa maison prit au traité d'Utrecht
la grande prédominance sur toutes les maisons
souveraines.
Le traité d'Aix-la-Chapelle ( 1748) plaça l'Au-
triche au rang de puissance concurrente, Y An-
gleterre ayant usurpé le second rang.
C'est ainsi que, pendant un espace de cent ans,
cette maison fut précipitée du rang de puissance
dominatrice au troisième rang de puissance con-
currente. L'apparition de la Prusse victorieuse
et l'accroissement de la Russie semblaient annon-
cer que Y Autriche était prête à descendre au der-
nier rang des Empires quand l'Europe étonnée
la vit tout-à-coup s'arrêter sur le bord de l'abîme,
et brillante d'un nouvel éclat, faire trembler son
vainqueur dans Berlin et montrer de nouveau
à l'Allemagne et à l'Italie ces antiques chaînes
qu'elles avaient secouées.
Cet événement incompréhensible est le triom-
phe de la politique. \2 Autriche placée entre la
France qui l'avait abaissée, la Prusse qui venait
de la morceler et la Russie dont l'ambition
commençait à chercher de l'aliment en Europe
Y Autriche froissée de toutes parts persuade à
la France qu'elle estpour elleune barrière avancée
qui doit contenir les Russes défendre la Porte
soutenir la Suède, et la délivrer de toute fatigue
et de tout embarras. Trois traités successifs ( 56
57 58 ) deviennent autant de chaînes avec les-
quelles elle lie la France au char de sa puissance
tandis que nouveau sardanapale Louis XV s'en-
dort dans les bras de ses maîtresses et que sou
cabinet indolent et inepte ne s'occupe plus que
des intrigues de cour. L' Autriche alors s'allie à
la Prusse et à la Russie; on voit naître une sorte
de triumvirat dont la devise est partageons.
Quel spectacle que de voir ces enfans du plaisir
enfermés dans les palais dorés de Versailles s'é-
veiller quelquefois, et, tout en allarmes, adresser
leurs plaintes à leur fidèle allié Mais le loyal
Kaunitz leur répond avec une telle simplicité »
les rassure avec une telle franchise que, convain-
cus et satisfaits de leurs nobles efforts ils retom-
bent aussitôt dans leur sommeil chéri. Cette co-
médie fut poussée jusqu'au point de faire un
traité d'alliance offensive et défensive avec les
malheureux musulmans, de leur extorquer quel-
ques milliers de bourses, et de les vendre ensuite
à la Russie par le traité de Kainardji ( 1774 )•
L'homme éclairé ne prévoyait pas de termes
aux envahissemens de la ligue co-partageante
ni à l'engourdissement de la France lorsque le
tocsin des révolutions annnonça à l'Europe que
la France était en mouvement; le bruit en retentit
dans le cœur de tous les r ois et l'impassible cabi-
net de Vienne en fut ébranlé.
Les Autrichiens espérèrent cependant tirer un
parti utile de ces événemens désastreux. Une
princesse autrichienne régnait èn France et
T/mgut fit incognito plusieurs voyages à Paris
pour la diriger et consolider le parti étranger g
mais les flots de la révolution renversèrent ces
digues frêles et impuissantes et le signal des
combats retentit dans toute l'Europe.
La délivrance duRoi et de la Reine prisonniers
était un motif plausible, et la guerre fut entame»
sous de justes auspices. Ce.motif cessa avec leur
existence; la guerre ne fut plus qu'une guerre
de vengeance et d'ambition la conduite des Au-
trichiens dans leurs premières conquêtes et l'a-
néantissement de la Pologne ne permirent ni
de douter de leurs motifs, ni de méconnaître leur
but.
La révolution fut aussi mal jugée par eux que
par les Anglais. Un pareil événement sort de la
sphère ordinaire et trompe tous les calculs habi-
tuels. (2) Quand une nation entière mue par une
grande force morale, s'arme et se lève malheur
à ceux qui osent l'attaquer; ils attirent au dehors
le feu qui dévorait l'intérieur j ils créent forcé-
ment un ordre où ne devaient régner long-tems
que le tumulte et la confusion. Malheur à ceux
qui attaquent un peuple qui dit Il faut des
hommes ? Nous voici. Du fer et du bronze ? Voilà
les grilles de nos temples, les portes de nos palais,
'les statues de nos villes. De l'argent? Voici nos
biens nos trésors etc. etc.
De brillans succès au dehors eltacèrent la honte
des crimes commis dans l'intérieur, dY Autriche,
pour récompense de sa politique fallacieuse avec
le roi de Sardaigne (3) reçut des lois au traité
de Campo-Formio.
La soif de la véngeance lui remit promptement
les armes à la main secondée des Russes, elle
voit des succès brillans couronner ses efforts; mais
elle semble déjà craindre que la France ne soit trop
accablée elle trahit ses alliés, les abandonne en
Suisse, et refuse les services du chef de la maison
proscrite. (4)
\J Autriche apprit peu de tems après qu'on
ne joue pas impunément devant une révolution
et les plaines de Marengo lui firent reconnaître
son vainqueur. Bonaparte préférant les palmes
de fondateur d'un Empire à de nouveaux lauriers, »
lui donne la paix.
Ce héros depuis achève son ouvrage, un autre
congrès de Munster et d'Osnabruck se forme,
et le corps germanique simplifié reçoit un nou-
veau code des mains de son régénérateur.
L'Autriche a reçu de grands dédommagemens
de ses pertes. Les Pays-bas étaient incohérens
avec tout système militaire d'attaque et de défense
bien entendue c'était une proie facile à saisir
toutes les fois que la France entrerait en guerre
des richesses à moissonner, une compensation à
offrir, à la paix. Cette acquisition des Pays-bas
par la France blesse directement les Anglais.
Tant de ports ouverts tant de chantiers établis
cette pépinière de marins qui dans plusieurs
guerres, balancèrent par leurs arméniens seuls les
succès de l'Angleterre sont pour elle autant de
plaies douloureuses; pour elle qui à l'époque de
l'affaire de la compagnie d'Ostende, osait dire
l 'Angleterre ferait plutôt une guerre éternelle
que de permettre l'établissement d'une com-
pagnie à Ostende.
La position de l'Autriche n'en est pas moins
critique. Elle se trouve dans la même situation
qu'après le traité d'Aix-la-Clzapelle (1748),
et les dangers qui la menacent sont encore plus
imminens placée entre la France la Russie
et la Prusse son ambition se trouve contenue
par la France et la Prusse, en Allemagne; par
la France en Italie; et vers ses autres limites
par la Turquie et la Russie; elle haït la Prusso
qui la rivalise la France qui l'a vaincue et la
Russie qui la presse de son poids.
Il fallait à l'Autriche une tête forte et poli-
tique, un homme qui embrassât l'avenir. Bona-
parte avait saisi cet ensemble son coup d'œil
d'aigle lui avait fait appercevoir les nouveaux rap-
ports qui devaient s'établir entre les nations il
avait assigné une place à l'Autriche il lui avait
indiqué la route qu'elle devait suivre; deux fois
maître de ses états il les lui avait rendus il l'avait
amplement dédommagé de ses pertes, et son in-
tention était de l'employer utilement dans la ba-
lance de l'univers de lui faire rendre la portion
d'industrie qui lui appartient, de lui offrir son
puissant appui contre ses véritables ses seuls
ennemis les Russes et de trouver, dans son
alliance une sûreté pour l'indépendance de la
Turquie.
Mais l'esprit dictatorial semble appartenir plus
particulièrement encore à Y Autriche qu'à toute
autre puissance au milieu de la tourmente révo-
lutionnaire, après ses défaites, dans le moment ac-
tuel même (a) son système d'envahissement est
en pleine activité. Tous les états du second ordre
en Allemagne, et la Bavière en particulier en
ressententjournellement les effets. Lindau usur-
pé, des possessions en Suabe extorquées, prou-
vent évidemment que cet esprit de rapacité s'est
retrempé dans la longue alliance qui unit Y An-
gleterre et Y Autriche car ce système d'usurpa-
tions des puissances continentales est essentiel-
lement favorable aux vues tiranniques de Y An-
gleterre.
U Autriche embarrassée pendant la paix, re-
doutant la guerre, dévorée de la soif de la ven-
geance et du besoin d'envahir est dans un état
d'irrésolution et d'anxiélé.
Une considération plus puissante se joint à celles
que je viens d'indiquer Y Autriche peut diffici-
lement soutenir une longue guerre sans subsides
étrangers, et Y Angleterre est là qui lui tend une
( a ) Ceci a été écrit au mois de juillet dernier.